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LXVI

24 Février 1848. Dans ce changement qui imprimera une sorte de stupeur à tous les peuples, j'ai été témoin en peu d’heures des plus étranges événements. Le 23, j'ai assisté avec Dupré!, dès 1 hfeure] de l’aprèsmidi à la fameuse séance de la Chambre des députés — et le lendemain 24, j'étais à 3 hfeures] en habit de garde nationale ? dans une des tribunes de la Chambre des pairs. — Quel étrange aspect et quel caractère diversement lugubre offraient * ces assemblées délibérantes. Jamais la première n'avait présenté si peu d'individus à son ouverture, tristesse, incertitu[de], sourires insolents de la part des Ministres, tout peignait l'inexprimable embarras d’une position exceptionnelle. M. Gluizot] est arrivé enfin et sa voix stridente, son regard caverneux, animé cependant, m'ont fait comprendre que ces paroles nous annonçaient une révolution 4 Le 24, les récriminations aigres de M. Boissy 5, les lentes observations de M. Pasquier $. les lugubres conclusions de la Chambre faisaient sentir la fin de la monarchie.

1 Ce Dupré est peut-être « l’excellent amiral Dupré, votre ami et le mien », comme l’appellera Denis dans une lettre sans date, adressée à un amiral (peut-être à l'amiral Mouchez, cf. ms. 3419, fol. 49) et conservée à la Bibl. Sainte-Geneviève (ms. 3417, p. 96).

2 Denis appartenait à la XIme légion, 17 bataillon, 172 Compagnie de Chasseurs (V. le reçu du trésorier de la compagnie, conservé à la Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 3417).

3 En a été ajouté après coup dans l’interligne, au-dessus de offrait.

4 I] s’agit de la réponse faite à la tribune, par Guizot arrivé à la Chambre à trois heures et demie, à l’interpellation de M. Vavin. « La figure pâle et contractée » (Thureau Dangin, Histoire de la Monarchie de juillet, 1891, t. VII, p. 445), « grave comme toujours, cachant sous une indifférence affectée les émotions qui l’agitaient » (Pierre de la Gorce : Histoire de la seconde République française, 1887, t. I, p. 50), il annonça que Molé était appelé à le remplacer.

5 Hilaire-Etienne-Octave Rouillé, marquis de Boissy (1798-1866), diplomate sous la Restauration, entré à la Chambre des pairs en 1839, affirmait à la tribune de cette chambre « la légalité de la campagne des banquets », défendait « opposition injuriée et calomniée », et prononçait « l’assignation au rendez-vous des événements prochains d’un censeur qui se lasse de la critique, d’un conseiller qui s’indigne d’être traité en Cassandre » (Marquis de Boissy, Mémoires, 1870, t. IT, p. 69 sqq.).

6 Le duc Etienne Denis Pasquier (1767-1862) était président de la Chambre des pairs, et, depuis 1837, chancelier de France.

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