INTRODUCTION XV
mômes termes, leur horreur pour le spectacle qu'ils avaient sous les yeux et le dégoût que leur causaient les vices qui dégradaient la nation.
Ils déploraient surtout la barbarie et la perfidie de leurs contemporains, la corruption des mœurs, la superstition qui sévissait sous toutes ses formes , fanatisme religieux, magie, astrologie, sorcellerie. On parlait de trente mille sorciers, on en brûlait des centaines. La Noue lui-même, qui ne goûtait pas plus que Montaigne VAmadis et les vieux romans dont le public était encore engoué, se ressentait à certains égards des aberrations et des terreurs du moyen Age; il admettait que « le diable se présente souvent sous diverses formes et figures, comme le prouvent les * expressions, confessions, procès et jugements qu'on en a faits ». Agrippa d'Aubigné étudiait les sciences occultes avec la ferme résolution de ne pas en faire usage.
L'intolérance était si grande, l'accusation d'impiété si prodiguée et si redoutable, qu'un professeur au Collège de France s'excusait prudemment d'étudier Lucrèce et protestait qu'en le traduisant il n'avait pas de mauvais dessein.
Les assassinats, le poison, les massacres, les déprédations de tout genre, achevaient de désoler le pays épuisé par la guerre.
Quelques lignes de la Ménippée donnent une faible idée de ce qui se passait dans les campagnes : « N'y aura paysan, laboureur ni marchand à dix lieues à la rojide qui ne me paie taille ou rançon, dit le représentant de la Noblesse. Je sais des inventions pour les faire venir à la raison : je les pends par les aisselles, je leur chauffe les pieds d'une pelle rouge, je les enferme en un four, en un coffre plein d'eau ; je les pends en chapon rôti, je les fouette d'étrivières, je les fais jeûner... Bref,
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