‹ JournauxChapitre 120 sur 123 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

toutes leurs forces à l'oppression qu'un ministère pour qui la Charte n'est rien fait peser sur eux. Le ciel n'a pas permis qu'on pût se méprendre sur ses desseins. Manifestement il veut, en asservissant le clergé, en se plaçant à la tête de la hiérarchie et substituant ses volontés aux lois émanées du seul pouvoir qui ait droit sur les consciences , avilir la religion , corrompre la discipline et ruiner la foi. Ne le voyez-vous pas chaque jour faire revivre les ordonnances et les décrets les plus tyranniques, ceux même dont Bonaparte, au temps de sa puissance , n'avoit pas osé presser l'exécution? On vous met hors du droit commun, on s'empare arbitrairement et de vos temples et des édifices consacrés à des usages pieux ; tantôt on commande des prières, tantôt on les interdit ; on supprime d'autorité les cérémonies de votre culte ; vos prêtres sont le jouet des derniers agens de l'administration, journellement outragés, persécutés par eux, sans qu'il y ait encore un seul exemple qu'on leur ait accordé protection contre ces infâmes attaques , sans qu'une seule fois justice leur ait été rendue : êtres vils et sans prix qu'on jette dans l'amphithéâtre pour amuser quelques instans la populace des bagnes , et la populace des salons, et la populace des ministres.

Encore n'est-ce pas tout : pour en finir plus vite et plus sûrement avec le catholicisme , ces mêmes hommes de qui vous avez à subir ces intolérables indignités se réservent le choix de vos premiers pasteurs et ils ont assez compté sur votre patience pour croire que vous consentiriez à les recevoir de leurs mains.

DANS LE JOUI\iNAL l'aVEMR. 371

Les voilà donc à l'œuvre, les voilà faisant des évêques ; et quels évêques , grand Dieu ? Vous qui les connoissez, dites ce qu'ils sont; dites ce que l'Église en doit attendre. Mais vous l'avez dit, et ce cri d'effroi s'est élevé soudain; et ce cri, nous l'espérons, pé nétrera jusqu'au Vicaire de Jésus-Christ , et portera dans son âme une sainte émotion, dans sa conscience une lumière formidable qui sera notre salut : car Dieu est là, ses promesses ne périront point, et nous savons que son Esprit , source éternelle de sagesse et de force , dirigera toujours , en ce qui tient aux intérêts de son Eglise, le père qu'il nous a donné.

Cependant, parce que la Providence veille pour nous, parce qu'elle ne permettra pas que les portes de V enfer prévalent , n'allons pas nous imaginer que nous soyons nous-mêmes dispensés de toute action. Le Dieu d'Israël veilloit sur son peuple quand les Machabées se levèrent et dirent : Mourons pour le sauver î L'on n'a droit de compter sur un miracle que lorsqu'on a généreusement épuisé toutes les ressources du courage et du dévouement, et le Dieu fort ne bénit point le lâche. Réveillons-nous donc, unissons-nous, saisissons les armes que nous offre la Charte pour défendre légalement nos droits. Le premier de tous, le plus important, est celui d'être libres dans notre foi comme dans notre culte , celui par conséquent de n'être pas gouvernés spirituellement par des pasteurs du choix de nos ennemis. L'Eglise doit être séparée de l'État, la Loi fondamentale l'ordonne : on a promis solennellement qu'elle seroit une vérité ; ne souffrons pas

qu'on en fasse un odieux mensonge : cela dépend de nous, de nos efforts unanimes et perse vérans. Le pouvoir ne peut, sans forfaire à ses engagemens, nommer nos évèques. A nous , à nous seuls il appartient de pourvoir, selon les lois de notre Église désormais indépendante, au remplacement de nos pasteurs. Nous ne voulons point de clergé ministériel , de sacerdoce royal; car voici ce que c'est qu'un sacerdoce royal : « Amatsia dit à Amos : Voyant ! va , fuis en la terre » de Juda, et mange là ton pain, et prophétise là, » et cesse de prophétiser en Béthel, car c'est le » sanctuaire du roi (1). »

(1) Amos, ch. VII, 12, 13.

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