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CONTRE M. DE LA MENNAIS

A l'occasion de son ouvrage : De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil.

Juillet 1826.

Monsieur,

Le zèle de la polémique ayant tout-à-coup saisi la famille de M. l'évêque d'Hermopolis , je me suis vu attaqué presque à la fois par M. Clausel de Montais, évêque de Chartres, par M. l'abbé Clausel de Coussergues, conseiller de l'Université, par M. Clausel de Coussergues, conseiller à la Cour de Cassation, et par M. l'abbé Boyer, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, tous compatriotes et parens de l'illustre auteur des ferais principes de f Église gallicane. Ainsi, par le seul dévouement des siens, monseigneur d'Hermopolis a pu s'entourer d'une sorte de concile domestique,

dans lequel M. de Coussergues , en sa double qualité de député et de magistrat, représente sans doute l'évêque du dehors. Je ne nie pas que cette autorité n'offre quelque chose de fort imposant. Toutefois , comme j'ai le malheur de ne pas croire extrêmement à la souveraineté du concile séparé du pape , encore moins du concile opposé au pape , j'oserai résister aux décisions de celui dont j'éprouve les rigueurs, jusqu à ce que le consentement du Saint-Siège intervienne ; car, pour moi, c'est là mon quatrième article.

Très affermi dans ce sentiment, je me proposois, comme vous l'avez annoncé. Monsieur, de répondre à la lettre de M. l'évèque de Chartres. J'avois même interrompu à ce dessein un ouvrage plus étendu sur les grandes questions traitées dans mon dernier écrit, lorsque j'ai appris qu'un ecclésiastique plein de science et de talent s'occupoit de défendre la doctrine de l'Église romaine contre les attaques de MM. Clausel et de M. l'abbé Boyer. Je me suis alors décidé à reprendre mon premier travail^ d'autant plus que cette controverse avec des hommes respectables mais préoccupés exclusivement de quelques idées de famille ne m'auroit pas fourni une seule fois l'occasion d'entrer dans le fond du sujet que j'ai à cœur d'éclaircir autant qu'il me sera possible. Si on retranchoit de leurs écrits les aménités gallicanes qui en ornent presque toutes les pages, il ne resteroit guère que de vieux sophismes réfutés depuis des siècles , et trois ou quatre suppositions fausses sur lesquelles ils raisonnent constamment avec une confiance imperturbable.

Ainsi , quoique nous eussions dit , dans une lettre connue de M. l'évêque de Chartres, puisqu'il la cite : i) Il y a donc manifestement une ignorance profonde » ou une insigne mauvaise foi dans le reproche qu'on » adresse aux papes de s'arroger sur le temporel des » rois un pouvoir que Jésus-Christ ne leur a pas » donné. Ils ne s'attribuent d'autre pouvoir que le pou- )) voir spirituel qui leur appartient de droit divin , et » que nul catholique ne leur conteste. La question » agitée aujourd'hui avec tant de chaleur consiste » uniquement à savoir jusqu'où s'étend ce pouvoir » spirituel, dans ses rapports avec la société politique » chrétienne et la souveraineté qui la constitue (1) : )> malgré, dis-je, des paroles si claires, M. l'évêque de Chartres n'en persiste pas moins à nous attribuer un sentiment tout différent, parce qu'enfin nous devons avoir dit ce qu'il lui convient que nous ayons dit : c'est sa méthode de réfutation. Il eût été plus utile peut-être d'examiner un petit nombre de questions simples telles que celle-ci :

Le droit de commander a-t-il, comme le devoir d'obéir, son fondement dans la loi divine?

Si le souverain n'a le droit de commander, et si les sujets ne sont tenus d'obéir, qu'en vertu de la loi divine, par qui doivent être résolus, chez les peuples chrétiens , les doutes qui peuvent naître sur ce droit et sur ce devoir?

Est-ce par le souverain ? est-ce par le peuple ? ou par l'autorité à qui Jésus-Christ a confié la garde de

(1) Voyez ci-dessus page 77 etsuiv.

la loi divine , et qu'il a chargée de la maintenir et de l'interpréter?

La souveraineté peut-elle se perdre? Si elle peut se perdre, comment sait-on certainement qu'elle est perdue ? Sont-ce les événemens qui décident? Mais qu'estce que les événemens, si non des faits qui constatent de quel côté est la plus grande force? La force et le droit, est-ce une même chose? Que si la force ne suffit pas pour savoir quand un droit est réellement éteint, et pour créer un autre droit s'il faut encore un jugement certain, qui rendra ce jugement? Qui déterminera pour la conscience le moment où il est permis d'obéir à un souverain nouveau? etc.

Des réponses précises à ces questions eussent été plus instructives qu'un commentaire sur des passages de l'Évangile, que tout le monde connoît, dont personne assurément ne conteste l'autorité , mais que M. l'évêque de Chartres se flatte de mieux comprendre que les souverains pontifes et même que les conciles œcuméniques.

A l'entendre , il sembleroit que nous eussions déclaré ^hérétique de fait quiconque professe les maximes de 1 682 ; et il montre très doctement qu'un simple prêtre n'est pas FEglise universelle , n'est pas le Vicaire' djB Jésus-Christ : qu'il n'a le pouvoir ni de prononcer une sentence infaillible , ni de porter juridiquement des censures contre aucune doctrine. En vérité , nous nous en doutions. Mais où avons-nous donc annoncé ces prétentions extravagantes? sur quelle preuve nous accuse-t-on d'une pareille folie? Y

auroit-il aussi une justisse gallicane qui permît , pour combattre plus aisément ses adversaires, de leur prêter des absurdités auxquelles ils ne songèrent jamais ? Nous avons dit et nous répétons que les maximes de 1682 renferment des conséquences hérétiques et schismatiques, qu'elles contiennent substantiellement des propositions déjà condamnées ; en un mot , nous avons dit ce que tout théologien a le droit de dire : et au lieu de dénaturer nos paroles, il eût mieux valu réfuter nos raisonnemens; mais on ne Va pas même essayé : c'étoit en effet plus difficile.

Dès qu'on s'écarte de la droite voie, Dieu ôte le sens ; on ne sait où l'on va , on marche au hasard , afin qu'il soit visible à tous que cet aveugle s'égare. Ce n'est pas sans douleur que nous transcrivons ce passage de V Antidote, rappelé par M. Clausel de , Coussergues, dans la Quotidienne du 28 juin : (< L'É- » glise gallicane pose des principes contraires aux » vôtres... D'où vous vient le droit de souffler le feu » de la révolte dans la maison de Dieu, d'y soulever » les enfans contre les pères , les jeunes élèves du » sanctuaire contre leurs évêques? »

A cette violente interpellation du professeur de Saint-Sulpice , voici ma réponse : Ce que vous appelez mes principes, comme sij'avois dans l'Église de Dieu des sentimens particuliers, ce sont les principes de mon chef et du vôtre , les principes constans du Saint-Siège et de toutes les églises, une seule exceptée, ou plutôt excepté un petit nombre d'hommes dans une seule église. C'est donc à vous qui combattez la

doctrine de l'Église universelle et du pontife romain, c'est à vous que nous demandons de quel droit vous soufflez le feu de la révolte dans la maison de DieUy de quel droit vous soulevez les enfans contre le père du PEUPLE CHRÉTIEN (1), ks jeunes élèves du sanctuaire contre le souverain pontife des évêques(2), fondement IMMOBILE DE LA FOI (3) ; coutre la pierre que

NE PEUVENT VAINCRE LES PORTES DE l'eNFER (4)?

Avez-vous des promesses que n'ait pas le successeur du prince des apôtres? votre autorité doit-elle l'emporter sur la sienne? Laissez, laissez-nous croire ce que croit celui à qui Jésus-Christ a dit : J'ai prié pour toi y afin que ta foi ne défaille point; laissez les brebis et les agneaux suivre celui qui a reçu de Dieu la charge de les guider : et s'il vous plaît d'être vous-même votre guide, votre docteur, votre maître, n'accusez pas au moins de révolte ceux qui , soumis pleinement à la conduite du premier pasteur, n'ont d'autre ^nVicipe que de lui obéir.

(c La Société de Saint-Sulpice, dites-^ous enseigne » dans ses écoles les quatre articles. C'est l'héritage )) que lui ont transmis ses pères... Tous les supérieurs » généraux de cette Société n'ont cessé de dire aux » maîtres et aux disciples : Ne renversez pas les bornes » anciennes; suivez, sur la controverse du pape et de » r Eglise, les doctrines de la Sorbonne. »

Donc lorsqu'il s'agit des plus hautes questions^

{i) S. Augusl., ep. clxi.

(2) Concil. Clialced. in praef.

(3) 6\ August., Serm. xxiv, de temp.

(4) /d. in Psalm. cont. part. Donal.

et, comme le reconnoît M. l'évêque d'Hermopolis luimême, de la constitution divine de r Eglise, ce ne sera ni l'Église ni son chef que nous devrons écouter, mais la Sorhonne! la Sorbonne est, en ces matières, audessus du pape, au-dessus des conciles et de l'Eglise universelle! Voilà ce que les supérieurs généraux de Saint-Sulpice nont cessé de dire aux maîtres et aux disciples ! Où en seroit-on si de pareilles maximes venoient à prévaloir ? Nous connoissons , pour nous , des homes plus anciennes , une règle de foi dictée , dit Bossuet, j3ar le pape Hormisdas, reçue par tous les évêques d'Orient et d'Occident, proclamée dans le huitième concile œcuménique^ approuvée de t^ute l'Eglise catholique; et cette règle est de suivre en tout les sentimens du Siège apostolique y dans lequel réside l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne. Si l'Eglise gallicane a posé des principes contraires ^ nous répudions ce triste et funeste héritage; et nous l'abandonnons à ceux qui, à la face du monde catholique, en présence de Dieu et de son Christ , oseront dire : Nous l'acceptons (1) !

(1) M. Claiisel de Coussergues a ayancé que «les Aphorismes de » M. l'abbé de La Mennais n'ayoîent pas entrée dans les séminaires » de la Compagnie de Sainl-Sulpice , sous peine d'exclusion à l'é- » gard de ceux qui propageroient cet écrit et les autres ouvragejs de » M. l'abbé de La Mennais où la même doctrine est enseignée » [Quotidienne du 28 jum I82G). Ce fait, si on le supposoit vrai, seroit tellement grave que nous nous croyons, en conscience, obligé de le nier aussi long-temps que la Compagnie de Saint-Sulpice ne l'aura pas expressément avoué. Qu'une congrégation religieuse interdise Ventrée des séminaires qu'elle dirige aux ouvrages où la doctrine du Saint-Siège est professée, et parce que cette doctrine y est professée ; qu'elle exclue du sacerdoce de Jésus-Christ les jeunes lévites dont

Afin de nous mettre eii contradiction apparente avec nous-même au sujet des quatre articles, on a rappelé quelques lignes d'un écrit que nous publiâmes en 1818. Nous avions prévu cette objection; et nous y avions répondu d'avance , dans notre volume de la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. L'explication que nous en donnons en ce lieu ne sauroit être suspecte d'avoir été arrangée pour les circonstances, puisque nous avons, en 1 820, exposé les mêmes sentimens en rendant compte du bel ouvrage de M. le comte de Maistre , sur le Pape (1). Que si néanmoins on ne vouloit pas admettre cette explication , il en résulteroit seulement que de mûres réflexions nous auroient conduit à nous réformer nous-même; il en résulteroit qu'ayant reconnu la vérité catholique , nous aurions aussitôt quitté pour elle l'erreur qui nous préoccupoit, et qu'à l'exemple de saint Augustin, nous n'aurions pas hésité un moment à rétracter ce qui pouvoit nous être

l'unique crime est d'obéir à l'enseignement du Vicaire de Jésus-Christ*, un pareil excès de hardiesse, jusqu'à présent inoui dans l'Église, ne sauroit être admis pour constant sur le seul témoignage de M. Clausel de Coussergues. On ne présume point le schisme, et il nous semble qu'il s'est hâté beaucoup d'en accuser une congrégation respectable que nous aimons à défendre contre lui. Il ajoute que « dans » les séminaires dirigés par les disciples de Saint- P^incent de Paul, » appelés communément Lazaristes, la même exclusion est pro- » noncée contre les jeunes théologiens qui propageroient la doctrine » des Aphorismes.y^ Il est presque superflu d'avertir que cette assertion est entièrement fausse. Les disciples de Saint-Vincent de Paul seront , au contraire , toujours les premiers à donner l'exemple du respect et de l'obéissance dus à l'enseignement du pontife romain.

(1) Voyez lome VIII, Mélanges religieux et philosophiques.

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échappé de contraire à la doctrine de l'Église et de son chef. Dans ce cas , tout notre désir seroit que nos adversaires nous imitassent en cela. Ayec quelle joie nous nous verrions uni à eux aux pieds du père

commun !

On nous reproche encore d'avoir omis ces mots : soit directement, soit indirectement , en citant la déclaration des évêques d'Irlande , dans une lettre à la Quotidienne. Le passage se trouvoit tel que nous l'avons transcrit dans l'article de Y Etoile, auquel nous répondions. En le vérifiant depuis dans un autre journal , nous avons reconnu qu'en effet les évêques irlandais ajoutent : soit directement^ soit indirectement. Mais alors nous ne dirons plus qu il nest pas un catholique qui ne fût prêt à signer cette déclaration; car, pour nous borner à une raison que tout le monde sentira, certainement plus d'un catholique répugneroit à signer une proposition aussi fausse de fait. Quand l'Église appose au mariage des empêchemens dirimans, quand elle établit ou supprime des fêtes, quand elle consacre des vœux de pauvreté et de chasteté, quand un simple prêtre commande , dans le tribunal de la pénitence , à un voleur de restituer; dans toutes ces occasions , et en beaucoup d'autres , il y a manifestement un pouvoir aw moins indirect exercé sur les choses civiles et temporelles, et ce pouvoir appartient à l'Eglise essentiellement : nos adversaires mêmes ne le contesteront pas.

Il étoit nécessaire que nous donnassions nous-même ces éclaircissemens à monseigneur l'évêque de Char-

très. Le reste de sa lettre ne demeurera pas non plus sans réponse ; et pour ce qui tient au fond des doctrines, touchant le pouvoir spirituel, ses fonctions et son étendue , nous espérons pouvoir répandre dans un autre ouvrage quelques nouvelles lumières sur ce sujet, un des plus importans à traiter aujourd'hui.

Ce n'est pas qu'on puisse se flatter de vaincre une certaine opposition qui a existé , qui existera toujours, parce qu'ayant sa cause plutôt dans la corruption de la nature que dans l'aveuglement de la raison, la raison ne peut rien contre elle ; et c'est ce qu'il faut bien comprendre. Un secret principe de révolte caché au fond du cœur humain , et que la vertu même n'étouffe jamais entièrement , combat sans cesse au dedans de nous tout ce qui semble menacer notre indépendance. On se soumet le moins possible; et comme la volonté , selon la remarque profonde de Pascal , est une des principales pièces de noire créance , elle incline la pensée à tout ce qui plaît. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si l'on dispute des choses les plus claires. Telle est même la foiblesse de l'homme, qu'on le verra repousser la vérité manifeste , non par aucun intérêt puissant, par aucune haine violente, mais par un motif souvent si léger qu'à peine lui-même l'aperce vra-t-il; quelque ancienne prévention, des affections particulières, des liens de parenté, une certaine position publique , un engagement pris , que sais-je enfin ? un simple caprice : et cependant la vérité, c'est Dieu!

Dans tous les siècles il s'est rencontré de ces esprits

superbes que l'obéissance fatigue. Tantôt ils ont opposé leurs opinions à la foi de l'Eglise ; tantôt ils ont attaqué son pouvoir de gouvernement et la souveraineté de son chef : établi par Jésus-Christ le suprême défenseur du droit et de la justice sur la terre (1), nécessairement son autorité doit sembler pesante à toute puissance qui redoute la règle. Et comme il y a toujours dans l'homme quelque chose qui se précipite du côté de la puissance; comme il est peu de regards assez fermes pour n'être pas éblouis de son éclat: lorsqu'elle s'égare , il ne manque jamais d'apologistes de ses actes; et les gens de bien mêmes, devenus flatteurs en croyant n'être que soumis , s'eff'orcent par respect de justifier ses prétentions les moins soutenables.

Ainsi naissent et se perpétuent les maximes d'indépendance qui détachent les nations du centre commun et relâchent les liens de la société universelle. L'Église et la cité se séparant de plus en plus , la vraie notion de l'une et de l'autre s'altère dans les esprits. Aux doctrines professées unanimement , peu à peu l'on substitue des doctrines arbitraires créées pour le besoin qu'on en a; et comme on ne sauroit s'écarter en un seul point de l'enseignement du premier pasteur , sans être forcé de combattre le principe même de son autorité , tôt ou tard on est conduit à ébranler dogmatiquement les bases de la monarchie spirituelle et de la constitution divine de l'Eglise.

(1) Romanus pontifex quem Salvator et Doiiiinus noster «qui bonique supremum assertorem in terris conslituit... Bulle de Clément XI du 10 des calendes de mars 1714.

Telle a été la marche de toutes les erreurs, et en particulier du gallicanisme. 11 a pu sans doute être soutenu d'abord par des hommes de bonne foi; il peut même l'être encore, quoique plus difficilement aujourd'hui qu'on en a vu les terribles conséquences. Des maximes au nom desquelles fut proclamée la déplorable Constùulion civile du clergé , au nom desquelles le pontife romain fut persécuté y dépouillé , jeté dans les fers, et notre Eglise bouleversée de fond en comble (1) , ne sont guère propres à inspirer beaucoup de confiance aux catholiques. Cependant que quelques hommes, malgré ces tristes expériences, tiennent encore à ces maximes avec une sorte de sincérité , à toute force cela se conçoit. N'y a-t-il pas aussi des protestans sincères? A quelque degré que l'on proteste contre l'Eglise et contre son chef, il seroit donc téméraire d'assurer que l'on ne proteste pas sincèrement. On doit néanmoins avouer que les injures, l'emportement, les lâches délations, ne prouvent pas bien clairement cette bonne foi qui semble être, en quelques circonstances, une sorte d'excuse de l'erreur même.

Que si, du reste, des opinions regardées comme nationales à une époque encore récente , accréditées par un grand nom et protégées par la politique , étoient attaquées ouvertement dans un ouvrage consacré à la défense de toutes les doctrines catholiques ,

(1) Les vrais principes de l'Eglise gallicane. ÀYerlissement, troisième édil.

il seroit impossible qu'un pareil ouvrage n'éprouvât pas une vive opposition, et de la part des ennemis de l'Église catholique, et de la part de ceux qui, en lui demeurant d'ailleurs attachés, ne laissent pas de soutenir des sentimens qui ne sont pas les siens, et même qu'elle réprouve. On ne peut guère espérer de trouver cette candeur d'esprit qui cède d'abord à l'évidence du raisonnement humain, là où manque cette candeur de foi qui cède sans hésiter à l'autorité divine , avant même qu'elle en ait fait un devoir absolu.

Aussi nous attendions-nous, en publiant nos réflexions sur les rapports de la religion avec tordre politique et civil, à tout ce qui a suivi ,• nous n'ignorions pas qu'il faudroit rendre compte de cet écrit aux passions et aux préjugés. Les passions , comme il étoit naturel, ont parlé les premières, et l'on croiroit encore les entendre en écoutant les préjugés.

Il en devoit être ainsi , c'est l'ordre de la terre ; et jusqu'à la fin des siècles quiconque défendra l'Église de Dieu, toute sa doctrine et tout ses droits, aura la même destinée. Mais le chrétien ne se trouble pas de ces tempêtes, de ce bruit du temps qui gronde autour de l'édifice éternel ; il ne craint point , il ne doute point ,^il sait à qui la victoire restera.

Lorsque la Vérité vivante parut dans le monde qu'elle venoit sauver , elle eut à subir trois grandes épreuves , l'épreuve de la calomnie, l'épreuve de la. dérision , et l'épreuve de la violence. L'orgueil blessé chercha contre elle de tous côtés de faux témoignages ; les accusateurs accoururent , mais leurs dépositions ne

saccordoieni pas (1), dit l'historien sacré. Alors le prince des prêtres l'interroge au nom de Dieu : Qui êtes-vous? Elle dit ce qu'elle est, elle proclame la puissance qui lui a été donnée; et à l'instant un cri s'élève : « Elle a blasphémé ; qu'avons-nous encore » besoin de témoins? Vous venez d'entendre le blas- » phème : que vous en semble? » Tous conclurent qu'elle étoit digne de mort (2).

Bientôt s'ouvre une autre scène : on voit le pouvoir temporel environné de ses courtisans. La Vérité comparoît devant eux : les princes des prêtres et les Scribes persistent opiniâtrement à V accuser (3). On lui fait plusieurs questions, mais elle ne répond rien (4). Elle n inspire à cette assemblée que du mépris (5) ; ses ennemis même déclarent ({uelle nest plus dangereuse à force de paroître ridicule (6) : on la revêt d'une robe blanche , et en cet état on la livre à la populace.

Elle la traîne en présence du magistrat romain ; foible et non aveuglé, il résiste au crime qu'on lui demande. c( Qu'a-t-elle fait? Je ne trouve rien en » elle qui mérite la mort. Je vais donc la faire châtier, » et puis je la renverrai. Mais la multitude redouble » ses clameurs : Crucifiez-la ! qu'elle soit crucifiée (7) ! »

On sait le reste : une croix est plantée sur le Gol-

(1) Marc. XIV, 56.

(2) Id. XXVI, 66 et 66.

(3) Luc. XXIII, 10.

(4) IMd., 9.

(5) Ibid., 11.

(6) Voyez le Moniteur du 29 mai 182G.

(7) Luc. XXIII, 22, 23. Matlfi. XXVII, 23. Marc. \V, 14.

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golha ; les préjugés , les passions trioniphent. Cela se passoit la veille du jour où tous les peuples tombèrent au pied de cette croix et de la Vérité.

L'abbé F. de La Mennais.

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