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(ré CN25]
23 Août ! 1843
Je suis allé chez Mie C. qui avait bien voulu se charger pour moi de la Collection du Panorama ?, implrimée] à Lisbonne. Cette dame m'a dit que M. Sylva ® était maintenant celui de tous les auteurs dramatiques Portugais qui donnait le plus d’espérance, on m'en avait déjà parlé ainsi. Mlle C.4 avait vu Almeïd{a] Garrett 5, qui est, à ce qu'il paraît, un type de vanité incroyable ; c’est un orguerl persécutant, et sa place de surintendant des Théâtres, lui donne mille moyens de faire sentir aux jeunes
1 Denis avait commencé par écrire 7 [bre].
2 de, effacé. — Le Panorama est une revue portugaise de l’époque romantique, analogue à nos Musées Pittoresques, etc.
3 Evidemment Almeïda Garrett dont il est question plus bas.
4 Mlle, écrit sur cette.
5 Joao Baptista da Silva, vicomte d'Almeida Garrett (1799-1854) auteur dramatique, poète, journaliste, émigré à Londres sous le règne de D. Miguel, puis à Paris (1831), nommé en 1836 par le gouvernement portugais inspecteur général des théâtres. Son drame le plus célèbre est consacré à Fray Luiz de Sousa (1844). — Denis avait, à son égard, une rancune particulière, dont les causes ont été exposées dans l’ouvrage de Joaquim de Araujo : O « Fr. Luiz de Souza » de Garrett, notas com um prefacio de Teofilo Braga, Lisbonne, 1905. En publiant en 1825, à Paris, son poème anonyme de Camoëns, Garrett déclarait ne rien devoir à l’épisode que Denis venait de consacrer au même sujet dans ses Scènes de la nature sous les tropiques : « É notavel a coincidencia, e muito me lisongeia ». L'année suivante, dans son Résumé de l'histoire littéraire du Portugal, Denis ripostait (p. 610) : « Je rappellerai ici que deux mois après la publication des Scènes de la nature sous les tropiques, dans lesquelles se trouve un épisode sur la vie du grand poète, il parut en portugais un poème anonyme intitulé Camoëns. Je laisse à d’autres le soin de décider du mérite de cet ouvrage ; l’auteur avoue, il est vrai, qu’il paraît après moi, mais que six mois auparavant son travail était composé. J'avais eu l'honneur de lire, deux ans avant, mon épisode en présence d’une nombreuse assemblée, chez M. Thurot, l’un des professeurs du collège de France. » Garrett est revenu en 1839, dans la seconde édition de son Camoëns, sur ses premières déclarations. — On peut aussi noter que, par une coïncidence qui dut porter ombrage à Denis, l’année même où paraissait son Résumé de l'Histoire littéraire du Portugal (1826), Garrett publiait à Paris une anonyme Historia abreviada da lingua e poesia portugueza (cf. Th. Braga : Garrett e o romantismo). — Il est juste d'ajouter que l'analyse décèle plus de différences que d’analogies dans la façon dont Garrett et Denis ont traité les mêmes thèmes (cf, Le Gentil, Biblos, Coïmbre, 1928, p. 312).
auteurs la prééminence qu’il réclame. M. de Farrobo 1 n’a plus exclusivement cette suprématie que donne la richesse : M. de Fayal ? la lui dispute : le peuple évalue à 2,000 écus les revenus dont ce dernier peut disposer chaque jour ; le duc de Palmella ? tenait un si grand état de maison dans les premiers jours du mariage de son fils, que ce dernier a été obligé, dit-on, de modérer les magnificences paternelles ; M. de Farrobo s’en réjouissait, dit-on, pensant que la curiosité populaire et bourgeoise toujours incommode pour un grand seigneur se porterait sur le nouvel astre !
Le 24. M..., traducteur des œuvres de M. de Savigny 4, m'a apporté des nouvelles du jeune et bienveillant secrétaire d’ambassade 5 qu'il avait accompagné aux Açores durant trois mois, il ne revient pas enchanté de cette population, vue il est vrai en courant. Le bibliothécaire das necessidades $ faisait imprimer un ouvrage inédit ? de Souza 8, fait, disait-il, pour produire une vive sensation.
1 Joachim Pedro Luintella, comte de Farrobo (1801-1869), un des plus riches portugais de son temps, mit sa fortune au service de la cause libérale, de D. Pedro et de D. Maria. Grand amateur d'art, il a protégé beaucoup d'artistes portugais et fait venir des artistes de l’étranger. Il donnait des fêtes magnifiques dans son palais de Larangeiras (près de Lisbonne) où il avait de beaux jardins et un théâtre. Sa prodigalité et ses entreprises commerciales devaient le ruiner.
2? D. Domingos Antonio-Maria Pedro de Sousa Holstein, marquis de Fayal, et, depuis 1850, deuxième duc de Palmella. Créé marquis de Fayal par décret du 1er décembre 1834, il se maria le 22 avril 1839 avec la fille de la comtesse da Povoa, D. Maria Luiza de Sampaio de Noronha, très riche héritière. Ce mariage confirmait un premier mariage contracté à Paris, le 3 juillet 1836, après un enlèvement. Le père de D. Maria Luiza, le comte de Povoa, Henrique Peixeira de Sampaio, avait acquis sa fortune, la première du Portugal à cette époque, dans les fournitures aux armées, pendant la guerre de la Péninsule.
3 Le duc de Palmella (1786-1850) ministre portugais, grand diplomate du parti libéral, ami de Mme de Staël qui l’aurait peint dans l’Oswald de Corinne. Sur lui : Maria-Amalia Vas de Carvalho : Vida do Duque de Palmella.
4 Fyédéric-Charles de Savigny, le célèbre juriste. Faivre d’Andelange a traduit, en 1841, son Tyaité de la possession en droit romain et Charles Guénoux son Histoire du droit romain au moyen âge (1830-1839) et son Traité du droit romain (1840-1849). (Quérard : La France littéraire, t. VIII, p. 498 ; Bourquelot : Littérature française contemporaine, t. VI, p. 327).
5 Chavles-Frédéric de Savigny, cf. No LI, note 1.
6 Le Palacio das Necessidades, à Lisbonne, actuellement ministère des Affaires étrangères et quartier général de la 1'€ division, contient encore des collections et des trésors.
7 inédit, ajouté dans l’interligne.
8 Nous pensons qu'il s’agit de l’ouvrage désigné en ces termes dans le Diccionario bibliographico portugues d’Innocencio Francisco da Silva (Lisbonne, 1860, t. V) Annaes d’el rei D. Joäo terceiro…. 1846, 49 de XXIII-469 com un fac simile dos manuscripto original existante na Bibl. Real d’Ajuda.
12 7bre 1843. —
J'ai vu hier Roblain ! qui venait de quitter Mme Victor Hugo. La malheureuse mère est vieillie, dit-il, de dix ans, et rien n’égale son désespoir, on ignore encore où est Victor Hugo, qui recevra sans doute l’affreuse nouvelle de la mort de sa fille par quelque journal ?. R{oblain] était vivement affectionné à cette jeune femme et il se la représente, dit-il, pleine de joie venant le voir le matin de ses noces. — Je l'ai beaucoup connue, mais seulement dans son enfance, il est impossible de n’être pas cruellement frappé de ce[t] affreux événement. Les 4 filles de nos deux poètes mortes si jeunes et si tristement, avaient quelque chose de bien divers. Julia ÿ, enfant, empruntait à la grâce des poésies de son père, quelque chose qui faisait penser tout de suite aux plus fouchantes méditations, son regard, la couleur de ses yeux, sa chevelure, la distinction toute naturelle de ses manières enchantait comme cette poésie ; l’autre, qu’on appelait Didine, était sérieuse et intelligente, fort petite, parvenue même à son âge de jeune fille. Ses yeux noirs ne manquaient pas de beauté et elle promettait une femme remarquable.
1 Pour : Robelin (cf. No XLV, note 2).
2 C'est, en effet, par un journal que Victor Hugo, qui voyageait sous le nom de Georget, venait d'apprendre la mort de Léopoldine survenue à Villequier le 4 septembre. À la date du 10 septembre, le correspondant de la Presse, à Rochefort, écrivait ces lignes (qui paraissaient précisément le 12) : « Hier dans la matinée, M. Victor Hugo est arrivé dans nos murs pour y passer quelques jours... M. Victor Hugo entra au café de l'Europe avec un ami qui l’accompagnait. Là, il se mit à parcourir un journal en attendant son déjeuner, lorsque tout à coup ses yeux se remplirent de larmes : il venait de lire la fatale nouvelle. »
3 affreux, écrit sur cruel.
4 deux, effacé.
5 Julia de Lamartine était morte à Beyrouth, le 7 décembre 1832.
31 Octobre 1843.
Jesi 1, l’habile graveur florentin, est un homme aimable et un homme d'esprit. Il me parla longtemps hier de la situation critique de l'Italie et il me nomma parmi les hommes éminents de cette époque, un poète qu’il appelait le Béranger de l'Italie et que nous ne connaissons guères si nous le connaissons, c’est Justi ou Giusti ?, dont les œuvres sont vraiment populaires et qu’on n’a pas encore imprimées, sans doute à cause de leur caractère satyrique. Quelques morceaux de Giusti ont paru en Angleterre ; il serait intéressant de réunir ces poésies avant qu'elles ne soient altérées, car en passant de bouche en bouche, la tradition orale les défigure. Ce que j’en ai entendu m'a paru charmant ; c’est une imitation fort libre des Grenouilles demandant un roi.
1 Samuele Jesi (1789-1853) graveur sur cuivre, né à Milan, mort à Florence.
2 Joseph Giusti (1809-1850) poète satirique italien.
3 I1 s’agit de la satire intitulée I7 Re Travicello (le roi Soliveau), dirigée contre le dernier des ducs de Lucques. Composée en 1842, des copies en circulaient en 1843. Elle sera publiée à Bastia en 1845.
NMEOAN 23]
30 Novembre 1843
Il avait été convenu avec Achille Devéria que nous irions voir ensemble M. Sylvestre, le maître d'écriture de la famille Royale 1. M. Sylvestre est bien certainement le premier calligraphe qui ait jamais paru en Europe. Outre son magnifique ouvrage en trois volumes] in f°, dont M. Champollion Figeac a donné le texte 2, il a achevé 2 volfumes] in f° oblongs qui offrent les chefs-d’œuvre du genre. Sept ans ont été employés à ce magnifique ouvrage pendant ce tems, l’habile artiste a travaillé depuis trois heures du matin jusqu'à minuit. Trente-six mille francs ont dû être employés en voyage. Un des moyens dont il a fait usage pour la reproduction parfaite des écritures lui a été révélé % dans un rêve. Il me sembla, dit-il, que si j'employais la cire vierge pour prendre certaines empreintes la chose réussirait. — Je me réveillai en sursaut, réveillai le domestique et lui dis d’aller chercher de la cire. Sur son observation qu'il n’était pas jour, je fus obligé d’attendre, le jour arrivé il se trouva que l'opération réussissait à merveille et me donnait une facilité prodigieuse. M. Sylvestre, aujourd’hui décoré d’un grand nombre d'ordres étrangers, a été sergent major dans un Régiment, et dans ce grade inférieur qu'il occupait au commencement du siècle, il a trouvé grâce à son sang froid le moyen de rendre un service éminent au pape Pie VII, ceci est une histoire à part. Le Pape actuel 4 pour ce fait et par un goût spécial pour la calligraphie
1 M. Sylvestre, ou, plus exactement Joseph-Balthasar Silvestre, calligraphe, connu par la Paléographie universelle, dont il est question plus bas, et par l'édition, en dix livraisons, avec 94 fac simile gravés des « Evangelia... vulgo Texte du Sacre, ad exemplaris similitudinem... » Paris, 1848, in-4°. — C'est de ce M. Sylvestre que le duc d’Aumale écrivait l’année précédente (15 septembre 1842, à Cuvillier Fleury, Correspondance du duc d'Aumale et de Cuvillier Fleury, Plon, 1910, t. I, p. 70) : « Excusez mon griffonnage et le décousu de cette lettre qui ne fait honneur ni à M. Sylvestre, ni à M. Fleury. »
? Paléographie universelle, Collection de fac simile d’écritures de tous les peuples et de tous les pays, tirés des plus authentiques documens de l’art graphique, chartes et manuscrits existant dans les archives et les bibliothèques de France, d'Italie, d'Allemagne et d'Angleterre, publiés d'après les modèles écrits, dessinés et peints sur les lieux mêmes par M. Silvestre et accompagnés d’explications historiques par MM. Champollion Figeac et Aimé Champollion, Paris, Firmin Didot, 1839-1841, 4 vol. in fol.
8 par, biffé.
4 Grégoire XVI (Mauro Cappellari), 1831-1846, pape depuis 1831 (cf. Wagner : Gregor XVI, Salzbourg, 1846).
l'honore d’une bienveillance particulière. M. Sylvestre prétend que nul ne lit mieux et avec plus de rapidité que le Saint-Père les écritures arabes, grecques, et et 1 aussi ne déchiffre mieux les vieux titres latins.
[Verso] Un jour, l’habile artiste s'était hazardé ? à demander à Sa Sainteté pourquoi elle ne parlait plus le français, l'ayant parlé étant cardinal. Caro professor, cela est vrai. Je parlais jadis français, je ne le parle plus, car j'ai peur de dire des bêtises. et le Pape est infaillible ! il lui donna un jour le fameux rameau bénit en lui disant : Je l’ai envoyé bien des fois à des princes, à des potentats que je ne connaîtrai jamais, que je le donne au moins une fois à quelqu'un que j'aime en même temps que je l'estime. Ceci fut dit en italien, la première historiette fut une saillie toute française.
Pour en revenir aux détails scientifiques, il faut rappeler que le couvent de la Cava*, habité par des moines riches et intelligents, a fourni à M. Sylvestre les beaux mss. lombards, où il a puisé ses specimen. Il y a quelques peintures rudes mais curieuses parfaitement imitées. Le fameux ms. du + Dante, orné au XVIMme siècle par Claudio Giovio, était sous un grillage garni d’un verre, et il y avait peine d’excommunication, contre quiconque le toucherait. M. Sylvestre a copié une charmante miniature ronde et azurée où une tête dessinée vaguement occupe le fond de la peinture, qui représente la Beatrix avec deux autres personnages, un bref a été nécessaire pour lever l’interdit.
J'ai remarqué chez M. Slilvestre] un portrait du fameux Mezofante 5. Il paraît qu’au sortir du service, M. Sfilvestre] a commencé par être peintre en miniature, puis maître d'écriture vulgaire. C’est certainement aujourd’hui le premier homme dans cet art. Nous avions trouvé dans le bel établissement de Lemercier $ Grévedon ? qui faisait tirer son portrait de la Duchesse de Nemours. Il est venu avec nous et il est sorti émerveillé.
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2NSTE
3 La Sainte Trinité de la Cava (près de Salerne), couvent de bénédictins.
4 Sic. — Rien n’est indifférent à Denis de ce qui touche à Dante « le génie le
plus puissant qui ait éclairé le monde », dit-il (dans : l’Zmitation de Jésus-Christ, édit. Curmer, app. Ornem des Mss., p. 5), «le plus naïf des poètes » répète-t-il après d’Eckstein (Ze Monde Enchanté, 1843, p. 98). Selon M. Henri Cordier, le masque de Dante ornait son cabinet de la Sainte-Geneviève.
5 Le cardinal Jos. Mezzofante (1774-1849), bibliothécaire du Vatican, célèbre par sa connaissance des langues qui le faisait surnommer « la Pentecôte vivante ».
6 Rose-Joseph Lemercier (1801-1887) avait fondé avec Bénard, en 1837, une importante imprimerie lithographique.
7 Pierve-Louis-Henri Grévedon (1783-1849). peintre et dessinateur lithographe
15 novembre 1843, il y aura demain 1 précisément 8 jours qu’un étrange scandale a eu lieu à l’Académie des inscriptions, M. E. Quatremère ? a injurié de la manière la plus violente M. Reinaud #, il lui a distribué les épithètes de gredin et de polisson avec une volubilité digne de Vert-Vert, et fort peu digne d’un savant. La séance a été levée immédiatement. C'était M. Beugnot 4 qui présidait. Ce qu’on ne sait pas généralement, c'est que la 5 source première de cette grande tempête avait son origine dans une critique fort sensée au fond. M. E. Q[uatremère] ayant été chargé de composer l'inscription destinée à figurer sur le $ piédestal de la statue de saint Louis érigée où fut Carthage, avait terminé par ces mots : Passants, priez pour lui. Or, Reinaud avait dit qu’on ne priait point d'ordinaire pour les Saints et il avait grandement raison.
1 Xbre7 1843
J'ai su de ce brave Reynaud $ que le coupable avait été contraint de lui faire des excuses. ,
1 fajJura demain, ajouté au-dessus de la ligne.
? Etienne-Marc Quatremère (1782-1857), orientaliste, successeur de Sylvestre de Sacy à l'Ecole des langues orientales (1838).
3 Joseph-Toussaint Reinaud (1795-1867), membre de l’Institut depuis 1832, conservateur de la Bibliothèque Royale, Dès 1830, Denis avait mis à contribution les Monumens arabes, persans et turcs, 1828, de « cet orientaliste distingué », pour son Tableau des Sciences occultes (p. 280) et leur avait emprunté « plus d’un fait important » (Le Monde Enchanté, 1843, p. 340). Il y renvoie souvent (p. 211 du t. I du Manuel du Peintre d'Arsenne; p. x du t. I de la Fondation de la Régence d'Alger, etc.). |
4 Arthur Beugnot (1797-1865), fils du comte J.-Claude Beugnot, auteur d’une Histoire de la destruction du Paganisme en Occident (1835).
5 chose, effacé.
8 pied d’Efstal], effacé.
7 X écrit sur N.
FRS io:
[LVIIT] (TS 20123)
12 octobre 1844
J'ai vu hier le triste et délaissé Obermann. Que de tristesses dans cette âme si forte et si résignée. Le mouvement lui manque, la parole est faible et embarrassée, une jeune servante qu'il a près de lui est obligée littéralement de lui prêter le secours de son corps pour le faire avancer de quelques pas [;] elle l’applique doucement contre elle et le fait ainsi marcher. Il est descendu avec moi, vers ses vieux souvenirs. L'idée du mariage paraît lui être encore formidable. Il se maria à 19 ans — presque enfant quant à l'aspect, me disait-il, car il n’a commencé à avoir de la barbe et à prendre l'aspect viril qu’à trente ans. Sa femme avait quelques mois de plus que lui; dans le trajet du château à la chapelle, il fut sur le point intérieurement au moins .de se dédire. Mais ceux qui veulent ont une forte puissance sur ceux qui sont incertains, il se maria !. Sa femme mourut jeune et périt d’une maladie de foie, sans trop de souffrance, dit-il. Comme des regrets que m'inspiraient une mort bien regrettée ? se sont mêlées % à cette conversation, il a gardé le silence sur les souvenirs de cette portion de sa vie. J’en ai conclu que les regrets n’ont pas été profonds 4.
1 Joachim Merlant (Senancour, p. 27, et le Roman personnel... p. 139) cite des passages du livre de /’Amour, sur les « mariages de bonté », qui illustrent bien cette impression de Denis : « On se laisse diriger : complaisant lorsqu'il faudrait être circonspect, on s'expose par des condescendances irréfléchies, à de longs regrets... » — « On se laisse entraîner par l’occasion sans y avoir réfléchi, on se trouve engagé. » Cf. l’histoire de Fonsalbe dans Obermann. — La notice de Me de Senancour sur son père (dans Michaut : Senancour, ses amis et ses ennemis, Sansot, 1910, p. 80) expose les motifs de délicatesse qui ont amené Senancour à épouser Me Marie Daguet.
2 Celle de sa sœur Francisca morte en 1835.