‹ Journaux et journalistesChapitre 2 sur 43 · REDACTEUR EN CHEF : M. GUILLEMOT · texte numérisé non relu

REDACTEUR EN CHEF : M. GUILLEMOT

1836. — 1er juillet. — Le premier article est consacré à l'attentat d'Alibaud qui occupait alors tous les esprits. Il se résume ainsi :

« Les lois de septembre irritent sans intimider. La misère pousse le fanatisme à des actes désespérés. Ouvrez une large issue à la discussion, c'est une garantie pour le pouvoir comme pour les citoyens. Donnez au pays une législation économique et financière qui soulage les classes laborieuses et active sur toute la surface du sol le mouvement industriel. II y a trois conditions avec lesquelles vous

pouvez sûrement pacifier les esprits et désarmer les assassins : le pardon, la liberté et le bien-être. »

Ce sont là de bonnes paroles qui sont toujours vraies, et dont les esprits devraient être pénétrés en tout temps.

10 juillet. — Le Siècle proteste contre un attentat à la liberté de la presse, commis envers le Messager, la Gazette de France et le Figaro, auxquels avait été notifié par un commissaire de police l'ordre de supprimer du compte-rendu de l'audience de la cour des pairs les paroles prononcées par Alibaud, sous peine de voir leurs feuilles saisies avant leur distribution. Le Messager mit des blancs aux passages supprimés, comme au temps de la censure.

Le Siècle applaudit à la détermination prise par quelques députés d'interpeller le ministère sur l'atteinte grave portée à la liberté de la presse.

25 juillet. — Mort d'Armand Carrel. Le Siècle exprime sa douleur de la perte de ce vaillant soldat, bon citoyen et grand patriote. Une telle perte afflige la patrie qui pouvait espérer de grands services d'un tel homme, qui eut une vie si belle et si courte, usée dans des luttes sans avenir et si misérablement terminée.

L'opposition au gouvernement devient de plus en plus vive de la part du Siècle : la résistance légale

ET JOURNALISTES il

lui apparaît comme une nécessité devant l'obéissance fanatique de la majorité de la Chambre qu'il qualifie de petit troupeau d'incurables, sourd et aveugle, dévoué par nature au pouvoir existant.

28 juillet. — Le Siècle constate la séparation de plus en plus grande entre la révolution et le peuple. Le mot révolution ne se trouve plus dans les programmes ni dans les feuilles officielles. Rien, dans tout ce qu'a fait le gouvernement pendant les trois jours qui viennent de s'écouler, n'a rappelé les journées de juillet 1830, aucune tradition, aucun souvenir de la grande semaine.

Des journaux ont célébré le 4 août 1789. Le Siècle regrette que la révolution de 1830 n'ait pas eu sa journée du 4 août qui aurait détruit toute une organisation fiscale ou économique, construite au bénéfice de quelques-uns contre le droit et les intérêts de tous. Cette vaste hiérarchie d'abus économiques, cette féodalité fiscale, terrienne, fondée par l'aristocratie pécuniaire de la Restauration, tout cela eût dû crouler sous les coups désintéressés des législateurs nouveaux. Et la révolution de juillet aurait apporté une noble dot au peuple, car c'était au peuple qu'aurait profité son 4 août.

Le cabinet du 22 février, composé de MM. Thiers, Sauzet et Passy, s'est retiré devant MM. Guizot, Mole

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et Persil. En présence de ces noms, le Siècle fait un appel à la démocratie; il s'écrie: « Quiconque est au fond pour la révolution de juillet et son principe démocratique viendra grossir les rangs de l'opposition contre l'apôtre de la contre-révolution et de l'aristocratie.

La guerre contre le cabinet du 6 septembre est des plus vives. La verve du Siècle est chaque jour plus excitée par les prétentions hautaines et l'inanité de la politique de M. Guizot. Les hommes sans principes, dit-il, sont ceux qui veulent concilier les cours prévôtales, le voyage de Gand et la révolution de Juillet, ceux qui sont tour à tour légitimistes, révolutionnaires et juste-milieu.

Le combat s'engage sur toute la ligne. Le Siècle dit que le rôle de l'opposition est d'assister en juge impartial aux débats qui vont s'engager entre le 22 février et le 6 septembre, M. Thiers, contre M. Guizot, de prendre acte des révélations qui pourront sortir de cette lutte de deux cabinets formés en dehors des intérêts nationaux.

1837. — Cette année débute par des saisies de journaux. La France, le Courrier Français, le Siècle et le Temps ont été saisis à la poste et dans les bureaux de rédaction, sous la prévention du double délit d'attaque aux droits du roi et au respect des lois. Cette saisie inspire.au Siècle un respect qu'il ne saurait mieux témoigner que par le silence.

Le Courrier Français, défendu par M. Philippe Dupin, devant la cour d'assises, le 7 janvier, a été acquitté sur tous les chefs d'accusation.

Le gérant du Siècle est condamné par défaut, M. Dutacq n'ayant pu se présenter, à deux mois de prison et 2,000 fr. d'amende.

Le Siècle rend hommage au jury de Strasbourg pour son verdict d'acquittement en faveur des accusés du complot Napoléonien. C'est un rappel à la loi qui doit être égale pour tous; c'est, dit-il, la souveraineté nationale rétablissant la souveraineté de la loi.

11 février. — Après un débat solennel et passionné, M. Plougoulm occupant le ministère public.

le Siècle, défendu par M. Odilon Barrot, a été acquitté par le jury.

Le pouvoir n'est pas heureux dans ses rigueurs contre les journaux; et rien ne montre mieux que ces maladroits procès combien le ministère Guizot est antipathique au pays.

Le ministère, qui compte pour gouverner sur les intérêts matériels et sur la police, inspire le mépris au Siècle, qui dénonce franchement la situation périlleuse en ces termes :

« La probité n'est pas à l'ordre du jour... Partout la corruption, la frajide, l'improbité. Qu'est-ce donc que votre oligarchie financière, sinon une association de joueurs qui ont constamment le plus grand nombre de chances contre chaque dupe isolée de la petite bourgeoisie, qui savent le dessous des cartes qu'ignore le peuple?... Le spectacle que nous offrent les pouvoirs de l'État est bien propre à démoraliser une nation. »

Le projet d'apanage de 40 millions en faveur du duc de Nemours est repoussé par le Siècle. Il s'étonne qu'au milieu d'une crise commerciale, du sinistre industriel, de la détresse ouvrière, de faillites et de suspensions de fabrication, de fermeture des

ateliers, on ose réclamer des apanages! tandis qu'il y a là une question pressante, qui réclame toute l'attention, qui doit préoccuper le monde, parce qu'elle est universelle, c'est la question sociale qui dissimule à peine la question politique; c'est celle du progrès, du mouvement des capitaux, du salaire, de la concurrence, de l'organisation du travail, de l'ascension du grand nombre au niveau de l'intelligence, de la capacité, des droits du petit nombre.

Le ministère doctrinaire succombe sous l'impopularité. Tout le monde se réjouit de cette chute. Le Siècle, qui a puissamment aidé au renversement du système représenté par M. Guizot, ne se préoccupe que des principes et non des personnes pour la composition du nouveau ministère.

Après douze jours de crise, le ministère nouveau est enfin formé. M. Mole a la présidence du conseil et les affaires étrangères. Pour le Siècle, le ministère de nouvelle composition n'est que la pensée immuable qui domine, qui veut s'imposer par d'autres organes. C'est une misérable comédie du gouvernement représentatif qui devrait rappeler l'énergie au cœur deia chambre des députés.

Le cabinet du 15 avril n'est pas venu accomplir une œuvre politique, il est chargé seulement de faire les affaires de la cour.

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Le nouveau ministère accorde une amnistie à tous les individus détenus dans les prisons de l'État, condamnés pour crimes et délits politiques. Voici enfin, dit le Siècle, un acte de sage et bonne politique pour lequel il proclame hautement sa reconnaissance.

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