FÉVRIER 168U
17 hommes qui avoicnt consigné; L'empressement poulies charges de la robe, comme pour les charges de la cour, étant plus grand que jamais.
Vendredi 8, à Versailles. — Le roi demeura tout le jour au lit; les courtisans , durant cette maladie, le voient durant la messe qu'il entend de son lit, ensuite à son diner et à son souper; il se contraint même pour voir le monde. — Monseigneur courut le loup; voilà trois jours de suite qu'il le court et qu'il va à six grandes lieues d'ici au laisse-courre. — Le soir il y eut une comédie nouvelle de Baron, intitulée Y Homme à bonnes fortunes; on l'a trouvée fort jolie et fort divertissante. — Je sus que M. l'évèque de Strasbourg avoit composé de la pension qu'il avoit sur L'abbaye de Saint-Remy dans Reims; la pension étoit de n,000 francs, et M. l'archevêque de Reims lui en donne 98,000 francs, qui sont sept années de la pension, et lui paye celle qui est échue.
Samedi 9, à Versailles. — Le roi commença à se lever :, il se laissa voir comme à l'ordinaire, et alla à la messe à la chapelle; mais il ne descendit point en bas, il se tint dans la tribune. Monseigneur courut le cerf. — Le soir, à l'appartement, le roi ne joua point au billard , mais il y parut et fit faire une manière de loterie et de banque où il donna quelques bijoux; Monseigneur et madame de Montespan tenoient la banque, et la foule des metteurs fut fort grande. — Le roi dina et soupa chez lui en particulier, parce qu'il mange de la viande et qu'il n'en veut pas manger en public, quoique malade. — Le chevalier de Breteuil , qui a longtemps servi dans l'infanterie , fut agréé à la charge de capitaine aux gardes dont d Eragny se défait; Breteuil achète la compagnie 80,000 francs. Dimanche 10, à Versailles. — Le roi ne sortit de sa chambre que pour aller à la tribune à la messe. Monseigneur alla tirer dans le parc. Le soir il y eut comédie italienne. — Foran, le plus ancien capitaine de vaisseau qui fût dans le service du roi, fut nommé chef d'escadre;
294 TOURWL DE DANGFAU.
il y avoit une place vacante par la mort du comte de Sourdis; il y a six chefs d'escadre dans les vaisseaux du roi: Cabaret et Chàteaurenaud, qui le sont du même jour, Amfreville , Béthune , Villette et Foran ; les deux derniers le sont de cette année.
Lundi 11 , à Versailles. — Le roi ne sortit point, et continua d'aller dans la tribune entendre la messe ; il ne vint point le soir à l'opéra, parce qu'il auroit été incommodé d'être assis durant trois heures. Monseigneur courut le loup. On dansa le soir l'opéra de la Lande pour la troisième t'ois. — M. de Schombera eut permission d'aller en Portugal avec madame sa femme et M. le comte Charles, son fils ; il conservera son bien et les pensions que S. M. lui donne. — Le marquis de Courtaumer, gendre du duc de la Force , et le marquis d'Heudicourt ont fait leur abjuration. — M. le duc de Chartres et sa sœur, Mademoiselle, vinrent ici pour y passer le reste du carnaval. Le Prince et cette princesse-là n'ont encore guère paru à la cour. — Mademoiselle Roland dansa à l'opéra à merveille, malgré l'infidélité de son amant, M. d'Hervart, qui a rompu son mariage avec elle sur un assez mauvais prétexte, et il épouse la belle mademoiselle de Bretonvilliers. — Durant l'opéra, il y eut une petite mascarade , chez le roi , de M. du Maine et de madame la duchesse de Bourbon; ils jouèrent même une petite espèce de comédie.
Mardi 12, à Versailles. — Le roi continue à aller dans la tribune à la messe, et ne sort de son appartement que pour venir dîner et souper chez madame la Dauphine, à l'ordinaire. Monseigneur courut le cerf. — Le soir il y eut appartement, et l'on y recommença une manière de loterie et de banque comme il y en avoit eu samedi. Madame de Beringhen , femme de M. le Premier, eut le gros lot que le roi avoit donné gratuitement , et S. M., qui avoit des billets, en ayant trouvé un noir , l'envoya sur l'heure à mademoiselle de Rambures: c'étoit un miroir d'argent fort beau. — On sut que Duquesne , lieutenant
FÉVRIKR 168«. 295
général de la marine, se retiroit en Suisse à cause de sa re-
ligion, et Ton croit que présentement le roi remplira la place de \ ice-a mirai, qui n'a point encore été remplir; on ne la vouloit pas donner à Duquesne à cause de la relig ion , et on ne vouloit pas lui donner le dégoût de mettre un homme au-dessus de lui (1).
Mercredi 13, à Versailles. — Le roi se porta un peu mieux et son mal diminua insensiblement , et S. M. continua à ne point sortir. Monseigneur alla tirer dans la plaine Saint-Denis. Le soir il y eut comédie françoise. — M. Le duc de Chartres vint au lever du roi : le duc d'Aumont lui donna la chemise. Le grand aumônier lui donne le pain bénit à la messe, et les secrétaires d'Etat la plume, quand il faut signer quelque contrat de mariage. Ce sont des honneurs qu'on ne fait point aux princes du sang; — On a mis M. le duc de Chartres dans l'appartement quavoit M. le cardinal de Bouillon, et Mademoiselle à celui de M. le prince de Conty d'aujourd'hui. — Je sus (pie M. Dacier, homme tort fameux par son érudition et ses ouvrages, qui a épousé mademoiselle Le Fè\ i-e, plus fameuse encore que lui par sa profonde science , avoit eu une pension du roi de 500 écus; ils se sont tous deux convertis depuis quelques mois.
Jeudi li, à Versailles. — Le roi se promena l'après*dinee a pied dans ses jardins, et trouva que l'exercice lui faisoit du bien; Monseigneur courut le loup , et ne revint qu'à neuf heures du soir. — Il y eut appartement. Le roi vit jouer au billard, et madame la Dauphine alla à la musique comme à l'ordinaire. — On fit courir un bruit du retour de M. le prince de Conty qui n'étoit point fondé, et M. le Prince crut que c'étoit un mauvais office qu'on vouloit rendre à son neveu. — Monsieur donne 500 éeus de pension à mademoiselle de Loubes, qui sort de la
(1) Cette nouvelle ne sYst point trouvée véritable. Duquesne ne se retire point encore, (iïofe de Danyeau. )
29(i JOURNAL DK DANGEAU.
charnière des filles de Madame; elle n'avoit pas un sol de bien ; avec cette pension-là, elle pourra vivre dans un couvent.
Vendredi 15 , à Versailles. — Le roi se promena l'après-dinée à pied dans ses jardins plus de deux heures, et trouva que cet exercice lui fait du bien ; il se coucha de meilleure heure qu'à l'ordinaire. — Madame de Montespan est allée à Paris, et le roi, depuis son souper, ne sortit point de son cabinet. — Monseigneur alla à Paris avec Madame et madame la duchesse de Bourbon , pour voir l'opéra nouveau à'Armide; Monsieur étoit parti le matin pour aller attendre Monseigneur au Palais-Royal. Nous fûmes de retour ici avant que le roi se mit à table. Madame la Dauphine ne sortit point de chez elle. — Nous avons appris que M. le duc de Savoie a défendu tout exercice de la R. P. R. dans ses États et même dans les vallées de Lucerne et d'Angrongne , où ses prédécesseurs L'avoient toujours soufferte. Il veut, à l'exemple du roi, que tous ses sujets soient catholiques.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour , et s'alla mettre au lit en sortant de son souper ; il sentoit que sa tumeur s'augmentoit , et l'on croit qu'elle viendra à suppuration. Monseigneur courut le cerf. Le soir il y eut appartement, où le roi parut un instant. — Le roi a fait mettre un lit dans le lieu où il a accoutumé de tenir le conseil, afin des 'y tenir le jour, si son mal l'oblige à être couché, cet endroit-là est plus éloigné du bruit. — Il y eut un grand fracas entre M. et madame de Montauban , et elle s'enfuit la nuit de son logis ; elle veut se séparer, et lui veut la ravoir.
Dimanche 17, à Versailles. — Le roi garda le lit tout le jour; on lui a mis l'emplâtre de madame de la Dobiais, et elle l'a vu mettre elle-même. Monseigneur alla tirer dans le petit parc. Le soir il y eut comédie italienne. — On sut que milord Grafton, fris du feu roi d'Angleterre et de madame de Cleveland , s' étoit battu contre le petit