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fois , soyez hommes ; et pendant que la peur s'en va bêlant ses niaises lamentations , tendez à vos frères une main, et posez l'autre sur votre ^pée.
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d'une grave erreur des honnêtes gens.
U novembre 1830.
Sous quelque forme de gouvernement que l'on constitue la société , nécessairement elle sera régie soit par l'intelligence , soit par la force brute.
Elle ne peut être régie que de deux manières par l'intelligence , savoir : par Tintelligence humaine soumise à la raison divine et guidée par elle , de sorte que Dieu soit le vrai et primitif souverain ; par l'intelligence humaine seule et politiquement considérée sans rapport avec Dieu.
Mais la raison de chaque homme , considérée sans rapport avec Dieu , étant par son essence indépendante de la raison de tout autre homme , et le pouvoir n'étant qu'un homme semblable en tout aux autres hommes , sans aucun privilège , aucune supériorité de nature , il s'ensuit que l'homme-pouvoir n'a pas le droit d'imposer aux autres hommes sa raison pour règle et pour loi ; il s'ensuit qu'il n'est et ne peut être , en tant que pouvoir , que la force brute.
De là trois systèmes de société : l'un fondé sur Dieu , source du pouvoir , auteur de l'ordre et sou-
verain législateur , dont la raison et la volonté, dominant la volonté et la raison de ses créatures intelligentes , les ramène toutes par l'obéissance à l'unité. Et l'homme est libre dans cette société , parce qu'il n'obéit point à l'homme , parce qu'il n'obéit qu'à la raison suprême , à la vérité , à la justice immuable, éternelle : ce qui est la parfaite liberté.
Dans le second système , fondé sur la seule raison humaine sans rapport avec Dieu , toute unité est impossible , parce que l'unité ne s'établit que par l'obéissance , c'est-à-dire par la dépendance : or , toute dépendance , là d'où Dieu est exclus , étant servitude dans celui qui dépend, oppression dans celui de qui il dépend , puisque l'indépendance est la Loi fondamentale , le droit même sur lequel repose ce genre de société, il s'ensuit qu'il imphque la liberté individuelle au plus haut degré oîî elle puisse subsister : elle n'a de limite qu'elle-même , ou , en d'autres termes , la liberté de chacun ne s'arrête que là où elle deviendroit , dans son exercice , une violation de la liberté d'autrui.
Dans le troisième système , la raison d'un seul , indépendante aussi de la raison divine , s'élève audessus de la raison de tous, et s'impose elle-même à la société comme raison, comme loi suprême. Et puisqu'elle n'a aucun droit quelconque à l'obéissance des autres raisons , le pouvoir , ainsi qu'on l'a dit , se réduit à la force brute , et n'a d'autre titre que cette force même. C'est l'homme substitué à Dieu , usurpant sa puissance , et par conséquent
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violant tout ensemble et le droit de Dieu et le droit de l'homme même , qui ne doit d'obéissance qu'à Dieu.
Ce système tend aussi à une sorte d'unité , mais unité purement matérielle , qui n'est que l'esclavage commun de toutes les intelligences comme de toutes les volontés ; unité du bagne où tous les malheureux qu'il renferme traînent les mêmes fers , dorment sur les mêmes planches , et travaillent sous le même fouet.
Or , de ces trois genres de société , le premier , qui , unissant l'ordre à la liberté , offre la perfection de l'un et de l'autre, est, dans les dispositions actuelles des peuples , visiblement impossible ; car il suppose , ce qui n'existe pas , la croyance à une même loi universellement reconnue divine , et à une autorité qui promulgue et interprète infailliblement cette loi. Le temps peut amener , et il amènera , nous le croyons , par le cours naturel des choses que Dieu dirige vers une fin qui ne varie pas , les familles des nations à cette unité de croyances ; mais il est nécessaire qu'elles subissent auparavant beaucoup de vicissitudes, qu'elles traversent beaucoup d'épreuves : et si la puissance politique peut retarder ce moment heureux en mettant la contrainte à la place de la persuasion , il ne lui est pas donné de l'avancer ; car , en ce qui touche l'intelligence et la conscience humaine , tout se passe dans une région qui échappe à son empire.
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Pouf que le troisième système pût s'établir et subsister , il faudroit que les hommes reconnussent à un autre homme le droit de faire à son gré la justice et la vérité , ce qui seroil le complet anéantissement de toute vérité et de toute justice, de toute raison , de toute pensée , et dès lors de tout devoir et de tout droit réel : ou qu'un homme fût assez puissant pour mettre sa force à la place de tout cela , c'est-à-dire , non seulement pour contenir physiquement des millions d'autres hommes , mais pour détruire la nature humaine elle-même , pour étouffer ce qu'il y a en elle de plus intime et de plus profond , ce qui la constitue essentiellement ce qu'elle est. L'espérer , ce seroit le dernier excès de la folie • le tenter , ce seroit de tous les crimes le plus effroyable.
Reste donc le second système , fondé sur l'entier développement et la pleine jouissance de la liberté individuelle; et au moins ici existe-t-il, non certes une vie complète et un ordre parfait , mais l'une des conditions de l'ordre et de la vie, savoir, la liberté elle-même , sans laquelle nulle intelligence , nulle conscience , nul devoir, nul droit. Et puisque le principe qui est tout ensemble et le fondement et la règle du devoir , du droit , de la conscience et de l'intelligence , et qui les ramène à l'unité , a cessé d'être parmi nous universellement reconnu ; et qu'en même temps nulle force ne sauroit jamais les détruire , et que si elle les détruisoit l'homme même seroit détruit : il s'ensuit que le système so-
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cial fondé sur le développement de la liberté individuelle est aujourd'hui le seul possible , le seul qui puisse nous préserver des deux plus grands maux qu'aient à redouter les peuples , le despotisme et l'anarchie ; que par conséquent s'opposer à cette conséquence nécessaire de l'état actuel des esprits , c'est s'opposer à l'ordre tel qu'il peut exister maintenant , c'est prolonger les convulsions qui agitent et tourmentent le monde , c'est , après tant de calamités, en appeler de nouvelles sans terme et sans nombre.
Or voilà ce que les honnêtes gens, également abusés par leurs espérances, leurs craintes et leurs souvenirs, n'ont pas compris, ce qu'ils ne comprennent pas encore. Ils ont toujours cherché le salut, non dans les voies invariables par lesquelles Dieu gouverne les êtres intelligens, mais dans la forme presque arbitraire en soi des institutions, dans un homme, dans une race, dans tout ce qui n'est rien et ne peut rien. Ils ont cru surtout, et ceci est leur plus dangereuse erreur, que le mal étoit dans la liberté même , qu'il falloit dès-lors la restreindre autant qu'on le pouvoit, et fortifier le pouvoir contre elle. Comme on ne fait point de révolution sans écrire , sans parler, sans s'assembler, sans se mouvoir, à leurs yeux la presse, la parole, les associations, le mouvement, étoient la révolution même. Ils auroient voulu empêcher tout cela pour la plus grande paix du genre humain; et ce silence, cette mort, c'étoit ce qu'ils appeloient avec attendrissement une sage monarchie.
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et un gouvernement paternel. Aussi les a-t-on vus sans (liscontinuation , combattant ce qui, de nos jours, est le premier besoin des peuples, la vraie , la seule condition d'ordre en l'absence du principe divin , disputer à la liberté chacune de ses victoires , lui en ravir le fruit, l'offrir au despotisme comme une oblation de la peur, et perpétuer ainsi , par une contradiction déplorable, la guerre même qui les effrayoit.
Qu'est-il en effet arrivé de là? En s'opposant depuis quinze années à l'affermissement de la liberté et à son développement devenu nécessaire, on n'a réussi qu'à rendre plus vif, aussi bien que plus général , le sentiment de cette nécessité indispensable. On a établi une lutte à mort entre elle et le pouvoir, détruit la confiance mutuelle, créé d'ardentes inimitiés , irrité les haines des partis, provoqué leurs violences, et mis en question l'existence même de la société déchirée en lambeaux par les factions comme un vieux vêtement. A chaque symptôme de malaise qui se manifestoit dans la nation, aussitôt les honnêtes gens de se précipiter du côté du pouvoir trop foible , disoientils, et de travailler à reconstruire , avec les débris des libertés publiques, l'édifice sacré pour eux de la prérogative. Et cependant, à mesure qu'il montoit, l'indignation montoit avec lui, et le ciel s' obscur cissoit, et les tempêtes s'amassoient aulour des créneaux et au-dessus du faîte de cette odieuse prison de nos droits. Elles ont éclaté enfin : et Ton doit reconnoître aujourd'hui qu'en croyant éloigner la révolution.
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on ne faisoit que la rendre plus inévitable , et qu'en croyant servir le pouvoir, on hâtoit seulement et on assuroit sa ruine; car ce ne sont pas les armées, même fidèles , qui font la vraie force du pouvoir , mais l'assentiment, l'affection des peuples : et les peuples ont, à chaque époque, l'instinct infaillible de ce qui .est devenu pour eux, n'importe pour quelle cause , une condition de la vie.
Et voyez ce qu'on a gagné, durant ce période de dissolution qu'on appeloit la restauration , à chercher dans la volonté prépondérante d'un seul la sûreté qu^on auroit pu si aisément trouver dansla pleine jouissance des droits ou dans l'égale liberté de tous. Considérez l'usage que le pouvoir a fait et qu'il fera toujours , tandis qu'il ne sera qu'un pouvoir purement humain , de l'autorité arbitraire au fond que lui confioit et la politique de l'habitude et la politique de la peur. Qui n'a pas été meurtri par ses fers ? qui ne s'est pas plaint de son oppression? Oppression stupide, qui, atteignant tous les intérêts et toutes les opinions, parce que tout ce qui n'étoit pas servile lui paroissoit menaçant , ne profitoit qu'à quelques hommes vendus , et pesoit sur tout le reste sans relâche comme sans distinction. Dans l'enfer légal qu'on nous avoit fait , nous ressemblions à ces malheureux que Dante a peints se traînant et haletant sous des chapes de plomb , et comme eux nous n'apercevions devant nous que cette éternité.
Car, je vous le demande, quel étoit votre état, à vous, catholiques, dans l'indigne dépendance où votre
Église étoit de la puissance civile : esclave dans le choix de ses évêques, dans l'institution de ses curés, dans ses relations avec son chef; esclave dans sa discipline , dans ses écoles , dans ses prières , dans sa doctrine même?
Quel étoit votre état, à vous, pères de famille, obligés de laisser vos enfans privés d'instructioa, ou de les livrer à l'enseignement dont le pouvoir se réservoit le privilège , à quelque degré que votre conscience repoussât cet enseignement ?
Quel étoit votre état, à vous tous qu'atteignoit le caprice de l'arbitraire , lorsque, sans force individuellement, on vous refusoit le droit de vous associer pour faire entendre des réclamations communes ?
Quel étoit votre état, à vous, habitans des communes, des arrondissemens , des départemens, lorsque dépouillés du droit naturel , imprescriptible , de traiter entre vous de vos propres affaires , de les régler de concert et de les terminer à votre gré, une administration lointaine , ignorante des lieux , indifférente à leurs intérêts , décidoit de ces intérêts, seule, en dernier ressort , et que la France entière étoit déclarée en minorité perpétuelle? quel étoit votre état, quand vous ne pouviez disposer même de vos propres deniers soit pour établir une école, soit pour soutenir un hôpital , pour réparer un édifice , pour creuser une fontaine, sans le bon plaisir d'un ministre, chargé tout ensemble et de contrôler les volontés des vivans, et de réformer les dernières volontés des morts?
Quel étoit votre état, à vous tous, Français , lors-
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qu'après avoir reconnu votre droit de discuter et de consentir l'impôt, droit sans lequel on ne conçoit même pas celui de propriété, on osoitvous dire qu'à la vérité ce droit vous appartenoit, mais en ce sens que , libres d'accorder le milliard que le prince daignoit vous demander, vous ne l'étiez pas de le refuser : dérision telle que peut-être on n'insulta jamais si impudemment au bon sens du peuple?
Et voilà où nous a conduits cette funeste erreur de placer la garantie de l'ordre dans un pouvoir qui ne peut être aujourd'hui ou que la force brute , ou que la tyrannie d'une raison, d'un intérêt particulier, opprimant les intérêts et la raison de tous. Que si , au lieu d'abdiquer nos droits entre les mains de ce pouvoir impuissant à changer sa propre nature, nous l'avions forcé à les respecter, il subsisteroit encore; et la France s'avanceroit , sinon sans agitation , du moins sans de trop vives secousses, vers ses destinées à venir. L'anarchie ne pourroit se couvrir de je ne sais quels lambeaux de justice : contrainte de se montrer telle qu'elle est , sa sanglante nudité inspireroit une horreur universelle.
Ce que nous n'avons pas fait, commençons à le faire. Comprenons qu'entre l'unité du système divin^ fondé sur l'obéissance libre de la raison et de la volonté à une loi immuable reconnue généralement , et l'unité du système brutal fondé sur l'obéissance forcée à un homme dont la raison fait la vérité , et la volonté la justice , il n'existe d'autre milieu que la liberté individuelle égale pour tous, entière pour tous.
Unissons-nous pour la conquérir et pour la défendre. Elle est devenue nécessaire au monde ; en elle , en elle seule , il trouvera le repos : car si elle n'établit pas le règne de Dieu , elle brise au moins le joug de Thomme.
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