CHANT
2 Peut-être s'agit-il ici de l’anecdote rapportée au feuillet LII. Sa mention au feuillet XLIX, plus d’un mois avant, et avec cette précision : « que j'ai contée plus loin », semble indiquer que certains feuillets de Denis ont été datés et classés par lui après coup. :
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11 Juillet 1843
Le D' Madden est venu en compagnie d’un autre savant visiter notre Bibliothèque et s’assurer s’il n’y aurait pas quelques ouvrages précieux touchant l'Islande sur l’histoire de laquelle il a déjà publié quatre volumes, sous le pseudonyme de Pamphilus. Nous avons fini par trouver un ouvrage vraiment précieux, dit-il, et qu'il n’avait rencontré dans aucune autre Bibliothèque. Je lui ai donné ce que j'ai pu rassembler de documents sur ce point et je lui ai indiqué certaines choses qu'il ne connaissait pas.
M. de Chateaubriand doit trouver que j'ai la main heureuse en fait de renseignements de ms! Néanmoins, il n’a pas jugé à propos de m'adresser un seul mot de remerciement ?. Il est vrai qu’il est aux eaux ? et que le bon M. Daniélo{ [verso] dit quelques mots de souvenir qui venaient bien de lui, et qu’on pouvait reconnaître au style. Ce qui fait naître en moi cette réflexion, c’est l’expression reconnaissante dont se sont servis ces étrangers auxquels après tout j'ai appris si peu.
1 S'agit-il d'un manuscrit relatif à cette Vie de Rancé qui paraîtra l’année suivante ?
? Denis n’est pas seul à se plaindre de la façon un peu légère dont Chateaubriand traitait parfois les érudits qui lui apportaient leur aide : v. Boissonade, La Critique sous le Premier Empire, pub. par Colincamp, Paris, Didier, 1863, p. LXVIN, note.
3 Depuis le mois de juin, Chateaubriand se trouvait à Bourbonne-les-Bains (Biré : Les Dernières Années de Chateaubriand, p. 345).
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II Juillet 1843
Il y a quelques mois, M. de Savigny ! m’annonça que la Reine de Portugal m'avait nommé chevalier de l'Ordre de la Conception ?, et que le décret était signé ; ne recevant aucune nouvelle de cette nomination, après tout assez indifférente, mon frère s’adressa de lui-même à M. de Varennes , qui écrivit en Portugal. — Il lui fut annoncé 4 que MM. Santarem et de Carrera 5 ayant été consultés touchant ma nomination, il avait été répondu par ces MM., qu’en raison des différends survenus entre eux et moi, ma nomination devait être ajournée. — C’est une platitude qui ne saurait m'atteindre. — Ce qui atteint plus directement ce digne Vte de Santarem, c’est une bévue scientifique dont 116 demeure fort embarrassé et qui lui ferait anéantir tous les exemplaires d’Edrisi 7, s’il le pouvait
1 Charles-Frédéric de Savigny (1814-1875), fils du célèbre juriste Frédéric-Charles de Savigny et de la sœur du poète Brentano. Entré dans la diplomatie en 1838, d'abord attaché à la légation de Prusse à Paris, puis à celle de Londres, il devint en 1840-1842 secrétaire de légation à Dresde, puis à Lisbonne (Weyers Konversationslexihon).
2 Denis était décoré de l’ordre du Christ de Portugal.
3 Peut-être le marquis de Varennes, qui a collaboré avec F. Denis, au tome IV, 2me partie de la grande collection dirigée par Paul Lacroix : Le moyen âge et la. Renaissance.
4 annoncé, au-dessus de répondu, effacé, et à côté d'écrit, également effacé.
5 Sic. — Le vicomte Carreira, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Portugal en France.
6 est, effacé.
7 « Edrisi naquit en l’année 1099 (493 de l’hégire) ; il appartenait à la famille des princes d’Edris et après avoir étudié à Cordoue, il alla se fixer à la cour de Roger roi de Sicile. La géographie d’Edrisi, écrite vers 1133, a été traduite dernièrement par M. le Chevalier Jaubert en 2 vol. in-40. » (F. Denis, Le Génie de la Navigation, 1847, p. 134.) Cette géographie d’Edrisi (Abou-abd-Allah Mohammed ben Mohammed ben-abd-Allah-ben Edris-al-Hamoudi) est intitulée Niz het al-moshtac fi ikhtiroc al afac (Récréation de celui qui désire parcourir les pays). Elle a été commentée par Reinaud en des pages citées par F. Denis dans le Monde Enchanté (1843), p. 265 sqq.
faire. — Je conterai cela quelque part pour l'édification du monde savant. J'ai su, touchant les cartes du même personnage, une anecdote toute bibliographique et qui doit mettre les vrais amateurs en garde contre l'exactitude de ces vieux documents. Lorsque l’habile cartographe chargé de ce travail lui expédia les premières cartes, celles qui représentaient le monde de Cosmas !, peut-être, il s’aperçut que le Vte ne corrigeait point les épreuves, il lui en fit l’observation et lui dit quel était l’usage en pareille circonstance. Or, l'usage déplaisait fort à l’économe auteur du travail, il fallait payer ces corrections quand on les fesait ?. Il s’y refusa tout net, si bien que M. B. 3% omit une quantité de noms et en estropia quelques-uns (à dessein, car c’est un habile homme) pour punir le personnage de sa lésinerie À.
1 Cosmas Indicopleustes, voyageur égyptien du VIme siècle après Jésus-Christ. -- Cf. : Edouard Charton : Voyageurs anciens et modernes. (4 vol. Magasin Pittoresque, 1853), ouvrage auquel Denis à collaboré, t. II, p. 1 sqq. : « Le seul ouvrage de ce voyageur qui soit parvenu jusqu'à nous est sa Topographie Chrétienne, où, après avoir réfuté les savants de son siècle qui soutenaient que la terre était ronde, il prétend démontrer que le tabernacle de Moïse est la véritable image du monde, que la terre est carrée et qu’elle est enfermée avec le soleil, la lune et les autres astres dans une sorte de cage ou de grand coffre oblong... Longtemps on n’a parlé de Cosmas qu'avec mépris. On relève sa mémoire depuis que l’on donne une attention plus sérieuse à l’histoire des sciences pendant le moyen âge... » — Sur lui, v. le Monde Enchanté de Ferdinand Denis 1843, chap. I, où il appelle Cosmas « à la fois le Cuvier et le Humboldt du VIme siècle ». Tbid., p. 343, il renvoie précisément au « Vicomte de Santarem, Recherches sur la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d'Afrique, au delà du cap Bojudor et sur les progrès de la science géographique après les navigations des Portugais, accompagnées de mappemondes et de cartes pour la plupart inédites, dressées depuis le XIME jusqu'au XVTIME siècle, Paris, 1842, 1 vol. in-80, — On trouvera dans cet ouvrage la mappemonde de Cosmas Indicopleustes. »
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3 M. Boufard, cf. No XLIX.
# Il est piquant de voir Denis renvoyer au « bel atlas » de Santarem (Le Génie de la Navigation, 1847, p. 110).
28 Juillet 1843
Le petit vicomte ! garde soigneusement toutes les lettres qui lui sont adressées et notamment celles de M. de Humboldt (qui ne garde pas les lettres de cet homme si remarquable !). Celle dont il est question ici est curieuse, elle renferme autant d’éloges qu’un homme puisse en adresser à un homme, m'a-t-on dit. Serait-ce le dernier mot du savant, je ne puis le croire d’après ce qu’il m’a dit et d’après ce qu’il a dit à tant d’autres. Qui croirait que le travail si incomplet, du reste, de ce pauvre Santarem sur Vespuce ? a inquiété H[umboldt] au point d'engager ce dernier à écrire au Vte qu'il l’obligerait en ne publiant point sa dissertation.
M. Boufard® m'a donné quelques-unes des cartes copiées par lui pour l’ouvrage sur la priorité des découvertes des Portugais 4. — Il espère me donner celle tirée de Testu.
1 Santarem, cf. No XLII.
2 Les Recherches sur Americ Vespuce et ses Voyages, de Santarem, ont paru à Paris en 1842 (in-80).
3 Cartographe de Santarem, cf. N° XLIX.
4 Santarem a consacré à ce sujet deux ouvrages : Prioridad dos descobrimentos portuguezes (Paris, 1841, in-8°) et des Recherches sur les progrès de la science géographique après le XV IME siècle, ouvrage où son patriotisme l’entraîne à nier des découvertes antérieures aux découvertes portugaises, et qui a été réfuté par d’Avezac (cf. No VIII, note 4) dans les Nouvelles Annales des Voyages, 1845-1846.