SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION DU SIÈCLE
M. Léon Plée, l'écrivain le plus grave du Siècle, fut dès sa jeunesse un prodige d'enthousiasme pour les nobles causes.
i. Né à Paris en 181 o.
En 1830. au moment où il achevait ses études au collège de Strasbourg, apprenant que la Pologne se soulève, il part à pied pour se joindre aux révoltés. Il traversait la Forêt-Noire, lorsque des gens mis en campagne par sa mère lui firent l'aire demi-tour et le ramenèrent bien malgré lui.
Ne pouvant aller secourir les Polonais à la défense desquels il devait plus tard vouer sa plume, il se résigne à étudier concurremment le droit et la peinture.
Mais son humeur aventureuse devait bientôt se réveiller.
Il entend parler de l'expédition de Don Pedro en Portugal. Sans balancer un seul instant, il quitta de nouveau la maison paternelle et se mit en route. Mais il était écrit que cette nouvelle tentative belliqueuse ne réussirait pas mieux que la première. A quelques lieues de Strasbourg, il fait une chute qui l'arrête et l'oblige à retourner sur ses pas.
Bientôt son attention sans cesse fixée sur les peuples qui gémissent sous l'oppression, est distraite par un charme qui le captive invinciblement. Des articles littéraires et des morceaux de poésie qu'il lit dans les journaux de Strasbourg ouvrent à son esprit un nouvel horizon, et lui inspirent l'idée de venir tenter à Paris la fortune des lettres.
Cette nouvelle équipée ne ressembla nullement aux autres. On ne courut pas après lui ; il ne lit point de chute : c'est assez dire qu'à sa gfande joie il arriva à Paris.
Cependant la fortune qu'il cherchait se montra d'abord cruelle à son égard. Mais le jeune Plée n'était pas homme à se décourager. Il était plutôt de ceux que cette fortune éprouve pour t remper plus fortement leur caractère. Espérant qu'elle se montrerait pour lui plus favorable, il se consacra en attendant à des études d'histoire et de géographie,
Ces études eurent de prompts résultats. Dès 1834, à peine âgé de dix-huit ans, il publiait une Histoire des Religions et des Cultes, un Manuel encyclopédique des Sciences et des Arts. En 4837, sous le titre d'Atlas des Familles, il publiait une description de la France et des Colonies, et entreprenait une traduction de V Histoire universelle de Rotteck et des œuvres poétiques de Schiller.
Ces divers travaux l'ayant signalé à l'attention du ministre de l'instruction publique, il fut nommé successivement professeur aux collèges de Blois, de Reims et d'Orléans. Pendant cet intervalle consacré au professorat, M. Léon Plée trouva le temps de de composer et de publier une Histoire de
lu Langue française, qui est devenue la préface du Glossaire français polyglotte.
En 1847, à la suite des calamités dont le débordement de la Loire affligea la ville d'Orléans, M. Léon Plée revint à Paris et rentra dans la carrière littéraire et politique. Il y déploya aussitôt l'activité dont il avait déjà donné des preuves. Avec le concours de MM. Brisson et Hermite, il fonde la Revue des auteurs unis, et publie l'Histoire de Pologne. Après la révolution il devint rédacteur en chef de V Avant-Garde, journal qui n'eut que quelques numéros. Appelé ensuite au poste de rédacteur en chef du Républicain de Lot-et-Garonne, il dirigea ce journal jusqu'en 1850, époque où il entra au Siècle.
Il n'y fut pas tout d'abord le rédacteur important que nous connaissons aujourd'hui. Il écrivait sous les initiales L. P. des articles Variétés du dimanche qu'il ne tarda cependant pas à signer de son nom en toutes lettres. Ce ne fut qu'à la mort de Louis Perrée, survenue en janvier 1851, qu'il passa, sous les auspices de M. Havin, de l'article Variétés à l'article politique, avec le titre de secrétaire de la direction politique du Siècle.
Ce titre de secrétaire de la direction politique, il ne faut pas le confondre avec le titre de secrétaire de In rédaction adopté depuis par d'autres journaux.
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Cette confusion a parfois donné à croire aux interprétateurs malintentionnés que l'honorable publiciste laissait passer sous sa signature des articles dont il n'était pas l'auteur. M. Léon Plée n'a jamais manqué de protester contre ce soupçon calomnieux toutes les fois qu'il s'est produit.
On doit à M. Léon Plée l'innovation dans le Siècle du Bulletin politique adopté aujourd'hui par tous les journaux sans exception, y compris même le Moniteur qui, longtemps réfractaire du mode consacré, s'est enfin décidé le 1er janvier 1861, à l'inaugurer en tête de ses colonnes. M. Léon Plée le rédigea pendant quelques mois, puis le céda à M. Edmond Texier qui le céda bientôt lui-même à M. Emile de la Bédollière, lequel le fait depuis concurremment avec M. Taxile Delord.
Nous avons dit en commençant que M. Léon Plée était l'écrivain le plus grave du Siècle. Il est certain qu'il n'en est pas le plus brillant, mais ce défaut, si c'en est un, n'amoindrit aucunement ses qualités et son mérite. Suivant nous, c'est fort injustement qu'on l'accuse de pesanteur. Ce que l'on prend pour de la pesanteur est tout bonnement l'équilibre qui caractérise son esprit et son talent. Sa plume n'est point fougueuse. D'un tempérament calme, malgré sa dévorante activité, il ne se laisse point emporter
par son sujet ; mais non plus il ne faiblit point, il ne reste pas en arrière. Son style est toujours de bon aloi. Il ne manque pas d'abondance, tant s'en faut. Quand il s'empare d'une question, il la traite à fond sur tous les points, sous* toutes les faces. Encore une fois s'il a moins de vernis ou d'éclat que quelques-uns de ses collègues, s'il apporte moins de passion dans le débat, le bon sens ne lui fait jamais défaut, ses raisons sont excellentes et il est toujours armé d'une logique irréfutable.
M. Léon Plée a eu à soutenir des polémiques sérieuses ou enflammées avec des publicistes convaincus, acharnés, intraitables et d'un talent éprouvé, tels que MM. Louis Blanc, Granier de Gassagnac, Proudhon, Emile de Girardin. Dans ces luttes si la victoire n'est pas toujours restée de son côté, du moins n'a-t-il jamais éprouvé aucune véritable défaite. Ces terribles athlètes n'ont pu ni le confondre ni l'abattre.
Après M. Louis Jourdan, M. Léon Plée est le collaborateur le plus actif, le plus fécond du Siècle. Ils en sont les deux colonnes, ce sont eux qui soutiennent l'édifice. Depuis quinze ans, M. Léon Plée a écrit plusieurs séries d'articles qui formeraient la matière de près délinquante volumes Un critique en a fait ainsi le calcul.
M. Léon Plée donne environ 2,G00 lignes par mois, soit 31,188 lignes par an, et, pour dix ans, trois cent onze mille huit cent quatre-vingts lignes.
Cette immense collaboration traite principalement les questions de nationalités, de philosophie et de législation politique.
Les diverses séries ont paru sous ces titres :
Les Œuvres de Napoléon III ; Y Europe en 1858; les Matières premières de V industrie; le Traité de Paris ; la Pologne; les Principautés danubiennes ; Y Italie, mais avant sa lutte avec l'Autriche.
Ses nombreux articles sur la Pologne et les Principautés valurent à M. Léon Plée, comme témoignage de gratitude, deux adresses, l'une des Polonais et l'autre des Roumains. Après l'affaire de Mortara, les juifs de France voulurent également lui donner une preuve de leur reconnaissance pour le bon vouloir et la générosité qu'il avait apportés dans la défense de leur cause.
Outre les nombreux articles que M. Léon Plée a écrits- dans le Siècle et qui forment les ouvrages dont nous avons donné plus haut la nomenclature, il en a publié bon nombre d'autres que nous citons : le Commentaire sur l'Atlas de l'Empire ottoman, de Hammer ; le Passé d'un grand peuple, histoire de la Pologne; Abd-el-Kader, nos soldats, nos généraux et
la guerre d'Afrique, publication patriotique éditée par Barba et ornée de nombreuses gravures.
On lui doit aussi quelques romans : la Châtelaine de Leurtal; les Deux Routes, épisode du temps de Louis-Philippe ; des contes en vers dont les plus remarquables sont: Y Alchimiste ; Satan amoureux, et Un Mariage d'autrefois; une Lettre à V Académie sur la situation des hommes de lettres en 1847 ; A la Nation allemande, brochure traduite en allemand et en italien ; une Notice sur la première Henriade de Sébastien Garnier en 1595. Enfin, on a beaucoup remarqué, il y a quelques années, dans les Salons de Paris, d'ingénieux et spirituels articles de M. Léon Plée sur la Kleidomancie, science nouvelle qui consiste à juger le caractère des gens d'après leur costume.
M. Léon Plée vient d'innover récemment encore dans le Siècle, par l'adoption d'un nouveau titre : Situation politique extérieure, sous lequel il rend compte chaque semaine de cette situation d'après les événements survenus ou les phases nouvelles dans lesquelles sont entrées les questions politiques.
Nous ne pouvons terminer sans consigner ici l'éloge que l'on fait généralement des excellentes qualités de M. Léon Plée, de son bon cœur, de sa
grande générosité et de sa bienveillance confraternelle.