ACTE V, SCEXE I
Mais je l'ai déjà dit le but de ces épreuves... Je n'ai été, en vous faisant souffrir, que l'instrument du sort et l'esclave indio;né d'une autre volonté dont j'ignore la source, et qui semble exiger que le moindre bonheur soit entouré de larmes... Je n'ai fait que hâter, pour hâter le bonheur, la venue de ces larmes qui étaient en suspens dans vos deux destinées... Vous saurez quelque jour grâce à quelle puissance, qui n'a rien de magique ni de surnaturel, mais qui se cache encore au fond des vies humaines, je commande par moments à certains phénomènes, à certaines apparences qui vous ont égarés. Vous apprendrez aussi que j'ai acquis le don, bien souvent inutile, de lire dans l'avenir, un peu plus clairement et un peu plus avant que le reste des hommes... Je vous avais donc vus, vous cherchant à tâtons, dans le temps et l'espace, pour un amour unique, le plus parfait peut-être que les deux ou trois siècles parcourus par mes yeux recelassent dans leur ombre... Vous auriez pu vous joindre après beaucoup d'erreurs; mais il fallait hâter la rencontre attendue, à cause de
toi, mon fils, que la mort réclamait au défaut de l'amour... Et d'un autre côté, rien ne marquait Joyzelle pour l'amour espéré, si ce n'est quelques traits épars et incertains et les épreuves mêmes qu'elle devait surmonter. J'ai donc précipité les épreuves prescrites; toutes étaient pénibles mais nécessaires; la dernière sera décisive et plus grave...
LANCÉOR
Grave?... Que voulez-vous dire?... Elle n'est pas dangereuse pour Joyzelle ou pour d'autres?...
MERLIN
Elle n'est pas dangereuse pour Joyzelle, mais elle met en péril, une dernière fois, l'amour prédestiné auquel se lie ta vie... C'est pourquoi malgré tout, malgré ma confiance, malgré mes prévisions, ma certilude même, j'ai peur, je tremble un peu à l'approche de Theuro qui sera décisive...