‹ Journaux et journalistesChapitre 1 sur 43 · Journaux et journalistes · texte numérisé non relu

Journaux et journalistes

Notre politique est dans notre collection, comme l'histoire officielle est dans le Moniteur.

(Siècle, 13 juillet 1849.)

C'est à la source même du Siècle que nous avons puisé les éléments de son histoire. Soixante volumes, qui forment son existence agitée des plus nobles passions, ont été scrutés, analysés avec un soin minutieux. Afin que rien de ce qui pouvait le peindre ne pût échapper à notre investigation, nous avons lu et relu ses articles, ses entre-fdeU, ses polémiques, ses Variétés, ses tribunaux et ses feuilletons : nous avons, feuille à feuille, interrogé chaque colonne, chaque ligne, chaque mot, pour pénétrer dans la pensée intimé des écrivains, et bien saisir le sens général de la politique de ce journal.

Toute l'histoire du Siècle s'est ainsi déroulée suus

JOUKNÀUX

nos yeux, et c'est avec un vif plaisir que nous avons poursuivi nos laborieuses recherches.

Ce long travail, cette enquête détaillée, approfondie, nous a permis d'apprécier justement le Siècle aussi bien dans son passé que dans son présent ; et aujourd'hui, l'examen terminé, nous pouvons rendre de lui ce témoignage qu'il n'a jamais dévié de sa ligne politique; nous pouvons attester que, depuis son origine jusqu'à notre époque, il n'est pas sorti de son programme largement conçu.

Le travail que nous livrons au public, écrit sur les feuilles mêmes du Siècle, page à page, donnera les preuves abondantes de cette fidélité au drapeau, de cet amour sincère aux principes de la révolution, et du culte qu'il a consacré aux libertés, même à celles qui sont antérieures à 1789, selon une heureuse expression de M. Havin, expression équitable et vraiment nationale.

Nous ne reproduisons pas tout ce qu'a dit le Sïèc/e, on le comprend, car alors ce serait uniquement une réimpression; mais les faits sérieux, importants, dignes de l'histoire, qui ont été pour ce journal l'occasion de réflexions, de polémique, de jugement, de prophétie quelquefois, ont été relatés scrupuleusement dans des résumés rapides et concluants.

On verra avec quelle verve, avec quelle énergie, le Siècle a défendu la moralité publique, la démocratie et les nationalités.

On verra aussi que sa sympathie n'a jamais fait défaut à aucun malheur individuel, ni à aucune calamité sociale.

Trente ans de lutte incessante ont acquis au Siècle une autorité qu'il a toujours fait servir au bien général.

Un peu de réputation, un rayon de gloire, une parcelle de popularité, sont légitimement dus à ces ouvriers de la pensée qui ont, à corps perdus, livré la grande et sainte bataille à l'ignorance, à l'injustice, à la misère et au despotisme.

Les collaborateurs d'hier et d'aujourd'hui, tous ceux qui ont concouru à élever ce monument qu'on appelle le Siècle, ont le droit d'être fiers d'avoir participé à cette œuvre de progrès et de liberté.

Le premier numéro du Siècle porte la date du 1er juillet 1836; il paraissait sous ce titre significatif : le Siècle, journal politique, littéraire et d'écono-

JUUKJiAUX

mie sociale, dans des conditions exceptionnelles de bon marché. L'abonnement était fixé à 40 et 48 fr. par an, dans le format des plus grands journaux de l'époque.

Ce problème de bon marché avait été résolu au moyen des annonces qui, nouvellement introduites dans le journalisme, prenaient chaque jour des accroissements considérables, et assuraient aux journaux un revenu d'autant plus grand que le nombre d'abonnés devait augmenter par l'abaissement du prix du journal qui, de 80 fr., était réduit à 40 fr.

Cette innovation était une conséquence de la Révolution de 1830 qui avait appelé à la vie politique active un plus grand nombre de citoyens par l'abaissement du cens électoral.

La création du Siècle était donc toute une révolution accomplie, non-seulement dans la presse périodique, mais dans la politique. En pénétrant plus avant dans les masses, le Siècle a compris dès le premier jour que sa politique devait être en même temps patriotique et sociale, comme l'indiquent explicitement son titre et sa profession de foi trèsnette.

« Le Siècle, est-il dit, est consacré à la défense des principes de souveraineté nationale, de monarchie représentative, d'égalité et de liberté proclamés

par les deux révolutions de 1789 et de 1830; il en réclame toutes les conséquences... Les institutions et les formes de gouvernement ne sont que des moyens d'action; le but de la politique est l'amélioration intellectuelle, morale et physique des sociétés. »

Il veut l'instruction publique à tous ses degrés, spécialement celle qui se rapporte aux classes laborieuses avec lesquelles il se maintiendra en communication constante d'intérêts et de sympathies.

Sa politique extérieure ne prendra conseil que des intérêts permanents de la nationalité française, sans égards aux combinaisons passagères que peut faire prévaloir sur eux un intérêt de famille et de parti. Il n'y a point pour la France d'alliances nécessaires, mais ses alliances naturelles sont avec les peuples libres ou qui s'efforcent de le devenir ; ses alliances utiles sont celles qui peuvent avoir pour objet d'étendre son influence civilisatrice sur les États secondaires qui l'environnent, de recompléter son établissement territorial par de bonnes frontières ou d'accroître ses débouchés commerciaux.

Cette politique nationale à l'extérieur, démocratique et civilisatrice à l'intérieur, libérale toujours et partout, n'a pas cessé d'être celle du Siècle; à travers les révolutions et les changements de gou-

Jnl'ltNAUX

vernement, il a constamment maintenu son programme de liberté et de progrès.

Les sympathies des hommes les plus dévoués à la cause nationale ont été acquises au Siècle dès le premier jour. Nous citerons, entre autres : MM. Laftitte, Dupont (de l'Eure), Odilon Barrot, Nicod, de Golbéry, Desabes, De Bryas, Lacrosse, Desjobert, Bric-

queville, etc.

La rédaction en chef du Siècle était confiée à M. H. Guillemot, ancien rédacteur en chef du Journal du commerce et du Messager.

Le Siècle, pour répondre à une nouvelle tendance, publie un feuilleton quotidien intéressant le littérateur, le savant, l'artiste, l'industriel, l'agronome, le spéculateur et le simple curieux.

Ce feuilleton était ainsi divisé :

Littérature nationale, — Théâtres,— Littératures étrangères, — ■ Sciences morales, — Sciences physiques, — Beaux-Arts, — Industrie, — Voyages, — Variétés, -— Finances, — Mélanges.

On sait l'immense succès qu'obtinrent les feuille-

tons du Siècle. Parmi les noms les plus connus, figuraient, dès le début, MM. Charles Nodier, H. D. Latouche, Léon Gozlan, Alphonse Karr, Félix Pyat, Bibliophile Jacob, Hippolyte Fortoul, Michel-Ray mond, Eléonore de Vaulabelle, Briffault, Guinot, J. David, Claudon, Geruzez, Roger de Beauvoir, Jal, Henri Monnier, H. Martin, Louis Viardot, Edouard Lemoine, Altaroche, Em. Arago, Achille Jubinal, Séguin, Varin, B. Maurice, Louis Desnoyers, Bory Saint-Vincent, Raoul-Rochette et M. Magnien.

M. Louis Desnoyers fut chargé de la direction du feuilleton.

C'est sous ces auspices et avec ces principes que parut le premier numéro du Siècle, le 1er juillet

Page 1