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heures. — Monseigneur, madame laDauphine et toute la maison royale sont auprès de lui jusqu'à son souper. — Monseigneur alla courre le loup, et revint d'assez bonne heure pour se promener avec madame la princesse de Conty et les filles d'honneur de madame laDauphine. — Le roi choisit mademoiselle de Montmorency pour remplir la place de fille d'honneur de madame la Dauphine qu'avoit madame de Polignac ; on avoit cru que ce seroit mademoiselle de l'Isle-Marie, seconde fille du maréchal de Bellefonds, qui auroit cette place-là; mais il y a eu un malentendu dans cette affaire-là qui l'a empêchée; mademoiselle de Montmorency est d'une branche d'Artois, et c'est celle que M. de Valentinois avoit voulu épouser à Arras. — Madame la Dauphine passa l'aprèsdînée chez mademoiselle Bezzola.
Dimanche 12, à Versailles. — Après le salut, le roi se promena longtemps dans ses jardins; Monseigneur alla faire collation avec madame la princesse de Conty et les dames. — On sut que la comtesse de Soissons , la mère , et le prince Eugène, son fils, n'avoient pas pu obtenir à Madrid ce qu'ils prétendoient; le fils en est reparti en diligence pour arriver en Hongrie avant l'ouverture de la campagne; tout ce qu'il a gagné dans son voyage, c'est qu'on le traite comme grand d'Espagne de la première classe. * La mère en doit repartir incessamment pour revenir à Bruxelles. — M. d'Agousto, gouverneur des Pays- Bas espagnols, a pris le nom de marquis de Castanaga, titre dans la vieille Gastille , que S. M. G. lui a donné.
* Quels que soieut les princes de maison souveraine , ils n'ont quoi que ce soit en Espagne. Ceux qui s'y attachent, comme le prince de Darmstadt , tué à Barcelone , et autres , en quelque faveur qu'ils aient été . n'ont pu parvenir qu'à être faits grands à vie , et n'ont eu autre rang ni traitement que de grands. Ainsi en arriva-t-il au prince et à la princesse d'Harcourt , conduisant la lille de Monsieur, que le roi Charles II épousa dans un village où il étoit venu au-devant d'elle , et d'où le prince et la princesse d'Harcourt n'osèrent aller à Madrid, et
revinrent tout court sans avoir eu rang ni distinction quelconque , et n'ayant pas le caractère d'ambassadeur.
Lundi 13, à Versailles. — Le roi prit médecine, et va présentement recommencer le même train de vie qu'il menoit avant que d'être malade. — Monseigneur alla courre le cerf à Saint-Léger, et revint assez à temps pour être à l'opéra d'Armide que madame la Dauphine fit chanter dans son antichambre. — Monsieur et Madame revinrent voirie roi; Monsieur s'en retourna après dîner, et Madame suivit Monseigneur à la chasse et demeura ici pour entendre l'opéra, et ne retourna que fort tard à Saint- Cloud. Madame la princesse de Conty entendit l'opéra dans un coin où on ne pou voit la voir. — Madame la Dauphine passa Taprès-dinée chez mademoiselle Bezzola. — Je sus que M. le marquis de Fontanges avoit acheté le régiment de M. de Chartres. Châtillon le lui a vendu 5,000 louis ; je n'avois jamais vu M. de Fontanges que ce jour-là; il est oncle de M. de Quélus et de même maison que lui.
Mardi \h, à Versailles. — Le roi se promena longtemps dans ses jardins et se recoucha au retour de la promenade ; demain il recommencera à dîner et à souper chez madame la Dauphine , et à se lever et se coucher en public. — Monseigneur alla voir Monsieur à Saint-Cloud ; il y joua, s'y promena et y soupa ; il y avoit mené madame la princesse de Conty, madame de Choiseul, madame et mesdemoiselles de Lislebonne. — Ce jour-là on chanta dans la chapelle un De profundis pour le feu roi , mort en pareil jour en 1643. S. M. entre présentement dans la quarante-quatrième année de son règne.
Mercredi 15, à Versailles. — Le roi alla se promener en calèche dans son grand parc avec des dames et lit chasser sa chienne, et descendit quelquefois de sa calèche pour tirer. — Monseigneur suivit le roi quelque temps, et puis alla faire collation à la ménagerie , où madame la prïn-
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qesse de Contyrattendoit. — Le soir, au retour de la promenade, il y eut comédie italienne. — C'étoil la première lois, depuis sa guérison, que le roi s'étoit promené en carrosse; il avoit avec lui madame de Maintenon, mesdames de Dangeau et deMornay. — Madame la Dauphine passa l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola.
Jeudi 16, à Versailles. — Le roi se promena à Trianon avec mesdames de Maintenon, de Ghevreuse et de Beauvilliei-s ; il y trouva madame la princesse de Conty et la duchesse de Choiseul qu'il ramena avec lui dans sa calèche. — Monseigneur alla courre le loup dans la forêt de Sénart; il coucha à Yilleneuve-Saint-Georgeschez Gabriel, des bâtiments du roi, et renvoya ici un écuyer de bonne heure, afin que le roi et madame la Dauphine ne fussent point en peine de lui ; il y recourra encore le cerf demain, et il a remis la répétition du carrousel à samedi.
Vendredi 17, à Versailles. — Le roi se promena dans son grand parc en calèche. Monseigneur revint de la forêt de Sénart, où il avoit couru le loup. — M. de Morangis, nommé intendant d'Orléans, tomba en apoplexie, et Ion croit qu'il ne sera pas en vie demain. — Madame la Dauphine passa l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola.
— On a nouvelles que l'électeur de Brandebourg- a été compris dans le traité fait entre la Suède et la Hollande au mois de janvier dernier. Cet électeur n'est pas ferme dans sa conduite, et le prince d'Orange lui fait faire une partie de ce qu'il veut par le moyen de l'électrice, à qui il promet de procurer de grands avantages en Hollande aux enfants qu'elle a de l'électeur dont elle est la seconde femme .
Samedi 18, à Versailles. — Le roi sortit en calèche, et alla tirer dans son grand parc ; on craint qu'il ne soit pas entièrement guéri. — 11 y eut répétition du carrousel, qui est remis encore; le soir on eut comédie française. — M. de Morangis, frère de M. de Barillon, mourut à Paris.
— Dugast, brigadier de cavalerie, va servir en Languedoc,
sous M. de la Trousse. — Le prince de Sonnino est mort à Rome; il étoit frère du connétable Colonne, et chevalier des ordres du roi. Il avoit épousé une fille du duc Césarini, fort riche et fort belle, et avoit pris le parti de France, suivant le testament du duc Césarini, son beau-père, qui avoit donné ordre que celui qui épouseroit sa fille mît les armes de France sur la porte de son palais, qui est la marque à laquelle on connolt à Rome à quelle couronne les grands seigneurs romains sont attachés. Il laisse quatre garçons et deux fdles ; les aînés de la maison Colonne et ceux de la maison des Ursins sont princes du Soglio à Rome; ils ont en France les honneurs du Louvre, et en Espagne le rang de grands de la première classe.
Dimanche 19, à Versailles. — Le roi ne croit pas son mal entièrement guéri. Il est allé faire la revue de son régiment qui est campé ici autour. — Monseigneur alla à Saint-Cloud avec madame la princesse de Conty et les dames; il y soupa. — On eut nouvelles que Mercy et le colonel Heusler avoient battu le Tekely auprès de Segcdin. — J'appris la mort du prince de Sonnino, frère du connétable Colonne; il étoit chevalier des ordres du roi. — Dortière, commissaire de la marine, qui est à Constantinople, va de la part du roi dans toutes les échelles du Levant pour examiner la conduite qu'ont tenue jusqu'ici les consuls françois, et pour voir ce qu'on peut faire de meilleur pour le commerce.
Lundi 20, à Versailles. — Le roi s'alla promener à pied dans ses jardins. — Monseigneur alla courre le loup dans Sénart , et puis il revint se promener avec madame la princesse de Conty, à qui il donna la collation à la ménagerie (1). — Les Espagnols sont forts alarmés de voir
(1) En ce temps-là, monseigneur le Dauphin, qui jusqu'alors avoit toujours aimé à se coucher de bonne heure , commença de prendre l'habitude de s'aller promener, après son souper, dans le jardin, et de pousser les promenades jusqu'à une heure après minuit. Quelquefois il y alloit avec madame la princesse de Contv et quelques autres dames ( il alloit chez elle deux ou trois fois