DIRECTEUR LITTÉRAIRE DU SIÈCLE
La direction de la partie littéraire du Siècle est confiée à M. Louis Desnoyers. C'est en effet un fin gourmet et un habile expert.
La difficulté de l'emploi est sérieuse, quand on songe que cet écrivain doit bien plus penser aux plaisirs des lecteurs qu'à ses propres préférences. M. Desnoyers aime surtout les peintures de mœurs au trait précis, les études de caractère se développant à l'aise au milieu d'une action très-simple. Il aime exclusivement ce genre de roman et il doit, s'armant d'une rigueur adoucie, fermer la porte au nez de qui se présente avec une œuvre de ce genre. L'entente de ses devoirs de directeur le pousse à accueillir ce qu'il dédaigne et à repousser ce qui lui agrée. Que l'on se figure Abraham gardant la porte d'un temple dont les Juifs sont bannis.
M. Louis Desnoyers sait avec quelle joie les abonnés du Siècle suivent dans le feuilleton les sombres histoires aux poignantes péripéties. Dans ces ou-
vrages fêtés, jamais l'intérêt n'est en suspens; aussitôt que l'intrigue s'embarrasse, le romancier favori fronce son sourcil olympien et le feu consume et le sang coule.
Ce n'est pas pour cet écrivain en possession de la faveur publique que Goethe a dit : «Écrire, ce n'est qu'une oisiveté affairée. »
M. Louis Desnoyers laissera quelques livres. — Il en est qui seront certainement lus par ses petits*neveux. Les Béotiens de Paris donnent une très-juste idée de la manière de leur auteur. On y trouve de l'observation, du trait, et une sérieuse préoccupation de la forme.
A chaque édition nouvelle de ses livres, M. Desnoyers travaille sa prose à nouveau, il donne du ton à une phrase languissante, il revient sur un détail heureux, remplace la périphrase par le mot propre et ne se tient satisfait — satisfaction momentanée — qu'alors que tout le livre a été minutieusement épluché par lui, avec la sévérité ordinairement propre aux excellents confrères.
Les Aventures de Jean-Paul Choppart et les Aventures de Robert-Robert, renferment un grand nombre de pages ingénieuses et spirituelles. Peut-être ce dernier livre se. ressent-il d'avoir été publié dans le Journal des Enfants, l'idée d'appeler du no ri de La
m .ÎOUHNAUX
Venette un poltron appartenant à un genre de comique enfantin f
M. Desnoyers a eu l'honneur d'être rédacteur du National aux côtés d'Armand Garrel.
On doit à l'estimable directeur littéraire du Siècle la création de la Société des gens de lettres.
La fondation du Charivari, de concert avec M. Philippon, doit être également mise à l'actif de M; Louis Desnoyers, et une fois de plus le succès a répondu aux efforts heureux de l'écrivain aimé.