XVI INTRODUCTION
j'ai mille gentils moyens pour tirer la quintessence de leur bourse ».
En 1586, La Noue constatait que vingt-quatre années de discordes avaient amené de véritables boucheries : plus de la moitié de la Noblesse a péri, le peuple est « diminué universellement », les finances sont épuisées, la justice plus corrompue et plus vénale que jamais.
Si les Ligueurs « clos et couverts » ne demandent que l'extirpation de l'hérésie, sans mutation de l'État, beaucoup d'autres se préparent à livrer la couronne au roi d'Espagne ou à sa fille. De toutes parts les étrangers envahissent la France. Paris n'est plus Paris, mais une spélonque de bêtes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons, Napolitains.
Montaigne s'attend aux pires catastrophes. « Le pays menace ou sa ruine ou une durée non moins ruineuse; pauvre vaisseau! L'heure de notre « mort publique » ne va-t-elle pas sonner?
La Noue ne prend pas plaisir à préannoncer les désastres qu'il prévoit. Il trouve que c'est un malplaisant discours à celui qui aime son pays d'en découvrir les hontes. Mais il sait la mauvaise réputation en quoi nous sommes parmi tous les peuples de la chrétienté, n'y ayant rien de si désordonné qu'on n'attribue au gouvernement ou aux mœurs. Ce royaume est appelé spélonque de dissolution. C'est pourquoi on peut avouer que la France est en danger de faire bientôt un grand naufrage *.
Selon Marnix de Sainte-Aldegonde, elle est tombée
1. L'éditeur des Discours de La Noue, de Fresne, disait, dans son épître dédicatoire au roi de Navarre, qu'on ne pouvait se dissimuler que l'État était fort proche de sa ruine, que le salut de la France, devenue la fable de tout le monde, était plutôt à souhaiter qu'à espérer.