‹ Joyzelle; piéce en cinq actesChapitre 19 sur 83 · SCÈNE PREMIERE JOYZELLE, puis LANCÉOR · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE JOYZELLE, puis LANCÉOR

JOYZELLK, entrant.

C'est le jardin que personne ne visite ; le soleil n'y vient plus, les pauvres Heurs sauvages aux-

quelles on fait la guerre parce qu'elles ne sont pas belles, y attendent la mort et les oiseaux s'y taisent. Yoici la violette qui n'a plus de parfum, la renoncule d'or, tremblanle et si chétive! et le coquelicot qui s'effeuille sans cesse... Voici la scabieiise qui demande un peu d'eau, l'euphorbe vénéneuse qui cache ses fleurs vertes, la campanule bleue qui agite en silence ses cloches inutiles... Je vous reconnais toutes, humbles et méprisées, si bonnes et si laides!... Vous pourriez ôtre belles; il n'y manque presque rien : un rayon de bonheur, une minute de grâce, un sourire plus hardi pour appeler l'abeille... Mais nul œil ne vous voit, nulle main ne vous sème, nulle main ne vous cueille; et je viens parmi vous pour être seule aussi... Que tout est morne ici!... L'herbe est déserte et sèche, les feuilles sont malades, les vieux arbres se meurent, et le printemps lui-même et la rosée de l'aube ont peur de s'attrister dans cette solitude...

(.Lancéôr parait derrière la porte à claire-voie.

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