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maux que nous prévoyons. Eux seuls avec leur chef, le Vicaire de Jésus-Christ, nous peuvent sauver. Ils reconnoitront sans doute que l'unique remède est la séparation entière, absolue, de l'Église et de l'Etat , et aucun sacrifice ne leur coûtera pour l'opérer. Le principe en est posé dans la Charte ; il ne s'agit que de transformer le droit en fait. Par cela même qu'il n'existe et ne peut plus exister de religion d'État, l'intervention du gouvernement dans les choses de la religion est tout ensemble absurde et illégale ; et le Concordat dès-lors est aboli implicitement, ainsi que toutes les lois et régie mens qui en étoient une conséquence. Quand les évêques auront exposé au souverain pontife la situation de notre Église, quand ils lui auront exprimé leurs voeux avec cet accent de la conviction , du désintéressement et de la charité , qui retentira dans son cœur de père, toutes les difficultés qui naîtroient d'engagemens antérieurs seront promptement aplanies de sa part. Que veut-il que le salut de la foi? Ah! ce n'est pas lui qui supputera ce que pourra coûter la liberté du sacerdoce, et qui doutera de la Providence î

Pour nous, simples prêtres et simples fidèles, combattons sans relâche pour notre affranchissement; ne souffrons pas que qui que ce soit ose nous exclure du droit commun. Montrons que nous sommes Français, en défendant avec constance ce que nul ne peut nous ravir sans violer la loi du pays. Disons au souverain : Nous vous obéirons tant que vous obéirez vous-même à cette loi qui vous a fait ce que vous êtes, et hors de

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laquelle vous n'êtes rien. Disons à nos frères, quelles que soient leurs opinions, leurs croyances: Nous avons tous le même intérêt, notre cause est la vôtre; comme la vôtre, si vos droits étoient menacés, seroit la nôtre aussi. Qu'importent nos anciennes divisions, et nos torts mutuels? nous cherchions les uns les autres, par des voies différentes, ce que nous avons heureusement trouvé. 11 y a désormais un sentiment qui doit effacer tous les souvenirs pénibles, un mot qui doit nous unir tous , la liberté î

DES DOCTRINES DE l' AVENIR.

7 décembre 1830.

Quelques personnes n'ayant pas compris et d'autres affectant de ne pas comprendre quelles sont les doctrines de V Avenir j il nous paroît utile de les exposer de nouveau avec toute la netteté dont nous sommes capables, et dans un ordre qui permette d'en saisir facilement l'ensemble. Nous n'avons rien à cacher, rien à dissimuler : ce que nous sommes , nous le disons hautement. Nous nous présentons devant la France , forts de notre franchise et de notre loyauté, non certes avec l'espoir de ramener à tous nos sentimens les esprits entraînés par tant d'opinions diverses, mais avec la confiance certaine d'obtenir l'estime de ceux mêmes qui nous combattr oient , et sûrs, quelles que soient les dissidences qui existent entre eux et nous , d'être encore unis dans le même attachement à l'ordre et à la liberté, comme dans l'impérissable amour de notre patrie commune.

Catholiques sincères , nous tenons par le fond de nos entrailles à l'unité, qui est le caractère essentiel , indélébile de notre Église et de notre foi , abhorrant de toute notre âme la plus légère apparence et l'ombre même du schisme. Nous tenons dès-lors non moins fortement à l'antique et sainte hiérarchie, qui con-

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serve l'unité du dogme, l'unité de culte et de gouvernement; de ce gouvernement spirituel fondé par Jésus-Christ, et totalement distinct des gouvernemens temporels qui régissent les peuples dans l'ordre politique et civil. Nous sommes en conséquence pleinement soumis d'abord au souverain pontife, vicaire de Jésus-Christ en terre, chef visible de l'Église et docteur de tous les chrétiens ; secondement aux évêques qui, en communion avec le pasteur suprême , gouvernent , sous son autorité , les églises particulières , et jamais rien au monde ne nous détachera d'eux ni de celui que Dieu a établi leur chef et le nôtre.

Adhérant universellement et sans la moindre restriction aux doctrines du Saint-Siège, pure expression du christianisme à qui le monde doit tout ce qu'il possède de civilisation et de liberté , nous repoussons avec dégoût les opinions qu'on appelle gallicanes; parce qu'opposées à la tradition, réprouvées par l'autorité la plus haute qui existe parmi les chrétiens , elles consacrent l'anarchie dans la société spirituelle , et le despotisme dans la société politique : opinions également odieuses et basses, qui, rendant la conscience même complice de la tyrannie , font de la servitude un devoir, et de la force brutale un droit indépendant de la justice.

Pour nous , au contraire , la justice est le fondement nécessaire du droit , et seule elle constitue la légitimité du pouvoir, bien qu'il doive être encore légal , c'est-à-dire déterminé dans sa forme et dans son mode de transmission par des lois positives hu-

maines. D'où il résulte que si la légitimité est invariable comme la justice même , la légalité , arbitraire en soi , peut varier et varie de fait selon les temps , les lieux et les conjonctures; car elle ne crée qu'un droit relatif et subordonné, droit qui cesse à l'instant où il se trouve en opposition fondamentale avec le droit immuable, éternel dont il dérive, en un mot avec la justice qui constitue, nous le répétons, la seule vraie légitimité.

Et parce qu'aucune société ne sauroit subsister sans elle , elle demeure toujours comme la racine impérissable de tout ce qui est ordonné parmi les hommes ; et aux époques de révolution , lorsque nul ordre légal n^est affermi , elle devient Tunique loi , l'unique barrière contre les horreurs de l'anarchie : de sorte que , privés de leurs anciennes institutions et les institutions nouvelles n'offrant rien que de provisoire et de chancelant, les peuples passent momentanément sous l'empire de la pure et simple légitimité. Nous croyons qu'on doit alors non seulement soumission , mais encore aide et secours à la force prépondérante qui , dans ces circonstances extrêmes , garantit la sûreté des personnes et des propriétés, et se présente comme protectrice des droits acquis à tous et des libertés communes.

D'après ces principes et dans ces limites, nous reconnoissons le gouvernement actuel de la France , tel que la Charte l'a établi, et nous lui obéirons, et nous le défendrons tant qu'il obéira lui-même à la Charte qui l'a créé , et qu'il respectera les droits que

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cette même Charte nous doime. Nous voulons, en un mot, son exécution loyale et complète, décidés à ne pas souffrir qu'on nous abuse par de vaines promesses, et prêts, s'il le falloit, et à combattre et à mourir, pour arracher au pouvoir aveugle qui oseroit trahir ses sermens la liberté qui nous appartient, égale pour tous, entière pour tous.

Et afin qu'il ne reste aucun nuage sur notre pensée , nous demandons premièrement la liberté de conscience ou la liberté de religion , pleine , universelle , sans distinction comme sans privilège ; et par conséquent, en ce qui nous touche, nous catholiques, la totale séparation de l'Église et de l'État, séparation écrite dans la Charte , et que l'État et l'Église doivent également désirer^ par les raisons déjà plusieurs fois exposées dans V Avenir. Cette séparation nécessaire, et sans laquelle il n'existeroit pour les catholiques nulle liberté religieuse, implique^, d'une part , la suppression du budget ecclésiastique , et nous l'avons hautement reconnu; d'une autre part, l'indépendance absolue du clergé dans l'ordre spirituel : le prêtre restant d'ailleurs soumis aux lois du pays , comme les autres citoyens et dans la même mesure. En conséquence, la Charte étant la première loi , et la liberté de conscience le premier droit des Français, nous tenons pour abolie et nulle de fait toute loi particulière en contradiction avec la Charte et incompatible avec les droits et les libertés qu'elle proclame ; et dès-lors nous croyons qu'il est du devoir du gouvernement de s'entendre avec le pape , et cela

sans aucun retard, pour résilier de concert le Concordat devenu légalement inexécutable depuis que, grâces à Dieu, la religion catholique a cessé d'être religion d'Etat. Le pouvoir, placé en dehors de toutes les communions, n'a d'autorité sur aucune d'elles, et les protège toutes également. Elles doivent être pleinement libres dans leurs doctrines, leur enseignement, leur culte, leur régime intérieur, sans quoi, au lieu d'être une vérité j, la Charte seroit le plus odieux mensonge. Nous ne pouvons donc en aucune sorte consentir à ce que le gouvernement exerce sur le choix de nos évêques une influence inconstitutionnelle et qui nous inquiète justement, puisqu'il en résulte , entre autres conséquences , que nos premiers pasteurs nous seroient donnés par des hommes dont la foi peut être opposée à la nôtre, par des hommes qui peuvent n'être pas même chrétiens. Nous protestons de toutes nos forces contre une prétention de cette nature , qui créeroit pour nous une servitude exceptionnelle , et en général contre toute intervention quelconque du pouvoir dans les choses de la rehgion, parce qu'une pareille intervention ne sauroit être désormais qu'illégale et tyrannique. De même qu'il ne peut y avoir aujourd'hui rien de religieux dans la politique , il ne doit y avoir rien de politique dans la religion. C'est le vœu et l'intérêt de tous, c'est la Charte.

Nous demandons , en second lieu , la liberté d'enseignement, parce qu'elle est de droit naturel et, jipur ainsi dire , la première liberté de la famille ;

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parce qu'il n'existe sans elle ni de liberté religieuse , ni de liberté d'opinions ; enfin , parce qu'elle est expressément stipulée dans la Charte. Nous regardons en conséquence le monopole universitaire comme une violation de cette même Charte, et nous le repoussons de plus comme illégal , les privilèges , odieux en soi, de l'Université ne reposant sur aucune loi, ainsi que l'a plusieurs fois reconnu le gouvernement luimême. Fidèles aux principes de notre droit public , tel que l'ont consacré les solennelles déclarations faites à la France au mois d'aoïit dernier, principes que nous opposions , en de semblables circonstances , à l'ancien pouvoir^ nous ne voulons pas être replacés sous le régime des ordonnances ; et c'est pourquoi nous engageons les chefs d'établissemens contre lesquels on voudroit mettre à exécution 4^elles du mois de juin 1828, à se défendre avec énergie devant les tribunaux , persuadés qu'en résistant ainsi légalement à des actes illégaux , ils mériteront l'approbation de tous les vrais Français et serviront très utilement la glorieuse cause de la liberté commune.

Nous demandons, en troisième lieu, la liberté de la presse , c'est-à-dire , qu'on la délivre des entraves nombreuses encore qui en arrêtent le développement, et en particulier des entraves fiscales par lesquelles on semble avoir voulu gêner surtout la presse périodique. Nous pensons qu'une crainte trop grande de l'abus qu'on peut faire de cette liberté engendre une certaine susceptibilité ombrageuse qui conduit à la licence, par les obstacles qu'elle oppose à la

manifestation légitime des opinions, et quelquefois à la défense des droits les plus sacrés. La presse n'est à nos yeux qu'une extension de la parole ; elle est comme elle un bienfait divin , un moyen puissant , universel , de communication entre les hommes , et l'instrument le plus actif qui leur ait été donné pour hâter les progrès de l'intelligence générale. On peut en abuser sans doute ; qui ne le sait ? mais on abuse aussi de la parole , et le premier de ces abus n'est pas , quoi qu'on en dise , plus à redouter que l'autre , et peut-être moins. Ayons foi dans la vérité , dans sa force éternelle , et nous réduirons de beaucoup et ces précautions soupçonneuses et ces vengeances contre la pensée , qui n'ont jamais étouffé aucune erreur, et qui souvent ont perdu le pouvoir en Tendormant dans une niaise confiance et dans une fausse sécurité.

Nous demandons, en quatrième lieu, la liberté d'association, parce que partout où il existe soit des intérêts, soit des opinions, soit des croyances communes , il est dans la nature humaine de se rapprocher et de s'associer ; parce que c'est là encore un droit naturel ; parce qu'on ne fait rien que par l'association, tant l'homme est foible , pauvre et misérable tandis qu'il est seul : P^œ soU! parce que là où toutes classes, toutes corporations ont été dissoutes, de sorte qu'il ne reste que des individus, nulle défense n'est possible à aucun d'eux , si la loi les isole l'un de l'autre et ne leur permet pas de s'unir pour une action commune. L'arbitraire pourra les atteindre tour-à-tour

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OU tous à la fois, avec une facilité qui amènera bientôt la destruction complète des droits ; car il y a toujours dans le pouvoir, même le plus juste et le plus modéré, une tendance à l'envahissement, et la liberté ne se conserve que par un perpétuel combat. Aujourd'hui d'ailleurs les gouvernemens devant suivre l'opinion publique , il faut que l'opinion publique ait en dehors d'eux un moyen de se former et de se manifester avec un caractère de puissance qui ne permette en aucun cas de la mépriser ou de la méconnoître j et cela même est une garantie , et la plus forte garantie , dans l'état présent de l'Europe , de la stabilité des gouvernemens.

Nous demandons , en cinquième lieu , qu'on développe et qu'on étende le principe d'élection , de manière à ce qu'il pénètre jusque dans le sein des masses, afin de mettre nos institutions d'accord avec ellesmêmes , et d'affermir tout à la fois et le pouvoir et l'ordre public. Car le désir, le besoin de l'ordre n'existe nulle part autant que dans les masses, et rien ne crée au pouvoir un si grand nombre d'ennemis que les places mêmes qu'il distribue , puisque entre des milliers de solliciteurs qui se disputent le même emploi^ force lui est , pour en satisfaire un , de mécontenter tous les autres. Qu'illaisse les grandes et petites ambitions démêler leurs querelles avec d'autres que lui, il y gagnera du repos et, ce qui vaut mieux encore , un respect désintéressé qui est aussi de la puissance.

Nous demandons, en sixième lieu, l'abolition du

système funeste de la centralisation , déplorable et honteux débris du despotisme impérial. Tout intérêt circonscrit a , selon nos principes, le droit de s'administrer lui-même, et l'État ne sauroit pas plus légitimement s'immiscer dans les affaires propres de la commune, de l'arrondissement, de la province, que dans celles du père de famille. Seulement il en doit surveiller l'ensemble, afin de prévenir les collisions qui pourroient avoir lieu entre les intérêts divers. Nous appelons de tous nos vœux une loi qui organise sur cette large base de liberté les administrations communales et provinciales. Et comme nous nous défions extrêmement de toutes les créations législatives uniformes et à priori; comme les différences de lieux, d'habitudes et de mœurs nécessitent bien souvent , pour effectuer le bien général qu'on se propose, des différences analogues dans les institutions particulières de ce genre , nous pensons qu'il seroit mieux de beaucoup de laisser, au moins en grande partie, aux communes et aux provinces le soin de s'organiser elles-mêmes administrativement. La variété qui en résulteroit ne rendroit que plus forte l'unité politique de l'État ; car la similitude absolue , contraire à la liberté parce qu'elle est contraire à la nature, ne forme qu'une unité apparente et matérielle, et détruit la véritable unité vitale, qui résulte de la vie propre , intime , énergique de chaque partie du corps social.

Telles sont les doctrines de V Avenir ^ et nous avons la ferme espérance qu'elles dissiperont peu à peu

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beaucoup de préjugés^ calmeront beaucoup de passions, rapprocheront des cœurs long-temps divisés et qui n'ont besoin que de s'entendre , que de croire les uns aux autres pour s'aimer. Ne l'oublions jamais, l'union seule nous sauvera , l'union qui naît de la confiance, comme la confiance elle-même naît du respect des droits mutuels. Heureux si nos efforts que rien ne découragera , parce qu'ils ont leur principe dans des sentimens qui sont notre âme même , pouvoient contribuer à hâter cette union fraternelle, et à fonder, d'une manière inébranlable, Tordre et la liberté dans notre belle patrie I

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