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de la France nouvelle. Lié avec les hommes les plus avancés et les plus influents de la démocratie, il prit une part active à la Révolution de Juillet et aux événements qui la suivirent. Peu après il épousait la sœur du docteur Vincent Duval, et son beau-frère le mettait en relations avec Broussais qui l'associa un instant à ses recherches physiologiques. En 1831, le parti républicain l'envoya en Belgique pour provoquer sa réunion à la France. A son retour, il se trouva fortement compromis par ses opinions démocratiques qu'il exprimait en toute occasion avec une franchise pleine de rudesse. La vie politique n'est pas toujours semée de roses. En 1842, à propos d'un de ses livres, le Nom de Famille, il dût soutenir un bruyant procès qui lui valut 2,000 fr. d'amende et deux ans de prison. Il s'enfuit à Jersey pour esquiver la peine, et, pendant cinq ans il habita tour à tour cette île, celle de Guernesey et Londres.
De retour en France en 1847, il écrivit dans la Réforme. Après la Révolution de 1848, le gouvernement provisoire le nomma gouverneur du château de Fontainebleau, puis gouverneur du château de Compiègne, poste qu'il garda jusqu'à la nomination du président de République. Sa candidature avait échoué à la Constituante. Il rentra à la Réforme, bientôt anéantie par les procès en pleine républi-
que. Il fonda alors avec ses amis le Vote Universel.
Voilà pour la politique.
Venons maintenant à l'écrivain.
Il existe de divers écrivains très-compétents, qui connaissent fort bien M. Auguste Luchet, une foule d'appréciations très-curieuses de son talent, de son caractère et de son esprit, et que nous voulons avoir le plaisir de mettre sous les yeux de nos lecteurs.
« Un vaillant esprit de ce temps-ci, un écrivain, un de ces rares écrivains qui savent écrire ! (Jules Janin). — M. Auguste Luchet est YAlceste de la démocratie. (Paulin Limayrac). — Auguste Luchet, le romancier, le dramaturge, l'auteur de Thadeus, le collaborateur de Félix Pyat dans le Brigand et le Philosophe, ce drame si hardi et si original dans une époque toute de hardiesse et d'originalité (Taxile Delord). — M. Luchet est avant tout l'homme des audaces. Son style est incisif et souvent froid comme l'épée; chez lui, le mot blesse, car il est vrai et n'est jamais fardé... Jamais M. Luchet n'avait rencontré de pensées plus élevées t jamais son esprit n'avait été en aussi parfait accord avec son âme loyale et fière. N'eût-il composé que ces quelques pages (Y Exil, dans les Mœurs d'aujourd'hui) son nom mériterait de prendre rang parmi les poètes dont s'honore la France ! (Victor Moulin). — Ne cherchons pas plus
MB JOURNAUX
loin le type du romancier indigné; lo voilà: sa phrase brûle et fume comme un tison. (Charles Monselet): — Talent fougueux, original, spirituel et convaincu, l'auteur de Frère et Sœur, de Thadeus et du Nom de famille n'est pas seulement un homme de talent; c'est aussi un homme de cœur et un bon garçon dans toute l'essence du mot. (Nadar), — Luchet, ce rude lutteur, ce grand cœur, cet amant désintéressé de la liberté. (Benjamin Gastineau). — Il a cette verve toujours jeune, cette sève toujours abondante et féconde qui circule comme un souffle vivant à travers les rameaux vigoureux de la poésie vraiment humaine et de l'art viril. (Charles Woinez). »
Après avoir écrit plusieurs romans plus ou moins politiques, Thadeus le ressuscité, en collaboration avec Michel Masson, Frère et Sœur, le Nom de Famille, Y Eventail divoire, le Passe-Partout et le Confessionnal de sœur Marie, et quelques drames, le Brigand et le Philosophe, avec Félix Pyat, Ango, le Cordonnier de Crécy, la Marchande du Temple, et quelques livres pleins d'humeur, tels que les Mœurs d'aujourd'hui, les Mauvais côtés de la Vie, M. Auguste Luchet est tout-à-coup devenu une spécialité. Depuis qu'il écrit dans le Siècle, la production et le commerce des vins est une de ses principales préoccupations littéraires. Mais ce qu'il importe de bien
fixer, c'est le talent et l'esprit ingénieux qu'il apporte dans la composition de ces articles toujours instructifs, intéressants et amusants. M. Auguste Luchet connaît tous les vins de France. Il ne connaît pas seulement les vins, il connaît aussi les pays qui les produisent. Il les a parcourus en touriste et en spécialiste; il les a étudiés avec soin, et il en parle comme personne.
La Côte cTOr à Vol d'oiseau est un des livres les pins charmants que nous sachions. Il n'y est pas question des vins : l'historique des vignobles, outre des appréciations exactes et d'amusantes anecdotes, y tient une grande place qui complète ces études savantes et animées.
L'auteur donne le pas au vin de Bourgogne (nous sommes de son avis). «C'est à Dijon que commence le vrai pays du vin, du vin de Bourgogne, le premier des vins rouges, quoiqu'on dise et fasse» Gomme la vérité il a eu ses détracteurs ; comme le génie et la beauté il a été calomnié et jalousé... Celui-ci n'a pas de rivaux, je le répète... Exquise finesse dans le bouquet: saveur, à la fois chaude et délicate, s'épanouissant, s'élargissant, se plongeant, et laissant après elle une haleine pure et embaumée; couleur vermeille : limpidité parfaite (odor, sapor, nitor, rolor)\ action directe et bienfaisante sur les organes
de la digestion; point ou presque point d'action sur le cerveau : voilà le vrai vin de Bourgogne. »
Ce petit livre est un livre d'or, il faudrait le citer en entier. Il ne faudrait pas se contenter de le lire; il faudrait encore le méditer sans cesse comme on médite les Pensées de Pascal ou les Caractères de La Bruyère. Quiconque le saurait par cœur n'aurait pas besoin de médecin : il posséderait l'art de se guérir par la connaissance et l'usage des vins.
La Science du Vin, Lettres écrites à M. L. Bavin, après la récolte de 1859, n'est pas un livre inférieur à la Côte d'Or à Vol d'oiseau: nons renvoyons le lecteur à l'un et à l'autre.
On a beaucoup remarqué en 1864 le compterendu savant de l'Exposition de Bayonne que M. Auguste Luchet a publié dans le Siècle. Dernièrement, rendant compte dans le Monde illustré de Y Exposition de V Union centrale des Beaux- Arts appliqués à V Industrie, il analysait d'une façon tout à fait ingénieuse et jusque dans ses moindres détails le mécanisme compliqué d'une serrure exposée par MM. Fannière frères. Dans ces comptes-rendus, on remarque la même finesse originale de précision et d'obsertion qui fait le charme de la Côte dOr et de la Science du Vin.
On avait annoncé une comédie en cinq actes de
M. Luchet : La Vie d'Artiste. On s'attendait à un événement littéraire ; mais on n'en entend plus parler. La pièce est-elle faite? A-t-elle été présentée à un théâtre? Nous n'en savons rien... l'avenir nous le dira peut-être.
M. LEHODEY1