‹ Journal; (volume 5)Chapitre 55 sur 65 · ANNEE J68G · texte numérisé non relu

ANNEE J68G

Le roi tient tous les jours conseil, et je ne les répéterai point dans la suite de ce journal; voici comme ces conseils sont réglés : s'il arrive quelque changement, je le marquerai. — Les dimanches, les mercredis et les jeudis de chaque semaine, et le lundi, de quinze jours en quinze jours, conseil d'État, où il n'entre que Monseigneur et les ministres. — Le mardi et le samedi, conseil royal des finances, où entrent Monseigneur, M. le chancelier, M. de Beauvilliers, M. Pussort, M. d'ArgougesetM. le contrôleur général. — Les lundis, de quinze jours en quinze jours, conseil de dépêches, où entrent Monseigneur, M. le chancelier, les ministres et tous les secrétaires d'État, tant titulaires que survivanciers. — Les vendredis, conseil de conscience avec M. l'archevêque de Paris, et avec le P. de la Chaise séparément (1). — Outre cela, le roi travaille souvent l'après-clinée et les soirs, ou avec M. de Louvois, ou avec M. de Seignelay.

Mardi 1er janvier, à Versailles. — Le roi entendit la grand' messe des chevaliers; il n'y avoit point de prélat de l'ordre pour officier; l'après-dinée on alla à vêpres. — S. M. donna 3,000 pistoles d'étrennes à madame la Dauphine, comme il a accoutumé de lui donner tous les ans. Le soir il y eut appartement à l'ordinaire. — J'appris que la Bretèche, gouverneur de Hombourg, avoit été fait

(1) Voyez la note, au 2 marà suivant, page 305,

lieutenant de roi de la Lorraine allemande ; il obéira toujours aux ordres de Bissy, qui est lieutenant général de toute la Lorraine. Je n'ai point ouï dire qu'on ;>it attaché d'appointements à cette nouvelle charge qu'on donne à la Bretèche. — Le roi donna 5,000 pistoles d'étrennes à Monseigneur, outre les 1,500 qu'il a par mois.

Mercredi 2, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc. Monseigneur courut le loup; le soir il y eut comédie françoise. — J'appris que le roi avoit fort diminué le fonds des dépenses pour ses bâtiments; il lui en a coûté L'année passée plus de 15,000,000, et il n'en veut dépenser celle-ci que 4 tout au plus, tant pour tous les bâtiments que pour la conduite de la rivière d'Eure. — J'appris aussi que de Nave , lieutenant-colonel de Bourbonnois, s'est converti; le roi lui a donné une nouvelle pension de 1,000 écus; c'est un des officiers des troupes du roi le plus estimé. — Il y eut une manière de sédition à Saint-Germain sur ce que les habitants se soulevèrent pour demander que le curé ne quittât point; les habitants tinrent des discours un peu trop forts; le roi en fit mettre plusieurs en prison, et interdit beaucoup de prêtres, et on a exilé le curé à Rouen. — Il parolt, par toutes les lettres de Londres, que le roi d'Angleterre ne songe uniquement qu'à procurer aux catholiques la liberté de conscience.il y avoit deux principaux obstacles qui s'opposoient à ce dessein : l'un étoit les lois pénales, et l'autre les serments de suprématie et du test. On nomme lois pénales des lois faites dans les parlements par lesquelles on ordonne des peines contre les catholiques qui font exercice de leur religion. Pour le serment de suprématie, c'est un serment, introduit dès le temps de la reine Elisabeth, par lequel on jure qu'on reconnoît le roi d'Angleterre pour chef souverain de l'Église; et le test est un autre serment, introduit par acte du parlement de 1673, par lequel on renonce à la croyance de la transsubstantiation ; et ce serment se nomme test, parce que c'est un témoignage certain de la

relia ion de celui qui le prête. Tous les officiers de cour, de guerre et de police, étoient obligés à prêter ces deux serments. Quelques catholiques avoient cru pouvoir prêter celui de suprématie sans blesser leur concience, en reconnoissant leur roi pour chef de l'Église, entendant par le mot d'église, en cette occasion, l'église anglicane , et c'étoit pour les exclure absolument de toutes lescharges que les ennemis avoient inventé le serment du test, que nulle explication ne pouvoit rendre innocent.

Jeudi 3, à Versailles. — Le roi alla aprèsla messe tirer dans son parc ; Monseigneur dina avec madame la Dauphine , puis alla tirer dans le parc. Le soir il y eut appartement. — Le duc de la Meilleraye, fils du duc de Mazarin, parut à la cour; il s'est raccommodé avec son père, qui lui a seulement reproché d'avoir un peu trop hâté son mariage. — Nous avons appris que le roi de Pologne prétend avoir au printemps une armée de 50, 000 hommes; qu'il a fait un traité secret avec les princes de Valachie et de Moldavie, chrétiens grecs, qui doivent quitter le parti des Turcs, le venir trouver avec 6,000 chevaux, et se mettre sous la protection de la Pologne; qu'il envoie des ambassadeurs à Moscou pour tâcher de faire la paix avec le czar et l'obliger à déclarer la guerre aux Turcs et aux Tartares, et que les Cosaques lui ont promis de le joindre avec 12,000 hommes. On ne sait point encore son dessein; il a eu grande envie, depuis qu'il est roi, de reprendre sur les Turcs Caminiek ; mais il n'a osé en faire le siège dans les formes, parce que l'infanterie polonoise ne vaut rien, et il n'a pu la prendre par famine, parce que les Turcs, joints aux Tartares, y ont fait entrer de temps en temps des convois de vivres et de munitions de guerre. On croit que , s'il peut engager les Moscovites à faire une diversion en Tartarie , il entrera en Moldavie et de là dans la Bessarabie ou Budgiack, pour s'emparer de Bialagrad et de quelques autres places sur la mer Noire, en lie le Danube et le Niester; par là, il couperoit la com-

mimication entre les Turcs et les Tartares et empêcherait qu'ils ne se pussent secourir réciproquement. Les Tartares n'oseroient plus venir ravager les frontières de la Pologne ; Caminiek tomberoit de lui-même , et l'Empereur pourroit plus aisément poursuivre ses conquêtes en Hongrie, n'ayant plus à faire qu'aux Turcs.

Vendredi k, à Versailles. — Le roi se promena dans son parc, et alla à son orangerie; Monseigneur courut le loup; le soir il y eut comédie. — Le roi a diminué ses dépenses de la marine de 4,000,000 pour cette année. Il lui a coûté 2,000,000 l'année passée en achats de diamants, dépense qu'il veut encore diminuer cette année-ci. — On a fait dans la marine une promotion d'enseignes de vaisseaux, mais il n'y a eu ni capitaine ni lieutenant de fait. — On mit pour sous-gouverneur auprès de M. le duc de Chartres, M. deFontenay, que nous avons vu gouverneur de M. le duc de Longue ville. — 11 y a eu tout cet hiver des troupes auprès de Maintenon ; elles y demeureront. Le marquis d'Uxelles, maréchal de camp, les commande; il a sous lui Laubanie, lieutenant-colonel du régiment de la Sarre, qui fait la fonction de major général, et la Coudraye, commissaire, fait celle d'intendant. Ces troupes sont là pour travailler à l'aqueduc de Maintenon, qui doit conduire les eaux de la rivière d'Eure à Versailles. — Le roi a fait Villette chef d'escadre ; il a fait aussi quatre capitaines de galères, qui sont : Savonnière, le chevalier de Sabran, d'Herbouville et le chevalier Clément; Bombelle sera major des galères.

Samedi 5, àVersailles. — Le roi et Monseigneur allèrent diner à Marly. Madame la princesse de Conty, mesdames de Montespan, de Maintenon et de Thianges étoient avec eux. Sur les quatre heures, madame la princesse de Conty en revint; Monsieur et Madame y arrivèrent à cinq heures avec grand nombre de dames et de courtisans ; on trouva la maison fort éclairée; et, dans le salon, il y avoit quatre boutiques des quatre saisons de l'année ; Monseigneur

cl madame de Montespan tenoient celle de L'automne;

M. du Maine et madame de Maintenon tenoient celle de l'hiver; M. le duc de Bourbon et madame de Thianges tenoient celle de l'été ; madame la duchesse de Bourbon avec madame de Chevreuse tenoient celle du printemps. Il y avoit des étoffes magnifiques, de l'argenterie et de tout ce qui convient à chaque saison, et les hommes et les femmes de la cour y jouoient et emportoient tout ce qu'ils gagnoient. On croit qu'il y avoit bien pour 15,000 pistoles de hardes; on joua jusqu'au souper, et après qu'on eut tini le jeu, le roi et Monseigneur donnoient encore ce qui restoit dans les boutiques. Madame la Dauphine ne fut point à la fête parce qu'on la croit grosse; le roi lui envoya defort jolis bijoux d'or et de diamants. Madame de Lislebonne et mademoiselle d'Arpajon furent les plus heureuses et eurent les plus gros lots de la fête. — Ceux qui gagnoient emportoient leur gain, et ceux qui perdoient ne pay oient rien.

Dimanche 6, à Versailles, — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour; madame la Dauphine commença à ne plus sortir qu'en chaise pour descendre à la messe ou à la comédie. — Monsieur eut des nouvelles de Savoie; Madame Boyale avoit recule viatique, mais on la croit hors de danger; sa maladie venoit de ce que M. de Savoie n'avoit pu s'empêcher de coucher avec elle neuf jours après qu'elle fut accouchée ; elle en a pensé mourir. Le soir il y eut comédie italienne. — Je sus que Mareuil, premier gentilhomme de la chambre de M. le Prince, avoit vendu la lieutenance de roi de Berry 45,000 francs à M. de Gaucour. Mareuil avoit eu cette charge-là de sa femme, à qui le roi l'avoit donnée en la mariant . — Voici les noms de plusieurs inspecteurs d'infanterie que le roi emploie cet hiver : le marquis d'Harcourt, au département de Lille; le marquis de Crenan, en Hainault; Barville, lieutenant-colonel des fusiliers, en Franche- Comté; Monmont, capitaine aux gardes, dans les places de

la Meuse et du comté de Chiny ; Camus de Morton, gouverneur de Bitche, sur la Sarre; la Chetardie , commandant à Brisach, en Alsace ; Lozier à Cazal: il y commande sous Catinat (1). — Ces inspecteurs s'appellent inspecteurs généraux et ont sous eux, dans chaque place de leur département, des inspecteurs particuliers que les troupes par sobriquet appellent des apôtres.

Lundi!; à Versailles. — Le roi alla tirer au sortir de la messe; Monseigneur courut le cerf avec Madame. Le soir il y eut appartement. — M. le marquis de la Frette mourut à Paris ; il étoit demi-frère de madame la duchesse de Chaulnes ; le roi n'avoit jamais voulu accorder sa grâce , ni au roi d'Angleterre, ni au pape qui l'en avoit fort pressé; on le souffroità Paris, pourvu qu'il ni s'y montrât point publiquement. Son frère et le marquis de Flamarens, qui est en Angleterre, sont les seuls qui restent de ce combat-là, qui se fit à Paris il y a environ vingt-cinq ans. — Voici les noms des inspecteurs de cavalerie que le roi emploie cet hiver (2) : — Le comte de Coigny en Flandres ; le marquis de Beaupré en Hainault ; le chevalier Duc danslesTrois-Évêchés; Vatteville en Lorraine ; du Bourg en Luxembourg ; Vivant en Franche-Comté ; Bartillac en Alsace. — Ils n'ont point sous eux de sous-inspecteurs comme dans l'infanterie, tous ces inspecteurs, tant de cavalerie que d'infanterie, sont payés à 500 francs par mois quand ils sont brigadiers, et, quand ils ne le sont point, ils n'en ont que 400.

Mardis, à Versailles. — Le roi alla tirer; Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut appartement. — J'appris que M. de Turennes'en alloit à Venise pour y passer l'hiver, et ensuite servir dans leurs troupes. Il y a quelque

(1) Le manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal ajoute : « En marge est écrit : Il ne faut pas copier cet article en entier, mais mettre seulement : Le roi employa, cette année, sept inspecteurs d'infanterie dans différents départements."

(2) « En marge est écrit : Le roi employa sept inspecteurs de cavalerie. » ( Note du manuscrit de la bibl. de V Arsenal. )

temps que S. M. avoit donné 4,000 écus à M. le eomte de Soissons pour aller prendre le même parti ; on assure qu'il a changé de résolution et que son' voyage est rompu. — Le roi a donné une pension de 2,000 francs au marquis de Belsunce, nouveau converti, et une de pareille Somme à madame de Lance-Rambouillet, nouvelle convertie. — Quelques lettres de Londres marquent qu'on y soupçonne le prince d'Orange de traverser sous main les desseins du roi d'Angleterre; on l'accuse d'avoir approuvé l'année passée, et même soutenu secrètement, la révolte du duc de Montmouth, en lui facilitant les moyens de faire en Hollande des préparatifs pour passer en Angleterre. Ilespéroit, dit-on, qu'il s'y pourroit former un assez grand corps de mécontents pour embarrasser le roi d'Angleterre , et attendoit à voir les deux partis auxmains pour se mêler dans l'affaire ; mais depuis qu'il a vu que Je duc de Montmouth, après s'être fait proclamer roi contre la parole qu'il lui avoit donnée, a échoué dans ses desseins chimériques, il a bien senti que le roi d'Angleterre est trop puissant pour être attaqué à force ouverte.

Mercredi 9, à Versailles. — Le roi s'alla promener à son ordinaire; Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. — Le roi permit à M. le duc de Bouillon et à Madame sa femme de venir à Saint-Martin, abbaye du cardinal de Bouillon, près Pontoise. On dit que c'est M. de la Feuillade qui a demandé et obtenu cela pour M. de Bouillon; c'est toujours se rapprocher d'ici. — M. le Prince vend à Charlet, tils d'un conseiller du parlement , la charge de maître d'hôtel qu'avoit Mortfontaine ; il en tire 22,000 écus; c'est une des quatre charges qui sont à la nomination du grand maître depuis 1654, que les douze charges de maîtres d'hôtel furent créées en titre d'office; avant ce temps-là, ce n'étoient que des commissions que le grand maître donnoit à qui il lui plaisoit.

Jeudi 10, à Versailles. — Le roi chassa à son ordinaire au sortir de la messe; Monseigneur courut le loup ; le soir

il y eut appartement. — Le comte Molard, envoyé de l'Empereur en Espagne pour y porter la nouvelle de la naissance dudernierfils de l'Empereur, parut ici revenant de Madrid; il a été très-bien reçu, surtout de madame la Dauphine, qui connoit fort toute sa famille. — Le roi a donné au comte de Konigsmark une gratification de 2,000 écus; ces gratifications-là commencent à se tourner en pensions; il est fils du comte de Konigsmark qui mourut en 1674, au siège de Bonne, étant dans le service des Hollandois, et petit-fils du fameux Konigsmark qui prit et pilla Prague.

Vendredi 11, à Versailles. — Le roi alla tirer au sortir de la messe; Monseigneur courut le cerf avec Madame par le plus vilain temps du monde. Le soir il y eut comédie françoise. — Je sus qu'il y avoit un arrêt rendu contre ceux de la R. P. R., par lequel il est ordonné que tous les enfants qui sont au-dessous de seize ans seront élevés dans notre religion , et pour cela on les ôtera de chez leur père et mère huguenots pour les mettre chez leurs proches parents catholiques. — Le roi a nommé Bonrepos pour aller en Angleterre régler différentes choses de la marine, entre autres ce qui regarde les saluts et l'affaire de quelques gens de la religion, arrêtés dans le paquebot de Nieuport.

Samedi 12, à Versailles. — Le roi se promena l'aprèsdinée dans ses jardins , et vit monter les chevaux que le persan Roupli lui a amenés. Monseigneur alla tirer dans le parc ; le soir il y eut appartement. — Madame de Fieubet mourut à Paris; elle est regrettée de tout le monde; c'étoit une femme d'un très-grand mérite, — Le roi a donné à Picou, qui étoit premier commis de M. Colbert, une pension de 1,000 écus, et une de pareille somme à son fils.

Dimanche 13, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour, ni Monseigneur non plus. — Madame la comtesse de Roye, à qui l'on ôte cinq de ses enfants , parce

qu'ils n'ont pas encore seize ans, et qu'ainsi le "roi veut qu'ils soient élevés dans notre religion, obtint la permission , pour elle et ses deux tilles aînées, d'aller en Danemark; elle a écrit à son mari, qui y est présentement et attendra de ses nouvelles pour prendre son parti. Le soir il y eut comédie italienne. — L'on apprend tous les jours qu'il se fait une infinité de conversions dans le royaume; des villes entières, où il y avoit beaucoup d'huguenots, se déclarent catholiques, en présence de l'intendant et des magistrats, ce qui donne une grande joie au roi. — L'archevêque d'Arles a écrit au roi, au nom des communautés de Provence, pour lui demander la permission de lui ériger à Aix une statue équestre de bronze.

Lundi 14, à Versailles. — Le roi ne sortit que l'aprèsdinée; il s'alla promener dans ses jardins et fit monter devant lui les chevaux arabes que le persan Roupli lui a donnés. S. M. me commanda de faire voir les fontaines à deux princes de Hesse-Darmstadt qui l'étoient venus saluer. Le soir il y eut opéra. — Le roi régla que ces deuxprinces de Hesse auroient l'honneur de baiser madame la Dauphine , en la saluant. Ce qui le détermina à cela, c'est que la maison de Hesse est une des cinq maisons alternantes d'Allemagne qui ont le pas avant toutes les autres, excepté les électorales et celle de Brunswick.

Mardi 15, à Versailles. — Le roi alla tirer au sortir de la messe. Monseigneur dina avec madame la Dauphine, et ne sortit point de tout le jour. — Le duc de Wurtemberg vint saluer le roi et madame la Dauphine. — S. M. commanda que l'on fit voir les eaux de Versailles au comte Molard, envoyé de l'Empereur à Madrid; il en revient et retourne à Vienne. Le soir il y eut appartement. — Le prince électoral de Saxe vint ici faire la révérence au roi sous le nom de comte de Barby; c'est un comté qui est à la maison de Saxe ; on le traita avec beaucoup de distinction, quoiqu'il fût incognito *. — M. l'évéque de

Strasbourg' arriva ici ; il y avoit assez longtemps que nous ne l'avions vu à la cour.

* Ce prince électoral de Saxe a depuis été roi de Pologne.

Mercredi 16, à Versailles. — Le roi vouloit aller voler avec toute sa fauconnerie , mais, comme les plaines sont fort molles, il changea de dessein et alla tirer. Monseigneur courut le loup , et fit rompre les chiens à dix grandes lieues d'ici ; il revint assez à temps pour être à la comédie. — On sut que le roi d'Espagne avoit donné le gouvernement de Flandres à don Antonio d'Agourto, qui l'exerçoit par intérim, et en même temps S. M. C. l'a t'ait marquis en Castille; il exerçoit par intérim depuis la mort du marquis de Granay.

Jeudi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer au sortir de la messe. Monseigneur courut le cerf dans le parc. Le soir il y eut appartement. — Après le souper il y eut une mascarade chez madame de Montespan ; M. le duc de Bourbon , madame la duchesse de Bourbon et M. le duc du Maine, avec beaucoup de leurs gens, composoient la troupe ; on y dansa et on y chanta jusqu'à minuit. — Mademoiselle de Poitiers se trouva assez mal; M. Félix, premier chirurgien du roi, et M. Moreau, premier médecin de madame la Dauphine, y allèrent; le public, qui cherche toujours à dire du mal, répandit un brait de cette maladie-là, qui se trouvera entièrement faux dans la suite assurément *.

* Cette aventure perdit mademoiselle de Poitiers.

Vendredi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer au sortir de la messe; Monseigneur courut le loup, et la chasse le mena si loin, qu'à l'entrée de la nuit il se trouva bien plus près d'Anet que de Versailles; ses chevaux étoient tous rendus; il prit le parti d'y aller coucher. M- de Vendôme, qui y et oit depuis trois jours, fut fort étonné, à dix heures du soir, de voir arriver chez lui Monseigneur le Dau-

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phi n. (jiii ctoit sui\i du prince Camille, du marquis de Créqui, de Nogaret, du chevalier de Mailly et de Chémerault. — Madame la Dauphine alla à la comédie, et n'apprit qu'en sortant de la farce que Monseigneur avoit pris le parti d'aller coucher à Anet. Monseigneur n'a voit point du tout songé à ce petit voyage-là, et ce tut un pur effet du hasard. — D'Olonne, à Paris, recul tous ses sacrements; on croit qu'il n'y a plus rien à espérer.

Samedi 19. à Versailles. — Le roi dîna avec madame la Dauphine; l'après-dînée il alla voler avec Madam<> et toutes les filles; les oiseaux volèrent mal, mais la cavalcade ne laissa pas d'être jolie; il faisoit le plus beau temps du monde. Monseigneur revint d'Anet sur les cinq heures, et il en étoit parti après midi. — Le soir il y eut appartement; Monseigneur y joua au hère et ensuite au lansquenet; le roi résolut d'aller à la volerie tous les mardis et les samedis après le conseil des finances. — M. le duc de la Force avoit laissé espérer qu'il pourroit changer de religion; mais il a apporté des articles sous lesquels il vouloit qu'on le reçut à l'abjuration, et ces articles étoient fort contraires à la religion catholique : le roi, mécontent de lui, l'a relégué aune de ses terres en Bretagne, et on a pris ses enfants pour les instruire dans la religion.

Dimanche -10. à Versai lies. — Le roi ne sortit que Taprèsdinée, et s'alla promener dans ses jardins. Monseigneur alla tirer dans le petit parc. Le soir il y eut comédie italienne.— On sut que le marquis du Bordage, avec ses enfants, sa femme et mademoiselle de la Moussaye , sa belle-sœur, étoient partis de Paris jeudi passé et s'étoient mis en chemin pour tacher à sortir du royaume. — Mademoiselle de Grignan l'ainée s'est mise dans les Carmélites; la résolution qu'elle a prise rendra mademoiselle d'Alerac, sa cadette, un parti très-considérable ; on croit qu'elle aura plus de 500,000 francs.

Lundi 21, à Versailles. — Le roi alla tirer après la

messe. Monseigneur courut le cerf avec Madame, qui demeura ici pour voir l'opéra, et, en sortant de l'opéra, elle monta en carrosse pour aller à Paris. Monsieur y étoit allé dès le matin, après avoir déjeuné avec le roi. On joua l'opéra de Fontainebleau pour la dernière fois. — On sut que le comte de Melgar, fils aîné de l'amirante de Castille (1), gouverneur du Milanois, avoit été nommé à l'ambassade de Rome, et l'on croit qu'il ne l'acceptera point, si on ne lui promet la vice-royauté de Naples quand le marquis de Liclie aura achevé son temps. — Le comte de Fuensalide , vice-roi de Sardaigne , a été nommé gouverneur de Milan en sa place.

Mardi 22, à Versailles. — Au sortir de la messe, le roi monta en calèche avec madame la duchesse de Bourbon , mademoiselle de Bourbon et les filles de madame la Dauphine, et alla voler. Monseigneur alla tirer dans le petit parc. Le soir il y eut appartement. — M. du Tillet, qui avoit exercé la charge de greffier du parlement qu'il avoit en chef, fut remboursé, et sa charge taxée à 4G0,000 francs; elle lui coùtoit beaucoup davantage; il l'avoit prise de sa famille pour une bien plus grosse somme. Le roi, outre les 460,000 livres à quoi la charge a été taxée, lui a donné 100,000 francs de gratification.

Mercredi 23, à Versailles. — On fit ici le service pour le bout de l'an de la reine-mère; il se de voit faire hier, mais il avoit été remis. — Le roi alla tirer au sortir de la messe; Monseigneur courut le loup. — J'appris que le président Barentin, le plus ancien des présidents du grand conseil, avoit obtenu du roi la pension de conseiller d'État (2); il est oncle de madame de Louvois. — Le soir il y eut une petite mascarade chez le roi, où M. le duc du Maine étoit opérateur; il fit beaucoup de présents aux dames, fort magnifiques; même le roi lui avoit

(1) Le nom de leur maison est Henriques (.Xote de Dangeau).

(2) La pension de conseiller d'État est de 1500 livres. (Idem.)

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donné tous les bijoux qu'il distribua. La fête fut fort jolie ; il n'y entra que bien peu de gens; ensuite le roi donna un grand souper aux dames.

Jeudi 2 V, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le cerf; le soir il y eut appartement. — On eut nouvelles que du Bordage avoit été arrêté auprès de Trelon, entre Sambre et Meuse; il vouloit sortir du royaume avec sa famille. Sa femme a été blessée d'un coup de fusil; ce sont les paysans qui l'ont arrêté et qui faisoient la garde pour empêcher les gens de la religion qui veulent sortir du royaume. — Le marquis de Boissière, qui est de la maison de Durfort, comme MM. de Duras, achète du comte de la Serre-Aubeterre la charge de sénéchal d'Agenois et de Condomois en Guienne. Tous les sénéchaux d'épée prennent le titre de sénéchal et gouverneur.

Vendredi 25, à Versailles. — Le roi ne sortit quel'aprèsdinée; il monta en calèche avec les dames, et ensuite il alla s'embarquer sur le canal; il monta la galère qu'il a fait bâtir ici et dont il fut très-content. Il nous fit embarquer avec lui cinq ou six de ceux qui avoient l'honneur de le suivre. — Monseigneur courut le loup et ne revint que fort tard; il trouva madame la Dauphine qui étoit déjà entrée à la comédie. — On mène du Bordage dans la citadelle de Lille, sa femme dans celle de Cambray, et mademoiselle de la Moussaye, sa belle-sœur, dans celle de Tournay. On fait revenir les enfants à Paris, et ils seront élevés dans notre religion.

Samedi 26, à Versailles. — Le roi monta en calèche au sortir de la messe, et alla avec les dames voir voler ses oiseaux; on en revint de bonne heure, à cause du vilain temps ; Monseigneur l'accomgagna à cette chasse-là. — Le soir il y eut appartement. — M. de Buvigny obtint la permission de se retirer en Angleterre avec sa femme et ses deux fils. Le roi lui laisse son bien et lui conserve même ses pensions. - Le comte de Clermont d'Amboise fit son

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abjuration ; ses cousins de la même maison avoient changé quelques jours auparavant. — Le roi a donné au baron des Adrets et au chevalier son frère, qui sont tous deux capitaines de vaisseau, chacun une pension de 1,000 francs.

Dimanche 27, d Versailles. Le roi ne sortit point de tout le jour. Monseigneur alla tirer dans le petit parc. Le soir il y eut comédie italienne. — On sut que madame la comtesse de Quintin avoit fait son abjuration chez elle, à Paris, entre les mains de M. l'archevêque* — On eut nouvelles que la Mulonnière, lieutenant-colonel du régiment d'Anjou, étoit sorti du royaume avec six ou sept officiers de la R. P. R., qu'ils avoient passé une rivière à la nage et étoient entrés sur les terres d'Espagne, et qu'un parti de Maubeuge les avoit suivis et les avoit repris dans Binch. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus à Gillier, conseiller au parlement, nouveau converti .

" Madame de Quintin étoit Montgommery, et son mari Goyon comme MM. de Matignon ; elle étoit veuve, sans enfants et riche; elle étoit bien faite et laide, et se piquoit d'esprit de toute sorte, et même de beauté ; on prétend qu'elle n'avoit pas été cruelle. A force de meubles précieux, d'habillements recherchés, de bonne chère, do ne sortir jamais de la maison , d'y avoir du jeu, elle s' étoit attiré fort bonne compagnie; Monsieur y alloit, quelquefois, jusque-là quelle avoit apprivoisé Madame. De l'un à l'autre, la mode s'y mit, et c'étoil (in tribunal où il falloit que les jeunes gens du grand monde se fissent présenter et comptassent avec elle. Sa belle-mère, dont le huguenotisme avoit fait le mariage, étoit sœur de M. de Turenne le célèbre, de madame de la Trémouille, de la mère des maréchaux de Lorges et de Duras , de la comtesse de Rouci , et lui attiroit toutes ces maisons ; elle prit un ascendant sur le comte d'Auvergne , et après , sans quitter celui-ci, sur M. de la Feuillade, qui les lui fit gouverner ; elle disposoit de tout dans le régiment des gardes, et le maréchal venoit presque tous les jours la voir de Versailles et retournoit au coucher du roi, et cela plusieurs années. Tout cela la rendit si impérieuse, qu'il s'en fit mille contes plaisants et, que le C. de Fiesque lui fit une chanson :

On voit écrit tous les matins Sur la porte «le la Onintin :

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Impertinence pleinière, La ire-là, etc.

et la fit afficher sur sa porte; on peut juger du vacarme. Elle traitoit la Feuilladeet le comte d'Auvergne comme de petits garçons, et peu à peu tout ce qui venoit chez elle. L'âge avança : la Feuillade mourut et d'autres amis importants ; l'impertinence demeura , et peu à peuéclaircit la compagnie et la mêla ; à la fin , elle récompensa l'amour et persévérance de Mortagne par l'épouser, et tous deux en tombèrent dans le puits. C'étoit un homme de peu qu'on avoit cru un temps des seigneurs de Mortagne en Flaudres, et il n'étoit que le fils de leur intendant qui avoit acheté tout leur bien : il étoit fort estimé pour sa valeur et sa probité, et, jusqu'à ce mariage, il l'avoit fort, été du grand monde ; cela l'en retira, et il servit sa femme en reine jusqu'à sa mort. Elle passoit ses étés à Saint-Cloud , et Mortagne , devenu veuf, se fit premier écuyer, puis chevalier d'honneur de Madame, veuve alors aussi. Il se remaria à une fille du prince de Guéméné, fort abandonnée de ses parents , par une espèce de charité , et n'en laissa qu'une fille. Madame de Mortagne, parmi tout cela , était très-bonne femme , capable d'amitié et de bons procédés , incapable de mauvais , et un répertoire de mille choses inouïes; fée et impérieuse jusqu'à la fin.

Lundi 28, à Versailles. — Le roi vouloit aller tirer au sortir de la messe, mais le vilain temps l'arrêta. Monseigneur alla courre le cerf avec Madame, qui revint de Paris le matin pour être à la chasse. — Le soir on vit pour la première fois l'opéra de la Lande (1). Les vers sont d'un comédien nommé d'Ancourt, qui a fait aussi les trois actes de comédie qu'on a trouvés bien plus jolis qu'on ne l'avoit cru. — On sut que mademoiselle d'Hamilton, qui a été fille d'honneur de madame la Dauphine, avoit épousé en Angleterre milord Ross, celui à qui elle étoit destinée quand sa mère la vint quérir à Fontainebleau.

Mardi%9,à Versailles. — Le roi vouloit aller voir voler ses oiseaux, mais le vilain temps l'en empêcha. Monseigneur alla tirer et ne fut qu'un quart d'heure dehors. Le soir il y eut appartement. — Le bruit courut que Monsieur

(1) Cet opéra se nommait, le Ballet de la jeunesse. Voir le Mercure <fe lévrier, 1,e partie, p. 294.

avoit résolu d'ôter deux des filles d'honneur de Madame, Loubes et Poitiers , à qui on a rendu beaucoup de trèsmauvais offices. — Le roi a donné à M. de Montchevreuil la jouissance des carrosses et du coche duPec, comme les avoit le duc de Lude, son prédessesseur dans la capitainerie de Saint-Germain.

Mercredi 30, à Versailles. — La neige empêch le r oi d'aller à la chasse et obligea Monseigneur de revenir ; il étoit allé à trois lieues d'ici pour courre le loup. Toute la maison royale dîna ensemble, ce qui ne leur étoit pas arrivé depuis longtemps. Le soir il y eut comédie. — On sut que le parlement d'Angleterre étoit encore prorogé jusqu'au 15 de mai. Ruvigny le fils prit congé de S. M., s'en allant en ce pays-là avec son père et toute sa famille. — Madame la comtesse deMiossensd'Albret, sœur aînée de madame d'Heudicourt, fit son abjuration dans la chapelle du château entre les mains de M. de Meaux. — Il y eut une mascarade chez madame de Montespan, qui fut la répétition de celle qu'on vit chez le roi , il y a huit jours, où M. du Maine étoit charlatan avec sa famille, qui étoit composée de madame de Bourbon, de madame de Lowentsei et de mademoiselle d'Uzès.

Jeudi 31 , à Versailles. — Le roi alla tirer en sortant de la messe; Monseigneur courut le loup et n'en revint qu'après que l'appartement fut commencé. Le soir il y eut appartement. — M. de Tonnerre revint de Savoie , où Monsieur l' avoit envoyé; il nous apprit qu'il marioit sa sœur, qui est présentement à Port-Royal, et qui a été fille d'honneur de madame la Dauphine ; celui qui l'épouse est un gentilhomme de Dauphine , nommé M. de Musy, dont la mère étoit aussi de la maison de Glermont; il est fort riche. Tonnerre fait un présent assez considérable à mademoiselle sa sœur, en faveur de ce mariage. Madame la Dauphine a témoigné être bien aise que cette fille-là fût établie, et en a parlé avec beaucoup de bonté.

Vendredi 1er février, à Versailles. — Le roi alla tirer

FÉVRIER iGBG. 2«9

après la messe. Monseigneur et Madame coururent le cerf. Madame la Dauphine fit ses dévotions et communia par les mains de M. de Meaux. Le soir elle se trouva mal en entrant à la comédie, où elle n'alla que par complaisance pour Monseigneur; elle fut contrainte, en sortant de la comédie, de se mettre au lit, où elle n'eût pas la force de manger; elle renvoya son souper sans y toucher. — J'appris que M. de Ris, maître des requêtes et intendant en Guienne, avoit été nommé pour remplir la charge de premier président de Normandie, vacante depuis longtemps ; il enverra au premier jour sa démission de maître des requêtes pour être portée aux parties casuelles ; son père , son grand-père et son grand-oncle ont été premiers présidents de Rouen ; il en paye 1 50,000 francs aux enfants de M. Pellot, qui avoit un brevet de retenue, et le roi lui donne un brevet de retenue de 100,000 francs avec les appointements de la charge, depuis 1683 que M. Pellot est mort; cela lui vaudra encore 10,000 écus. Le roi n'a jamais manqué de faire payer exactement tous les brevets de retenue qu'il a accordés depuis la mort du cardinal Mazarin; il compte qu'il n'a proprement commencé à régner que depuis ce temps-là.

Samedi 2 , à Versailles , jour de Notre-Dame. — Le roi fut presque tout le jour à la chapelle; il entendit le matin la grandniesse des chevaliers de l'ordre; il n'y avoit point de prélat de l'ordre pour officier. L'après-dinée il entendit le sermon de l'abbé de la Montagne. — Madame la Dauphine n'alla que fort tard à la chapelle, et entendit une petite messe après la grand'messe du roi ; elle s'y fit porter en chaise par la galerie et se tint dans la tribune , et l'après-dlnée de même et s'enferma dans un des cabinets de la tribune , d'où elle entendit le sermon des vêpres. Le soir il y eut appartement à l'ordinaire. — Le roi refusa de signer le contrat de mariage de mademoiselle de Tonnerre , disant qu'il ne vouloit faire cet honneur-là qu'aux personnes dont il avoit été content. On avôitespéré

que S. M. s'adouciroit là-dessus, et Monsieur y a fait tout ce qu'il a pu.

Dimanche 3 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Monseigneur alla tirer Faprès-dinée dans le petit parc. Le soir il y eut comédie italienne. — Le comte d'Olonne mourut à Paris; il étoit de la maison de la Trémouille ; il y avoit longtemps qu'il ne sortoit plus de sa chambre ; son logis étoit d'un grand secours aux honnêtes gens oisifs qui étoient à Paris. C'est le marquis de Royan, son frère, qui hérite de lui, hormis 8,000 francs de douaire qui reviennent à sa femme. M. de Lavardin a demandé au roi le rachat de ses terres pour M. de Royan ; S. M. lui a dit qu'il les lui accordoit pour lui faire plaisir, et non pour l'amour de M. de Royan, qu'il ne connolt pas*.

• M d'Olonne étoit frère de M. de Royan, d'une branche cadette de la Trémouille. Il avoit épousé la sœur aînée de la maréchale de la Ferté, de la maison d'Angennes, célèbres toutes deux par leur beauté et par des galanteries si publiques qu'aucune femme ne les osoit voir M. et madame d'Olonne n'avoient point d'enfants, vivoient à leur mode, étoient riches, et avoient tous deux beaucoup d'esprit. G'étoit un jeu public chez d'Olonne comme une académie, et le rendez-vous aussi de beaucoup de gens pour toutes sortes de libertinages , et de beaucoup d'autres pour l'esprit et la conversation. Ces deux sœurs , veuves et vieilles, se retirèrent ensemble passionnées du monde qui les abandonna. Elles voulurent être dévotes, et, touchées d'un sermon d'un mercredi des Cendres sur le jeûne et la pénitence, elles raisonnoient de la nécessité et de la difficulté de la faire , lorsque madame d'Olonne, qui étoit d'une avarice étrange, trouva un expédient merveilleux : Ma sœur, dit-elle, savez-vous ce que nous ferons? Fesons jeûner nos gens. La maréchale la survécut longtemps. Elle étoit gueuse, libérale, douce, et avoit beaucoup moins d'esprit. Le roi avoit souvent trouble ce bagage par des menaces et par des exils. M. de Royan avoit épousé une fille de sa maison , sœur de gens qui se firent compter dans le monde, les duc et comte de la Trémouille , qui le devinrent longtemps après, et la fameuse duchesse de Bracciano ou princesse des 1 Jrsins. Ml. de Royan ne laissa qu'une fille unique, qui épousa le duc de Chàtillon, deuxième fils du maréchal duc de Luxembourg.

Lundi V , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout

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