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XXII] HE

13 Février 1840

J'ai vu aujourd'hui Félix Ravaisson !, dont j'ai eu tant à me louer dans de trop courts rapports d'administration. Nous avons causé rapidement poésie, philosophie, histoire ; il y a de tout cela en lui. Il était dernièrement au bal chez une dame russe, Mme de Tourganief ?. S[ainte-] Bfeuve] n'a pas manqué une contre-danse. La vie se ranime pour lui. Mme Denifs] 3 a été ravie de son concert d’hier soir à la cour. Le bal de M. Chaix d’Est Ange * était merveilleux de fraîcheur et d'éclat. Mais pour jouir de tous ces plaisirs, il faudrait franchir un triple cercle de douleurs. Il y a trois jours, la famille de Jancigny ÿ était dans l'ivresse de son plaisir à la représentation de Mlle Mars, avant hier, le $ courrier arrivait : c'était une lettre qui avait traversé l'Egypte et qui annonçait la mort de cette pauvre et jeune Louise, morte sur le Gange, environnée d’espérance de bonheur et de rêves infinis.

1 Jean-Gaspard-Félix Ravaisson Mollien (1813-1900), philosophe et archéologue, professeur de philosophie à la faculté de Rennes, en 1838, sera, de 1840 à 1859, inspecteur général des bibliothèques.

2 On orthographie alors à peu près indifféremment ainsi, ou Tourguenieff (cf. lettre de Ballanche, 27 juillet 1835, dans A. Marquiset : Ballanche et MME d'Hautefeuille, 1912, p. 53), ou Tourgueneff (id. 28 juin 1841, ibid., p. 187).

3 Sic. Peut-être sa belle-sœur Marie Denis, femme d’Alphonse.

4 Gustave-Louis-Adolphe-Victor-Charles Chaix d'Est-Ange (1800-1876), avocat célèbre, député, bâtonnier en 1842, deviendra procureur général sous le second Empire.

5 Adolphe-Philippe Dubois de Jancigny, diplomate et orientaliste, né à Paris, en 1795. Ferdinand Denis lui a consacré (ainsi qu’à son père) une notice dans la Nouvelle Biographie générale Didot (1858). Après avoir pris part aux dernières campagnes de l'Empire, Dubois de Jancigny, mis en demi-solde, voyagea aux Indes et ne revint en France qu’en 1829. « Des intérêts particuliers » le ramenèrent « dans l’Inde Britannique en 1830 et un concours inattendu de circonstances le détermina à entrer au service du roi d’Aoude, Nesser-oud-dîine-Hyder.. Il fut pendant plusieurs années aide de camp de ce souverain, qui lui confia, en 1834-1835, une importante mission en Europe. » Attaché en 1840, au Ministère des Affaires étrangères, collaborateur de la Revue des Deux Mondes, il publie, après un nouveau voyage aux Indes Néerlandaises, « les résultats de ses recherches sur plusieurs pays de l’Extrême-Orient ». Denis cite volontiers ses œuvres (par exemple le Génie de la Navigation, 1847, p. 113). Cf. Appendice, note 12.

6 le surcharge un.

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