‹ Journal; (volume 5)Chapitre 61 sur 65 · MARS 168H. 3U · texte numérisé non relu

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que Béthune n'avoit pu satisfaire sa sœur. Mais quand S. M. a su que Béthune avoit commencé à compter son argent , le soir même que le terme expiroit , elle a été bien aise qu'il eût le gouvernement, et M. de Breteuil et Courtebonne sont venus de fort bonne grâce le remettre entre les mains du roi , qui a été très-content de leur procédé. En même temps S. M. a envoyé quérir la vieille madame de Béthune et lui a recommandé de remettre la bonne intelligence dans sa famille, parce que Béthune avoit sujet de se plaindre du procédé de sa sœur, et il n'étoit pas même trop content de son oncle , le duc de Saint-Aignan*.

* Ce Béthune, celui de Pologue , beau-frère du roi Sobieski , et chevalier de l'ordre , un chef d'escadre , l'évêque de Verdun et cette madame de Rouville étoient tous enfants de madame de Béthune , dame d'atours de la reine, sœur du duc de Saint-Aignan et de M. de Béthune, chevalier de l'ordre et chevalier d'honneur de la reine, fort considéré à la cour, et fort employé. Lui et son père , frère cadet de Maximilien, premier duc de Sully, surintendant des finances de Henri IV, aussi chevalier de l'ordre , ont été ambassadeurs à Rome . et ont recueilli quinze mille manuscrits très-curieux qui sont la plupart dans la bibliothèque du roi. Le chevalier d'honneur de la reine , mort en 1665, étoit frère aîné de M. de Charost, duc à brevet, capitaine des gardes, père de celui qui fut fait duc et pair.

Dimanche 17, à Versatiles. — Le roi continue de se mieux porter. — Monseigneur alla à Paris voir L'opéra d'Armide pour la troisième fois. Madame, madame la duchesse de Bourbon et toutes les tilles étoient avec lui 5 avant que de partir pour l'opéra, il entendit le sermon de L'abbé Anselme. — Madame La comtesse de Boye vint prendre congé du roi et de la maison royale; elle s'en va en Danemarck avec ses deux filles aînées; le roi lui a permis de s'y retirer ; ses autres enfants seront élevés dans la religion catholique.

Lundi 18, à Versailles. — Le roi a fort bien passé la nuit et s'est un peu promené aujourd'hui dans sa chambre. — Monseigneur a couru le loup avec les chiens de

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M. de Vendôme. — Le soir il y a eu comédie françoise; on a essayé à la farce un nouveau comique qui est fils de Poisson, et on l'a trouvé médiocre. — M. de Champigny- Noroy a été nommé intendant en Canada ; cet emploi-là vaut, je le crois bien, 20,000 livres de rente.

Mardi 19, à Versailles. — Le roi continue à se porter mieux, et s'est promené aujourd'hui dans sa galerie; Monseigneur a couru le cerf. Le soir il y eut appartement. — J'appris que le chevalier de Sourdis avoit remis au roi ses bénéfices et qu'il avoit épousé mademoiselle d'Avare , qui lui avoit demandé cette marque de son amitié en mourant; elle se fit porter à l'église dans un état où on croyoit qu'elle n'avoit plus qu'un moment à vivre, et le mariage fut célébré.

Mercredi 20, à Versailles. — Le roi se porte toujours de mieux en mieux ; il s'est fait lire, dans ses dernières après-dlnées, l'histoire que font Racine et Despréaux et en paroit fort content. — Monseigneur a couru le loup. — Le soir il y eut comédie. — On sut que le Tekely étoit revenu en Hongrie ; il a pris le titre de prince de Hongrie et de Transylvanie. — Madame la Dauphine entendit le sermon de l'abbé Anselme.

Jeudi 21 , à Versailles. — Le roi se lève tous les jours et se promène dans ses appartements, quand il a tenu ses conseils ; il s'amuse souvent les après-dinées à voir ses médailles, et c'est M. Rainssant ( 1 ) qui les lui montre et les lui fa il connoitre. — Monseigneur courut le loup. — Le soir il y eut appartement. — M. de Quélus, qui vient d'épouser mademoiselle de Murcé, nièce de madame de Maintenon, a été fait menin de Monseigneur le Dauphin.

Vendredi 22 , à Versailles — Le roi croit être en état

(l) Rainssant, de Reims, médecin, antiquaire et garde des médailles du roi, est auteur d'une Dissertation sur douze médailles des jeux séculaires de l'empereur Donatien , imprimée par ordre exprès de «S. M. à l'imprimerie de François Muguet que le roi avait établie à Versailles à l'ancien hôtel de Seignelay.

de sortir La semaine qui vient pour aller ;ï la messe. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. — Le roi donna ordre à M. de la Grange, intendant d'Alsace, d'aller à Mourbach pour assister à l'élection que les moines doivent faire d'un abbé et de faire nommer le comte Philippe de Lowenstein , à qui S. M. veut faire tomber cette abbaye-là. — M. le Pelletier, contrôleur général, a l'ait faire aux Invalides un service solennel pour feu M. le chancelier Le Tellier. L'abbé Fléchier, nommé à l'évèché de Lavaur, a fait l'oraison funèbre qui a fort réussi. M. le contrôleur général a voulu par là témoigner sa reconnoissance à M. Le Tellier, à qui il avoit de grandes obligations.

Samedi 23, à Versailles. — La santé du roi va toujours de mieux en mieux. — Monseigneur a couru le cerf. — Le soir il y eut appartement ; on y devoit entendre l'opéra de Lully, maison l'a remis à samedi qui vient, parce qu'on espère que le roi se portera assez bien pour le pouvoir entendre. — S. M. a fait donner une pension de 500 écus à Madame de Clermont, nouvelle convertie. — Le roi a offert à M. de Savoie des troupes pour lui aider à chasser de ses états les Barbets ou Vaudois. On prétend que ces hérétiques sont des restes des anciens Vaudois ou Albigeois qui, dans le treizième siècle, firent en France tant de désordre. Ceux-ci avoient gardé la plupart des erreurs de leurs prédécesseurs, surtout une haine irréconciliable pour les papes, ce qui les unit d'intérêts et de sentiments avec les calvinistes dans le siècle passé, et lorsque le roi a fait sortir les huguenots du royaume, il y en a eu plusieurs qui se sont retirés en ce pays-là, et le roi a cru ne pouvoir pas entièrement déraciner le calvinisme de ses états, surtout du Dauphiné , tant que les Barbets subsisteraient dans les vallées voisines de Pignerol. C'est ce qui l'a obligé à offrir des troupes à M. de Savoie pour se servir de la force, en cas que les raisons et les édits soient inutiles.

Dimanche 24 , à Versailles. — Le roi continue à se bien porter. Monseigneur vouloit aller tirer dans la plaine Saint-Denis; mais, quand il y arriva, le temps étoit si vilain, qu'il se résolut, au lieu de chasser, de s'en aller à TOpéra, à Paris. — Madame laDauphine fit ses dévotions.

— Le roi a nommé le marquis de Preuilly, qui est lieutenant général de la marine, pour commander une escadre de dix vaisseaux qu'on va armer à Brest. On croit qu'il ne partira qu'après le maréchal d'Estrées et qu'il aura ordre de l'aller joindre. *

Lundi 25, à Versailles. — Le mal du roi va toujours de mieux eu mieux. Monseigneur et madame la Dauphine entendirent le sermon. — Le roi donna 4,000 francs de pension à madame la comtesse de Miossens, nouvelle convertie; elle est sœur aînée de madame d'Heudicourt.

— Le roi a fort augmenté le corps de troupes qui est i Maintenons sous le marquis d'Uxelles; il y aura en tout lï bataillons. Laubanie continuera à servir de major-général; Lusignan, Vertillac et Vareil serviront de brigadiers.

Mardi 26, à Versailles. — Le roi se porte toujours de mieux en mieux et sortira bientôt pour aller à la messe. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut appartement.

— On eut nouvelles que madame l'électrice palatine douairière, mère de Madame, étoit à l'extrémité. — On promit à mademoiselle de Bellefonds la première place de tille, qu'on croit prête à vaquer chez madame la Dauphine, par le mariage ou de madame de Lowenstein, ou de mademoiselle de Rambures. — On a des nouvelles de ML Girai'din, ambassadeur du roi à la Porte; il arriva le onzième janvier à Constantinople. Le treize il fit assem- 1 tler tous les François et leur déclara de la part du roi qu'il n'y auroit que les catholiques qui jouiroient des privilèges et des franchises que la protection du roi fait accorder à la nation , et qu'il leur donnoit quatre mois pour se faire instruire. 11 mande que le grand-visir Gara-Ibrahim a été

déposé et qu'on a mis en sa place Soliman, qui commandoit l'armée turque en Pologne.

Mercredi 27, à Versailles. — Le roi s'est longtemps promené aujourd'hui dans sa galerie. — Monseigneur courut le loup ; le soir il y eut appartement. — L'abbé de Quincé, nommé à l'évèché de Poitiers, a remercié le roi de cet évêché; sa mauvaise santé l'empêche de jouir des bontés de S. M. et de pouvoir remplir les fonctions de l'épiscopat; il étoit ami particulier de M. de la Rochefoucault.

Jeudi 28, à Versailles. — Le mal du roi diminue tous les jours. Le soir il y eut appartement. — Mademoiselle de Simiane, fille du premier président de Grenoble, de même maison que MM. de Gordes, fut reçue fille d'honneur de Madame, en la place de mademoiselle de Loubes qui s'est retirée dans un couvent depuis un mois. — Monseigneur vint à Paris voir la statue que M. de la Feuillade a fait élever au roi dans la place des Victoires. Cette cérémonie-là se fit avec grand appareil, et M. de la Feuillade marcha à cheval à la tète des gardes, comme s'il eût été colonel général de l'infanterie ; il y eut un feu d'artifice devant l'hôtel-de-ville et des feux dans toutes les rues. Monseigneur alla à l'hôtel-de-ville voir le feu et ne demeura pas au festin qui fut magnifique. Le prévôt des marchands y avoit convié les ambassadeurs de Siam ; ils s'en excusèrent, en disant qu'ils n'avoient pas achevé toute les visites de la maison royale, et qu'il ne falloit pas que leurs plaisirs marchassent devant leur devoir. Vendredi 29, à Versailles. — Le roi continue à se porter mieux. Monseigneur alla tirer dans le parc. Madame la Dauphine fut au sermon de l'abbé Anselme. Le soir il y eut comédie. — Le roi nomma M. Bignon et M. de la Reynie conseillers d'État ordinaires, et M. de Bezons el M. de Harlay ont été faits conseillers de semestre. Il y avoit deux places vacantes dans le conseil par la promotion de M. Boucherat à la charge de chancelier, et par la mort de M. du Gué. M. de Fourcy, prévôt des marchands, a été

fait conseiller d'honneur du parlement , en la place du chancelier, son beau-père; les conseillers d'honneur ont séance au parlement avant les maîtres des requêtes. — Hier, à la cérémonie de la statue, Bullion, prévôt de Paris, prétendoit y devoir assister et marcher à la gauche du gouverneur de Paris. 11 fondoit sa prétention sur un livre intitulé les Antiquités de Paris, où il est dit que, lorsque la statue d'Henri IV fut posée sur le Pont-Neuf, le gouverneur et le prévôt de Paris, le lieutenant civil, le prévôt des marchands et les échevins y assistèrent; mais le roi a décidé qu'il ne s'y trouveroit point , parce qu'en 1639, lorsque la statue de Louis XIII fut élevée à la Place Royale, le prévôt de Paris et le Chàtelet ne s'y étoient point trouvés.

Samedi 30, à Versailles. — Monseigneur courut le cerf. A six heures mes fiançailles se firent chez madame la Dauphine, où le roi vint. Ce fut M. l'abbé Fléchier, nommé évèque de Lavaur, qui en fit la cérémonie. — Il y eut le soir appartement, et madame la Dauphine se fit chanter l'opéra d'Armide par les acteurs de Paris. — A minuit nous allâmes à la chapelle, où j'épousai la comtesse Sophie de Lowenstein *.

* La comtesse de Lowenstein, qui épousa l'auteur de ces mémoires, étoit fille cbanoinesse de Thorn, près Nimègue, dont sa tante étoit abbesse, dont les prébendes sont pareilles en preuves que celles de Cologne, mais peu riches. Elle étoit fille de madame la Dauphine et devint dame du palais de l'autre Dauphine , sa belle-fille , et une des favorites de madame de Maintenon. Jolie et vertueuse comme les anges; une figure de déesse dans les airs ; douce, bonne , d'un bon esprit et dont la bonté lui tenoit lieu d'étendue. Quelqu'un disoit d'elle et de madame d'Heudicourt, autre favorite de madame de Maintenon, liées dès l'hôtel d'Albret, que c'étoient les deux anges de madame de Maintenon , le bon et le mauvais ; et en effet madame d'Heudicourt, qui avoit été fort belle et fort galante , et qui étoit tôt devenue hideuse , avoit infiniment d'esprit , et étoit méchante avec la noirceur des démons. Madame de Dangeau, étoit sœur d'autre abbesse de Thorn, de la comtesse de Waldstein, de la landgrave d'Hesse-Rheinfelds , mère de la reine de Sardaigne , de la duchesse de Bourbon et de la princesse

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de Sult/.bacb qui sera électrice-palatine. Elle étoit sœur aussi de la comtesse de Salins, puis de Sevini,de la comtesse de Jlosemberg, de la princesse de Nassau-Sieghen, et de la princesse de Liechtenstein, veuve d'un prince de Saxe; sœur encore du comte de Lowenstein, fait conseiller d'Etat de l'Empire, gouverneur du Milanois et prince de l'Empire; du prince de Mourbach, avec beaucoup d'abbayes en France . et t'ait par L'Empereur évêque de Tournav, et de plusieurs autres. Leur mère étoit sœur du cardinal de Furstemberg et leur père étoit la cinquième génération de Louis, lils de Frédéric puîné, de l'électeur Louis le Barbu, administrateur et un peu usurpateur de l'électorat sur son neveu Louis Y Ingénu, qu'il adopta, et épousa une simple demoiselle, Claire de Tetingen, en 14(î2, dont il eut Louis, tisje de Lowenstein. C'est ce qu'on appelle en Allemagne les mariages de la main gauche, parce qu'il est inégal quoique légitime , et dont les entants n'ont qu'un léger partage, dont ils prennent le nom sans aucune part au rang, honneurs, droits et biens de leur père; aussi madame la Dauphine et Madame trouvèrent-elles très-mauvais qu'elle se fût dite de la maison palatine par son contrat de mariage , quoiqu'elle en fût très-véritablement , et que cela fit une fort grosse affaire.

Dimanche 31, à Versailles. — Le roi entendit la messe dans la tribune. — Monseigneur et madame la Dauphine allèrent l'après-dinée au sermon de l'abbé Boileau. — Mademoiselle de Bellefonds entra fille d'honneur de madame la Dauphine, en la place de madame de Lowenstein. — On apprit la mort de madame rélectrice palatine, mère de Madame; elle mourut à Heidelberg le 20 de ce mois ; elle étoit fille du landgrave de Hesse et de la fameuse landgravine qui avoit tant rendu de services à la France.

LundiV* avril, à Versailles. — Le roi continue à se bien porter et va entendre la messe dans la tribune. Monseigneur courut le loup. — Le roi de Suède a vendu à l'Empereur 8,000 hommes de vieilles troupes, qui sont déjà en marche pour aller en Hongrie; je ne sais point combien il en tire d'argent.

Mardi 2, à Versailles. — La santé du roi se fortifie tous les jours. Monseigneur courut le cerf. Le soir il y eut appartement. — Le roi a donné 1,000 éms de pension A

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mademoiselle de Chabot, qui s'est convertie depuis peu.

— Le roi continue à se mieux porter; il a pris aujourd'hui le deuil en noir pour la mort de madame Félectrice palatine, mère de Madame. Monseigneur a couru le loup.

— J'appris que Bouliers avoit une commission pour commander en Guienne avec l'autorité de gouverneur.

Jeudi h, à Versailles. — Le roi se porte toujours de mieux en mieux. Monseigneur et madame la Dauphine allèrent à ténèbres. — J'appris la mort de madame de Saint-Rémy, mère de madame la duchesse de la Vallière*.

— Monsieur et Madame allèrent à Saint-Cloud; ils ironf ensuite passer quelques jours à Paris. — On a nouvelles que la diète de Ratisbonne a accordé à l'Empereur cinquante mois romains pour la guerre contre les Turcs; cela montera à plus de 8,000,000 ; la diète a déclaré que ce subside seroit regardé comme volontaire et cari*tatif, pour me servir de leur terme. Un mois romain est la somme à laquelle a été évaluée la dépense que chaque état de l'Empire faisoit pour entretenir pendant un mois les troupes qu'il devoit fournir à l'Empereur lorsqu'il alloit à Rome recevoir la couronne impériale. Ces voyages ne se font plus depuis Charles V, mais c'esl sur le pied de cette évaluation qu'on fait la plupart des impositions générales dans l'empire.

* Madame de Saint-Rémy avoit épousé en premières noces la Vallière, dont elle eut le marquisde la Vallière, gouverneur de Bourbonnois, dont la femme fut dame du palais de la reine, et le fils duc et pair dans la régence de M. le duc d'Orléans, et mademoiselle de la Vallière fille de Madame. En secondes noces, elle épousa Saint-Rémy, premier maître d'hôtel de Madame, veuve de Gaston, l'un et l'autre de grande intrigue, et en eurent madame d'Entragues pour fille unique, mère de d'Entragues, fort dans le monde et moins de beaucoup que sa mère et sa grand'mère. Ainsi madame d'Entragues étoit sœur de mère de mademoiselle de la Vallière, maîtresse du roi, puis carmélite , et mère de M. de Yermandois et de madame la princesse de Conty.

Vendredi 5, à Versailles. — Le roi se promène tous les jours dans ses appartements, et après avoir tenu ses con-

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seils, il s'amuse souvent à voir des médailles. — Monseigneur vint à Paris à l'Opéra; il avoit avec lui, dans son carrosse, madame, la Duchesse, madame de Bourbon, nuidame et mademoiselle d'Uzès et les filles d'honneur. — On sut que Quinault avoit l'ait demander au roi de le dispenser des opéras; dans sa dernière maladie, il a eu des scrupules sur cela , et S. M. a trouvé bon qu'il n'en fit plus ; il va travailler à un poëme qui expliquera les peintureque Lebrun a faites dans la galerie de Versailles.

Samedi 6, à Versailles. — Le roi continue à se mieux porter. Monseigneur courut le cerf et revint au galop. M. d'Antin , qui le suivoit, tomba de cheval entre les deux écuries et se blessa considérablement; madame de Montespan Fa fait porter à Clagny. — M. de Strasbourg prit congé du roi, s'en retournant en Allemagne. — Le roi dit à M. le comte Philippe de Lowenstein, qu'il avoit eu nouvelles qu'il avoit été un des trois nommés par les moines de Mourbach et de Luders, et qu'il l'avoit choisi pour en être abbé. — Le soir il y eut appartement, et le roi y reçut Monseigneur et madame la Dauphine, puis il se retira dans sa petite chambre où il couche.

Dimanche 7, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et madame la Dauphine furent à la grand'messe. — Monseigneur entendit le commencement du sermon en bas, puis vint retrouver madame la Dauphine dans la tribune en haut. — J'appris que madame Béchamel, femme du chanceber de Monsieur, étoit morte à Paris.

Lundi 8, à Versailles. — Le roi n'a quasi plus aucune incommodité et sortira au premier jour. Monseigneur courut le loup. — Je sus que l'évèque de Tréguier avoit été nommé à l'évêché de Poitiers, que l'abbé de Quincé a remis au roi, à cause que ses indispositions l'empêchent de faire les fonctions de lépiscopat. — Madame la Dauphine fit son bon jour.

Mardi 9, à Versailles. — Le roi s'alla promener en calèche et à pied ; il fut longtemps dans ses jardins et se trouva

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fort bien de sa promenade; il avoit avec lui, dans sa calèche, madame la princesse de Conty , madame de Maintenon et madame de Mornay. Monseigneur courut le loup.

— Le soir il y eut appartement pour la dernière fois. — Un lit l'incision cruciale à M. d'Antin, qui étoit tombé de cheval en revenant de lâchasse avec Monseigneur, samedi.

— On mande de Pologne que le pape y a déjà envoyé à diverses fois pour 1,000,000 de lettres de change, que le nonce emploie aux préparatifs de la campagne contre les Turcs ; il a fait remplir un grand magasin à Léopol ; il contribue à faire mettre l'artillerie en bon état; il a fait acheter un grand nombre de bœufs pour nourrir l'armée en passant dans les déserts de Moldavie, et il entretiendra pendant la campagne un hôpital qui suivra l'armée.

Mercredi 10, à Versailles. — Le roi se promena longtemps à pied dans ses jardins. — Monseigneur et madame la Dauphine entendirent ténèbres dans la tribune. — On trépana M. d'Antin, et pour peu qu'on eut différé le trépan, il étoit mort. — Le roi quitta le deuil qu'il avoit pris pour la mort de madame rélectrice palatine ; Monseigneur et madame la Dauphine le porteront jusqu'après Pâques.

Jeudi saint 11, à Versailles. — Monseigneur fit la cérémonie de la Gène en la place du roi. — Après ténèbres, S. M. s'alla promener dans ses jardins. — J'appris que madame la princesse de Conty avoit donné à madame la duchesse de Choiseul une pension de 2,000 écus qu'elle donnoit à madame de Saint-Kémy, sa grand' mère; elle donnoit déjà 2,000 francs à Madame de Choiseul; ainsi elle en a 8,000 présentement, et outre cela, elle lui donne ses habits pour le carrousel.

Vendredi 12, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et madame la Dauphine entendirent la Passion de l'abbé Boileau , et les ténèbres dans la tribune. Le roi se promena à pied dans ses jardins en sortant de la chapelle. — Le chevalier de Rouis achète le guidon des gen-

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darmes de Flandres, et Champremont celui des gendarmes d'Anjou.

Samedi 13, à Versailles. — Le roi fit son bon jour, ei toucha plus de quinze cents malades. — Monseigneur alla courre le loup. — Le roi donna à l'abbé de Kerkado l'évêehé de Tréguier, vacant par la promotion de l'évèque à l'évèehé de Poitiers. — Le roi donna l'abbaye d'Obasine, qu'avoil le chevalier de Sourdis, au frère de Blouin, premier valet de chambre. — LaChesnaye a eu le gouvernement de Meulan qu'avoit son père, gentilhomme de la manche de Monseigneur le Dauphin.

Dimanche 14, à Versailles. — Le roi descendit en bas dans la chapelle, où il entendit la messe et le sermon de l'abbé Boileau. — S. M. dîna en public avec Madame . comme il y dinoit avant sa maladie. Il soupe encore dans son lit, et se recouche d'ordinaire à huit heures. — Au sortir de vêpres, le roi s'alla promener en calèche dans son parc avec madame la princesse de Conty et madame de Maintenon, et fit chasser sa chienne; on lui a dressé des chevaux qui arrêteront à sa calèche, afin qu'il puisse tirer sans descendre.

Lundi 15, à Versailles. — Le roi alla se promener dans une petite calèche découverte qu'on lui a fait accommoder pour tirer sans descendre; il tira et tua cinq ou six pièces de gibier. Cette machine-là n'est pourtant pas bien commode. — Monseigneur donna une grande collation à Trianon à madame la princesse de Conty et à beaucoup de dames. — Mademoiselle de Poitiers sortit de chez Madame; on croit que Monsieur ne remplira point sa place . parce qu'il n'y a d'ordinaire que quatre filles chez Madame; il y en avoit cinq, mais c'étoit qu'on avoil voulu prendre Loubes par-dessus le nombre réglé.

Mardi 16, à Versailles. — Le roi alla se promener, et joignit à la ménagerie Monseigneur, qui étoitallé là faire collation avec toutes les daines et les cavaliers du carrousel qui avoient répété ce jour-là: ensuite Monseigneur

fit le tour du canal, les dames toutes à cheval. — Madame la Dauphine fut saignée ce jour-là, parce qu'elle est à mi-terme de sa grossesse ; elle gardera la chambre neuf jours, et en sera trois sans sortir du lit.

Mercredi 17, à Versailles. — Le roi se promena dans son parc, et tira dans cette machine nouvelle qu'on lui a faite pour cela. — Monseigneur alla courre le loup qui le mena fort près de Fontainebleau ; il revint pourtant d'assez bonne heure pour être à la collation qu'il donnoit à madame la princesse de Conty et aux dames. — Madame la Dauphine continue de garder le lit. — Le mariage de M. de Polignacavec mademoiselle de Ramburesfut arrêté. Le roi donne 50,000 écus à la demoiselle; ils épouseront les premiers jours de la semaine qui vient.

Jeudi 18, à Versailles. — Le roi se promena dans sa calèche découverte, et tira quelques coups. Monseigneur alla se promener et tirer dans le parc le matin. Madame la Dauphine continua à garder le lit. — Monsieur et Madame revinrent de Paris. Ils a voient été quinze jours absents. — Le roi envoya le duc de la Force à Saint-Magloire ; on a\ oit cru qu'il changeroit de religion , et le roi lui avoit parlé longtemps ce matin pour cela, mais inutilement. — Madame de Pontdebourg, mère de mesdames de Miossens et d'Heudicourt , a changé de religion et s'est faite catholique.

Vendredi 19 , à Versailles. — Le roi se promena assez longtemps à pied dans ses jardins, et prit plaisir de montrer quelques fontaines nouvelles à Vauban qui revient de Languedoc examiner le canal pour la jonction des mers; il a trouvé cet ouvrage-là fort beau, et propose des moyens de le rendre très-navigable , et par conséquent très-utile. — Monseigneur alla courre le loup, et revint pour la collation qu'il donna à Madame la princesse de Conty. — Madame la Dauphine se leva pour diner avec le roi, et se remit le soir au lit où elle soupa. — La tille de Bontems mourut à Paris ; elle étoit fort jolie et elle alloit

se marier. Le roi a envoyé quérir le père sur l'heure pour tâcher à le consoler. — J'appris que l'abbesse de Saint-Antoine à Paris étoit morte; elle laisse une des belles abbayes de France; elle étoit tante du président de Champlàtreux.

Samedi 20, à Versailles. — Le roi se trouva un peu incommodé d'avoir tant marché à pied le jour d'auparavant ; il reparut le soir quelque chose à son mal, qui obligea à y mettre la pierre de cautère , mais ce n'est rien de considérable. — Monseigneur alla tirer dans le parc. — Madame la Dauphine continue à garder la chambre, elle ne sort que pour aller dîner avec le roi — J'appris qu'il y avoit quatre camps de réglés pour la cavalerie, un sur la Saône qui sera commandé par Saint-Rut, un sur la Sarre qui sera commandé par Bulonde, un en Artois qui sera commandé par Montbron , et un sur la Charente qui sera commandé par Boufflers. Le camp de Bulonde sera composé de huit régiments de cavalerie qui font soixante-six compagnies ; il aura sous lui pour brigadiers de cavalerie Bertilac , Saint-Gellais et Tallard ; Dumenil fera la fonction de maréchal des logis, et la Goubilière, intendant de la province , fera la fonction d'intendant de ce camp. — Le camp de Saint-Rut sera composé de six régiments de dragons de douze compagnies chacun, et de dix-huit régiments de cavalerie , dont cinq à douze compagnies et le reste à huit. Arnolfini, brigadier, commandera la cavalerie; Coigny, Mélac , Vivant et Lumbres serviront de brigadiers de cavalerie, et Longueval de brigadier de dragons. Dubourg y fera la fonction de maréchal des logis, etCourselle, commissaire des guerres, celle d'intendant.

Dimanche 21, à Versailles. — Le roi garda le lit tout le jour. Monseigneur fit une répétition du carrousel, et ensuite mena promener les dames autour du canal. — Madame la Dauphine continua de garder la chambre. — J'appris que le comte de Coligny étoit mort à Paris. C'est-

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lui qui commandent les troupes que le roi envoya en Hongrie au secours de l'Empereur, et c'étoit le plus bel emploi qu'aucun gentilhomme ait eu depuis longtemps. — Le camp que Montbron commande en Artois sera composé de cinq régiments de cavalerie, qui l'ont cinquante-deux compagnies, et des onze compagnies de la petite gendarmerie. Vatteville, Seppeville et Quinson, brigadiers de cavalerie, serviront sous lui. La Bertière fera la fonction de maréchal des logis, et Valicour, subdélégué de M. de Bagnols, servira d'intendant.

Lundi 22, à Versailles. — Le roi entendit la messe dans son lit, et ne se leva point de tout le jour. Monseigneur courut le loup, et revint se promener avec madame la princesse de Conty et les dames, à qui il donna collation à la ménagerie. — Madame la Dauphine continua de garder la chambre. — J'appris que le roiavoit donné 20,000 écus à Villacerf pour la vaisselle qui lui devoit revenir à la mort de la reine, comme étant son premier maître d'hôtel. — Le comte de Tessé, quoiqu'il ne soit que brigadier, commandera en Dauphine en la place de Saint-Rut, qui va commander un camp sur la Saône.

Mardi 23, à Versailles. — Le roi se leva pour venir aux fiançailles de mademoiselle de Rambures avec M. de Polignac; elles se firent dans la chambre de madame la Dauphine , comme à l'ordinaire , et ensuite les fiancés allèrent se marier à Paris. La noce se lit chez madame de Montauban , tante de la mariée. — Je sus que MM. de Locmaria el de Varenne , tous deux anciens colonels de cavalerie et réformés, avoient eu des pensions de 1,000 francs , et que Longueval , capitaine de chevau-légers , avoit remis sa compagnie, et on lui a donné une pension de 500 francs.

Mercredi 2ï, à Versailles. — Le roi entendit la messe dans son lit, et ne se leva que pour dîner. Monseigneur courut le loup. — Madame la Dauphine ne garda plus la chambre : mais, comme elle grossit fort , elle ne s'habillera

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I > 1 1 1». guère qu'en n»l>»' de ehambre. — L<- présidenl le Goigneux mourut à Paris; il étoit second président du parlement; il avoit été marié trois l'ois. Sa prejnière femme étoit veuve de M. Galand, et, par sa mort, les créanciers de RI. Galand profiteront beaucoup ; il épousa en secondes noces une sœur du feu maréchal de Rochefort; sa troisième femme , qui vit encore , étoit nièce du feu duc de Navailles et fdle de l'aîné de la maison. Par la mort de M. le Coigneux, le président le Bailleul devient le plus ancien des présidents à mortier.

Jeudi 25, à Versailles. — Dès que le roi sut la mort du président le Coigneux, il envoya chercher M. Pelletier, le contrôleur général, et lui donna la charge de président à mortier et 50,000 écus, pour lui aidera payer les 350,000 livres à quoi la charge est fixée. — Monseigneur se promena avec madame la princesse de Conty et les daines, et leur donna la collation au bout du canal, du côté de Trianon. — M. le duc de Bourbon coucha pour la première fois avec madame sa femme; leur grande jeunesse avoit empêché qu'on ne les laissât ensemble jusqu'à ce jour-là.

Vendredi 26, à Versailles. — Le roi continue de garder la chambre; mais son mal va aussi bien qu'on le peut souhaiter, et il sortira au premier jour. — Monseigneur alla à Paris avec madame la Duchesse, madame de Bourbon et les filles d'honneur. En arrivant au Palais-Royal, il remonta en carrosse et alla voir madame de Polignac et la ramena à l'Opéra dans son carrosse, elle et les dames qui étoientchez elle. Après l'Opéra, Monseigneur revint ici comme à son ordinaire. — Le roi donna l'abbaye de Saint-Antoine , vacante par la mort de madame de Champlàtreux, à une sœur de M. de Montchevreuil, religieuse enINormandie. L'abbaye est très-considérable. — Madame la Dauphine fit faire une petite chaise dans laquelle elle monte les degrés les plus étroits, et a passé une partie de l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola , qui se porte beaucoup mieux. — Le roi a donné l'évèché de Grasse à l'abbé

Verjus, frère du comte deCrécy, plénipotentiaire à Ratisbonne; l'évêché de Vence à l'abbé de Viens; l'évêché de Glandesves à l'abbé de Villeneuve de Vence, et l'abbaye de Pontière à l'abbé d'Aubigny, parent de madame de Maintenon.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi continua de garder le lit; mais on commence à voir le fond de son mal, et les chairs reviennent à merveille; ainsi, Dieu merci, il n'y a rien à craindre. — Monseigneur a couru le cerf, et revint d'assez bonne heure pour se promener avec les dames autour du canal; il a pris la résolution de ne plus courre que deux fois la semaine , une fois le loup et une fois le cerf. H couroit si souvent et alloit si loin qu'il mettait à bout tous ses officiers et tous ceux qui ont l'honneur de le suivre d'ordinaire. — Le roi adonné à l'abbé Pelletier, conseiller d'État , la place de conseiller d'honneur au parlement, qu'avoit M. son frère le contrôleur général, avant que d'avoir la charge de présidente mortier.

Dimanche^, à Versailles. — Le roi va à la messe à la tribune, et son mal diminue si considérablement que nous le verrons bientôt en parfaite santé. — Monseigneur lit une répétition du carrousel, et s'alla promener ensuite avec les dames. — Madame la Dauphine passa l'après-dînée chez mademoiselle Bezzola . — Le roi déclara qu'il feroit quatre chevaliers de l'ordre à la Pentecôte : M. leduc de Chartres, M. le duc de Bourbon, M. le prince de Gonty et M. le duc du Maine. Monsieur avoit pressé le roi de donner l'ordre à M. de Chartres, et S. M. a voulu que ces trois autres princes l'eussent en même temps; M. de Toulouse Tauroit été aussi, s'il eût fait sa première communion; mais il est encore trop jeune.

Lundi 29 , à Versailles. — Le roi va toujours à la messe a la tribune, et sa plaie va à souhait présentement. — Monseigneur courut le cerf, et revint se promener avec les dames. — M. de la Vieuville a été déclaré gouverneur de M. le duc de Chartres; il y a déjà quelques jours que

nous savions qu'il étoit nommé; il aura 24,000 francsd'appointements , comme avoient MM. de Navaifies et M. d'Estrades. — Madame la Dauphine fit chanter l'opéra à'Armide \m\v les chanteurs de Paris. — L'ambassadeur de Venise, après ttfoir fait, à Saint-Cloud, ses compliments à Monsieur et a Madame sur la mort de madame l'électrice palatine, alla voir M. le duc de Chartres et Mademoiselle avec ses habits dé cérémonie, tels qu'il les porta à la première audience du roi. 11 en faisoit difficulté sur ce que les quatre derniers ambassadeurs de Venise n'avoient jamais été chez mademoiselle d'Orléans, ni chez madame de Guise qu'avec leurs habits ordinaires.

Mardi 30,« Versailles. — Le roi continue de se lever et d'aller à la messe à la tribune, et l'après-dmée il se promena dans sa galerie et dans ses appartements. — Monseigneur se promena à pied dans les jardins avec madame la princesse de Conty et les filles. — Madame la Dauphine passa l'après-dînée chez mademoiselle Bezzola; elle y vn les jours que mademoiselle Bezzola n'a: point eu la fièvre (1). — Le roi donna, ces jours passés , une pension

(1) « Vous mande-t-on fies nouvelles de ce pays-ci , Monsieur? \<>us dit-on que l'amour y reprend ses droits et sa force, et qu'il s'est mis sous la prolection de Monseigneur? Vous dit-on que le beau se\e se tue pour avoir l'honneur de ses bonnes grâces? que tout est promenades , rendez-vous , billets doux, sérénades , et tout ce qui faisoit les délices de notre bon vieux temps? A ne dire que la moitié des choses, on pourrait vous mander tout ceci; cependant on ne mentirait pas quand on vous dirait qu'il y a dans cette cour des images de la cour de Henri III; et, si le maître n'y tenoit la main, il n'y aurait plus de maris jaloux à Versailles. » Lettre de maritime de Sévigné <tu 29 juin 1686. Voici l'explication de ce changement : Madame la Dauphine (Hait non-seulement laide, mais choquante. Cependant monseigneur l'aima et peut-être n'aurait aimé qu'elle, si la mauvaise humeur et l'ennui qu'elle lui causa ne l'avaient forcé à chercher des amusements ailleurs. Le roi a\ait laisse auprès de madame la Dauphine une femme de chambre allemande élevée a\ee elle et à peu près du même Age : cette tille nommée Bessola , sans avoir rien de mauvais, lit beaucoup de mal à sa maîtresse et beaucoup de peine au roi. La Dauphine, toujours malade, vivait dans une retraite complète en compagnie de la Bessola. « Madame la Dauphine, dit Saint-Simon , a passé les dix années qu'elle a vécu en France, grosse, en couches ou malade de la longue maladie

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<1( i.,000 francs à madame la comtesse de Quintin, nouvelle convertie. C'est M. de la Feuillade qui l'a demandée pour elle.

Mercredi 1 cl mai, à Versailles. — Le roi se porte toujours de mieux en mieux. — Monseigneur a fait la répétition du carrousel, et puis a mené à Marly madame de Bourbon, madame la princesse de Conty et beaucoup de dames; il s'y est fort promené , y a soupe et est en revenu assez tard. Il a voit ordonné que les gens qui voudroient l'y suivre lui en demanderoient la permission , comme le roi a souvent accoutumé de faire en pareille occasion. — M. le marquis de la Porte , capitaine de vaisseau et inspecteur de la marine, épousa à Paris mademoiselle Gargan.

Jeudi 2. à Versailles. — Le mal du roi diminue si considérablement qu'il n'y reste quasi plus rien ; il va tous les jours à la messe à la tribune , et dîne debout; il ne se recouche que sur les huit heures. — Monseigneur alla courre le loup dans la forêt de Livry . d'où il vint d'assez bonne heurepour se promeneraveclesdam.es. — Madame l.i Dauphine passa Faprès-dinée chez mademoiselle Bezzola. — Mademoiselle de Malauze , qui est encore huguenote, eut ordre de se mettre dans un couvent à Paris.

Vendredi 3, à Versailles. — Le roi parla publiquement du bon état où étoit sa plaie, et parutfort content despartis qu'on avoit pris pour le guérir, et de ce qu'on ne luiavoit

■l'iiit l'Ile mourut eu 1690. >- Ce qui éloignait la Dauphine de la cour, c'est encore qu'elle était rebutée de la méchanceté, de l'ironie et de la raillerie qu'elle \ trouvait partout. Tous les efforts du roi et de madame de Maintenon pour la retirer de cette retraite et pour l'obliger a tenir une cour, furent inutiles ; elle continua à vivre dans ses cabinets de derrière en compagnie de la Bessola, parlant allemand avec elle, de façon que Monseigneur, qui ne comprenait pas cette langue , s'ennuyait fort entre ces deux femmes qui , de plus , ne faisaient aucune attention à lui. Il se lassa enfin et chercha des distractions dans la société de la princesse de Conty , parmi ses filles et celles de la Dauphine. Il eut des maîtresses , en grand nombre et de toutes classes , entre autres mademoiselle deRambures, qui épousa le vicomte de Polignac; la Dauphine se plaignit alors : mais ses plaintes et son aigreur achevèrent de tout gâter. Voy. Souvenirs de madame de Caylus.

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fait aucune incision. — Monseigneur s'alla promènera pied dans Les jardins. Madame la Dauphine l'y accompagna ; elle marcha quelque temps, et puis monta clans les petites chaises qu'on mène à bras. Monseigneur lui donna une grande collation. — Le soir, après son souper, le roi nous dit que les révoltés des vallées de Lucerne et d'Angrongne s'étaient soumis à toutes les volontés de M. le duc de Savoie, leur souverain ; ils ont fait quelque légère résistance ; ils ont tiré sur les troupes du roi et blessé considérablement le petit Biron et Gontault, son cousin-germain. Le major du régiment de Provence est blessé à mort. — Les troupes de Savoie attaquoient les révoltés par un autre endroit, et dévoient se rejoindre aux troupes du roi. M. le duc de Savoie les commandoit en personne.

Samedi k, à Versailles. — Le roi vouloit s'aller promener en calèche , mais le vilain temps l'en empêcha. — Madame la Dauphine se devoit embarquer sur le canal avec Monseigneur, qui lui avoit fait préparer une grande collation à la ménagerie ; la pluie rompit cette promenade-là ; Monseigneur ne laissa pas d'y aller avec madame la princesse de Conty. — Le roi donna à la marquise de la Vallière la pension de 2,000 écus qu'elle avoit eue durant la vie de la reine; elle étoit une de ses daines. — Madame la Dauphine passa l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola.

Dimanche 5, à Versailles. — Le roi s'alla promener dans ses jardins en chaise qu'on traîne à bras. — Madame la Dauphine se promena assez longtemps à pied avec Monseigneur, puis ils s'embarquèrent sur le canal et allèrent faire collation à la ménagerie. — M. de Louvois eut un assez grand accès de fièvre. — nous apprîmes que la diète de Ratisbonne avoit donné une conclusion par laquelle elle a déclaré que la prise de possession de l'électeur palatin ne pourra nuire aux droits de Madame sur la succession de M. l'électeur son frère.

Lundi ty à Versailles. — Le roi se promena long temps dans ses jardins dans des chaises à bras. Monseigneur alla courre le loup. — Le soir il y eut comédie italienne, où Ton fit jouer un nouveau comédien nommé Mézetin. — Madame la Dauphine se trouva un peu incommodée la nuit d'avoir trop marché à pied. — J'appris que M. deBéthune, l'aîné de la maison, qui demeure à Fontainebleau, h voit eu une pension du roi de 1,000 écus. — On écrit de Rome qu'il y a plusieurs quiétistes qui ont fait abjuration; leurs erreurs sont tirées pour la plupart de quelques passages mal entendus des plus dévots et des plus fameux auteurs qui ont écrit sur l'oraison mentale. Ils prétendent que, quand on s'est une fois donné à Dieu de tout son cœur, on doit être dans un saint repos, cetra'ils appellent l'état de quiétude, oul'oraison de quiétude, et c'est de là qu'on leur a donné le nom de quiétistes. Ils disent que pour ne point troubler cet état de quiétude, il ne faut pas se mettre en peine de faire de nouveaux actes d'amour de Dieu ; qu'il faut s'abandonner entièrement au mouvement d<- l'espril de Dieu, sans s'embarrasser ni des mystères ni des cérémonies, et que, pendant que la partie supérieurede l'âme est dans ce saint repos, elle ne doit point se mettre en peine de ce qui arrive à son imagination ni même à son corps. Ces maximes une fois reçues dans les esprits contemplatifs y produisent de nouvelles erreurs, et, dans les cœurs libertins, elles sont suivies d'une infinité de désordres scandaleux. Le docteur Michel Molinos, espagnol, homme d'une grande piété extérieure, et d'une imagination fort vive, étoit regardé comme le chef des quiétistes. Sa doctrine avoit de quoi contenter lès spéculatifs et les vicieux; les dévots de bonne foi y trouvoient assez de quoi se laisser séduire, et en peu de temps cette opinion s'étoit répandue dans toute l'Italie.

Mardi T. à Versailles. — Le roi se promena à pied longtemps dans ses jardins. — Monseigneur alla à Saint- Cloud voir Monsieur; il y mena beaucoup de dames avec

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lui cl s'\ promena jusqu'à neuf heures — Madame La Dauphine passa l'après-dlnée chez mademoiselle Bezzola.

— Le soir madame de Navailles vint ici, et madame la Dauphine la pria, après son souper, d'entrer dans son cabinet, et lui parla si obligeamment et si fortement qu'enfin elle la lit consentir que M. le marquis de Laurière songeai .1 épouser mademoiselle de la Valette, sa fille ;il y a déjà longtemps que la demoiselle et le cavalier s'entr'aiment; madame la Dauphine a fait cette démarche-là pour obliger M. de Montauzier, de qui M. de Laurière est neveu. — On mande de Madrid que la comtesse de Soissons y est arrivée avec le prince Eugène son fils; elle a été menée dans les carrosses de la reine à l'hôtel des ambassadeurs extraordinaires, où elle a été servie par les officiers de la maison du roi; elle a été conduite à l'audience de la reine par la marquise de Los Balbases, et y a salué le roi. Les ministres étrangers ont été la voir et l'ont traitée d'altesse. Les grands d'Espagne n'ont pas voulu lui donner ce titre. Le prince Eugène a été aussi à l'audience du roi , qui l'a traité comme grand d'Espagne delà première classe; il devoit partir incessamment pour aller servir en Hongrie, a la tête du régiment qu'il a dans les troupes de l'Empereur.

Mercredi 8, à Versailles. — Le roi se promena à pied longtemps dans ses jardins,- malgré la pluie. — Monseigneur fit faire la répétition du carrousel, et heureusement il ne plut point durant tout ce temps-là ; tout le reste du jour la pluie fut violente. — Au sortir du carrousel. Monseigneur mena madame la Duchesse, madame de Bourbon, madame la princesse de Conty et beaucoup de dames à Trianon, où il leur donna une grande collation. — L'abbé de Maulevrier, aumônier de madame la Dauphine, harangua le roi, Monseigneur, madame la Dauphine, Monseigneur le duc de Bourgogne, à la tête des députés des États de Bourgogne. Les États demandent au roi la permission de lui ériger dans la ville de Dijon une

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statue équestre de bronze ; beaucoup de villes du royaume demandent au roi la permission de lui faire ériger des statues, les unes de bronze, les autres de marbre, chacune à proportion de ses facultés.

Jeudi 9, à Versailles. — Le roi se promena longtemps dans ses jardins avec madame la princesse de Conty et des dames. Monseigneur alla courre le loup. — Les députés d'Artois vinrent le matin haranguer le roi ; Févêque d'Aire (1) portoit la parole, et le prince d'Elbeuf, comme survivancier du gouvernement de Picardie et d'Artois, les présentent; ils ne haranguèrent que le roi. — Madame la Dauphine passa Faprès-dinée chez mademoiselle Bezzola.

Vendredi 10, à Versailles. — Le roi se promena fort longtemps à pied. — Monseigneur alla à Paris à l'Opéra avec madame la Duchesse, madame et mademoiselle de Bourbon; mesdemoisellesdeGrammont, qui étoient à Paris, le vinrent trouver à l'Opéra et il les ramena ici; madame de Polignac, qu'il avoit voulu mener d'ici, se trouva un peu indisposée et ne put avoir l'honneur de le suivre. — Le roi a voulu donner 150,000 livres de rente en bénéfices pour fonder l'établissement qu'il fait à Saint-Cyr des filles qui sont encore à Noisy, et pour cela S. M. y a affecté l'abbaye de Saint-Denis et quelques autres bénéfices. Outre cela, S. M. donnera les places de religieuses de chœur dans tout le royaume aux filles de cette maisonlà qui voudront se mettre dans des couvents.

Samedi 11, à Versailles. — Les États de Bretagne vinrent haranguer S. M. et la maison royale; l'évèque de Tréguier, nommé évêque de Poitiers, portoit la parole, et M. de Chaulnes lesprésentoit. — Le soir S. M. se promena longtemps à pied dans ses jardins; il se recouche toujours sur les huit heures et soupe à dix dans son lit ; il fait d'ordinaire venir Vizé pour jouer de la guitare sur les neuf

(1) La Gazette de France, le Mercure et le marquis de Sourchcs disent l'évèque de Saint-Omer.

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