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Léger, où Madame étoit allée L'attendre de Saint-Cloud. Il revinl encore d'assez bonne heure pour rejoindre le roi, comme il sortoit du pare pour aller à Marl\ . — On sut que M. le duc de Montmouthavoit fait armer à Hambourg deux gros vaisseaux de guerre ; qu'il s'étoit embarqué dessus(l) avec 500 officiers; qu'il porte de quoi armer 25,000 hommes, et qu'il prétend descendre en Ecosse; trois gros vaisseaux qu'il a fait armer en Hollande doivent le joindre. Cette nouvelle-là est venue de Hambourg à M. de Seignelay, et M. de Croissy en a eu la confirmation d'Amsterdam. Milord d'Argyle, un des plus gros seigneurs d'Ecosse, et milord Grey l'accompagnent tous deux fort animés contre le roi d'Angleterre; le premier a beaucoup de crédit en Ecosse et a été longtemps prisonnier à Edimbourg. Il a eu le col coupé en effigie, et son père a voit eu le col coupé véritablement.
Ml fout se souvenir que Dangeau avertit eu plus d'un endroit qu'il nomme les personnes uniquement comme il s'en souvient .
Mercredi 23, à Versailles. — Le doge vint au lever du roi ; il entra avant que S. M. eût pris la chemise et y demeura jusqu'à la fin, aussi bien que les trois sénateurs qui étoient venus avec lui; le quatrième est toujours malade Au sortir du lever du roi, le doge alla voir les écuries, puis vint attendre dans ma chambre l'heure que madame la Dauphine seroit visible. Il entra chez elle avant qu'on eût achevé de la friser , puis il vit le roi et elle à la messe. Il se mit en bas dans la chapelle avec les sénateurs mêlés dans la foule des courtisans; il vint dîner chez le roi dans la salle du conseil. Mon frère et moi dînâmes avec eux. Sur les cinq heures ils allèrent se promener dans les jardins, et virent toutes les fontaines qui allèrent à merveille ; à neuf heures , ils entrèrent dans le grand ap-
(1) Il n'est pas vrai qu'il se l'ut embarqué sur ces vaissoau\-là, (Note do Dangeau.
partement du roi, et trouvèrent dans la pièce où sont les tribunes toutes les dames parées et assises pour le bal. On dansa jusqu'à minuit , je n'ai jamais vu un bal plus magnifique. Ils retournèrent couchera Paris; le roi alla leur parler au commencement et à la fin du bal , et madame la Dauphine , en sortant du bal , alla à leur banc leur faire des honnêtetés. Monseigneur répéta ce jour-là le carrousel. Le doge avoit envie de voir cette répétition , mais on ne jugea pas à propos de les y mener. — Ce jourlà , on apprit que MM. les princes de Conty avoient vu M. l'électeur de Bavière auprès d'Augsbourg, qu'il avoient soupe chez lui, que le lendemain il étoit venu dîner chez eux, et qu'ils s'étoient promis les uns aux autres d'aller (ensemble en Hongrie , et de ne se point quitter durant toute la campagne. Ces entrevues se sont passées sans grande cérémonie et se traitant d'égal. Ce changement de résolution a déplu au roi et a fort affligé M. le Prince, qui avoit répondu au roi qu'ils iroient en Pologne, parce qu'ils lui avoient mandé qu'ils suivroient ses avis. Jeudi 2ï, à Versailles. — Le roi alla se promener dans son parc ; Monseigneur courut le loup dans Montmorency , puis revint faire collation avec madame la Dauphine à Trianon. — Le contrat de mariage de M. le duc de Bourbon avec mademoiselle de Nantes fut dressé. M. le Duc donne à son fils 50,000 écus de rente, et madame la Duchesse lui assure 100,000 écus après sa mort. Le roi donne à mademoiselle de Nantes 100,000 francs de pension, un million d'argent, dont il y aura 200,000 francs qui seront ameublis, et les 800,000 autres seront substitués, et, en cas qu'elle meure sans enfants, reviendront à M. du Maine et à M. le comte de Toulouse ; outre cela, le roi a déjà donné à sa fille une parure de perles et de diamants et une de diamants et d'émeraudes, qui valent du moins 100,000 écus les deux. — Les mariés seront séparés dès le soir de leur mariage , jusqu'à ce qu'ils soient plus grands et plus forts, et l'on attendra que
M. le Duc soit revenu de Bourgogne pour célébrer le mariage.
Vendredi 25, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Montfort. Madame étoit venue de Saint-Cloud pour l'accompagner à la chasse ; mais la colique la prit à la messe, et elle fut contrainte de laisser partir Monseigneur seul. — On apprit la mort de l'évèque de Riez; il étoit frère du marquis de Valavoir et étoit député pour l'assemblée du clergé. — On sut que le marché fait pour M. du Maine, de la terre de Magny , étoit rompu, parce que les lods et ventes montoient à près de 200,000 francs. M de Noyon seul prétendoit avoir droit d'en demander 100,000 francs. On croit que M. du Maine achètera le duché de Beaufort, au lieu de Magny, et que M. de Chaulnes tâchera à renouer son traité pour cette terre-là avec M. de Mortemart, qui avoit déjà été tout prêt de l'acheter. — M. le Duc et M. de Bourbon allèrent rendre visite au doge, et le doge alla en habit de cérémonie chez madame la princesse de Carignan ; il en avoit fait quelque difficulté parce qu'elle avoit épousé un prince de maison italienne.
Samedi 26, àVersailles. — Le doge vint en son habit de cérémonie prendre son audience de congé du roi ; il ne vit ni Monseigneur ni madame la Dauphine, ni personne de la maison royale. — Le roi donna au doge (1) une boîte de portraits magnifiques et des tapisseries des Gobelins fort riches et fort belles ; il donna aussi à chacun des sénateurs son portrait enrichi de diamants et des tentures de tapisseries des Gobelins , mais moins belles que
(1) Le présent offert par le doge au roi consistait en une chaire de cristal de roche garnie d'or, deux cantines d'or, six chandeliers de table en or, un manteau royal grêlé de perles, travaillé à Messine, un sceptre et une couronne d'or, garnie de pierreries et de diamants, deux épées grêlées de pierreries, douze caisses de confitures, douze caisses de cire fine, deux bassins et une aiguière d'or. — Pièce manuscrite insérée à la suite du recueil des Gazettes de 108:') ; Ribl. du palais de Versailles.
celle du doge. — S. M. se promena le soir dans ses jardins avec madame la princesse de Conty et beaucoup de dames en robes de chambre. — Monseigneur ne sortit que le soir pour se promener avec madame la Dauphine à l'entour du canal ; puis il revint jouer chez elle à son ordinaire. — On apprit que les Turcs avoient jeté du secours dans Neuhausel ; il y avoit longtemps que la place étoit comme bloquée, et qu'on se flattoit à Vienne qu'elle se rendroit faute de vivres, sans qu'il fût besoin de l'attaquer dans les formes (1).
Dimanche 27, à }'ersailles. — Le roi fit la revue du régiment du roi et du régiment Dauphin , il en fut trèscontent et fit des libéralités considérables à son régiment, et dit même à M. de Louvois : « Je trouve mon régiment (2) si beau et j'en suis si content, que j'ai envie d'embrasser Monlchevreuil. » — On fit la revue du régiment des gardes dans la plaine de Grenelle, pour le faire voir au doge et aux Moscovites, sans vouloir pourtant qu'il parût que ce fût pour eux qu'elle se fit. — Monseigneur fit la revue du carrousel, et le roi le pria de la commencer de bonne heure, afin qu'il y eût moins de inonde à la revue qu'il faisoit de son régiment. Le carrousel fut retardé d'un jour; ce ne sera que samedi. — Au sortir du carrousel, Monseigneur se promena A l'entour du canal avec madame la Dauphine.
Lundi 28, à Versailles. — Le roi s'alla promener dans ses jardins; Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Montfort, Madame vint de Saint-Cloud pour courre avec lui; ils n'en revinrent qu'à neuf heures du soir. — L'assemblée du clergé doit commencer aujourd'hui à Saint- Germain, l'archevêque de Paris présidant. — C'est une grande assemblée ; ainsi il y aura de chacune des seize provinces ecclésiastiques deux députés du premier ei
(IJ Cotte nouvelle ne s'est pas trouvée vraie. {Note de Dangemt. ''> Il en est colonel. {Note do Dangeau. ;
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deux du second ardre. — Les agents qui entrenl en charge
et (jui seront jusqu'à Tau 1690, sont : L'abbé de Villard, nommé par la province de Vienne, et l'abbé Philippeaux,
nommé par celle de Bourges. Les agents qui sortent de charge soûl: l'abbé Desmarets. nommé par la province de Reims, et l'abbé de Bezons, nommé par la province de Narbonne. L'abbé Desmarets fera dans l'assemblée le rapport de tout ce qui a été fait d'avantageux pour l'Église pendant leurs cinq années, et l'abbé de Bezons sera le secrétaire de cette assemblée-ci. — Il y a eu une difficulté à la nomination des députés du premier ordre à la province de Bourges : l'archevêque a la première place, et pour la seconde les voix se sont trouvées partagées entre l'évèque de Tulle et l'abbé de Saint-Georges, nommé à l'évêché de Clermont. Le tempérament qu'où a pris est qu'ils seront députés tour à tour chacun pendant un mois, et que l'évèque de Tulle le sera le premier mois. — J'appris que le comte Félix de Furstemberg , abbé de Murbach, a voit été nommé coadjuteur de l'évèque de Strasbourg, son oncle, et à l'abbaye de Stavelo.
Mardi 29, à Versailles. — Le roi s'alla promener dans ses jardins ; Monseigneur alla voir Monsieur à Saint-C16ud et revint d'assez bonne heure pour se promener et faire collation avec madame la Dauphine. — C'est aujourd'hui que le parlement d'Angleterre s'assemble. — On vient d'apprendre la mort de M. l'électeur Palatin , frère de Madame. Voilà cette branche-là tinie : Félectorat tombe dans la maison de Neubourg; l'électeur qui vient de mourir s étoit raccommodé depuis un mois avec madame sa mère et madame sa femme. La mère est de la maison de Hesse-Cassel, et sa femme est sœur du roi de Danemarck; elle a pour douaire le bailliage de Caub, qui est vis-à-vis Bacharaeh. Cela pourra lui valoir 100,000 livres d<* rente. — Le do,ûe partit hier de Paris, et les sénateurs partent aujourd'hui ou demain ; ils se rejoindront tous à Lyon. La République envoie trois galères à Toulon . sous
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le commandement de Centurione, pour reporter le doge à Gênes.
Mercredi 30, À Versailles. — Le roi, Monseigneur et madame la Dauphine allèrent à Saint-Gloud faire des compliments à Monsieur et à Madame, sur la mort de l'électeur Palatin. Le roi remit le carrousel à lundi, et obligea Monsieur à lui promettre d'y venir. Madame la Dauphine reprendra le linge uni ; le roi ne changera rien au deuil qu'il porte du roi d'Angleterre. — Monseigneur a voit couru le loup, et revint assez à temps pour aller à Saint-Cloudavecle roi. Madame est dans la plus grande affliction du monde. — On sut que la nouvelle venue, il y avoit trois jours , du secours que les Turcs avoient jeté dans Neuhausel étoit fausse. — Je sus que le duc de Choiseul avoit permission de vendre son gouvernement de Toul; il est obligé de s'en défaire pour payer madame de Clérembault, sa belle-sœur. On dit qu'il le laisse à i0,000 écus. Il vaut 12,000 livres de rente et a le rang de gouvernement de province.
Jeudi 31 , à Versailles. — Après vêpres, Monseigneur lit la revue du carrousel ; on partit de la grande cour, comme on partira le jour du carrousel, et l'on fit la marche entière. Les gardes françoises et suisses étoient en haie depuis la cour jusqu'au manège ; il n'y aura plus de répétition du carrousel. — Au sortir de vêpres, le roi alla à la promenade. — Le cardinal de Bonzy revint de Languedoc, où il avoit été sept ou huit mois. — Par le calcul que l'on lit de tous les gens qui travaillent présentement ici ou aux environs pour Versailles, on trouve qu'il y en avoit plus de 36,000 travaillant actuellement.
Vendredi 1er juin, à Versailles. — Le vilain temps empêcha le roi d'aller à la chasse ; madame la Dauphine ne laissa pas de se promener à l'entour du canal. — Monseigneur alla à Saint-Léger pour courre le cerf; mais il plut tant, qu'il fut contraint de remettre la chasse au lendemain. Il envoya dire au roi et à madame la Dauphine