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Né à Marseille le 2o novembre 181o

tance que l'on attache ordinairement à ces sortes de travaux, n'en avaient cependant pas moins un cachet d'originalité fort tranché. Malheureusement pour ses adversaires, il arrivait à M. Delord ce qui arrive rarement à d'autres : le journaliste politique charivaresque, dépouillant tout à coup le vieil homme, entrait de plain pied dans la grande politique, la politique transcendante. Aussi quand on le vit à l'œuvre, creuser son sillon, et donner la mesure de son talent dans la riposte comme dans l'attaque, le silence se fit et tout persiftlage cessa dans le camp ennemi. On eût dit que tous ces preux s'étaient donné le mot pour se taire : Ils semblaient maintenant regarder avec terreur l'athlète qu'ils n'avaient pu faire tomber sous le ridicule, comme s'ils eussent craint d'en être pulvérisés.

Il est de fait que même à son début, M. Taxile Delord, tout comme aujourd'hui, n'y allait pas de main morte, et que tous ceux qui tombaient sous ses coups ne se relevaient pas sans quelque meurtrissure.

Il s'était donc fait connaître par bon nombre d'exploits qui auraient dû mettre en garde les imprudents qui osaient s'attaquer à lui. De ses exploits même on lui garda rancune; et le temps n'est pas très-éloigné encore où un écrivain de

talent l, dans un livre qui eut un certain succès de scandale littéraire, crut devoir exercer contre lui une vengeance qu'il crut sans doute légitime. Mais ce fut un coup d'épée dans l'eau. M, Taxile Delord que sa situation politique mettait au-dessus de semblables puérilités, garda le silence et fit bien.

Plus récemment il eut avec un adversaire d'une autre importance, nous avons nommé M. Sainte- Beuve, une polémique dans laquelle, loin de succomber, il combattit à armes égales, et eut les honneurs de la victoire.

Depuis son entrée au Siècle^ le talent de M. Taxile Delord a tout à coup pris un autre caractère. Il est devenu grave, concis, serré, peut-être un peu lourd, mais assurément d'une trempe très-vigoureuse. Dans sa polémique politique et littéraire, son talent n'est pas sans analogie avec celui de M. Louis Veuillot. Il a moins d'éclat; mais sa phrase carrée, solide, est bien construite. Elle pèse, elle se fait sentir. C'est parfois un coup de boutoir. Dans certaines occasions, comme dans l'article sur l'élection académique du père Lacordaire, par exemple, elle frappe comme la masse d'armes des chevaliers* du moyen âge. Malheur à ceux qu'elle atteint.

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