Fou d'Henri IV, auteur de bouiïonnerics
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parce qu'il savait fort bien que la plupart des dévotions de Madame de Mercoîur, et les principales, n'étaient que compensations, par force messes et services qu'elle faisait dire, pour expier les brigandages et voleries qu'elle avait exercés sur ses pauvres sujets, dans son pays et duché de Bretagne.
Ces noces furent triomphantes et magnifiques, où il ne se parla que de rire et de danser.
Quant aux affaires d'État, des députés de la Religion, en Cour, demandant justice au Roi de l'infraction de leur Edit, en termes assez hauts (selon leur coutume), et trop pour sujets qui se disent Réformés, se plaignent fort, entre autres, du Cardinal de Sourdis, lequel avait excédé et fait battre outrageusement le ministre de Coutras, pour n'avoir ôté son chapeau devant la Croix qu'il fait porter ordinairement, allant par les champs; avait traité de même, et pour semblable occasion, un gentilhomme et un marchand (si, qu'on disait, qu'il avait battu les trois états, en la Guienne); fait déterrer une femme de la Religion, et commis infinis autres excès semblables : pour lesquels le pays était en danger de soulèvement, si on n'y donnait promptement ordre; que déjà, se parlait, à La Rochelle, d'user de représailles, et traiter de même les premiers évèques qui y passeraient. A cette cause, suppliaient humblement Sa Majesté (attendu que les menaces et insolences dudit Cardinal continuaient et augmentaient tous les jours) d"y vouloir pourvoir plus tôt que plus tard, et leur en faire raison, de peur qu'il n'en advînt pis; les maintenant en la juste possession et jouissance de l'Édit qu'il avait plu leur accorder, sans permettre qu'aucun (fùt-il Cardinal ou autre) y contrevînt en façon quelconque, au préjudice du repos de ses sujets, ordonnance, vouloir et promesse de Sa Majesté.
En ce temps, fut mis sur le tapis du Conseil et proposé un nouvel Édit des Monnaies, lesquelles on vou-
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lait toutes décrier et changer, et y donner un nouveau pied, c'est-à-dire les affaiblir; et, par même moyen, ruiner et appauvrir le peuple (jà assez ruiné et pauvre, d'ailleurs), et enrichir le Roi : ce qui faisait douter qu'il ne passât, puisqu'il y allait de son profit. Chacun en murmurait, principalement les pauvres marchands, qu'on tondait si souvent, qu'ils en étaient tous morfondus. Les plus aisés, et ceux qui avaient quelque argent en leurs coffres, disaient que si le Roi, au moins, ne leur donnait rien, qu'il ne leur ôtàt rien; et tous, en général, que c'étaient inventions de ces petits tyranneaux et mange-sujets de partisans : lequel mot sonne aujourd'hui fort rudement aux oreilles du peuple, et n'y a matière plus fréquente de son dépit que celle-là.
Le Roi seul (pour avoir son compte) riait de tout et se moquait de tout le monde, même de ses ofïlciers et de leurs remontrances; comme il fit de son Premier Président des Monnaies, lequel, s'étant un peu troublé en sa harangue (laquelle il avait mal étudiée, et ne s'en pouvait honnêtement dépêtrer), ayant été par deux fois interrompu de Sa Majesté (ce qui l'étonna), pour ce qu'il ne touchait point le point principal de la difficulté de cet Édit, et du mal qui en pouvait arriver; et aussi qu'il avait été si mal avisé d'interrompre Sa Majesté, qui parlait à M. le comte de Soissons, pour se faire ouïr : le Roi, s'étant pris bien fort à rire, le fit demeurer, au beau milieu de sa remontrance, court et muet. Ce que Sa Majesté voyant, lui dit : « Continuez, monsieur « le Président, ne vous étonnez point : car ce que je « ris n'est pas que je me moque de vous ; mais c'est « mon cousin, le comte de Soissons, que voici près de « moi, qui me disait qu'il sentait l'épaule de mouton. » Autres disent qu'il dit : « C'est que je disais ici à mon < cousin le comte de Soissons qu'il sentait l'épaule de « mouton, pour ce qu'il est rousseau. » Laquelle recharge lui ôta du tout l'esprit et la parole. Et le Roi, se prenant à rire plus fort que devant, s'en alla et le laissa là.
Il fut mis sur le bureau un autre Édit, bon en soi et juste en apparence, mais, en elTet, bursal (comme il ne s'en fait guère d'autres, en ce temps ci), et pour moucher (ainsi qu'on présupposait) les bourses des pauvres marchands de soie et des orfèvres et joailliers : qui était la réformation des habits et règlement des soies; avec défenses de tontes perles et pierreries, sinon aux princes et princesses, ou autres bien grandes dames (invention pour tirer la quintessence des bourses desdits pauvres orfèvres et joailliers).
Force maladies, à Paris, en ce mois; mortalité de petits enfants par les petites véroles qui régnent. Le curé de Saint-Nicolas des Champs dit, à un mien ami, qu'il en avait enterré trois cents en sa paroisse, depuis le commencement de l'année jusqu'à ce jour [29 août]. Hors Paris, encore pis. On fait compte, à Chartres, de sept à huit cents enfants, au moins : car autres en mettent jusqu'à douze cents, emportés de ladite maladie. A Lyon, de plus de trois mille; et ainsi aux autres villes et endroits de la France. Ce mal, ayant couru partout, et courant encore aujourd'hui, ravage comme un torrent une infinité de ces petites âmes innocentes; quelques grands en sont même atteints, et en passent le pas; mais peu, et plus de femmes que d'hommes. Beaucoup de fièvres continues, même de pourprées, signe de grande corruption (comme aussi la disposition de l'air de cette saison était maligne, remplie de tonnerres, orages, pluies impétueuses et tempêtes, symbolisantes aux humeurs du siècle), en font déloger grand nombre, de tout âge, sexes et qualités. Les courantes, les apoplexies, et diverses sortes de morts subites et étranges, en tuent, d'autre côté, tout plein, et étonnent le peuple qui, pour cela, n'en amehde guère.
Quant aux affaires publiques, il ne se parle que d'impôts, enchères d'états, nouveaux édits et ordonnances onéreuses au peuple, à qui ôter le bien c'est lui
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ôter la vie : étant chose véritable (témoin Tacite, au quatrième livre de ses Aniiales) que les lois abondent et multiplient en un État, lorsqu'il est plus corrompu, et que Tavarice (que Cicéron, au deuxième livre de ses Offices, appelle très infâme, surtout es princes et magistrats) a le crédit et la vogue, comme nous le voyons en ce misérable siècle.
Le Roi demande à sa Cour la continuation du Parlement jusqu'à ce que ses Édits soient publiés, contre lesquels (et principalement contre celui des Monnaies) le président Jeanin parle fort vertueusement et en fort bon Conseiller d'État, remontrant au Roi fort librement (c'est-à-dire en homme de bien) l'injustice et iniquité d'icelui.
Pour le regard de la continuation du Parlement, Messieurs de la Cour disent, tous d'une voix (mais entre leurs dents), qu'ils ne peuvent (soit qu'ils demeurent en leurs maisons aux champs, soit qu'ils se tiennent à la ville) qu'ils n'y soient plus honnêtement et utilement occupés, qu'en une Cour à vérifier des Édits qui ne sont qu'à la ruine d'eux, de leurs familles et de tout le peuple.
En même temps, le Roi, passant pour aller au Louvre, accompagné de force noblesse, ayant rencontré en son chemin une pauvre femme qui conduisait une vache, s'y arrêta et lui demanda combien sa vache, et que c'est qu'elle la voulait vendre? Cette bonne femme lui ayant dit le prix : « Ventre saint-gris, dit le Roi, c'est trop; elle ne vaut pas cela, mais je vous en donnerai tant ». Alors cette pauvre femme lui va dire : « Vous n'êtes pas marchand de vaches, Sire? Je le vois bien — Pourquoi ne le serais-je pas, ma commère (lui répondit le Roi)? Voyez-vous pas tous ces veaux qui me suivent? »
Le jeudi 3 septembre, un des principaux de la Justice de Messieurs les voleurs et coupe-bourses de Paris, qu'ils avaient établie et exerçaient vers le Port-au-foin, con-
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damnant les uns à l'amende, les autres au fouet, et les autres à la mort (qui était de les poignarder, puis jeter à la rivière), ayant été découvert et attrapé par le prévôt Defunctis (les uns disent que c'était leur président, autres leur procureur général), fut pendu et étranglé en ladite place du Port au-foin ', avec apin-oijation et solennelle exclamation de tout le peuple, auquel cette Justice était nouvelle; mais qui eût bien désiré d'en voir une autre (bien que légitimement établie) tenir compagnie à celleci, au moins pour tant de mauvais juges et corrompus, qui la leur rendaient si méchante tous les jours, qu'ils méritaient bien, à faute de cordes, d'être étranglés de leurs propres cornettes. Ce que les femmes et crocheteux criaient tout haut.
Le jeudi 10, furent pendus et étranglés, en la place de Port-au-foin à Paris, le procureur et avocat du Roi en la Cour des coupe-bourses et voleurs. Ils avaient un grand et petit bateau, pour l'exercice de leur brigande justice. Là se tenaient les plaids et audiences en l'un; et en l'autre étaient prononcés et exécutés leurs arrêts, sentences et condamnations (chose étrange et inaudite, et toutefois bien véritable, et témoin irréfragable de la méchanceté de ce siècle).
Le dimanche 20, le Roi partit de Paris pour aller à Fontainebleau.
Le mardi 22, un mien ami, qui avait vu TÉdit des Monnaies, m'a donné l'extrait suivant du sommaire dicelui :
Tout or et argent étranger, décrié et porté au billon.
Pistolets et pistoles, permis d'exposer jusqu'au premier septembre 1610, à savoir, jusqu'au mois de janvier prochain, à sept livres; depuis ledit mois jusqu'au mois de mai, à six livres quinze sols; et de là jusqu'au mois de septembre, à six livres dix sols; puis portées au billon.
1. Place nommée ensuite place des Trois Maries; actuellement partie de la rup du Pont-Neuf qui est voisine de la Seine.
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Exposition d'argent et or léger, défendue. Permis toutefois de l'exposer jusqu'au mois de janvier 1610; et de là, jusqu'au mois d'avril, les pièces de vingt sols n'étant légères que de dix grains, les quarts d'écu de huit grains, les pièces de dix sols de cinq grains, les pièces de huit sols de quatre grains, et après billonnées.
Seules pièces de vingt sols, dix sols et cinq sols seront fabriquées.
Pièces d'or, de trois francs, six francs et douze francs, seront appelées simples, doubles et quadruples Henri.
Monnaie sera fabriquée au titre des quarts d'écu.
Or à vingt-deux carats, pour faire revenir l'or au prix de la monnaie.
L'écu au soleil s'exposera à soixante-douze sols, comme il est, jusqu'au mois de novembre 1609; et après à trois livres dix sols.
Les pièces de vingt sols pèseront neuf deniers dix grains.
La monnaie fabriquée aura d'un côté la Croix, de l'autre côté l'effigie du Roi.
Défense aux marchands de changer largent d'une espèce à l'autre.
Le vendredi 2 octobre, le Nonce du Pape avec l'Évêque de Paris, assistant en Sorbonne aux disputes, desquelles les thèses étaient soutenues et défendues par M. de Champvalon, abbé de Saint-Victor, le Recteur de TUniversité, nommé Le Vasseur, y étant arrivé, et voulant en qualité de Recteur y tenir le premier rang et la première place, l'Évêque de Paris ne lui voulut céder, disant qu'il était roi en son évêché. i Et moi, dit le Recteur, en mon Université, où vous êtes. » Et, étant entrés en contestation de paroles, le Recteur, de crainte de plus grand scandale, sans s'asseoir, s'en alla et dit que la Cour en parlerait, ayant failli en une chose, au dire d'un chacun, de n'avoir cependant fait cesser l'acte.
Le dimanche 18, le marquis de Rosny, fils de M. le duc
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de Sully, lui marié, à Charenton, avec la fille de M. le Comte de Créqui, âgée de neuf à dix ans seulement. On pensait que ce fut Le Faucheur (ce jeune ministre qui est tant en bruit) qui y dut faire l'exhortation et le mariage : à raison de quoi y eut grand concours et altluence de peuple, même de catholiques. Mais ce fut le ministre Du Moulin qui y prêcha et les épousa.
Le jeudi 20 novembre la Reine accoucha au Louvre, sur les dix heures du soir, d'une fdle : de laquelle on ne lit, à la Cour, aucun signe d'allégresse ou de réjouissance, et n'en fut tiré un seul coup de canon. On disait que le Roi avait dit qu'il eût voulu avoir donné cent mille écus, et que c'eût été un fils : comme aussi tout le peuple (qui craint la touche, et a opinion que les filles rendent le Roi plus avare) eût fort souhaité et désiré, et principalement celui de Paris par-dessus tous les autres. La sage-femme de la Reine s'en fût aussi bien trouvée, car Sa Majesté (ainsi qu'on dit) la voulait gratifier d'un don de huit mille écus, qui était la Maîtrise des Métiers de cette ville.
Le mardi lij décembre, y eut à Paris, près Sainte- Opportune, un gentilhomme misérablement assassiné par un autre gentilhomme, contre lequel on disait qu'il avait procès. Lequel ayant tiré à part, comme voulant parler à lui, lui aurait à l'instant jeté son manteau sur le visage, et, d'un poignard qu'il avait, donné trois ou quatre coups dans le corps, et étendu roide mort sur la place. Cela fait, se serait sauvé, sans beaucoup se hâter, comme on peut faire en une forêt : Paris, non sans cause, étant tenu pour la plus belle de la France.
Sur la fin de cet an 1609, les Jésuites ayant obtenu un don du Roi de cent mille francs, pour parachever le bâtiment de leur chapelle à La Flèche en Anjou, en laquelle le cœur de Sa Majesté doit être enterré, se retirèrent vers M. de Sully pour en être dressés et payés. Le Père Cotton porta la parole, et avec sa douceur ordi-
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naire (vraiment jésuitique, id est papelarde lui dit que le Roi leur avait fait un petit don de cent mille francs, pour achever leur chapelle de La Flèche. Sur quoi ledit sieur de Sully, le relevant assez rudement : « Appelezvous (dit-il cent mille francs pour vous un petit don? Le Roi vous en donna trop ». Et réconduisant tout à plat, lui fît réponse qu'il ne leur en baillerait point. Et comme ledit Cotton, entrant en quelque contestation, lui demanda la raison de ce refus : « Ce n'est à vous, lui répondit M. de Sully, à qui je la veux ni dois rendre pourquoi je ne puis ni le dois faire ». Et les renvoya de cette façon, avec autres paroles encore plus aigres. Desquelles en ayant fait leurs plaintes à Sa Majesté, le Roi, pour les -contenter, en tança en public M. de Sully; dit qu'il voulait que son mandement eût lieu, et qu'il n'en ouït plus parler. Toutefois, ne passa sa colère si avant, qu'encore M. de Sully n'en eût rien fait, il ne lui donnât pour ses étrennes trente mille écus, au lieu de vingt mille qu'il avait accoutumé de lui donner. De quoi les Jésuites avertis ne furent guère contents.
Le vendredi 5 février, j'ai acheté un nouveau livre, fait par l'évoque de Genève, imprimé à Lyon, in-lG, par Pierre Rigaud, intitulé : IntrodiuUion à la vie dévote, dans lequel j'ai remarqué beaucoup de bonnes choses, saintes et vraiment dévotieuses, pleines de grande consolation et édification, et qui m'on fort agréé. Il y en a de superstitieuses, que je laisse là pour les ignorants qui s'y plaisent. Il m'a coûté, relié en parchemin, vingt-cinq sols.
Ce jour, fut baptisé, dans l'église Saint-Germain de l'Auxerrois, à Paris, le fils de M. le comte de Trènic, fils de M. de Gièvre, secrétaire d'État. M. le Dauphin et M""*^ de Vendôme le tinrent; auxquels fut donnée, au sortir, la collation magnifique (qu'on disait revenir à près de quinze cents écus), en laquelle, entre autres singularités, y avait un hcrmitage représenté, qui tenait une table d'un bout à l'autre, dans lequel se voyaient force Heurs, et se cœuillaicnt confitures sèches et dragées exquises de toutes sortes.
Pendant cette cérémonie, M. de Vendôme était sur le Pont-Neuf, qui se battait à coups de pelottes de neige; et y eut un gentilhome blessé au visage dune où il y avait une pierre dedans.
Le samedi 20, la Banque rétablie à Paris, est plantée et remise solennellement au bout du Pont-Neuf, vis-à-
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vis du lieu où elle était l'an passé : qui n'est qu'un nouvel accroît de ruine et de débauche au peuple, assez ruiné et débauché sans cela. Laquelle Sa Majesté, toutefois, passant par-dessus toutes les remontrances qu'on lui en a su faire, a voulu avoir lieu; mû possible de quelques bonnes considérations particulières, non communicables au commun.
On a remarqué que le premier bénéfice qui y a été tiré est venu à celui même qui l'avait eu l'an passé et en avait remporté le premier bénéfice.
En ce même mois, la Cour se voulant assembler, pour censurer et mettre à néant la Censure faite à Rome de leur arrêt donné contre Chastel, en fut empêchée par le Roi, qui leur fait dire qu'il ne voulait pas, et qu'il y saurait bien pourvoir par autre voie; et à son avocat Servin, qui lui en voulut faire quelques remontrances : « Il y a, lui dit-il, des fous à Rome, Monsieur Servin; il y a là des fous aussi bien comme à Paris ». Et le renvoya de cette façon.
Bruits de la guerre, à Paris, qu'on va faire en Allemagne, en Italie et partout. Les préparatifs qu'en fait faire Sa Majesté, voire très grands, et la croyance qu'il veut qu'on y ait, fait passer cette nouvelle pour article de foi entre Messieurs les courtisans et donne un grand poids et autorité aux autres.
Le prince d'Anhalt, protestant, arrive à Paris, le lundi 29 de ce mois; lequel le Roi accueille fort humainement et honorablement, et dès le lendemain, le mène à la chasse, où ledit prince, magnifiquement revêtu et habillé d'un accoutrement de velours vert, fort enrichi de clinquants d'or, accompagne Sa Majesté, qu'on disait aimer ledit prince, pour avoir été secouru de lui en ses guerres et affaires, lui avoir amené des reîtres, et fait de bons services au siège de Rouen. Au reste, prince magnaniniQ, brave, courtois et accort.
Le jeu, l'amour et la piaffe (disait-on, en ce temps)
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déshonorent et ruinent les meilleures familles de Paris. Ce qui provient du défaut de la crainte de Dieu, qui acliévera de ruiner tout.
Le vendredi 2:5 avril, fut donné un arrêt en la chamiire de l'Edit (M. Mole y séant et présidant) contre M. Vicquemare, qu'on appelait Le Seingneur, conseiller en la cour de Parlement de Rouen; par lequel il fut dit que ledit Le Seingneur épouserait la fille qu'il avait fiancée par parole du présent, les annonces ayant été faites et le contrat passé; ou qu'il aurait, à faute de ce faire, incontinent la tête tranchée; enjoint à lui d'y penser, pour tout délai, dans le lendemain, et se résoudre ou de mourir ou de l'épouser. Ce que M. le président Mole lui prononça (avec regret, toutefois, et sans avoir été de cette dure opinion; non plus que La Nauve, son rapporteur, qui dit tout haut qu'il eût aimé mieux qu'on lui eût rompu les deux bras et les deux jambes, que d'avoir été de l'avis de ce cruel arrêta. A quoi ledit Seingneur répondit que, combien que ce fût un inique et dur arrêt, toutefois, puisque la cour l'avait jugé de cette façon, qu'il voulait lui obéir, et était tout résolu à la mort et non au mariage, aimant mieux mourir que l'épouser. Sur laquelle résolution, il fut inconlinent conduit et mené prisonnier à la Conciergerie, où beaucoup de ses amis se transportèrent aussitôt, pour le consoler et l'induire à changer d'avis et prendre pitié de soi-même. Le ministre Du Moulin, entre autres, lui remontra le danger qu'encourrait son âme, au cas qu'il persistât en sa résolution, qui était d'être homicide de soi-même, que ce n'était pas mourir en état de grâce, mais tout au contraire. Si que, se laissant enfin aller â ses exhortations et autres inductions et persuasions de ses amis, qui durèrent depuis midi jusqu'à passer trois heures, et trouvant l'un à la vérité plus faisable que l'autre, fut marié par ledit Du Moulin, à quatre heures, au logis de M. Du Couldray, conseiller en la
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cour, sans toutefois qu'on lui pût faire dire oui, sinon avec cette clause : Puisque la Cour le voulait et qu'il y était contraint; tenant même son chapeau sur le visage, du côté oîi était son épouse, afin de ne la point voir. Laquelle s'étant après jetée à genoux devant lui, le priant de lui pardonner et vouloir oublier tout ce qui s'était passé; qu'elle lui obéirait et servirait, non comme sa femme, mais comme une de ses plus petites et humbles servantes; le suppliant au moins lui faire cet honneur de la recevoir en cette dernière qualité (ce qu'elle disait pour lui amolir le cœur); cet homme, demeurant comme immobile, sans s'en émouvoir davantage, lui dit seulement : « Mademoiselle, levezvous. Ce n"est à moi à qui vous devez demander pardon de vos fautes : c'est à Dieu à vous les pardonner et non pas à moi ».
Le samedi 24, fut criée avec six trompettes, par la ville, l'entrée de la Reine au sixième du mois prochain; et ce, de l'expresse jussion et commandement du Roi, nonobstant toutes les prières et remontrances qu'on lui en pût faire; disant qu'il avait affaire ailleurs, pour affaires de plus grande importance que celle-là, qui l'y appelaient et le pressaient.
Le vendredi 30 et dernier de ce mois, l'entrée de la Reine, qui avait été criée au jeudi 6 du mois prochain, fut décriée, différée et remise à la volonté et commodité du Roi.
Cs jour même, le Nonce du Pape étant allé trouver Sa Majesté, le Roi lui demanda quelles nouvelles il avait de Rome : que c'est qu'on disait de cette guerre, et quels bons avis il en recevait d'Italie? Auquel ledit Nonce fit réponse qu'il n'y en avait point d'autres, sinon que chacun était étonné des grands appareils de guerre que Sa Majesté faisait faire; et que, par ses armes, il s'était rendu l'effroi et la terreur de toute l'Europe, sans que pour cela toutefois on sût que c'est qu'il voulait faire, ni où toutes ses armes et armées tendaient.
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< Mais encore, dit le Roi, où pense-t-on que je veuille donner? Je vous prie de me dire librement quelle opinion on a de delà. — Sire, répondit le Nonce, on n'en sait rien du tout; et les opinions s'y trouvent tant diverses et confuses, que qui voudrait apprendre quelque chose, faudrait que ce fût de Votre Majesté. — Je sais bien celui-là, dit le Roi; mais encore me direz-vous bien, si vous voulez, les avis de ceux qui sont reconnus les plus capables pour en discourir? » A quoi le Nonce n'ayant point envie de répondre (craignant possible de faillir, comme il fit), se trouva à la fin si pressé de Sa Majesté, qu'il lui dit que les plus entendus avaient opinion que le principal sujet de ses armes était M"^*' la Princesse, sa cousine, qu'il voulait ravoir. Auquel le Roi, tout ému et en colère, répondit, en jurant, non son Ventre Suint-Gris, mais une Mordicu! qu'il la voulait ravoir voirement, et qu'il la raurait! Que personne ne le pouvait empêcher, non pas le lieutenant de Dieu même; que son père, qui était un de ses bons et anciens serviteurs, la lui aurait demandée, le genou en terre et les larmes aux yeux, et supplié Sa Majesté de la lui vouloir rendre : ce qu'il lui avait promis, et le ferait, n'y ayant que Celui qui est là-haut qui l'en pût empêcher. Le Nonce, qui sentit bien qu'il avait trop parlé, se retira incontinent après, et, le plus honnêtement et doucement qu'il lui fut possible, s'en alla en sa maison, où il conta cette histoire à un homme d'honneur et de qualité, qui me l'a redite. (Et sans cela, n'en eusse chargé ce registre.)
Le lundi 3 mai, deux des gardes du Roi, tous deux gentilshommes et de bonne maison, pour s'être battus en duel, contre l'ordonnance de Sa Majesté, passèrent par les armes et furent arquebuses hors la porte Saint- Jacques : il y en avait un jeune, et l'autre vieux. Le jeune, contre la coutume ordinaire des jeunes et outre la portée de son âge, se montra fort résolu et constant
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à la mort. Le vieux, au contraire, fort irrésolu et effrayé, passa ce pas. Le Roi fut fort importuné de leur donner leur grâce, mèmement de la Reine et de M. d'Kpernon, qu'on disait avoir offert vingt mille écus pour le rachat de la vie de lui; mais tout enfin n'y servit de rien, car le Roi résolument voulut qu'ils mourussent.
Le jeudi 13, la Reine fut couronnée et sacrée solennellement, dans la grande église de Saint-Denis en France, par M. le cardinal de Joyeuse, où toutes les solennités, pompes, magnificences et cérémonies qu'on a de coutume de garder et observer aux sacres des Reines, furent exactement pratiquées et observées, avec grand applaudissement, cris et réjouissances de tout le peuple plus content et réjoui de la vue du doux et grave port de la majesté de leur Reine, laquelle, ce jour, portait un visage merveilleusement joyeux, gai et content, que de celle des riches pierreries, enseignes, brillants, grosses perles blanches et orientales, robes de drap d'or et d'argent, somptueuses et magnifiques, desquelles Sa Majesté, avec la suite de ses dames et princesses, étaient superbement couvertes, parées et revêtues, avec tel bril et éclat, qu'elles offusquaient les rayons du soleil de ce jour.
Deux incidents notal)les toutefois, dignes de l'observation d'un curieux comme moi, s'y rencontrèrent. Le premier fut qu'on trouva bon, à cause du sujet, de changer l'évangile de la messe de ce jour, qui se lit en Saint-Marc, X : Tune accedentes Pharisaei interrogarunt eiim an liceret vlro uxorem dimiitere, tentantes eum, etc.
L'autre fut qu'en la largesse des pièces d'or et d'argent qu'on jeta au peuple, comme il est accoutumé de se faire aux sacres des rois et reines, on ne cria jamais ni Vive le Roi! ni Vive la Reine! Ce qu'on remarque n'être advenu qu'en ce sacre.
Ce qui y fut le plus beau fut le bel ordre, sans aucune confusion, contre l'opinion de tout le monde, vu la grande allluence et concours du peuple de tous
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côtés, avec l'angustie et incommodité du lieu, qui ne semblait pouvoir être capable de l'empêcher.
Le vendredi 14, sur les quatre heures du soir, le Roi étant dans son carrosse, sans nulles gardes à l'entour, ayant seulement avec lui MM. d'Hpernon, Montbazon. et quatre ou cinq autres, passant devant Saint- Innocent pour aller à l'Arsenal; comme son carrosse, par l'embarrassement d'un coche et d'une charrette, eut été contraint de s'arrêter au coin de la rue de la Ferronnerie, vis-à-vis d'un notaire nommé Pourtrain, fut misérablement tué et assassiné par un méchant et désespéré garnement, nommé François de Ravaillac, natif d'Angoulcme : lequel se servant de celte occasion pour faire ce malheureux coup (lequel il épiait dès longtemps, n'étant à Paris que pour cela, et dont même on avait averti Sa Majesté s'en donner garde, qui n'en avait autrement tenu compte^ comme le Roi était ententif h ouïr une lettre que M. d'Epernon lisait, cependant s'élançant sur lui, de furie, avec un couteau qu'il tenait en sa main, en donna deux coups l'un sur l'autre dans le sein de Sa Majesté, dont le dernier porta droit au cœur, duquel il coupa l'artère, et par même moyen <jta à ce bon Roi la respiration et la vie, qui oncues puis n'en parla. Ce que voyant M. d'Epernon, et que le sang lui regorgeait de tous côtés, le couvrit d'un manteau; et après avoir avec ceux de sa compagnie reconnu qu'il était mort, regardèrent h assurer le peuple du mieux qu'ils purent, fort ému et effrayé de cet accident; lui criant que le Roi n'était que légèrement blessé et qu'ils prissent courage. Firent tourner bride droit au Louvre au carrossier, duquel ce pauvre prince tout nageant en son sang ne fut jamais descendu ni tiré que mort, encore qu'un brouillon de ce temps ait fait impudemment imprimer un discours (que j'ai) par lequel l'archevêque d'Embrun confesse et exhorte au Louvre le Roi, qui, tout mort qu'il était, éleva les yeux et les mains en haut, témoi-
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gnant (dit-il) par là qu'il mourait vrai chrétien et bon catholique. Ce qui a causé (et avec une bonne raison) la défense qu'on a faite, à son de trompettes, par la ville, de plus rien publier et imprimer sur la mort du Roi.
Cependant, ce misérable assassin et exécrable parricide ayant été, incontinent après le coup, pris et appréhendé, fut fouillé par un archer des Gardes du Corps (que je connais), nommé Baugé, qui seulement lui trouva d'argent trois demi-quarts d'écu ou demi-tétons, avec deux ou trois sols de monnaie; quelques caractères et instruments de sorcellerie, entre autres un cœur navré de trois coups (comme aussi on tient que l'intention de ce gros maraud était d'en donner autant dans le cœur du Roi).
Il fut conduit et mené prisonnier à l'hôtel de Retz, plus proche de là, à cause du peuple, qu'on craignait, étant mutiné, qu'il ne se ruât sur lui, le déchirât et le mît en pièces, comme indubitablement il eût fait s'il eût su que son Roi était mort.
Interrogé qui l'avait induit à faire ce misérable coup, dit que c'était Dieu ou le diable. Et ayant à l'instant demandé si le Roi n'était pas mort, lui ayant été répondu que non, et qu'il l'avait voirement blessé, mais qu'il se portait bien : « Je ne sais quel bien porter (va dire ce paillard), si lui ai-je donné un mauvais coup ». Parlant ainsi résolument à un chacun, sans s'étonner; gossait même les plus curieux, qui lui demandaient qui lui avait fait faire : « Gardez (leur disait-il) qu'enfin je ne die que c'est vous ».
A cinq heures du soir, Messieurs de la Cour, ayant eu avis certain de la mort du Roi, se rassemblèrent aux Augustins, où le Parlement se tenait, et d'où ils venaient de sortir. Et là, sur ce que M. le Procureur général du Roi remontra à la Cour, toutes les chambres d'icelle assemblées, que le Roi étant présentement décédé par un très cruel, très inhumain et très détestable parricide
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commis en sa personne sacrée, il était nécessaire pourvoir aux alïaires du Roi régnant et de son État; requérant qu'il lut promptement donné ordre à ce qui concernait son service et le bien de son État, qui ne pouvait être régi et gouverné que par la Reine pendant le bas âge dudit sieur son (ils, et qu'il plût à ladite Cour la déclarer Régente, pour être pourvu par elle aux alïaires du Royaume; la matière mise en délibération, ladite Cour déclara ladite Reine, mère du Roi, régente en France, pour avoir l'administration pendant le bas âge dudit sieur son fils, avec toute puissance et autorité. Cet arrêt, précipité par la nécessité (dont Dieu veuille qu'on ne se repente point tout à loisir), ayant été aussitôt divulgué entre le peuple, vacillant et incertain jusque à cette heure-là de la mort de son Roi, causa un tel effroi et étonnement au cœur de ce pauvre peuple, enivré de l'amour de son prince, qu'on vit en un instant la face de Paris toute changée, et comme dit le poète :
Luclus tibiijue, pavor, et plurima morlis imago.
Les boutiques se ferment; chacun crie, pleure et se lamente, grands et petits, jeunes et vieux; les femmes et filles s'en prennent aux cheveux. Et cependant tout le monde se tient coi : au lieu de courir aux armes, on court aux prières et aux vœux pour la santé et la prospérité du nouveau Roi; et toute la fureur du peuple contre l'attente et intention des méchants, n'est tournée que contre ce parricide scélérat et ses complices, pour en avoir et poursuivre la vengeance.
OEuvre merveilleux de Dieu, exploit admirable de sa Providence, et qui ne pouvait partir d'autre lieu que de sa main, de dire qu'en un si grand trouble d'État et un tant inespéré, soudain et prodigieux accident, qui semblait devoir tout bouleverser sens dessus dessous, ouvrir la porte à une sédition sur laquelle avait été bùti en partie ce misérable dessein; et, qui plus est, dans une ville de Paris, remplie d'infinis vagabonds, voleurs.
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traîtres, Ligueurs, cl autres mal affectionnés à cet État, qui n'avaient au cœur autre religion que celle de la Société Judaïque, ennemie conjurée de tous les bons Français et serviteurs du Roi, de laquelle le long manteau de dévotion n'est qu'une couverture de sédition; ne se soit trouve homme qui ait bougé pour se remuer, de toute cette lie populaire; et peu qui en aient parlé, sinon à leur ruine et confusion.
N'est moins merveilleux et admirable le zèle de toute cette généreuse noblesse de France, princes, ducs, comtes et autres principaux offlciers de la Couronne, lesquels ayant vu, ce jour, le couchant du Roi leur maître, vinrent aussitôt saluer l'orient de son fils, comme de leur souverain, lui faisant offre de leurs épées; et, donnant leurs querelles au bien public de la France, mirent un tel ordre au désordre qui semblait apparent et menaçait Paris, qu'ils firent résoudre le peuple de pleurer leur Prince défunt et d'obéir à leur Roi vivant. De fait, beaucoup de seigneurs, divisés et désunis dés longtemps, s'accordèrent et réunirent (au moins en apparence), s'entr'embrassèrent et jurèrent, ce jour, unanimement fidélité au Roi et à la Reine, avec la vengeance de la mort du défunt envers tous et contre tous qui s'en trouveraient coupables ou complices, sans respect de dignité et qualité aucunef, quelque grande qu'elle fût. De laquelle union la gloire en est due au Dieu de paix et concorde, et non à l'homme, oîi il y a fort peu du sien, voire presque rien du tout : car attendu la corruption très grande qui règne aujourd'hui en tous les états, et par-dessus tous en celui de la noblesse, le peu de crainte de Dieu qu'il y a au monde, mèmement entre les Grands, je ne doute point, mais crois fermement, que cet œuvre est procédé purement de Dieu, lequel s'est servi d'eux en cette affaire (voire malgré qu'ils en eussent), pour le bien de son pauvre peuple, qui a grand intérêt que ce bon accord et union dure. Ce que toutefois je ne pense pas, pour ce qu'avec le peu
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d'envie quils en ont, nos péchés si grands en empêcheront le progrès et le fruit.
La nuit de cette triste journée et funeste à la France, en laquelle Dieu, courroucé contre son peuple, nous ôta, en son ire, notre Prince, et éteignit la lumière du plus grand Roi de la terre et le meilleur, Sa Majesté ne put jamais prendre repos et fut en inquiétude toute la nuit : si que, le matin s'étant levé, dit qu'il n'avait point dormi et qu'il était tout mal fait. Sur quoi M. de Vendôme prit occasion de supplier Sa Majesté de se vouloir bien garder, môme ce jour, auquel on disait qu'il ne devait point sortir, pour ce qu'il lui était fatal. « Je vois bien, lui répondit le Roi, que vous avez consulté l'Almanach, et ouï parler de ce fol de La Brosse, de mon cousin le comte de Soissons. C'est un vieil fol, et vous êtes encore bien jeune et guère sage. >
De fait. Sa Majesté alla ouïr la messe aux Feuillans, où ce misérable le suivit en intention de le tuer; et a confessé depuis, que, sans la survenue de M. de Vendôme, qui l'en empêcha, il eût fait son coup là dedans.
Fut remarqué que le Roi, avec plus grande dévotion beaucoup que de coutume, et plus longuement, se recommanda, ce jour, à Dieu. Même la nuit, qu'on pensait qu'il dormît, on le vit sur son lit, à deux genoux, qui priait Dieu; et dès qu'il fut levé, s'élant retiré pour cet effet en son cabinet, pour ce qu'on voyait qu'il y demeurait plus longtemps qu'il n'avait accoutumé, fut interrompu. De quoi il se fâcha, et dit ces mots : « Ces gens-ci empêcheront-ils toujours mon bien? » Grâce singulière et particulière de Dieu, qui semblait comme avertir son oint de sa fin fort proche, chose qui n'advient guère qu'à ceux que Notre Seigneur aime.
Après que Sa Majesté eut dîné (mais non si bien ni si gaiement que de coutume), il dit qu'il était tout étourdi de n'avoir point dormi, et qu'il voulait essayer de reposer. Et de fait, s'étant mis au lit, a[)rès qu'en vain il eut tâché de dormir, se remit derechef à prier Dieu,
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et incontinent après se leva fort gaiement, et commanda qu"on lui apprêtât son carrosse; où étant près de monter, arriva M. de Vitry, qui lui demanda s'il ne plaisait pas à Sa Majesté qu'il l'accompagnât. « Non, lui répondit le Roi; allez seulement là oîi je vous ai commandé, et m'en rapportez réponse. — Pour le moins, Sire, lui répondit Vitry, que je vous laisse mes gardes. — Non, dit le Roi; je ne veux ni de vous ni de vos gardes; je ne veux personne autour de moi. » Entrant dans le carrosse et pensant cependant (comme il est à présupposer) aux prophéties de ce jour, qu'on lui avait voulu mettre en la tête (et plût à Dieu qu'elles y fussent bien entrées, pour se mieux garder qu'il ne fît), se retournant vers un des siens, lui demanda le quantième il était du mois : « C'est le lo« aujourd'hui, sire. — Non, dit un autre, Sire, c'est le ^4^ — 11 est vrai, dit le Roi, tu sais mieux ton almanach que ne fait pas l'autre. « Et se prenant à rire : « Entre le 13 et le 14 » (dit-il). Et sur ces mots, fait aller son carrosse.
Pour retourner aux particularités de ce jour, aussitôt que le corps de ce pauvre Roi, privé de vie et de sang, eut été apporté au Louvre, de toutes parts s'y fit une concurrence de toutes sortes de i)ersonnes, et de diverses vie, mœurs et religion : les uns, pleurant vraiment du cœur et des yeux ce prodigieux et funeste accident; autres faisant semblant de le pleurer, en riaient dans le cœur et ne se pouvaient tenir d'en découvrir quelque chose par leurs paroles; comme un certain ligueur, reconnu pour tel, qui dit tout haut (encore qu'il sût qu'il était mort) que le Roi était fort légèrement blessé, et qu'on parlait déjà d'un voyage qu'il voulait faire le lendemain, à Notre-Dame de Roulogne, avec le Père Cotton.
Les Jésuites y accoururent des premiers (on les mettra de telle classe qu'on voudra : chacun sait la maxime qu'ils tiennent, qu'on peut tuer un roi qui souffre en son royaume deux religions). Cependant {vuUibus compo-
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sitis ad ludum) font les fâches par-dessus les autres. Le Père Cotton, avec une exclamation véritablement courtisanesque et jésuitique : « Et qui est le méchant (ditil) qui a tué ce bon prince, ce saint Roi, ce grand Roi? A-cc pas été un Huguenot? — Non (lui répondit-on), c'est un Catholique Romain. — Ah ! quelle pitié (dit-il), s'il en est ainsi ! > et à l'instant se signa à la jésuite de trois grands signes de croix. Une voix de quelqu'un qui était là et qui avait entendu la demande du Père Cotton, si c'était pas un Huguenot qui Tavait faite, fut entendue disant : « Les Huguenots ne font point de ces coups-là ». La Reine, extrêmement affligée, et si fort qu'on ne la pouvait remettre, faisait retentir tout le Louvre de {)laintes, cris, pleurs et gémissements extraordinaires.
M. de Sully, plus mort que vif, étant venu trouver Sa Majesté pour recevoir ses commandements, après que la Reine lui eût fait tout le bon visage et accueil qu'il eût su désirer, fut renvoyé par elle en son Arsenal, pour y exercer sa charge comme de coutume, continué en toutes ses dignités, états, offices et pensions. Mais rien ne pouvait plus contenter ce seigneur, mourant en la mort de son maître et faisant perte de tout : car aussi ne lui laissait ce triste accident autres armes, pour s'en venger, que les larmes pour pleurer, le reste de ses jours, son infortune et malheur. (Assaut pénible et dure rencontre pour un cœur dur et ambitieux comme le sien.)
M. de Mayenne et M. de Guise emportèrent, ce jour, l'honneur par-dessus les autres princes et seigneurs (bien qu'un chacun d'eux, et en général et en particulier, ait part en cette gloire) d'avoir, en ce grand trouble, fidèlement assisté le Roi, la Reine et l'État, et avoir fort librement et vertueusement parlé à Sa Majesté, conseillé et remontré ce qui était du repos public et manutention de l'État, sous l'autorité de ses commandements, pour la conservation de la couronne de son fils : entre autres points, qu'il était nécessaire d'observer et faire observer
exactement toutes les ordonnances et édits du l'eu Roi, principalement ceux de pacification, sans permettre quaucune violence fût faite à ceux de la religion, lesquels il fallait également traiter et maintenir avec les autres, selon le vouloir et intention de feu Sa Majesté, qui était un grand et excellent pilote et conducteur d'État; duquel suivant l'exemple, on ne pourrait jamais faillir. Ce que la Reine reçut de bonne part, promit et jura de le faire, et avec toutes sortes de caresses et embrassements à ces seigneurs, témoigna le contentement qu'elle avait de leurs bons avis et conseils, lesquels on ne pensait pas, venant de cette part, devoir être tels, principalement pour le regard des Huguenots. Mais Dieu tient en sa main les cœurs des grands et les incline où il lui plaît; joint que la plupart d'eux, bien que catholiques de religion, se font souvent huguenots d'État, où il y va de leur grandeur et intérêt particulier.
Conformément à ce conseil, furent établies, ce jour, à Paris, gardes aux portes, qui furent mêlées de l'un et de l'autre. Comme à notre porte de Bussi, les deux avocats qui y commandèrent, Bossan et Galland, l'un était catholique et l'autre huguenot.
Entre beaucoup d'actions vertueuses que la Reine fit paraître, ce jour, témoignantes d'un côté le deuil et regret qu'elle avait à la mort du feu Roi son mari, et de l'autre une grande magnanimité et constance à supporter cette pénible affection, accompagnée d'une grande douceur et affabilité (et contre son naturel) à l'endroit de tous ceux qui, la venant reconnaître, lui venaient parler, y en eut une qui échappa à Sa Majesté, laquelle déplut et fut trouvée fort mauvaise de plusieurs personnes d'honneur et de qualité, et donna sujet de parler à beaucoup de monde, qui ne parlait que trop sans cela : c'est que Sa Majesté n'eut plutôt la bouche fermée, qu'elle envoya quérir le médecin Duret, qui était l'homme du monde que le feu Roi aimait le moins, qu'il ne voulait point voir, et duquel il avait même défendu à
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la Reine de se servir; et étant là, le retint pour son médecin, et le fit de son Conseil, avec bon appointenient : le tout en faveur du seigneur Concini (qu'on disait porter fort constamment et avec beaucoup de résolution la mort du Roi).
Ce jour, le nouveau Roi fut servi en Roi à son souper : M. de Souvray, son gouverneur, le servit à genoux. De quoi ce petit prince étonné, le regardant, riait, puis se prenait à pleurer, se souvenant de la mort du Roi son père. « Je voudrais (après, disait-il) n'être point Roi, et, que mon frère le fût plutôt : car j'ai peur qu'on me tue, comme on a fait le Roi mon père. »
La Reine envoya quérir tous les gardes, et leur dit qu'elle consignait la personne du Roi son fils entre leurs mains; qu'ils avisassent à le bien garder, et à ne laisser approcher de Sa Majesté aucun, quel qu'il fût, qu'ils ne connussent bien et duquel ils ne voulussent répondre; car, comme en en faisant leur devoir, elle ne serait point ingrate de la peine qu'ils y prendraient, aussi, au contraire, s'il en avenait faute, ils se pouvaient assurer qu'elle les ferait tous pendre.
Ainsi se passa cette malheureuse journée; et la nuit même fut fort tranquille, sans aucun bruit, remuement ni émotion, non plus que s'il ne fût rien advenu.
Et ici je finis, avec la vie de mon Roi, le deuxième registre de mes passe-temps mélancoliques et de mes vaines et curieuses recherches, tant publiques que particulières, interrompues souvent depuis un mois par les veilles des tristes et fâcheuses nuits que j'ai souffertes, mèmement cette dernière, pour la mort de mon Roi; lequel, encore qu'il ne m'ait jamais fait du bien ni du mal, si puis-je dire avec vérité que je l'ai aimé passionnément.
Le mercredi 19, cet infâme parricide et détestable assassin, François Ravaillac, fut interrogé par M. le Pre-
mier Président; lequel, voyant qn'ilne lui était possible de rien tirer de cet homme, pour l'intimider s'avisa de lui dire (qui fut un bruit qu'on sema même, à ce dessein, à Paris et partout) que la Cour avait dépêché à Angoulême, en toute diligence, pour amener prisonniers à Paris, son père, sa mère, voire et ses autres parents ; où étant arrivés, s'il ne voulait dire autre chose, la Cour s'était résolue de faire mourir cruellement, en sa présence, son père et sa mère; puis, passant au reste, si besoin était, éteindre par le supplice du feu jusqu'au dernier de sa maudite race : chose (lui dit le Premier Président) permise et autorisée par les lois divines et profanes, en un crime tant énorme et de si grande conséquence que le sien. A quoi ce paillard voulut répliquer, niant impudemment audit Premier Président que jamais cela eût été pratiqué ni approuvé par lois quelconques, ni divines ni humaines. Sur quoi on disait que M. le Premier Président lui avait allégué quelque concile. Quoi que c'en soit, on le vit fort ému et troublé de cette proposition et menace, sans que toutes fois pour tout cela, il fût induit de dire ou confesser quelque chose plus qu'auparavant.
Un Père Jésuite, nommé d'Aubigni, qui l'avait confessé, et qui pour cela avait été mis en arrêt, lui fut confronté : mais ils en sortirent tous deux à leur honneur. Aussi, l'un n'eût pas bien entendu son métier, et l'autre eût été mauvais Jésuite, s'ils ne s'en eussent su dextrement dépêtrer.
Ledit Jésuite fut ouï et interrogé, particulièrement par M. le Premier Président, sur le secret de la confession de Ravaillac, mais il n'en put tirer autre chose, sinon que comme il y en avait auxquels avait été donné de Dieu le don des langues, aux autres le don de prophétie, révélation, etc., ainsi lui avait été donné le don d'oubliance des confessions. Au surplus, qu'ils étaient pauvres religieux qui ne savaient que c'était que du monde, ne se mêlaient ni entendaient rien aux affaires
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d'icelui. Auquel M. le Premier Président répliqua qu'il trouvait, au contraire, qu'ils en savaient assez et ne s'en mêlaient que trop; et s'ils n'eussent point tant été du monde comme ils disaient, que tout se fût mieux porté qu'il ne faisait.
Le dimanclie 23, le P. portugais Jacques Suarès, dit Cordelier, avec quelques curés de Paris, entre autres celui de Saint-Barthélemi et Saint-Paul, prêchèrent et prônèrent les Jésuites, et en paroles couvertes (mais non tant toutefois qu'elles ne fussent intelligibles à beaucoup), les taxèrent comme fauteurs et complices de l'assassinat du feu Roi, les arguant et convaincant par leurs propres écrits et livres, nommément de Mariana et Bécanus. Par la lecture desquels il semble quon puisse justement colliger qu'une des principales charités de ces gens soit d'envoyer de bonne heure en paradis les rois et les princes qui ne les favorisent assez à leur gré, ou qui ne soient pas bons catholiques à la Mariane.
Il y eut prise, le mardi 23, entre M. de Loménie et le père Cotton, en plein Conseil; auquel Loménie dit que c'était lui voirement qui avait tué le Roi, et la Société de ses Jésuites. Et sur ce que ceux du Conseil lui dirent qu'il apportât un peu plus de modération, dit qu'à la vérité le regret qu'il avait à la mort de son bon maître lui pouvait bien causer un peu trop de passion à en parler; mais qu'il ne parlait qu'en présence de la Reine. En même temps, Béringuan en eut à Delorme. premier médecin de la Reine, qui soutenait les Jésuites, et lui en dit autant.
Le jeudi 27, fut prononcé et exécuté à Paris l'arrêt de la cour de Parlement, donné contre le très méchant parricide François Ravaillac, qui fut amené, à dix heures du matin, à la levée de la cour, dans la chambre de la buvette, où on lui commanda de se mettre à genoux; et lors le greffier lui prononça son dit arrêt, que chacun a ouï et vu et se peut partout lire imprimé.
Suivant lequel, pour révélation de ses complices, il
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fut appliqué à la question des brodequins, où il ne confessa rien : seulement pria la Cour, le Roi, la Reine et tout le monde, lui pardonner, reconnaissant derechef, comme il avait fait à la Cour, avoir commis une grande faute, dont il espérait toutefois la miséricorde de Dieu plus grande qu'il n'était pécheur; mais qu'autre que lui n'avait fait le coup, n'en avait été prié, sollicité ni induit par personne, ni grand ni petit (combien qu'il ne doutât point qu'il y en eût prou des uns et des autres qui en fussent bien aises).
Sur les trois heures, on le tira de la Chapelle, pour aller au supplice, où il y eut une grande huée sur lui, depuis ladite Chapelle jusqu'à la porte de la Conciergerie, de tous les prisonniers qui, se mettant à crier Au traître! et Au chien! se voulaient ruer dessus, sans l'empêchement des archers qui y tinrent la main forte. Sortant de la Conciergerie, pour monter au tombereau, il se trouva un grand concours et aflluence de peuple, cruellement animé et acharné contre ce méchant parricide, à cause de la mort de son Roi, que les gardes et archers, bien qu'en grand nombre et armés, comme on dit, jusqu'aux dents, eurent bien de la peine de le sauver de sa fureur, chacun y voulant mettre la main, hommes, femmes, filles, et jusqu'aux petits enfants, avec tel tumulte, cris et hurlements de tout le monde, imprécations et malédictions, qu'on ne s'entendait pas l'un l'autre : si qu'il semblait que le ciel et la terre se dussent mêler ensemble. Et quelque grande garde qu'on lui eût donnée, pour engarder le peuple d'en approcher, si ne le put-on sauver de force horions et gourmades qu'on lui donna, même de quelques femmes qui y laissèrent imprimées les marques de leurs dents et ongles, tant la rage de ce peuple se montra grande à l'endroit de ce misérable.
La plus grande part des princes et seigneurs étant lors à Paris se trouvèrent à l'Hôtel de Ville, pour en voir l'exécution : aucun desquels, selon le dire et opi-
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nion de beaucoup (mais on appelle ces gens-là des médisants), la regardèrent d'yeux fort secs, étant seule- ' ment marris qu'ils ne se pouvaient mieux servir, et à une plus grande œuvre, des mains et cœurs de ce peuple passionné, et qui ne se montrait que trop affectionné, à leur gré, à la mémoire de leur bon Roi et Prince. Finalement ce malheureux et misérable assassin étant parvenu au lieu du supplice, se voyant près d'être tiré et démembré par les chevaux, et qu'un certain homme étant près de l'échafaud était descendu de son cheval pour le mettre à la place d'un qui était recru, afin de le mieux tirer : « On m'a bien trompé (va-t-il dire), quand on m'a voulu persuader que le coup que je ferais serait bien reçu du peuple, puisqu'il fournit lui-même les chevaux pour me déchirer ». Et ayant fait demander au peuple un Salve Regina, en ayant été éconduit avec tumulte et violence de toute cette populace, qui commença à crier plus que devant qu'il ne lui en faloit point et qu'il était damné comme Judas : se retournant vers son confesseur, le pria de lui donner l'absolution, pour ce qu'il n'en pouvait plus. Ce que lui ayant refusé, disant que cela leur était défendu môme en crime de lèze-Majesté au premier chef, tel qu'était le sien, s'il ne voulait révéler ses fauteurs et complices; ayant répondu qu'il n'en avait point, comme il lui avait souvent protesté et le protestait encore derechef, son confesseur ne voulant passer outre : < Donnez-la-moi (dit ce paillard), au moins à condition, au cas que ce que je dis soit vrai : c'est chose que ni vous ni autre de votre profession ne me peut refuser. — Je le veux (lui répondit l'autre), mais à cette condition voirement, qu'au cas qu'il ne soit ainsi, votre àme, au sortir de cette vie que vous allez perdre, s'en va droit en enfer et à tous les diables. Ce que je vous dénonce, de la part de Dieu, comme bien certain et infaillible. — Je l'accepte et la reçois, dit-il, à cette condition. > Ce fut la dernière parole qu'il dit à M. de Filesac, qu'on lui avait donné
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pour confesseur avec M. Gamache (tous deux fort honnêtes hommes et doctes, gens de bien, et des premiers et plus suffisants docteurs en théologie de toute la Sorbonne). Peu auparavant, le greffier, pour l'induire à se reconnaître et confesser la vérité, l'ayant fort pressé de décharger sa conscience de ceux qui lui avaient fait faire, et que l'indignation du peuple tant grande contre lui en était le jugement : « J'en suis bien marri (lui répondit-il); mais que veut-il que j'y fasse? Que m'en demandez-vous aussi tant? Je vous l'ai déjà dit et je le dis encore, quil n'y a que moi qui l'ai fait ».
Ainsi mourut Ravaillac, qui était homme de moyenne taille, bien fourni de membres; la couleur du visage et le poil tirant sur le roux noir, comme on disait qu'avait Judas, traître au surplus et non moins méchant que lui.
Aussitôt qu'il fut mort (car il expira à la deuxième ou troisième tirade des chevaux, pour ce qu'il n'en pouvait presque plus, quand on l'y appliqua), le bourreau l'ayant démembré voulut en jeter les membres dans le feu. Mais le peuple se ruant impétueusement dessus, il n'y eut fils de bonne mère qui n'en voulût avoir sa pièce, jusqu'aux enfants qui en firent du feu au coin des rues. Quelques villageois môme d'alentour de Paris, ayant trouvé moyen d'en avoir quelques lopins et entrailles, les traînèrent brûler jusqu'en leurs villages.
Voilà avec quelle furie et rage tout le peuple, tant des champs que de la ville, témoigna le grand regret qu'il avait à la mort de ce bon Roi : ce qu'on n'eût cru aisément, si on ne l'eût vu. Que si les procédures de nos magistrats, à l'endroit de ce monstre de nature, eussent été aussi chaudes à en découvrir ses auteurs et complices, comme se sont montrées à la vengeance même de sa charogne morte celles de ce peuple, on ne serait aujourd'hui en peine, comme on est, de craindre ce dont avec une bonne raison on se défie; mais la lâcheté y a été telle et si grande, même à l'endroit de ceux
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qu'on a pris qui en savaient des nouvelles, qu'elle l'ait mal au cœur à tous les gens de bien, et particulièrement à moi, auquel la douleur que j'en ai me fait tomber la plume des doigts et de la main.
Le samedi 29, notre nouveau Roi l'ut fouetté, par commandement exprès de la Reine régente, pour s'être opiniâtre à ne point vouloir prier Dieu. M. de Souvray, son gouverneur, auquel en avait été donnée la commission, n'y voulait mettre la main, jusqu'à ce que, étant comme forcé par la Reine, fut contraint de passer outre. Ce jeune prince, se voyant pris et qu'il lui en fallait passer par là : t Ne frappez guère fort, au moins (dit-il à M. de Souvray) ». Puis, peu après, étant allé trouver la Reine, Sa Majesté s'élant levée i)Our lui faire la révérence comme de coutume : « J'aimerais mieux i^va dire ce prince tout brusquement) qu'on ne me fît point tant de révérences et tant d'honneur, et qu'on ne me fît point fouetter ». Trait qui fit rire la Reine, et fut remarqué pour un de ceux du feu Roi son père, qui ne manquait jamais de reparties promptes et fort à propos.
Le lundi 31, dernier de ce mois, les Jésuites, ayant eu et obtenu ce que dès longtemps ils avaient désiré et pourchassé, savoir le cœur du Roi, partirent de Paris pour l'emporter quant et eux à la Flèche où, selon les accords et stipulations passées entre Sa Majesté et eux, ils le devaient pompeusement et solennellement enterrer. Dès le samedi 15 de ce mois, M. le prince de Conti, après s'être mis à genoux devant ce cœur royal et fait une prière pour l'àme du défunt, l'ayant pris sur un coussin paré d'une gaze brochée d'or, l'avait mis entre les mains du père Jacquinot, supérieur de la maison Saint-Louis : lequel, revêtu d'un surplis et étole, l'avait reçu, au nom de toute la Société, avec infinies grâces et remerciements, puis, avec trois ou quatre de ses compagnons et deux gentilshommes, entré dans le même carrosse où le Roi avait été tué (qui est une remarque qu'on n'a pas oubliée). Étant arrivé à leur maison de Saint-Louis, en
la rue Saint-Antoine, entre sept et huit heures du soir, l'aurait fait poser dans la Chapelle domestique de ladite maison, où, le même jour, nonobstant l'incommodité de rheure et le mauvais temps, grand nombre de petit peuple (dévot à la jésuite) l'allèrent baiser et jeter de Teau bénite.
Finalement, pour mettre Im à ce bel œuvre (ou farce jésuitique^ ce jour, qui était le dernier du mois, vingt ou vingt-deux Jésuites, après avoir dit la messe de grand matin, entrèrent dans les carrosses qui les attendaient à la porte de leur église Saint-Louis, environ les quatre heures du matin, pour conduire ce cœur royal à La Flèche.
Le père Armand, provincial des Jésuites, ayant été mandé exprès de Nevers, où il était quand le Roi fut tué, pour être conducteur de cette cérémonie, prit sa place dans le carrosse du Roi, avec quatre ou cinq Jésuites; au fond duquel il se mit en surplis et en étole, tenant le cœur royal sur un carreau de velours noir couvert d'un crêpe.
Grand nombre de cavalerie des principaux seigneurs de la noblesse étant à Paris, les conduisirent jusqu'au Bourg-la-Reine seulement et rentrèrent dans la ville, qu'il était encore bien matin. Aussi en étaient-ils partis avant cinq heures.
Le dimanche 6 juin, frère Anselme Cochu, Jacobin, à Saint-Gervais, le matin, et après dîner, l'abbé Dubois, de l'ordre de Cîteaux, à Saint-Eustache, donnèrent fort sur les Jésuites, prêchèrent contre eux, arguèrent la doctrine erronée contenue en leurs écrits et livres, alléguant entre les autres ceux de Mariana et Bécanus. L'abbé Dubois prêcha violemment contre, jusqu'à dire qu'ils étaient cause en partie du'mallieureux assassinat commis en la personne sacrée du feu Roi, et que les Jésuites l'avaient tué.
Le mardi 8, la Cour, assemblée sur le fait des Jésuites,
qui avaient des amis et des ennemis en cette compagnie, après avoir demeuré aux opinions jusqu'à près de midi, finalement condamna et adjugea au feu le livre de Mariana, comme impie, hérétique, mal parlant de l'autorité des rois, et pernicieux à cet État.
Le samedi 19, le corps mort du prévôt des maréchaux de Pluviers, après avoir été traîné par la ville, sur une claye des prisons de la Conciergerie (où on l'avait serré il y a environ huit jours), fut pendu par les pieds, puis brùlé en la place de Grève, à Paris.
Cet homme, très mal famé et renommé, et qui avait deux fils Jésuites {quod notandum), reconnu de tous pour mauvais serviteur du Roi, et très bon de la maison d'Entragues et de la marquise de Verneuil, tenu au pays pour un voleur et un concussionnaire, fut déféré, accusé, et convaincu, par bons témoins, d'avoir dit, dans Pluviers, jouant ou regardant jouer à la courte boule dans un jardin, et à l'heure même que le Roi fut tué : « Le Roi est mort. Il vient d'être tué tout maintenant. Et n'en doutez point >. Lequel langage ou semblable on lui avait ouï tenir déjà par deux ou trois fois, mais auquel on n'avait autrement pris garde, jusqu'à ce que la fortune avenue fit croire que cet homme savait l'entreprise (comme il y a apparence"», et qu'il était des complices de ce malheureux assassin. Tellement qu'ayant été veillé, guetté, et couru en toute diligence, fut finalement attrapé, conduit et mené prisonnier à Paris, où on lui donna la Conciergerie du palais pour prison, dans laquelle, à quelques jours de là, fut trouvé mort, étranglé, ainsi qu'on disait, des cordons de ses caleçons.
La Cour de Parlement, tout mort qu'il était, ne laissa de lui faire son procès, doublement criminel, et pour s'être défait soi-même et pour s'être rendu coupable du crime de lèze-Majesté. Mais, au bout, un homme mort ne parle point (qui était ce qu'on demandait) : car, s'il eût parlé, comme il avait bien commencé [loquela sua cuin minifestum faciens), il en eût à la fin trop dit pour
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l'honneur et le profit de beaucoup qu'on n'avait pas envie de fâcher. C'est pourquoi on a eu opinion que d'autres gens que le Diable avaient mis la main à cette exécution.
M. D'Epernon partit, ce jour, de Paris, pour aller à Compiègne quérir le corps du feu Roi Henri III, son bon maître, et de là le conduire à Saint Denis et l'y faire enterrer. Ou blâmait le feu Roi de l'avoir laissé là plus de vingt ans sans l'honorer de ce qui bien lui appartenait et ne s'en être autrement soucié.
Le mercredi 23 de ce mois, veille de la Saint- Jean, fut fait à Saint-Denis l'enterrement du feu Roi Henri III, sans pompe ni autre solennité royale, et si peu de cérémonie qu'on y observa fut fait avec désordre et confusion, symbolisante avec la fin du règne de ce pauvre prince, auquel les gens d'église et moines, ayant, par une détestable ingratitude, tourné le dos et persécuté à la mort, n'en firent pas moins après.
Un seul des princes ne s'y trouva, fors MM. les comtes de Saint-Pol et de Lauraguais, fils du comte d'Auvergne (encore tous deux bâtards : ce qu'on remarqua).
Le mardi 29, jour Saint-Pierre, le corps du feu Roi fut porté du Louvre à Notre-Dame, avec les cérémonies, pompes et solennités qu'on a accoutumé d'observer aux obsèques et enterrements des rois de France. La foule du peuple était si grande à le voir passer, qu'on s'y entretuait.
Le mercredi 30 et dernier du mois, le corps de Sa Majesté fut porté de Notre-Dame à Saint-Denis, en pareille pompe et magnificence que le jour de devant; et le lendemain, premier de juillet, après son service fait en ladite église, fut solennellement enterré et mis en la tombe de ses prédécesseurs. En cette cérémonie y eut recharge de bravades à la Cour : M. le comte de Soissons refusa (exprès pour les braver, ainsi qu'on disait) de rompre le bâton en leur présence, encore que
de toute ancienneté on eût accoutumé de ce l'aire. La célébration des Grâces à leur table ne se fît point, lequel honneur toutefois ne leur avait jamais été dénié ni débattu.
Environ ce temps, et peu de jours avant la mort du Roi, l'exécution cruelle et inhumaine d'une pauvre femme des champs, pour la taille (à laquelle les sergents ayant tout pris, vendirent, pour le dernier, une vache qui seule lui restait pour la nourriture d'elle et de six petits enfants), causa un triste et prodigieux accident : qui fut que cette pauvre femme, s'élant désespérée, pendit premièrement ses six enfants, puis se pendit après elle-même.
On fit récit au Roi de cet acte vraiment tragique et épouvantable. Et, le jour précédant sa mort, le frère de celle misérable (qui était un pauvre homme tout troué et déloqueté) se vint jeter aux pieds de Sa Majesté, pour lui en demander justice; mais tant s'en faut que le Roi s'en montrât aucunement touché ni ému, qu'au contraire, ayant rudement repoussé et renvoyé ce pauvre homme, lui dit qu'ils étaient tous des canailles, et qu'il eût voulu, pour un, qu'il y en eût eu un cent qui se fussent pendus. L'autre, après ces propos, s'étant levé, jetant les yeux au ciel, dit ces mots : « Puisque le Roi ne tient compte de me faire justice, je m'assure que celui de là-haut, qui est Dieu, me la fera et bientôt ». Le lendemain le Roi fut tué.
De moi, je n'en eusse chargé ce registre, ne l'ayant su au vrai que trois mois après, si un de mes amis, homme d'honneur et de qualité, ne me l'eût assuré pour véritable, l'ayant appris de M. Forin, gouverneur du marquis de Rosny, qui était présent et près du Roi lorsque tout cela fut dit.
Le jeudi 2 du mois de septembre, Dieu redoubla sa verge sur ma maison, me visitant d'une fâcheuse et pénible maladie, accompagnée de diverses infirmités, la
moindre desquelles était suffisante de m'attérer, sans cette forte et puissante main d'en haut qui m'a toujours Soutenu et relevé contre toute l'espérance des hommes et la mienne propre. Tous lesquels maux me rendirent tant atténué et débile, que, croyant certainement que Dieu voulût faire sa volonté de moi (en laquelle opinion étaient aussi la plupart de ceux qui m'assistaient, et mes médecins eux-mêmes), je demandai que le Saint- Sacrement, selon l'ordonnance de l'Église, me fût apporté et administré, comme il fut, par le vicaire de Saint-André, le mardi 14 de ce mois.
Le jour de devant, qui était le 13 de ce mois, voulant, avant le recevoir, me réconcilier et confesser, je priai qu'on me donnât un Jacobin, nommé père Deslandes, lequel j'avais ouï, ce me semblait, prêcher plus purement que les autres. Icelui étant venu, me consola fort et contenta. Son but fut, après m'avoir fort doctement et chrétiennement admonesté, remontré mes fautes et offenses, et fait demander pardon d'icelles à Dieu, tirer de moi une protestation de mourir en la Foi de l'Église Catholique, Apostolique et Romaine. Des deux premiers, il n'y eut nulle difficulté; je le lui protestai franc et net; mais, pour le regard du troisième, sur lequel il insistait et me pressait fort (me remontrant qu'il était de nécessité de salut de croire tout ce que l'Église romaine croyait, et qu'elle ne pouvait errer), je ne lui pouvais accorder celui-là, vu le contraire qui se voyait en plusieurs points de sa doctrine; jusqu'à ce que, vaincu de la faiblesse du corps et de l'esprit, qui ne me permettait d'y contester davantage, je le passai, sous caution qu'on me ferait voir que la doctrine et tradition de l'Église Romaine d'aujourd'hui étaient en tout et partout conformes à celles de l'antique et vieille Romaine, qui était du temps des Apôtres et de saint Paul, qui n'avaient prêché qu'un Jésus-Christ crucifié, ni reconnu autre fondement de salut en l'Église, que celui-là; en laquelle foi Romaine j'avais toujours vécu et y voulais
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mourir. Ce qu'il me promit de me montrer, si Dieu me renvoyait ma santé (dont je me défie fort qu'il le puisse faire, quelque habile homme qu'il soit). Aussi, en sommes-nous demeurés là, et ai peur que nous y demeurions.
Je me tiendrai donc à ce vieux tronc (bien que pourri) de la papauté, en laquelle on trouve l'Église, bien qu'icelle ne soit pas l'Église. Papatus non est Ecclesia, sed Ecclesia est in Papatu (dit le bon homme M. Perrol, ministre de Genève, à un de ses amis). Sur quoi, j'ai noté un passage de Luther, sur le premier chapitre des Galates, sur ce mot, aux Églises de Galatie, que saint Paul toutefois appelle renversées : « Ainsi (dit-il page 10) nous appelons aujourd'hui l'Église Romaine sainte, et tous évêchés saints, jaçoit qu'ils soient renversés et que les évèques et ministres d'iceux soient infidèles et méchants, car Dieu règne au milieu de ses ennemis, et avec ce, l'Antéchrist est assis au temple de Dieu, et Satan est présent au milieu des enfants de Dieu. Et pourtant, combien que l'Église soit au milieu d'une nation perverse et maudite (comme dit saint Paul aux Philippiens) et combien qu'elle soit au milieu des loups et des brigands, c'est-à-dire des tyrans spirituels, toutefois elle ne laisse point d'être Église, elle ne laisse point d'être à Rome, combien que Rome soit pire que Sodome et Gomorrhe; le baptême est là, le sacrement est là, et le texte de l'Évangile, la Sainte Écriture, les ministères, le nom de Christ et le nom de Dieu. Qui ont quelque chose de ceci l'ont; ceux qui n'en ont rien, n'en sont point excusés, car le trésor y est. L'Église Romaine est sainte, pour ce qu'elle a le saint nom de Dieu; elle a l'Évangile et le baptême. Si un peuple aussi a ces choses, il est appelé saint, etc. »
Voilà comme, par le témoignage des Luthériens mêmes et des Calvinistes, on peut demeurer en l'Église Romaine, quelque corrompue qu'elle soit, et y faire son salut. Ce qui m'y a fait arrêter; car, si je l'eusse cru
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autrement, piéça en fussé-je sorti, vu la nourriture et instruction toute contraire qu'on m'a donnée. Une chose enregistrai-je ici (puis qu'aussi bien je m'y peins tout entier et tout nud, non tant pour moi que pour ceux qui viennent après moi, qui ont, possible, à me perdre bientôt) : que rien n'eût été plus capable, ni ne serait encore, de me faire quitter l'Église Romaine, que si on me voulait astreindre à l'observation de plusieurs cérémonies et services superstitieux, qui ont la vogue, comme on a fait pendant la Ligue, sous la tyrannie et contrainte de laquelle j'ai sué souvent d'ahan de ce côtélà. Maintenant, toutes ces choses étant laissées en la liberté d'un chacun, je me suis résolu d'y vivre et d'y mourir, suivant l'instruction à la mort de feu mon père (l'homme de bien et craignant Dieu des plus, comme chacun sait), et lequel, ayant connaissance des abus, en soupirait la réformation, et ne trouvait, pour cela, aucunement bon d'en sortir.
Les dernières paroles de ce bon homme, après qu'il m'eût donné sa bénédiction, étant lors âgé de douze ans seulement, furent à M^ Mathieu Beroald, mon maître, en ces termes : « Maître Mathieu, mon ami, je vous recommande mon fils que voilà; je le dépose en vos mains, comme un des plus précieux gages que Dieu m'a donnés. Je vous prie surtout de l'instruire en la piété et crainte de Dieu; et pour le regard de la Religion (connaissant bien ledit M'= Mathieu), je ne veux pas que vous me l'ôtiez de cette Église : je vous le défends. Mais aussi, ne veux-je pas (lui dit-il) que vous me le nourrissiez aux abus et superstitions d'icelle. »
Cette dernière volonté d'un si bon père m'est toujours demeurée et demeurera éternellement gravée dans le plus profond de mon cœur et de mon âme.
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• Maître Pierre de TEstoile, en son vivant audiencier de la chancellerie de Paris », fut inhumé dans l'église Saint-André des Arcs le 8 octobre 1611. Les dernières lignes de ses registres-journaux sont datées du 27 septembre 1611.
Notice sur les manuscrits et les éditions imprimées des Mémoires-Journaux de Pierre de L'Estoile.
Nous n'avons pu entreprendre de donner, avec ces Extraits, une édition critique de Pierre de TEstoile, ni même tenter une étude complète des questions que soulèvent les manuscrits retrouvés et les diverses éditions publiées depuis le wii^ siècle.
L'édition la plus répandue, il y a vingt ans, celle publiée par MM, Champollion-Figeac et Aimé Champollion fils, dans la collection Michaud et Poujoulat ', était fort imparfaite.
La Librairie des bibliophiles a donné de 1875 à 1896 une édition excellente^ que nous avons utilisée pour
1. Cf. Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l'histoire de France. Registre-journal de Henri III, d'après le manuscrit autographe du L'Estoile, presque cnlieremenl inédit, Paris, 1SU7, in-S".
2. Cf. Mémoires-journaux de Pierre de l'Estoile, éditiuu pour la première fois complète et conforme aux manuscrits originau.x, publiée avec de nombreux documents inédits et un commentaire
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ces extraits de préférence à toutes les autres; les éditeurs ont publié dans le tome XII une étude si complète sur les Manuscrits (p. xvii) et les Éditions des Mémoires (p. xxii) que Ton ne peut mieux faire, à l'heure actuelle, que d'y recourir. "Voici donc le résumé de ces notices :