M. BÉNARD
Voici encore un de ces hommes comme en compte la rédaction du Siècle, fièrement trempés, dont toute
i. Théodore Napoléon Bénard, né à Honfleur (Calvados) le 13 octobre 1808, fit partie en 1830 du 1" bataillon de volontaires commandé par le capitaine de vaisseau Bodin, s'exila après en avoir vu décorer un autre :Vsa place pour les journées de juillet et revint en 48i8.
la vie à été employée à la défense des libertés publiques, et qui à une grande rectitude de jugement joignent une science profonde.
Plus heureux que bien d'autres, M. Bénard a pu voir ses réclamations écoutées; il a pu voir l'administration réformer, incomplètement il est vrai, mais réformer néanmoins l'inscription maritime. Ces améliorations sont dues à une série de lettres remarquables, adressées au cardinal Mathieu, que l'auteur a réunies en un volume sous le titre de : Servage des gens de mer. Il a encore eu l'honneur d'être le promoteur de la suppression du privilège des courtiers. Ces deux succès font assez comprendre toute l'importance de M. Bénard comme journaliste, et laissent entrevoir quelles attaques a eu à supporter cet infatigable adversaire de la routine.
Mais rien n'a pu l'ébranler ni l'arrêter dans la voie qu'il s'était tracée.
Découragé comme militaire, il s'est exilé; attaqué comme journaliste, il est resté quand même sur la brèche, et sa plume ardente et pure a vaillamment combattu les préjugés et les abus au Journal du Havre (sous l'ancienne direction) à la Semaine Commerciale et au Siècle dont il est collaborateur depuis 1849.
M. ED. DE BIÉVIIXE
M. Ed. de Biéville est chargé depuis le départ de M. deFienne(1856) de faire la critique, dans le journal le Siècle, des œuvres dramatiques et comiques de ses confrères. Gomme il compte plus d'un succès au théâtre il lui est permis de dire avec quelque autorité son opinion personnelle sur les travaux des auteurs qu'il a coudoyés sur leur terrain.
Quand on a eu le sac sur le dos on est bien venu à parler des devoirs du soldat. Mais il n'est prudent de le faire qu'autant que le nombre des punitions ne dépasse pas le nombre des récompenses. Lorsque l'affaire a été chaude, a-t-on été mis à l'ordre du jour, on acquiert le droit de donner l'accolade aux braves et de huer qui a lâché pied. Et ce droit-là, M. E. de Biéville le possède sans contredit.
Ses meilleures inspirations dans la gamme tempérée de l'école à laquelle il appartient sont : La Gurdeuse de dindons, que mademoiselle Déjazet n'a pas desservie, Les Enfants de troupe, auxquels Bouffé n'a pas porté préjudice; et le Fils de famille qui du talent de Bressant ne faisait pas fâcheux emploi.
M. de Biéville a écrit beaucoup de consciencieux
feuilletons sur les chefs-d'œuvre du dix-huitième siècle restés au répertoire du Théâtre-Français. Il est là à son aise. Il fait sur l'interprétation et sur la mise en scène des observations pratiques qui ont une réelle valeur. Le soin méticuleux qu'il apporte à l'analyse des mœurs et des caractères ne laisse dans l'ombre aucun détail important.
Le critique du Siècle a fait une opposition assez vive aux productions de quelques hommes de talent qui ont, dans ces derniers temps, tenté, avec des chances diverses, d'unir ces deux frères ennemis : le réel et l'idéal. Nous voulons parler de M. Gh. Bataille, Théodore de Banville, Jean du Boys, Amédée Rolland, etc. Il faut bien croire qu'alors que M. de Biéville discutait avec une grande sévérité les drames et les comédies de cette école fantaisiste, M. Fernand Desnoyers, le frère du critique qui nous occupe, ne lisait pas par-dessus l'épaule de M. de Biéville, les feuilletons destinés aux cinquante milles abonnés du Siècle.
M. GUSTAVE CHADBUIL
Depuis onze ans que cet écrivain fait part aux lecteurs du Siècle de ses impressions personnelles sur les œuvres de nos compositeurs de musique.
bien des musiciens ont crevé leur grosse caisse, fêlé leurs cymbales.
Et tandis que les compositeurs empilaient partition sur partition, le critique tenait à honneur de répondre à ce travail sans trêve par un labeur sans relâche. L'archet commande et la plume obéit.
Il nous semble qu'il est aussi difficile de porter un jugement sur des sons que sur des parfums. Que le benjoin l'emporte en suavité sur le musc, que la myrrhe n'ait pas l'attrait du cinnamome, voilà ce qu'il serait bien difficile de dire.
M. Gustave Ghadeuil avait commencé par suivre des cours de droit, et quand il eut subi ses examens, il se fit littérateur. Peut-être avait-il cics longtemps décidé qu'il vivrait de sa plume, et n'a-t-il étudié le code pénal que pour être capable de juger d'après les lois de son pays les rabâcheurs de fadaises musicales, ces grands criminels.
En dehors de ses feuilletons du Siècle, M. Gustave Chadeuil a publié divers ouvrages parmi lesquels nous citerons : Un livre de poésie. — La Campagne d'Italie. — Les Mystères du Palais. — Le Panthéon des Hommes utiles, en collaboration avec M. Hyppo- I\ te Lucas. — Plusieurs romans : Le Curé du Pecq. — Jean Le bon. — Clara Miller. — Marguerite Lmilrg. etc.