LE PAPE
22 décembre 1830.
L'Église a perdu son chef et la chrétienté son père ; le monde catholique est orphelin. Mais il est écrit : Non relinquam vos orphanos^, veniam ad vos ; et hientôt , selon sa parole , le Christ apparoîtra de nouveau parmi nous , dans la personne du Vicaire qu'il s'est déjà choisi , bien qu'il soit encore inconnu des hommes.
0 toi que nous pleurons , pontife saint , dont la grande âme a porté avec tant de vigueur et de calme le poids aujourd'hui si pesant de la sollicitude de toutes les Églises ; toi qui as gémi avec nous , souffert aveb nous, et qui, de ton lit de douleur, bénissant pour la dernière fois la ville et le monde , as jeté sur les enfans un regard triste , un dernier regard de père, mêlé de crainte et d'espérance : nous te rendons grâce de ta tendresse qui jusqu'au bout n'a point défailli, et nous te supplions de nous aimer, de nous aider encore de ta puissante prière, là où maintenant tu reposes, dans la demeure de paix que t'a ouverte, nous l'espérons , la miséricorde immense de notre Dieu.
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Et loi qui, de toute éternité , dans les secrets conseils d'en-haut , as aussi été sacré Père de tous les chrétiens; toi que nous ne pouvons encore nommer par ton nom, notre foi te salue d'avance : nous apportons d'avance à tes pieds l'hommage de notre soumission sans bornes, et d'un amour indéfectible, qui, nous en avons la confiance, t'adoucira le dur labeur, les chagrins, les soucis qui bientôt courberont ta tête vénérable.
Et pourtant elle est belle aussi, et, quand on la regarde avec foi, merveilleusement consolante, la mission que la Providence semble avoir réservée au pontife que nous attendons. Jamais, depuis l'époque où s'accomplit la délivrance de l'univers, il n'en fut de plus élevée ; car elle commencera pour le christianisme une ère nouvelle, une ère de salut, de force et de gloire, d'une gloire telle que toute gloire passée pâlira devant son éclat.
Relégué peu à peu dans la famille , sans influence directe sur les gouvernemens, gêné, opprimé de mille manières , séparé de la science qui s'efl'orçoit de se créer une vie à part , étranger pour ainsi dire au sein de la chrétienté, il n'a pu diriger, durant les derniers siècles, le développement social, et ce développement dès-lors s'est nécessairement opéré sous l'influence de deux principes , l'un de pure raison , abstraction faite de toute croyance obligatoire, lequel a dû produire l'anarchie intellectuelle ; l'autre de pure force, abstraction faite de tout droit originairement divin , lequel a dû produire le despotisme politique. Et comme
ce qui manquoit à la société sont des conditions rigoureuses de son existence, il y a eu désordre, souffrance et enfin révolution, c'est-à-dire un immense effort pour rentrer dans l'état normal. La tâche du pontificat, au milieu de cette crise , sera de rétablir l'équilibre rompu de la nature humaine et de ses indestructibles lois, en opérant de rechef l'union intime de la foi et de la science, de la force et du droit, du pouvoir et de la liberté.
Mais avant tout il est nécessaire qu'il recouvre la sienne , et c'est là visiblement le but prochain de la Providence dans les grands événemens qui se passent sous nos yeux. L'Église étoit aux fers : Dieu brise ses fers par les mains des peuples , afin que l'Église affranchie rende aux peuples ce qu'elle a reçu d'eux, et les régénère en affermissant l'ordre et la liberté, qui ne sont unis, ne peuvent être unis que par elle. De Rome maîtresse d'elle-même , et dégagée des liens dont Tenlaçoient depuis des siècles les souverainetés temporelles, émanera tout ensemble et le mouvement régulier qui portera les nations chrétiennes vers les magnifiques destinées qu'elles ne font qu'entrevoir encore, et la vivifiante énergie qui, pénétrant les peuples jusqu'ici rebelles au christianisme , constituera dans l'unité , selon les promesses divines , l'humanité entière : Et erit unum ovile et unus pastor.
Qui ne voit que tout se dissout, mais se dissout pour renaître? Non, la vie n'est pas épuisée dans le monde : au contraire, elle déborde de toutes parts; et les ravages dont on gémit viennent de ce que le fleuve ne
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s'est pas encore creusé le lit où il doit couler. Les époques de transition furent toujours des époques d'orages : mais l'orage n'a qu'un temps. Déjà dans le sein de la confusion que produit le renversement de l'ancien ordre, se manifestent les élémens d'un autre ordre plus parfait qu'en fera sortir le christianisme. De même que sur les décombres de l'empire romain , et pendant que les barbares , se croisant du Nord au Midi, passoient et repassoient sur ces vastes ruines, il construisit l'imposant édifice de la société du moyenâge, ainsi sur les débris de cet édifice usé il élèvera une autre société qui ne sera encore que l'expression de l'état oii le genre humain , par un développement progressif, est parvenu sous son influence ; développement intellectuel et moral, qui amène et nécessite un développement proportionnel de liberté : car l'homme, comme l'enfant, doit croître en liberté, à mesure qu'il croît en intelligence. Et n'est-ce pas de la sorte qu^originairement le christianisme , peu à peu fécondant les germes primitifs du vrai et du bien ensevelis jusquelà dans la nature humaine , abolit l'esclavage et créa ce que parmi nous on appelle le peuple? Ce qui se passe maintenant , quelle que soit la différence qu'y apporte le mélange d'un principe divers mais plus foible, n'est au fond que le prolongement de cette action libératrice qui s'étendra dans les siècles à venir, jusqu'à ce que l'homme, ayant parcouru le cercle entier de son perfectionnement possible ici-bas, se transforme , selon les lois de sa nature immortelle , pour entrer dans un nouvel ordre de développement qui ne TOxME 10. 14
se consommera jamais^ parce qu'il s'opère dans le cycle infini de l'éternité.
Dix- huit cents ans se sont écoulés depuis que l'Evangile fut annoncé aux peuples. L'Évangile a-t-il vieilli? Il ne vieillira pas plus que Dieu même; il est la loi dernière , la loi parfaite de l'humanrté , et aussi se soumettra-t-il l'humanité entière. Les schismes qui long-temps arrêtèrent ses progrès en divisant l'Église, touchent à leur fin. Épuisé comme doctrine, le protestantisme est venu mourir sous la main des gouvernemens qui le façonnent à leur gré, et le plient sans résistance à tous les besoins, à tous les caprices de leur politique. Réduit, dans ce qu'il a d'individuel, à une sorte de philosophie humaine , et , dans ce qu'il a de public, à un vain style cérémonial , presque nulle part il n'offre aujourd'hui l'apparence même d'une religion : temple vide oii l'on n'entend plus que des voix qui disent : Les dieux sont partis ! Quand la puissance qui conserve et transmet la vie que le Christ est venu apporter sur la terre , soufflera sur ces ossemens arides , alors ce sera comme au dernier jour, lorsque les générations éteintes se lèveront soudain de leurs tombeaux.
Et maintenant tournez vos regards vers l'Orient : voyez l'islamisme s'écrouler avec les institutions politiques auxquelles son existence est irrévocablement attachée. Au-delà voyez la même cause agir dans l'Inde, et miner journellement les seules bases qui soutiennent encore le vieil édifice religieux de ses opiniâtres habitans. Voyez la Chine elle-même, conservant à la
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vérité ses lois antiques, mais privée désormais presque entièrement de l'esprit qui les animoit et en faisoit la force. Oui, certes, il se prépare quelque chose d'extraordinaire ; une grande époque approche, ou plutôt elle commence déjà : Jam albesdt messù. La civilisation chrétienne , à l'étroit dans ses anciennes limites, presse sur tous les points la harharie qui cède et recule devant elle. Bientôt une parole puissante et calme prononcée par un vieillard dans la Cité-Reine, au pied de la croix, donnera le signal, que le monde attend , de la dernière régénération. Pénétrés d'un esprit nouveau, conduits à la science par la foi , à la liberté par l'ordre, les peuples ouvriront les yeux et se reconnoîtront pour frères , parce qu'ils auront un père commun ; et fatigués de leurs longues discordes, ils se reposeront aux pieds de ce père , qui n'étend la main que pour protéger, et n'ouvre la bouche que pour bénir.
DE LA POSITION DE l'ÉGLISE DE FRANCE.
6 janyier 1831.
Jamais , depuis son origine , l'Eglise de France ne s'étoit trouvée dans une position semblable à celle où Ta placée notre dernière révolution , et c'est ce qu'il lui importe de bien comprendre ; car de là dépendent ses destins futurs et son existence même. Exposée à des périls chaque jour croissans, mais aussi consolée par une grande espérance qui luit sur elle du sein de la tempête, comme l'aurore d'une vie nouvelle, son avenir ne peut désormais demeurer long-temps indécis; il faut qu'elle choisisse entre une ruine entière et une magnifique régénération. Dieu l'a remise , en quelque façon, dans les mains de son conseil; il a voulu qu'elle seule prononçât sur elle-même, qu'elle renaquît plus belle et plus forte par la liberté, ou qu'elle expirât dans la honte d'une servitude irrémédiable, selon la résolution quelle prendroit : époque, nous le répétons, unique dans son histoire et dans celle d'aucune autre Eglise ; époque fatale qui décidera de la vie ou de la mort du catholicisme parmi nous.
Et pour parler d'abord des périls qui le menacent, qui ne voit d'un coup d'oeil ce que doit devenir une
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religion dépendante du pouvoir temporel et de tous ses agens, dans un pays où ce même pouvoir n'a, comme tel, aucune religion, et peut, comme individu, en professer une différente? Qu'on juge de ce qui se fera par ce qui s'est fait, et en France, et partout, et dans tous les temps : car, que les hommes le veuillent ou non , les mêmes causes produisent constamment les mêmes effets; et à quelque degré qu'on subordonne le principe spirituel au principe matériel de la société, celuici , par sa nature , passionné , aveugle , envahissant , aura bientôt totalement asservi l'autre.
A peine le christianisme fut-il déclaré la religion de l'Empire que les Césars, prêtant leur appui à l'hérésie arienne, espèce de déisme abstrait et stérile, faillirent plonger le monde dans une barbarie analogue à celle où le mahométisme retient tant de nations depuis douze siècles. Une lutte gigantesque s'établit entre la puissance intellectuelle, qui devoit régénérer l'humanité , et la puissance politique qui la poussoit vers un nouvel abîme. La première triompha; mais les Églises d'Orient, soumises de mille manières à l'influence mortelle de l'administration et de la cour intrigante, tracassière et jalouse des monarques byzantins, opprimées par le despotisme qui faisoit et défaisoit les évêques presque à son gré , finirent , et bien vite , par s'éteindre dans le schisme.
Un enchaînement de causes qu'il seroit trop long de retracer ici, ayant fait passer, au moyen-âge, les bénéfices ecclésiastiques sous le régime féodal, qui devint peu à peu le mode général de possession et, pour
ainsi dire, la canstitution universelle de la propriété en Europe, les empereurs d'Occident saisirent ce prétexte pour disposer selon leurs caprices des plus hautes dignités de l'Eglise et en trafiquer indignement. Essayant d'asservir la papauté elle-même et de constituer au-dessus d'elle la tyrannie de la force brute devenue le pouvoir suprême de la chrétienté , ils tendoient à abolir la notion même de tout droit véritable ; et l'on ne sauroit se faire aujourd'hui qu'une idée très imparfaite de la profondeur du désordre , de la dégradation et de la servitude où ils auroient précipité les peuples affranchis par le Christ, si Grégoire VU , ce grand patriarche du libéralisme européen, n'avoit, ainsi que ses successeurs, défendu contre les violences et les prétentions impériales la suprématie de l'intelligence, ou la souveraineté primitive de la justice et du droit , avec un zèle , une énergie , une persévérance , qui sauvèrent et l'Église, et le christianisme , et la civilisation, et la liberté.
Toutefois, dans les siècles postérieurs, la liberté des peuples et celle de l'Église , attaquées de rechef par les princes que favorisoient les circonstances , furent progressivement envahies, détruites, et l'on sait dans quel odieux et humiliant servage languissoit en particulier l'Église de France sous le dur despotisme des parlemens et le despotisme corrupteur et dès lors plus dangereux de la cour ; et certes il est digne de remarque qu'à cette époque d'esclavage dans l'ordre religieux correspond , dans Tordre politique, le plein développement de l'absolutisme, qui ,
au milieu des peuples déclarés corps et âmes Fioamissible propriété de leurs chefs ^ ne laissa subsister pour toute règle , pour toute loi que la volonté d'un seul.
Le christianisme se mouroit , la révolution éclate ; elle adopte , en haine du clergé à qui sa position et ses principes serviles avoient ôté cette puissance morale qui est la vie des institutions , les maximes qu'il avoit adoptées lui-même pour complaire au pouvoir qui s'étoit dit, dans son orgueil, que tout, et la religion, et Dieu même devoit relever de lui. L'Eglise continue d'être subordonnée à l'État ; elle lui demeure unie en ce sens, et le fruit de cette union est le schisme constitutionnel , suivi bientôt de l'abolition du culte et de la proscription des prêtres. Us respirent sous le Directoire durant quelques courts instants : puis, persécutés de nouveau, le pouvoir d'alors commande à ses agens de désoler leur palîenc&. Mais, chose qui doit, aujourd'hui surtout, frapper ceux qui ont conservé le souvenir de ces épouvantables temps, jamais la puissance de la foi ne fut si grande, ni la piété si vive qu'à cette époque où la religion n'avoit d'appui qu'elle-même.
Bonaparte sut démêler ce qu'il y avoit de force en elle ; et s'élevant au-dessus des passions des hommes qui Tentouroient , il voulut faire servir cette force à ses desseins. Il relève les autels, non pour Dieu, non pour les peuples, mais pour lui, pour affermir son autorité naissante. Tout pouvoit passer dans la tête de cet homme , tout, excepté la liberté. Il traite avec
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le pape, signe un concordat, qui, autant qu'alors il étoit possible , assure les droits de l'Église , et le lendemain paroissent les lois organiques qui ôtent à l'Église son indépendance , la placent sous un joug de fer, et contre lesquelles le pontife romain dut protester solennellement.
Comme les gouvernemens qui l'avoient précédé, la Restauration crut que , bien loin d'affrancbir l'Église , il falloit soigneusement la tenir aux fers. La religion ne fut à ses yeux qu'un moyen de la politique, et le prêtre un homme qui administre, pour un salaire convenu, au profit du pouvoir, la conscience des peuples. De là tout ce que nous avons vu , ce mélange incohérent de respects extérieurs et de défiances secrètes, ce système immuable de précautions jalouses, ce bizarre assemblage d'actes et de paroles contradictoires, de faveurs et de lois oppressives : obscur chaos au fond duquel le soupçon, le dépit, la peur, la bienveillance , la haine , décidoient chaque jour au hasard des destinées de la France catholique.
Qui peut dire combien de temps encore la religion auroit pu subsister sous ce régime funeste? A mesure que le pouvoir la forçoit de prendre un caractère politique plus marqué , les peuples s'éloignoient d'elle avec un mépris et une aversion dont le principe originaire n'étoit pas l'absence de foi, mais cette immense douleur qu'éprouve la créature foible et souffrante, lorsqu'au fond du sanctuaire où elle cherchoit Dieu, elle n'aperçoit que l'homme. Le Christ
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ne sert pas, n'obéit pas, car il est roi, le Roi des rots ^ le Dominateur de ceux qui dominent ^ et maintenant plus que jamais TÉglise ne sauroit être dépendante du gouvernement, à un degré quelconque, sans tomber en peu d'années dans un véritable état de mort. Observez, en effet, qu'en vertu même du principe qui le constitue, le gouvernement doit être étranger à toute religion, et que dès-lors l'Église dépendroit d'un pouvoir qui non seulement n'a sur elle aucun droit , mais d'un pouvoir hostile en ce sens qu'il doit, par la nature de son institution , regarder comme indifférens , c'est-à-dire comme faux , ses dogmes , ses préceptes, son culte. De plus ce même gouvernement a, de fait, hérité de toutes les préventions, de toutes les défiances dont l'Eglise catholique est depuis longtemps l'objet, ainsi que de toutes les maximes que ses ennemis ont inventées pour l'opprimer, et qui forment, en ce qui concerne ses rapports avec l'État, la base des législations modernes. Ceci n'est que trop incontestable : et, d'une autre part, que le gouvernement veuille faire de ces maximes la règle de sa conduite envers TÉglise^ il ne le dissimule en aucune façon; et certes il s'est plu à nous en donner des preuves plus que suffisantes. Nous passons sous silence les nombreuses vexations de détail qui peuvent être attribuées aux passions particulières de quelques uns de ses agens , bien que son devoir strict fût de réprimer et de punir ces agens ; ce dont cependant il n'existe pas un seul exemple , du moins que nous sachions. Nous ne considérons que les actes émanés
directement du ministère. On y remarque une double tendance : la première, de lier de nouveau la religion à la politique, malgré les conséquences funestes , pour l'Etat comme pour l'Église, qui sont naguère résultées de cette liaison, malgré l'opinion publique qui la repousse , malgré la résistance du clergé qui comprend que le prêtre , étranger comme tel à ce qui se passe, doit être uniquement prêtre , afin d'embrasser , au-dessus de la sphère des discordes terrestres , tous les hommes sans distinction dans son universelle charité.
Les actes ministériels , systématiquement dirigés vers une fin qu'on ne peut méconnoître , tendent de plus à soumettre au pouvoir civil la hiérarchie , l'enseignement , la discipline et la prière même ; c'est-àdire que, parce qu'ils sont les agens de la force qu'on appelle gouvernement, des hommes en sont venus à cet incroyable excès de folie et de tyrannie tout ensemble de prétendre commander le désir et imposer l'amour par des circulaires administratives. Enfin voilà ce qu'ils ont fait, ce qu'ils continuent de faire. Or il est évident qu'une pareille dépendance , incompatible avec l'existence d'une société spirituelle quelconque et avec l'idée même de religion , seroit la complète destruction de l'Église. Nous en avons une preuve aussi frappante que douloureuse dans ce qui se passe sur les bords du Rhin. Là, sous une oppression semblable à celle qui s'appesantit sur nous et fondée sur les mêmes maximes, il ne subsiste plus du catholicisme que le nom. Un insolent et froid despo-
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tisme étreint dans sa main de fer la conscience de plusieurs millions de chrétiens palpitans d'angoisse , tandis que , traîtres à leur mission , de lâches prélats abdiquent, aux pieds d'un magistrat protestant ou athée , l'autorité divine dont le Christ leur a confié le dépôt. Il est vrai qu'en échange on leur jette quelques pièces d'argent.
Ce que sont devenues ces malheureuses Eglises, la nôtre le deviendra, si rien n'arrête le cours des choses, si l'on s'y abandonne aveuglément et sans résistance. Il ne sera pas besoin de tempêtes pour achever d'abattre l'édifice ébranlé déjà ; le flot du pouvoir venant chaque jour battre contre ces grandes ruines, chaque jour en emportera quelque nouveau fragment, jusqu'à ce qu'un matin le soleil se levant ne trouve plus à éclairer même un pauvre dernier débris.
Et ceux mêmes à qui Dieu impose plus rigoureusement qu'à nul autre le devoir de veiller à la conservation de cet édifice antique et sacré , auront , chose horrible à imaginer, concouru plus que nul autre à sa destruction. Car pendant que le pouvoir nommera les évêques, naturellement il fera ce que dans sa position chacun feroit comme lui, c'est-àdire que son choix ira chercher les hommes qui lui offriront le plus de garantie d'une soumission implicite , les hommes les plus propres à servir ses vues , ou à devenir des instrumens, soit actifs, soit passifs, de son système de domination sur l'Eglise et sur ses ministres, en un mot des vicaires dociles du pape administratif dont ils recevront à genoux les ordres, et
qui disposera dès-lors à son gré de la foi et de la conscience de vingt-cinq millions de Français voués sans retour à la plus ignoble et à la plus détestable servitude, la servitude morale et intellectuelle.
Catholiques, voilà où l'on vous conduit! Église de France , voilà ce qui te menace ! On te dira ce que déjà l'on te dit : L'État te salarie , donc tu dois dépendre de l'État, obéir à l'État, agir, parler, selon qu'il te commandera de parler et d'agir ; car tu lui appartiens comme l'esclave appartient à son maître , comme ce qui est vendu appartient à qui Ta acheté. Tu n'as plus rien à toi; ton enseignement, ta discipline, ton culte, ta prière, ton Dieu, tout est à l'État, il a tout payé. Comprends-le bien, et vis en paix sous la protection de notre mépris et de ta bassesse.
Toute notre âme se soulève à cette pensée. L'expression manque à l'indignation comme à la douleur. On ne sait plus que se voiler la face et se taire. 11 faut parler cependant, il le faut.
Encore une fois, Église de France, voilà le sort qui t'est réservé , si tu demeures ce que tu es , ce qu'on a fait de toi. Tu descendras au-dessous , mille fois au-dessous de l'Église grecque , aux jours de son ignominie, dans les derniers temps de l'Empire ; audessous de ce qu'elle est devenue sous le cimeterre des Mahomet II et des SoKman : et tu ne pourras t'en plaindre, car tu l'auras voulu. La Providence te donne le choix entre l'opprobre de cette mort infâme et la gloire d'une éclatante , d'une magnifique régénération. La Charte te déclare libre, et toute atteinte
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portée à ta liberté est une violation de la Loi fondamentale contre laquelle le pouvoir ne peut rien, et par laquelle seule il existe. Il reuonceroit à ses propres droits en attaquant les tiens , il déchireroit le contrat qui l'unit au peuple , et qui l'oblige comme le peuple ; et dès-lors toutes les fois que l'on osera , sous quelque prétexte que ce soit, attenter à ton indépendance solennellement proclamée , les catboliques, qu'ils le sachent bien, ne devront, ne pourront l'imputer qu'à eux-mêmes, à leur insouciance ou à leur lâcheté. Le pouvoir n'a contre le prêtre qui veut fermement être libre selon la loi, qu'un moyen de contrainte : l'argent. Il peut lui dire : (c Obéis-moi, )) ou je supprimerai ton salaire ; » parce que le salaire dépend de lui , et que le reste n'en dépend pas. Le salaire dépend de lui , c'est un fait ; et l'on disputeroit éternellement sur la question d'indemnité, on établiroit de mille manières le droit incontestable du clergé à cette indemnité , il n'en resteroit pas moins certain que le budget ecclésiastique, voté chaque année, peut être restreint ou entièrement retranché chaque année. Le reste ne dépend pas du pouvoir, car la Charte ne dépend pas de lui : elle est sa loi comme elle est notre loi; et le ministre assez hardi pour attaquer directement la liberté de conscience et de culte, pour violer l'un des droits que renferme cette hberté, commettroit une vraie forfaiture. L'Eglise peut donc quand elle le voudra rentrer dans son indépendance : il faudroit, pour l'en empêcher, mettre les catholiques hors la loi.
Évêques de France, nos pères et nos guides, quelle haute mission vous est donnée , et combien vous serez grands dans la mémoire des hommes , de quelle reconnoissance et de quel amour ils environneront vos noms révérés, si, ne regardant que le ciel et vous confiant en sa puissance , vous accomplissez sans hésitation , avec l'inflexible et calme fermeté du devoir et la sécurité de la foi, la résolution généreuse déjà prise au fond de vos cœurs de sauver la religion commise à votre garde , et de la transmettre à nos neveux pure et libre comme Dieu Ta faite , quoi qu'il doive vous en coûter de combats et de sacrifices î Et vous ne combattrez pas seuls , nous le jurons au nom de ce clergé si fidèle à ses chefs , si docile à leur voix, si prêt à tout supporter avec allégresse , et la tribulation et le travail, et la souffrance, et la mort même, pour le Christ et l'Épouse du Christ î Nous le jurons au nom de vingt-cinq millions de Français dont vous défendrez les droits les plus chers , et qui vous béniront d'en avoir assuré , par votre courage sacerdotal, la jouissance à leurs descendans !
Et pour agir selon l'esprit de l'unité catholique et avec toute la force qui lui est propre , permettez , 6 vous en qui repose notre confiance et notre espoir, permettez que vos enfans vous supplient de porter l'expression de leurs craintes et de leurs vœux aux pieds de celui qui est aussi votre père et leur père , lui exposant l'état de notre Église , implorant pour elle ses prières et ses bénédictions, et le conjurant de régler^ d'ordonner, avec la souveraine autorité
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qui lui appartient , ce qu'il jugera de meilleur pour elle , sûr qu'il doit être , quoi qu'il commande , de trouver le même dévouement, la même obéissance unanime et parfaite dans les pasteurs et dans le troupeau.
La source unique de tous les maux dont nous cherchons le remède , c'est la servitude dans laquelle le catholicisme gémit. Qui s'étonnera de le voir languissant, courbé sous le poids des fers qui l'accablent? Ces fers brisés , il se lèvera dans sa force première , et ce jour sera grand ; il marquera une de ces époques où il semble qu'il se fasse comme une immense effusion de vie, où le genre humain, poussé par je ne sais quelle puissance inconnue qui s'éveille en lui, s'élance dans l'avenir avec une sorte de prophétique espoir. Oui, encore une fois, ce jour sera grand. Eglise de France , Eglise illustrée par tant de siècles de gloire et par tant de bienfaits répandus sur une longue chaîne de générations. Eglise maintenant si humiliée qu'on ne te juge pas digne même de la protection commune, lève les yeux et contemple les destins nouveaux qui te sont réservés. Ceux dont tu subis le dédain , ceux qui demandent avec mépris : A quoi sert-elle ! ceux-là même , je te le dis, te devront ce qu'ils désirent avec une si vive ardeur, la Hberté, qu'ils ne peuvent recevoir que de toi. En t'affranchissant, tu affranchiras le monde; car la liberté des peuples a pour condition , pour base nécessaire la liberté de l'Église. L'histoire l'atteste à toutes ses pages, et la raison le conçoit nettement, puisque
l'Eglise en soi n'est que l'expression vivante de l'intelligence sociale. Sitôt qu'elle cesse d'être indépendante, le règne de la force brûle commence , et les révolutions qui tourmentent la société depuis quarante ans ne sont en eiîet que la lutte de l'intelligence contre la force, le duel à mort du christianisme et du pouvoir purement matériel qui aspire à dominer seul. L'affranchissement de l'Eglise sera donc le premier acte qui annoncera le terme de ces crises terribles. Elle développera, elle affermira les libertés publiques, en les unissant au principe d'ordre, c'est-à-dire à cette justice immuable, éternelle, qui n'est autre que la Loi divine, dont elle conserve , au milieu du mouvement rapide des opinions humaines, invariablement le dépôt. Séparée des choses du temps, étrangère à la politique, sans autre arme que la persuasion, sans autre appui que la vertu, sans autre force que la force toute-puissante de la vérité et de la charité, elle apparoîtra entre la terre et le ciel, comme le signe consolateur qui, du sein de la nue où le tonnerre gronde encore , annonce la fin de l'orage ; et les peuples la reconnoissant à ses bienfaits inépuisables , au caractère sacré qui l'élève au-dessus des passions humaines et des intérêts humains , la salueront avec des transports d'amour et d'espérance. Car quelle que soit la foiblesse de Thomme et sa corruption native, ce qui le rappelle à son origine, à sa nature première , ne perd jamais son empire sur lui : il y a dans son cœur une fibre immortelle , celle que fait vibrer la religion.
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SUR UNE PETITION PRESENTEE A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS, ET SUR UNE ORDONNANCE CONTRE- SIGNÉE MÉRILHOU.
13 janvier 1831.
Il y a, je ne sais où, en France un homme à qui , dans cet état sans doute qui ressemble plus au rêve qu'à la veille , il a passé par la tête de prier la Chambre de solliciter une ordonnance du roi qui réduise de moitié le nombre des archevêques et évêqueSj et qui mette à la retraite ceux qui ser oient éliminés (1). C'est la première fois qu'on entend parler d'éliminations de ce genre par autorité royale; mais il y a commencement à tout, et le pétitionnaire d'ailleurs , guidé par un sentiment de justice qui l'honore, a eu soin, pour prévenir les plaintes auxquelles pourroit donner lieu la mesure qu'il propose, de stipuler en faveur des archevêques et évêques éliminés une retraite^ dans son intention, proportionnée, je le présume, à leurs années de service : de sorte qu'ayant ainsi pensé à tout en honnête homme qui seroit désolé de faire tort à son prochain, il doit être en repos. Quoi qu'il en soit M. Isambert a fort goûté cette idée, laquelle, à son
(1) Voyez V Avenir du 5 janvier, séance de la Chambre. TOME 10. 15
avis, offre toutes sortes d'avantages qu'il a savamment expliqués aux représentans du peuple français , et il a exprimé le désir qu'on la mît promptement à exécution avec ou sans le concours du pape ; ce qui , en effet, est une manière expéditive de procéder. Or nous nous permettrons d'adresser modestement quelques petites questions à l'honorable député qui s'occupe avec tant de zèle de notre culte et de nos consciences.
Et d'abord, si ce n'est pas être trop indiscret , je le prierai de nous dire s'il est catholique ou s'il ne l'est pas.
S'il répond qu'il est catholique, alors en vérité je le plaindrai ou d'ignorer ce que sait l'enfant à qui l'on a enseigné les premiers élémens du catéchisme , savoir, que le ministère spirituel est par sa nature , aussi bien que par l'institution positive de Jésus- Christ, indépendant du pouvoir civil ; ou de demander sciemment la violation brutale d'un des principes les plus fondamentaux de la religion qu'il professe.
S'il répond qu'il n'est pas catholique , comment se fait-il juge des besoins de l'Église catholique ? Comment sait-il qu'elle ne souffriroit pas d'une réduction d'évêqnes^ de chanoines et de séminaristes? Comment lui qui se dit libéral ose-t-il provoquer un acte attentatoire à la plus précieuse de nos libertés , la liberté de conscience.'^ Qu'est-ce donc que ce libéralisme qui ne rêve qu'oppression, et pour qui la Charte n'est plus rien dès qu'il s'agit de satisfaire sa haine antichrétienne, de tyranniser la conscience de ceux qui.
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après tout, formant la majorité du peuple, sont en France le vrai souverain? Quel que soit son culte, M. Isambert doit sans doute être libre comme tout le monde ; nul n'a le droit de le troubler dans sa croyance ou son incroyance : mais ce droit que nul n'a sur lui, il ne l'a non plus sur personne; qu'il le sache bien, et qu'il n'aille pas se persuader innocemment que vingt-cinq millions de Français consentiront à se laisser ravir leurs droits les plus sacrés, parce qu'il y a dans les idées de M. Isambert quelque chose qui fait que le catholicisme lui déplaît.
Il ne faut pas que l'on s'y trompe , le jour où, sans le concours du pape ^ on se permettroit de changer la circonscription des diocèses , le jour où le gouvernement prétendroit soit étendre , soit restreindre la juridiction spirituelle des évêques, la Constitution civile du clergé seroit de nouveau proclamée en France. Or , pour peu que l'on connoisse l'état du pays , les suites qu'entraîneroit un pareil acte , parlons nettement, un pareil crime, ne sont que trop aisées à prévoir ; et y a-t-il une âme d'homme qui puisse sans frémir en soutenir la seule pensée ?
Cependant il est vrai que quelques esprits sombres, opiniâtres, stupidement superbes, et pervertis au-delà de toute mesure humaine, nourrissent ce projet sinistre. Nous avons sous les yeux un court écrit intitulé : Moyen de nationaliser le clergé de France , et signé Th.-Just. Foulard, ancien évêque constitutionnel d'Autun^ où le vœu sacrilège du schisme est exprimé en termes formels. Après s'être lamenté sur le
concordat de 1801, qui, en renversant de leurs sièges consliiutionnels cinquante-quatre évéques^ et destituant arbitrairement la majeure partie des pasteurs du second ordre y a fait^ dit-il, plus de mal peut-être à la religion que les deux assemblées précédentes , en s^ efforçant ouvertement de f anéantir , le sieur Foulard continue de déclamer, dans le style du bon temps, contre Bonaparte et contre le pape, qui n'est, bien entendu, pour lui quun prince étranger; contre les évêques, les prêtres , enfin contre tous ceux qui n'ont pas le bonheur d'être profondément convaincus que l'œuvre schismatique de l'assemblée Constituante , qui débarrassa la France du joug ultramontain^ étoit la plus parfaite chose du monde : puis, arrivant au temps actuel, une sorte de besoin instinctif de persécution, mêlé d'une espérance et d'une joie infernale, s'emparant tout à coup de l'âme de ce vieillard , pousse sur ses lèvres c^s paroles hideuses :
H Le clergé tout ultramontain qui survit à Char- » les X est à présent dans des transes qu'il est facile w de concevoir. Mais, qu'on y prenne garde|! si on ne » le surveille pas de près, ou si on ne trouve pas un » moyen pour l'empêcher de nuire , ses sourdes in- )) trigues feront à la France un mal incalculable. Le » rendre national est désormais une chose difficile ; » et cependant c'est un clergé essentiellement national » qu'il faut à la France pour la sauver.
)) Les mesures qu'un simple particulier pourroit » indiquer pour atteindre ce but ne seroient pas suf- » fisantes. C'est à l'autorité suprême, c'est à la Cham-
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)) hve (les pairs, c'est au corps des députés qu'il ap- » partient de ré énérer l'Église de France, et de lui » assigiK les bc nés dans lesquelles elle doit se raain- » tejiir d is l'ex cice de son ministère. »
Ainsi utoriié mprême, en matière de religion, est la Ch hre de pairs et le corps des députés; ainsi c'est à de: ssembi es qui pourroient légalement être composée le juifs, de protestans, de déistes, d'athées, qui Dpartî'ent de régénérer^ l'Eglise de France ! Telle est la ictrine, tel est le vœu du sieur Foulard, ancien évêq. constitutionnel d'Autun.
Et pour réaliser ce vœu comme cette doctrine, que faudroit-il? Écoulez bien; car, quoique les mesures qiJun simple particulier pourroit indiquer pour atteindre ce but ne fussent pas suffisantes^ le sieur Poulard n'a pu néanmoins refuser à la Chambre des pairs et au corps des députés le secours puissant de ses lumières et de sa vieille expérience.
« Nota. Pour remédier à tous ces maux, il fau- )) droit rétablir l'ancienne constitution civile du clergé, » et faire nommer les curés par les électeurs. »
Et par post-scriptum :
« Cette note a été présentée à M. lo ministre des » cultes , qui l'a accueillie très favorablement. »
Le sieur Poulard se flatte-t-il lui-même en parlant de l'accueil très favorable que sa note a reçu de M. le ministre des cultes? Je l'ignore, mais voici ce que je sais.
Pendant le court espace de temps que M. Mérilhou a exercé les fonctions de minisire secrélaire-d' Etat de
rinslruclion publique et des cultes ^ il a substitué au système de liberté religieuse consacré par la Charte un système de domination despotique qui ôte aux catholiques le bénéfice des lois pour les placer sous le régime d'ordonnances exceptionnelles. Trois mois après la révolution de juillet, il débutoit dans l'arbitraire en renouvelant des ordonnances aussi vexatoires qu'illégales de Charles X ; puis sont venues des circulaires administratives pour régler les offices divins et l'ordre légal des sacristies , interdire à tels et tels jours le son des cloches, les messes solennelles, l'explication de l'Evangile , et défendre aux catholiques français d'aller prier dans leurs églises toutes les fois et de la manière qu'il leur sembleroit bon, attendu qu'au lieu de se réjouir un peu, selon leur fanatique coutume, aux époques des fêtes paroissiales, M. Mérilhou entend qu'ils travaillent, pour prouver à l'Europe qu'ils ont brisé le joug de la superstition , et afin qu'eux-mêmes comprennent bien qu'ils sont libres.
Il a aussi daigné étendre sa sollicitude sur les morts, auxquels il accorde soixante ans de repos : c'est tout ce qu'il a pu faire légalement, à ce qu'il assure; et, en vérité , soixante ans de repos , dans le siècle où nous sommes , c'est plus qu'honnête , et les morts n'ont pas lieu de se pla dre. Revenons donc aux vivans.
Ceux-ci ne sont pas traités par M. Mérilhou , à beaucoup près , avec autant de faveur. Une ordonnance signée de lui et datée du 25 décembre 1 830 détermine les conditions qu'il sera désormais néces-
saire de remplir <( pour être professeur , adjoint ou » suppléant dans une faculté de théologie , archevê- » que ou évêque, vicaire-général, dignitaire ou mem- » bre de chapitre , curé dans une ville chef-lieu de » département ou d'arrondissement, ou curé de chef- » lieu de canton : » ce qui signifie , en termes clairs, que le ministère de l'enseignement et le ministère pastoral dépendront désormais entièrement du pouvoir civil, qui, en réglant les conditions requises pour en exercer les fonctions, et les réglant seul, par là même se déclare le chef suprême de la hiérarchie.
L'intention d'ailleurs est évidente. Qu'exige-t-on des professeurs, adjoints ou suppléans, des archevêques, évêques, vicaires-généraux, chanoines et curés? qu'ils aient reçu le grade soit de docteur, soit de licencié, soit de bachelier en théologie. Et qui confère ces grades? les facultés de théologie. Et de qui dépendent directement les facultés de théologie ? du gouvernement. Qui en nomme les professeurs? encore le gouvernement. Au fond, ce que l'on veut c'est donc que les archevêques, évêques, vicairesgénéraux, chanoines, curés, soient imbus des doctrines qu'il aura plu au gouvernement de leur faire enseigner, et qu'ils les aient eux-mêmes professées dans des thèses publiques, comme cela se pratiquoit par ordre du roi et des parlemens , sous le régime absolu de la monarchie de Louis XIV : c'est-à-dire qu'on travaille à nous faire une Eglise dont les ministres , nommés par le pouvoir civil sous certaines garanties fixées par lui , enseigneront ce qu'il leur
commandera d'enseigner, diront ou ne diront pas de messes solennelles, useront ou n'useront pas de tels ornemens sacerdotaux, prieront ou ne prieront pas aux jours marqués par un laïque protestant, juif, athée, n'importe ; vraies marionnettes ecclésiastiques que feront jouer à leur fantaisie les Mérilhou futurs pour amuser un moment le peuple : et c'est ce que , dans le budget , on appellera la religion !
Tout ce beau système devra , selon l'ordonnance , être pleinement en exercice à dater du V" janvier 1835. Pauvres gens, qui osent promettre une durée de quatre ans à de pareilles œuvres ! qui s'imaginent que vingt lignes absurdes minutées par un avocat suffiront pour anéantir les libertés de vingt -cinq millions de catholiques, libertés expressément stipulées dans la Charte, libertés devenues nécessaires au monde , et qui feront le tour du monde , sans qu'aucune puissance humaine les puisse arrêter, car Dieu marche devant elles, et leur fraie le chemin. Encore un coup, pauvres gens !
Toutefois nous avons des grâces à leur rendre ; car, puisqu'ils ne veulent pas que nous soyons libres, puisqu'ils ont résolu d'essayer leurs forces contre les peuples et contre Dieu , il est bon , il est utile d'être averti de leurs projets, afin que les catholiques ne s'endorment pas dans une trompeuse sécurité, afin qu'ils sachent ce qu'on se propose de faire d'eux, afin qu'ils choisissent entre la liberté que la loi leur assure et l'infâme ilotisme auquel les condamneroit la réalisation , heureusement impossible , du système
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ministériel. Maintenant tous les voiles sont levés; maintenant perso ne ne peut se méprendre sur l'avenir qu'on prépare au catholicisme : et dès-lors il est sauvé. Oui , monsieur Mérilhou , nous vous rendons grâces î