SCENE PREMIERE
LANCÉOR, puis JOYZELLE (^On aperçoit Lancéor amaigri, voûté, vieilli, méconnaissable.)
LANCÉOR, devant un miroir.
Qui suis-je? En quelques heures j'ai vieilli de trente ans... Le poison fail son œuvre, et la douleur aussi... Je nie regarde avec effroi dans ce
miroir qui me renvoie les débris de moi-même... Pourtant, il ne ment pas. Allant à un autre miroir. Car en voici un autre qui dit les mômes choses... A moins qu'ils ne mentent tous; comme tout semble mentir et se jouer de moi dans l'Ile extraordinaire. 'Il se tùte le visage. Hélas! ils ont raison!,.. Ces rides que suit ma main, ce n'est pas leur cristal malveillant qui les forme... Elles sont bien dans ma chair ! ... El ces taches aiïreuses , qui ne s'effacent pas, je les sens sous mes doigts. . . Ces épaules qui se voûtent, ne se redressent plus ; mes cheveux sont éteints comme une cendre pâle que la flamme a quittée; mes yeux, même mes yeux se reconnaissent à peine... Ils s'ouvraient, ils riaient, ils saluaient la vie... Ils clignottent maintenant, et leurs regards nie fuient comme les regards d'un fourbe... Il ne me reste rien de tout ce que je fus; et ma mère passerait devant moi sans me voir... C'est fini... Tirant le
rideau dune haute fenfHre. Cachons-nous; et que la
grande nuit recouvre tout ceci!... il va s étendre dans un coin obscur de l'appartement. Je renonce, je consens... J'ai fait ce que l'amour ne peut point par-