‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 11 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

impériale de Vera-Cruz à Mexico d'après ce système; mais Sa Majesté comptait sans ses ministres. Au mois de juillet, Sa Majesté écrivait au cabinet... « L'idée d'Aubry, d'établir des chemins de fer américains à la place des routes ordinaires, me plaît beaucoup. Préparez les mesures nécessaires pour mettre Aubry dans la possibilité d'exécuter ses desseins. Les ordres, communications et décrets nécessaires se prépareront au cabinet pour qu'Aubry puisse prendre la direction du chemin de Vera-Cruz. Vous vous entendrez avec lui sur la formation d'un régiment d'ouvriers et de travailleurs et me ferez ensuite les propositions relatives. — Maximilien. »

— Notes du cabinet... « J'ai déjà signalé à Votre Majesté l'opposition générale qui s'élève contre tous les projets utiles. M. Aubry, qui vient au cabinet..., voulait précisément signaler les impossibilités qu'on lui crée chaque jour... M. le ministre des finances est de l'avis de M. Lezama — conseiller de cabinet— relativement au crédit à ouvrir pour l'arsenal. Si le décret du 26 janvier doit être une lettre morte, si on ne veut pas d'arsenal, si on ne veut pas de chemins de fer traînés par des mules, c'est parfait. Mais si l'on veut obtenir des résultats, il faut accorder les moyens; un arsenal est indispensable pour les besoins de l'armée et pour les travaux publics; le crédit de 50,000 piastres est une première demande; ce n'est pas avec cela qu'on peut fonder un arsenal. Le budget se fera et montrera que la dépense doit être beaucoup plus forte.

' « Le ministre des travaux publics n'a rien à voir dans une dépense concernant un arsenal qui dépend de la guerre et viendra subsidiairement en aide aux travaux publics qui ne se font pasi II y a déjà bien du temps de perdu, avec l'éternel manana — demain; — la limite du 1 er mai fixée pour l'ouverture du chemin de fer américain est déjà devenue impossible. Le mauvais vouloir, l'ignorance et la routine qui luttent contre les entreprises de progrès espèrent, par la force d'inertie, enterrer tous les projets qu'ils ne peuvent concevoir. » — Pas de date.

SFXONP EMPIRE.

— « Mexico, 3 août 1865. — Je suis très satisfait que Santiago Mendez — directeur des travaux publics, — et Aubry soient d'accord sur l'intéressante question des chemins... Le ministre des travaux publics devra, malheureusement, avoir quelque influence dans cette affaire, mais il serait bon de la limiter à l'absolue nécessité des convenances. — Maximilien. » N'est-il pas étrange de voir un empereur demander qu'on diminue l'influence de ses ministres? Mais, jusque dans les plus petites choses, les lettres de Leurs Majestés nous révèlent une situation vraiment bizarre autant qu'insoutenable et pourtant acceptée.

— « Chapultepec, 7 août 1865. —Aujourd'hui, comme toujours, il arrive que les ministres m'envoient tant de choses inutiles ou d'une solution facile et qui me font perdre une grande partie de mon temps... Faites-moi traduire le projet d'Aubry, envoyez-le-moi demain, en duplicata, pour ma signature, afin de ne pas perdre de temps. Préparez également celui qui est relatif au couvent de San-Fernando où à tout autre local destiné aux arsenaux... — Maximilien. »

Au mois d'octobre, rien encore n'était fait. Le projet concernant les arsenaux fut finalement enterré par l'inertie des ministres et la tolérance de l'empereur; quant au chemin de fer américain qui devait aller de Vera-Cruz à Puebla, en passant par Jalapa, Sa Majesté le voulait absolument et son exécution fut concédée à l'industrie privée. M. Aubry s'étant retiré, en présence du parti pris des ministres de la faire manquer.

« Alcazar de Chapultepec, 15 octobre 1863. — En réponse à votre lettre du 13, relative à l'affaire Aubry, je répondrai en vous disant que je me décide avec beaucoup de calme et avec assez de difficulté dans les questions importantes, mais une fois décidé, je ne recule jamais, et plus je rencontre d'obstacles, plus la lutte me plaît; j'agirai de la sorte avec le chemin de Jalapa. J'accepte la renonciation d'Aubry, qui ne me surprend pas; vous arrangerez immédiatement toute cette affaire avec Santiago Mendez; on peut allonger le

délai, mais que, sans perdre un seul jour, Mendez fasse ses propositions et me les apporte lui-même... — Maximilien. »

Une autre entreprise de route, demandée par un ingénieur mexicain, échoua grâce à la mauvaise volonté des ministres, après la mort de M. Langlais. L'empereur en parla dans une lettre qui mérite d'être citée à plusieurs titres :

« Palais de Mexico, 22 novembre 1865. — Je vous envoie une lettre du sous-secrétaire d'État aux finances et une pétition de D. Gajetano Rubio. Vous parlerez avec lui et M. Langlais, disant à ce dernier que Rubio est revenu me parler du chemin de Queretaroà Tampico, que cette affaire me paraît très importante, d'autant plus que M. Rubio se déclare disposé à demander au gouvernement seulement vingt mille piastres, et non les cinquante mille qu'il demandait dans sa première pétition, et que cette somme serait l'acquit d'une réclamation de plus de soixante mille piastres que ledit monsieur avait contre le gouvernement. Avec les vingt mille piastres qu'il demande et sa propre bourse, ledit chemin sera terminé dans une seule année, mais avec la condition qu'on donnerait à Rubjo la direction des travaux, parce qu'il se plaint beaucoup de la mauvaise direction du ministère des travaux publics.

« ... N'oubliez pas d'envoyer à M. Langlais la loi sur les forêts que M. Eloin avait, d'une manière incroyable , enfermée dans son bureau ; et si la santé de M. Langlais ne lui permet pas de s'occuper de cette affaire, ayez la bonté de dé- \ signer un de ses employés auquel on pourrait confier la révision de ce travail... — Maximilien. »

Malheureusement, la mort de M. Langlais devait anéantir toute espérance de voir régulariser le budget de l'empire et réaliser les entreprises industrielles et financières qui pouvaient mettre un peu d'or dans les coffres de l'État. Dans ses lettres de 1866, on voit que Maximilien I er regrettait sincèrement ce fonctionnaire. Je trouve dans sa correspondance le brouillon d'une lettre adressée à l'empereur Napoléon, datée

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probablement du mois de novembre 1865, et que je dois publier à cause de l'intérêt qui s'y rattache.

« Monsieur mon frère. — La réputation qui précédait M. Langlais me faisait désirer vivement l'arrivée de cet homme d'État; j'ai pu me convaincre, en le voyant de près, combien ses capacités et son expérience doivent être utiles à mon gouvernement; aussi je ne saurais trop remercier Votre Majesté du choix qu'elle a fait en cette circonstance et du nouveau service qu'elle m'a rendu. Malheureusement M. Langlais se trouve assez gravement malade depuis trois semaines et ce fâcheux contre-temps nous prive pour quelques jours encore d'un concours précieux.

. « Afin d'éclairer complètement Votre Majesté sur la situation financière du pays, je lui adresse deux rapports traitant cette question : le premier a été établi par M. Castilto, actuellement ministre des affaires étrangères et qui a dirigé les finances, comme secrétaire de Hacienda, du temps de la régence d'abord, et ensuite pendant mon gouvernement jusqu'à l'arrivée de M. Bonnefonds. Le second est l'œuvre de M. César, secrétaire actuel de l'Hacienda. J'ai fait remettre ces rapports à M. Langlais avec tous les documents concernant la question, afin qu'il puisse acquérir toute la lumière désirable sur la situation des finances dans les derniers temps et dans le moment actuel.

« Les lois, décrets et règlements, qui forment l'organisation provisoire de l'empire, sont maintenant réunis et forment un code facile à consulter, je vous transmets les cinq premiers volumes qui seront très prochainement suivis de deux autres dont la reliure n'est pas terminée. Je vous prie d'accueillir ces travaux avec indulgence — de ne voir dans ces travaux qu'un premier plan; — j'ai bâti la charpente générale de l'édifice ; le temps et l'expérience m'amèneront sans nul doute à apporter de nombreux perfectionnements, mais il me fallait avant tout une base qui me fournît un point d'appui pour gouverner avec énergie et décision.

« En priant Votre Majesté de présenter — déposer — mes

hommages aux pieds de l'impératrice, je lui renouvelle avec plaisir les assurances de la haute estime et de l'inviolable amitié avec lesquelles je suis, monsieur mon frère, de Votre Majesté impériale, le bon frère. — M. »

L'empereur trouva dans l'organisation de la justice autant de difficultés qu'il en avait trouvé pour améliorer ses finances. Quelques-unes de ces lettres sur ce sujet donnent des détails utiles pour l'histoire.

« Chapultepec, 22 juillet 1865. — Je vous envoie cijoint une copie de l'organisation des tribunaux comme elle a été envoyée hier par le ministre de la justice au conseil d'État... Les propositions ne me paraissent pas très libérales, mais le ministre dit que pour le moment on ne pouvait pas faire plus, que le système adopté pour la capitale et la vallée de Mexico n'est qu'un essai et que tout dépend du choix des hommes qui va être fait maintenant. — Maximilien. »

— « Hacienda de Reyes, 15 avril 1865. — La complète et bonne administration de la justice se fait chaque jour sentir plus urgente, et tous les partis se plaignent du mauvais état qu'elle conserve. Vous aurez la bonté de parler avec B. pour voir où en est son travail; une fois terminé il sera nécessaire de le traduire en castillan, le plus brièvement possible ; mais avec cela le vrai travail ne sera pas conclu, il faudra préparer au plus tôt une liste très scrupuleuse des nouveaux juges qui devront être nommés. Je comprends parfaitement bien combien il sera difficile de faire cette liste, mais sans elle, la bonne organisation judiciaire ne pourra pas marcher. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes lois, il faut aussi avoir des personnes pour les exécuter. Vous connaissez déjà tant de monde dans notre pays que vous pourrez préparer d'accord avec B. et sous toute réserve cette liste.

« Il faudra pareillement surprendre par ces travaux la paresse de mon ministère. Voilà quatorze mois que je demande à mes ministres ces travaux d'une nécessité si ur-

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gente, et je ne reçois que des promesses, jamais des faits. — Maximilien. »

— «Pachuca,29 août 1865.— rai lu avec beaucoup d'intérêt votre lettre du 27 courant. Ce que vous me dites du travail de B. est très positif; mais d'un autre côté il n'y a pas de temps à perdre, parce que cette affaire pèse sur ma conscience comme du plomb. Je ne sais si M. Langlais sera en état de juger dès à présent de telles affaires; il faut qu'il connaisse bien le pays, la nation et ses particularités. Vous voyez combien il y a de difficultés pour former une liste. Ce fait, comme dans toutes les autres choses de ce pays, est une grande et triste excuse pour les gouvernants, mais cela ne doit pas nous faire perdre courage; si nous n'avons pas des spécialités, au moins nous aurons des médiocrités et non pas des canailles — sic — comme à présent.

« Dans ce pays il faut marcher lentement, mais ne jamais s'arrêter. Prenez de nouveaux renseignements sur Luis Mendez et vous m'en ferez part.

« Mon voyage a été très heureux jusqu'à présent, et j'espère qu'il ne manquera pas d'utilité. Partout je vois les mêmes faits : une population excellente, très résignée, mais une horrible justice, le manque de gardes rurales, la plaie des guérilleros et les voleurs. — Maximilien. »

— « Alcazar de Chapultepec, 6 septembre 1865. — Ce que vous me dites de votre conversation avec Luis Mendez m'a beaucoup intéressé. Préparez conjointement avec lui les ordres pour réaliser les idées émises dans votre lettre, de la sorte nous gagnerons du temps et donnerons aussi du travail à bien des gens oisifs. Quant à Luis Mendez, j'ai déjà parlé de sa nomination comme sous-secrétaire d'État à la justice, avec Ramirez comme chef du ministère.

« Il serait très utile pour moi, si je pouvais avoir, avant de nommer Mendez, une espèce de confession sur ses idées judiciaires, parce que s'il n'a pas à ce sujet des idées vraiment libérales, comme par exemple Lares les a, nous ferons de nouveau une mauvaise affaire. Le changement dans la

partie judiciaire doit être radical, dans les principes comme dans les personnes; je ne crois qu'il y ait aucun inconvénient à prier ce monsieur de nous faire par écrit cette confession. Nous connaîtrons ainsi l'homme et ses principes, et nous aurons dans nos archives secrètes un document utile. — Maximilien. »

Voici la lettre à laquelle l'empereur fait allusion :

— « Mexico, 5 septembre 1865. — Sire. — J'ai vu aujourd'hui M. Luis Mendez que j'avais prié de venir au cabinet, pour avoir divers renseignements sur quelques questions de justice, dont je savais qu'il avait connaissance. Toute loi sur l'organisation de la justice doit être une lettre morte, ôi elle ne s'appuie pas sur un code civil, un code' pénal, un code de procédure civile et un code de procédure criminelle. Or, d'après ce que m'a dit M. Mendez, le travail sur le code civil est terminé ; une copie en a été remise à Votre Majesté. Il reste à en faire la révision, et la commission qui doit y procéder attend des ordres; elle peut commencer demain, et alors, avec un travail de deux heures par jour, elle peut avoir fini en deux mois. Le code de procédure civile n'existe pas, c'est un travail à faire qui pourrait être exécuté par la commission chargée de préparer le code civil. Quant au code pénal et au code d'instruction criminelle, ni l'un ni l'autre ne sont commencés, l'on pourrait charger de leur rédaction le conseil d'État qui a dans son sein beaucoup d'avocats.

« ... M. B... travaille avec la plus grande activité au décret d'organisation ; mais, comme je l'ai déjà dit à Votre Majesté, les codes en sont un complément indispensable.

« D'après ce qui m'a été dit, M. Lares est encore l'homme qui paraît avoir les idées les plus saines sur cette organisation judiciaire, il aurait même avoué que les projets présentés par le ministre et le conseil d'État avaient uniquement pour but de donner une satisfaction apparente à Votre Majesté sur cette question et de ramener forcément à la déplorable organisation actuelle , en créant toutes sortes de difficultés pour l'application de la nouvelle... Après avoir

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causé longuement avec M. Luis Mendez, je crois que c'est encore lui qui pourrait faire le meilleur sous-secrétaire d'État de la justice. »

Le 28 septembre, l'empereur écrivait de Chapultepec à ce ^ sujet : — « Je désire que vous me prépariez avec Luis Mendez, les ordres nécessaires au ministre de la justice, et au conseil d'État, pour la rédaction du code, et vous les soumettrez à ma signature. — Maximilien. »

« Mexico, 18 octobre 1865.— Vous avertirez en mon nom, l'auditeur M. Luis Mendez, que la semaine prochaine je présiderai le conseil des ministres et le conseil d'État réunis, pour discuter le nouveau plan de justice. Le ministre lira, aux deux conseils, un extrait succint contenant les principes généraux de son nouveau système. J'appellerai Luis Mendez à cette session, avec le droit de voter, il devra défendre nos idées modernes qu'il a si bien comprises; Lares sera prêt à l'aider.

« Il est très probable que nous resterons en grande minorité, mais cela ne me décourage pas pour l'avenir, et je désire que l'on enregistre dans le procès-verbal du conseil, mes idées exprimées par Mendez.

« Je l'avertirai aujourd'hui même pour qu'il puisse se préparer avec Lares qui est parfaitement disposé à nous soutenir dans cette délicate affaire. Ayant journellement deux sessions privées et n'ayant pas le temps matériel pour manger et dormir, je ne puis accorder l'audience demandée...

— Maximilien. »

— « Palais de Mexico, 15 décembre 1865. — Ayez la bonté de dire à Luis Mendez que le moment est arrivé où il est nécessaire d'avoir la liste urgente des juges et des personnes qui doivent occuper les nouveaux postes — de juges...

— Maximilien. »

Au lieu de se donner autant de mal, pendant tant de mois pour arriver à rédiger des décrets qui ne devaient pas être exécutés, il eût été plus simple de choisir des ministres qui auraient secondé le gouvernement impérial dans ses idées

libérales et progressistes; l'empereur aurait bien dû s'apercevoir qu'il ne fallait point chercher le vrai progrès et le libéralisme parmi les libéraux mexicains; mais il voulait, disait-il, « leur prouver qu'ils n'étaient bons à rien. » Malheureusement, ces essais sont dangereux; il n'est pas prudent de les faire quand on est solidement assis sur un trône; quand il s'agit de fonder ce trône, prendre des républicains, des ennemis politiques pour les consolider, c'est de la déraison. Les ministres s'opposaient à l'exécution des idées humanitaires de l'Empereur, avec une aussi constante perfidie qu'ils empêchaient la réorganisation des finances et de la justice. Leurs Majestés aimaient beaucoup les Indiens dans lesquels ils voyaient une classe intéressante, opprimée, constituant l'immense majorité de la population et les anciens propriétaires du territoire mexicain. L'empereur avait même voulu que Chimalpopoca, descendant d'un souverain aztèque, vînt àJIiramar lui donner des leçons de la langue parlée par Moctezuma, et ce ne fut que sur la remarque qu'on lui fit, qu'il trouverait rarement l'occasion de parler cette langue, qu'il renonça à son projet. Si sa sympathie pour les Indiens ne se manifesta officiellement que vers la fin de 1865, ce n'est point par ingratitude, comme le prétend M. de Keratry qui n'a su de cette question que ce qu'en disaient les journaux, mais à cause des difficultés qu'il rencontrait dans ses conseils pour exécuter ses bonnes intentions. Dans toute la correspondance de Leurs Majestés on trouve des preuves de leur affectueuse sollicitude pour cette classe honnête et laborieuse, tant mutilée par les révolutions, tant dégradée par le régime républicain. Voici des extraits de quelques-unes de ces lettres :

« Jalapa, 25 mai 1865... — Je viens d'arriver à Jalapa. Nous avons heureusement traversé le chemin bien difficile et dangereux, mais superbe, de Uuatusco et Mirador; cependant j'étais bien tourmenté d'une assez forte dyssenterie que j'ai attrapée à Orizaba à la suite d'un bain froid. Tout mon monde souffre de la même indisposition.

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a J'ai reçu votre lettre. Ce qui a rapport à l'église de Monoalco, me paraît grave; c'est un sanctuaire d'Indiens, — froisser cette race dans ce moment, en matière religieuse est dangereux, puisque de cette manière on met les armes aux mains des agitateurs; il me paraît nécessaire de trouver d'autres localités moins connues et vénérées. — Maximilien. »

Il s'agissait de prendre une chapelle indienne pour en faire une poudrière ou un dépôt d'armes. L'empereur empêcha la conversion de cette chapelle en un magasin d'utilité publique. Ce n'était pas seulement des sympathies platoniques qu'il avait pour les Indiens, il voulut les affranchir et ce projet lui suscita l'opposition d'une foule de propriétaires républicains et conservateurs. Sa Majesté avait institué une commission pour aviseraux moyens d'affranchir les Indiens; ses ministres, pour faire avorter les projets de Sa Majesté résolurent d'introduire des membres opposants dans cette commission. Le 12 juin l'empereur écrivait, à ce sujet, de Puebla. — « Je vous prie de prendre des informations sur les trois personnes que Siliceo — ministre de l'intérieur — propose pour le « conseil des classes nécessiteuses. » Vous savez les idées qui m'ont guidé en organisant cette commission, il faudrait donc savoir si ces messieurs répondent à mes vues, surtout en ce qui concerne la classe indigène. — Maximilien. »

— Palais de Mexico, 17 août 1865. — Je vous envoie sous toute réserve un projet de loi qui me paraît remarquable et qui m'a été remis hier par le « comité des classes nécessiteuses. » Ce projet me semble très libéral, juste et nécessaire; la députation envoyée par le comité m'a dit que le ministre de l'intérieur est entièrement contre ce projet, l'appelant dangereux, et disant qu'il pourrait occasionner quelques soulèvements de la part des Indiens et des guerres de castes. Ces objections me paraissent ridicules; si les Indiens qui, jusqu'à présent, ont été enlevés de leurs maisons, arrachés par force de leurs familles, pour servir dans l'armée

nationale, n'ont jamais tiré vengeance de leurs oppresseurs et de leurs tyrans, ils le feront encore moins à cause de cette mesure. D'autre part, nous voyons un exemple en Russie qui a eu le courage de donner la liberté aux serfs, malgré toutes les prophéties de calamités et de révolutions, et qui atteint son but sans danger pour le gouvernement. Enfin, si par hasard il y avait quelques mouvements partiels, ils ne seraient pas dangereux et ne causeraient pas de crainte ni le droit de faire tyranniser sept millions d'Indiens par un million de blancs.

« Ayez la bonté d'examiner au plus tôt cet intéressant travail avec B... Vous me direz ensuite si la loi peut être admise, s'il y a quelque chose à changer ou si elle doit être réellement suspendue pour le moment, comme le dit le ministre de l'intérieur.

« La question est intéressante et l'on peut dire : d'actualité, à cause de la position menaçante de nos grands voisins et la nécessité probable d'être mal avec Rome pendant quelques années.

« Une fois que la loi sera approuvée il faudra la faire traduire secrètement dans quelques-uns des idiomes les plus répandus dans le pays, et avoir prêts des agents fidèles qui pourraient en inonder les points les plus importants du territoire. — Maximilien. »

La situation de ces Indiens est, en effet, des plus douloureuses. Ceux des villes et des villages sont malheureux et pauvres pour la plupart, mais ils jouissent de leur liberté; ceux des hacienda sont de vrais esclaves, et généralement traités comme les nègres des États-Unis. Leurs maîtres et surtout les majordomes les rançonnent et les malmènent d'une manière indigne. Je ne parle pas des coups de verge qu'ils reçoivent parfois jusqu'à faire couler le sang, ni des autres châtiments corporels infligés sans contrôle, parfois injustement, ni des familles mourant de faim et conduites au travail sous le fouet du majordome, ni des hommes chargés de chaînes allant mourir d'épuisement au soleil sous

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l'œil de Dieu ; mais je fais allusion aux spéculations du maître — l'haciendado — sur la nourriture de ces pauvres gens et sur les haillons qui les couvrent à moitié.

L'haciendado oblige les Indiens à lui acheter leurs aliments et les objets de première nécessité; le prix est ordinairement très élevé, de sorte que le prix du travail étant insuffisant pour subvenir à l'entretien de sa famille, l'Indien s'endette de jour en jour. Ses dettes s'augmentent encore par le casuel du clergé mexicain. Les baptêmes, mariages, messes et les nombreuses fêtes que les Indiens ont l'habitude de célébrer, leur coûtent fort cher. L'haciendado paie son chapelain très modestement, quelquefois pas assez pour vivre ; il n'exige pas la gratuité de son ministère parce que les dettes de l'Indien garantissent la continuité du travail ; le chapelain de son côté, soit par nécessité, soit pour se créer un bien-être convenable, se fait payer chèrement son ministère, de sorte qu'à part quelques exceptions, on voit peu de chefs de famille liquider leur situation annuelle par un bénéfice. Beaucoup doivent en moyenne à leur maître une somme de cinq cents francs ; il y a des haciendas qui ont jusqu'à cent mille francs de créances sur leurs peones ou travailleurs. C'est pour mettre un terme à ces créances honteuses, pour diminuer les heures de travail, augmenter le salaire et donner en un mot, aux Indiens, les moyens de reconquérir leur liberté que l'empereur avait réuni un comité qui devait faire rédiger un projet de loi pour préparer l'émancipation des Indiens.

« Mexico, 23 août 1865... — J'ai remis à l'impératrice... le travail du comité protecteur des classes nécessiteuses. L'impératrice fera tout préparer, et si elle voit qu'il y ait possibilité de le faire passer heureusement par le conseil des ministres, elle le fera et l'enverra pour ma signature, de manière que les ministres ne puissent pas étouffer l'esprit libéral de cette affaire si importante et si transcendante pour l'avenir de sept millions de Mexicains, c'est à dire l'immense majorité du pays. — Maximilien. »

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L'empereur devant faire un petit voyage, ce fut l'impératrice qui resta chargée de terminer cette affaire et d'enlever l'assentiment des ministres qui s'opposaient à sa conclusion. Mais l'impératrice était moins patiente que l'empereur et présidait les conseils d'une manière toute différente que le souverain. Au lieu de soumettre son jugement à la discussion des ministres et de s'en aller à la fin de la séance avec tous ses projets renvoyés aux calendes grecques, elle arrivait munie de tous les documents au moyen desquels elle avait étudié la question de la manière la plus approfondie, la plus minutieuse et déjà élucidée par des hommes compétents, puis elle disait aux ministres : — « Messieurs, voici la question, après un sérieux examen, je crois qu'elle doit être résolue dans ce sens; qu'en dites-vous? » Les ministres étonnés, convaincus ou par politesse répondaient : oui. Alors l'impératrice répondait : — « La loi étant acceptée, elle sera envoyée au Diario officiel ce soir et exécutée demain. » Telle était à peu près la manière dont l'impératrice présidait le conseil des ministres; aussi, les affaires marchaient vite, quand elle gouvernait comme régente et quittait-elle rarement le conseil des ministres avec un projet rejeté. Celui concernant les Indiens était donc entre bonnes mains. En sortant du conseil où cette question venait d'être résolue l'impératrice écrivit la lettre suivante qui ne manque pas d'un certain décousu.

« Mexico, 31 août 1865. — Je viens de remporter le triomphe le plus complet sur toute la ligne; tous mes projets ont passé; celui des Indiens, après avoir excité un frémissement au moment de la présentation, a été accepté avec une sorte d'enthousiasme. Il n'y a eu qu'un seul avis contraire. Forte de ce succès, je leur ai développé des théories \ sociales sur la cause des révolutions au Mexique, qui a procédé des minorités turbulentes , s'appuyant sur une grande masse inerte, sur la nécessité de rendre à l'humanité des millions d'hommes, quand on appelle de si loin la colonisation, et de faire cesser une plaie à laquelle l'indé-

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pendance n'avait porté qu'un remède inefficace, puisque citoyens de fait, les Indiens étaient pourtant restés dans une abjection désastreuse. Tout cela a pris — sic — à mon grand étonnement, et je commence à croire que c'est un fait historique... — Ch. »

Ce fut dans cette même séance que l'impératrice fit accepter le décret sur les poids et mesures, dont j'ai déjà parlé; ces triomphes lui étaient très agréables, mais elle dut s'apercevoir bientôt qu'il y avait loin, au Mexique, entre l'approbabation ministérielle d'un décret et son exécution.

Lors de l'arrivée de l'empereur à Mexico, la régénération du Mexique était moins dans l'accord des partis politiques et la pacification matérielle du pays que dans le choix des fonctionnaires civils et militaires, dans la création des routes pour faciliter le commerce, et dans la colonisation qui devait amener un peuple de travailleurs honnêtes et laborieux qui auraient su défendre leurs champs et leur industrie. L'immigration était nécessaire, non seulement pour développer les ressources du Mexique, mais encore pour peupler ses déserts, introduire l'émulation, l'exemple du travail et le croisement des races. Lors même qu'il aurait le meilleur des gouvernements et qu'il jouirait de la tranquillité la plus parfaite, il ne saurait devenir un pays riche sans l'immigration américaine ou allemande, puisqu'il ne consomme pas. Cette question est tellement vitale que le gouvernement impérial aurait dû la résoudre, sinon à Miramar, au moins pendant la guerre des États-Unis.

Au mois de janvier 1865, je fis à ce sujet une proposition à M. Éloin, qui me répondit : « Nous ne voulons pas de l'immigration, car nous n'avons pas un pouce de terrain à lui donner. » Effectivement, on l'entravait de la manière la plus formelle, et lorsque l'empereur voulut réparer cette faute, en passant par dessus les préjugés et l'hostilité de ses conseillers, les décrets arrivèrent trop tard, l'occasion d'avoir peut-être cent mille familles américaines du sud était perdue. Il en est des gouvernements comme des individus; s'ils

n'ouvrent pas immédiatement la porte, lorsque la fortune y frappe, elle s'en va, et ne revient pas.

Sous la domination mexicaine, la Californie était un désert comme le sont les trois cinquièmes du territoire mexicain. En dix ans, avec leur système de colonisation, les Américains en ont fait un des pays les plus riches et les plus commerçants du globe. Après l'exploitation brutale du sol, ils ont introduit le respect de la propriété, des lois , la justice. Une pareille transformation étaitbien plus facile au Mexique, pays neuf, il est vrai, mais n'ayant pas les inconvénients des terres inconnues, ayant une population docile, patiente, facile à gouverner, des villes, quelques routes, et surtout une grande lassitude des révolutions et du self-govemment. On aurait dû dire aux émigrants des États-Unis et de l'Allema- \ gne : « Venez au Mexique, vous planterez votre tente sur le premier terrain inculte qui vous conviendra ; au bout de cinq années de travail, on vous donnera des titres de propriété pour tous les terrains que vous aurez cultivés. » En décrétant celte manière d'exploiter le Mexique , on enrichissait tous ses habitants. En voici une preuve :

Un terrain qui ne produit pas, ne profite ni à son propriétaire, ni à la commune, ni à l'État. Un terrain cultivé profite à tous. Après l'indépendance du Texas, le gouvernement américain donna à tous les colons qui se trouvaient au Texas avant 1847, sept cent quarante acres de terre aux chefs de famille, aux ministres de religion et aux maîtres d'école. Les habitants, qui n'appartenaient pas à ces trois catégories, n'avaient que la moitié de cette concession. La moyenne de ces terres valaient 3 fr. l'acre. Les colons qui ne pouvaient les cultiver , pour une raison ou pour une autre, donnèrent gratuitement la moitié de leur concession à quiconque s'engageait à construire une cabane sur ce terrain rétrocédé et à le cultiver dans un an. Le résultat de ce don fut que les propriétés non cultivées, mitoyennes aux terrains cultivés, augmentèrent de valeur, et se vendaient au prix de 15 et 20 fr. l'acre : bénéfice net, 9 à 14 fr. par acre< Les Mexicains intel-

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ligents ont si bien compris l'importance de ce fait, que plusieurs d'entre eux ont offert aux colons qui voudraient s'établir chez eux des terres, des bestiaux, des instruments et même un logement provisoire, soit gratuitement, soit à des prix très bas et remboursables à longues échéances.

L'objection de M. Eloin contre l'immigration me parut d'autant plus absurde qu'il n'était nullement besoin de recourir à l'arbitraire pour donner des terrains aux colons étrangers, quoique, lorsqu'un pays soulfre d'un mal exceptionnel, il est permis d'employer des remèdes exceptionnels pour le sauver. Les deux tiers des propriétaires ruraux, au Mexique, n'ont aucun titre légal pour justifier la légitimité de leur possession. Presque tous ont profité des révolutions et de leur position pour prendre à l'État ou aux Indiens des terrains sur lesquels ils n'avaient aucun droit; on en voit aujourd'hui qui, par ces moyens, ont acquis de 500 à 1,200 lieues de terrain. L'axiome, qui déclare l'État mineur, n'admet pas de prescription contre lui ; en obligeant ces propriétaires à restituer ce qui ne leur appartenait pas, on développait la moralité dans l'acquisition de la propriété. Le gouvernement devait donc décréter : 1° que toutes les propriétés, dont, avant un an, on n'aurait pas justifié la légitime possession, deviendraient propriété de l'Etat; 2° que toute . propriété non cultivée seraitsoumiseà unetaxc de ... par lieue carrée. A la suite de ces deux décrets, l'État aurait eu plus de 60,000 lieues de terres à donner aux colons étrangers ou nationaux.

Un de mes anciens amis de Brownsville, le général confédéré Slaughter, apprenant la défaite de son parti et l'emprisonnement de Jeiïerson Davis, se disposait à passer, au mois de juin, au Mexique avec toute son armée. Le 29 mai, le maréchal Bazaine écrivit à l'empereur une longue lettre dans laquelle il lui disait : «Le droit international autorise parfaitement l'asile donné à une armée battue dans ces conditions. Après le désarmement préalable du corps d'armée sudiste, ne serait-il pas possible de former entre Monterey m. 17

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et Saltillo, et sur les terrains qui appartiennent à l'État dans ces contrées, ou môme sur ceux de M. SanchezNavarro, des groupes coloniaux qui formeraient ainsi un premier obstacle aux envahissements des flibustiers... « C'était une excellente occasion d'avoir de suite 25,000 colons, bons agriculteurs, endurcis aux fatigues, aux privations et qui n'auraient permis à aucun ennemi de l'intérieur ou de l'extérieur de venir troubler le district dans lequel ils se seraient établis. L'empereur ne sut pas profiter de cette occasion. Voici ce qu'il écrivit à ce sujet.

« Perote, 3 juin 1865. — Pendant mon indisposition à Jalapa je me suis occupé plus que jamais des affaires de l'Amérique, et j'ai formé un plan de campagne politique complet que je commencerai a réaliser a Puebla, où j'arrive le 6, et qui va être continué à Mexico avec autant de zèle que la situation l'exige.

« Concernant les troupes de Slaugliter, l'idée du maréchal est la mienne. On ne peut pas défendre à celte armée, après l'avoir désarmée, de passer la frontière pour chercher un asile chez nous. Les terrains où l'on pourrait les établir seraient fixés plus tard. C'est probablement dans les contrées de Jalapa qu'on les inviterait à venir pour cultiver le coton. Aux frontières du nord ces gens seraient toujours une difficulté. Mais avant d'agir dans ce sens il faudra faire des démarches amicales vis-à-vis de Washington, ce qui se fera probablement en peu de jours. — Maximilien. »

.Au lieu de se faire des amis de ces 25,000 confédérés, on les mécontenta par des hésitations et des mesures mala-» droites. Loin d'agir avec toute la promptitude qu'exigeaient les circonstances on songeait à négocier. Quand une maison brûle, il est plus naturel de courir immédiatement aux pompes que de méditer longuement sur les causes de l'incendie et les moyens de l'éteindre. Malheureusement pour le Mexique, le gouvernement impérial, toujours disposé à méditer, à négocier, songeait rarement à prendre des décisions opportunes et promptes. L'empereur envoya M. Ar-

royo aux États-Unis pour attirer à l'empire les sympathies du gouvernement américain. Le moment ne pouvait être plus mal choisi.

Le 9 juin, un des personnages les plus importants du parti confédéré et d'une réputation universelle, que je ne dois nommer, écrivait la lettre suivante qui fut remise à l'empereur, et décida Sa Majesté à s'occuper activement de l'immigration américaine.

« Mexico, 9 juin 1865. — Notre cause honorable est arrivée à une fin ignoble; mes nobles et courageux compatriotes baissent la tête avec humiliation. Tous ceux qui le pourront s'expatrieront. Nous en avons assez avec les républiques; nous aimons plus le Mexique que toutes les autres contrées, à cause de sa proximité, et par conséquent la facilité d'y parvenir avec nos femmes et nos enfants... parce que le Mexique sort de ces scènes de commotion civile et d'anarchie dans lesquelles les États-Unis vont entrer; enfin, parce que le doux climat, le terrain fertile et la place abondante parmi les terres inoccupées, offrent à nous et à nos enfants un avenir heureux. Notre intention, si nous venons ici, est de nous identifier avec le pays, de faire ce que des sujets loyaux et dévoués doivent faire pour établir l'empire, de nous dévouer à sa grandeur future, sa gloire et ses destinées,-aussi complètement que nous l'avons fait avec notre propre patrie qui, maintenant est déchirée et foulée aux pieds de ses conquérants.

« Il y a dans la Virginie et le sud environ 200,000 familles, dont les chefs sont des hommes d'une grande influence, très intelligents et de beaucoup de fortune. Ils étaient planteurs et fermiers, et tous les nègres engagés pour cultiver la terre leur appartenaient. Ces 200,000 familles ont dirigé toutes leurs forces industrielles dans" le sud. Sous leur administration et avec les travaux qu'ils commandaient ils ont changé les déserts du sud en jardins; ils ont fait de cette partie du territoire une contrée prospère, grande, heureuse, et après avoir prélevé pour eux et leurs subordonnés ce

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dont ils avaient besoin, ils distribuaient le surplus de leurs produits au monde entier pour la somme annuelle d'un milliard cinquante millions de francs...

« Il est au pouvoir de l'empereur Maximilien de transporter au Mexique ces familles avec leurs esclaves affranchis, de les convertir immédiatement en de loyaux sujets, et par leur concours établir fermement et subitement l'empire. C'est pour cela que je suis ici.

« Si l'empire était parsemé d'établissements d'une douzaine de ces familles chacun, ils relèveraient l'agriculture industrielle dans tout le pays. Chaque établissement serait une école d'agriculture de premier ordre, enseignant par l'exemple. Ces planteurs du sud apporteraient avec eux non seulement leurs instruments perfectionnés, mais encore leurs méthodes de culture avec cette habileté, cette persévérance qui ont rendu le sud si prospère. L'impulsion ainsi donnée à cette grande branche de l'industrie, ne consoliderait pas seulement l'empereur et son trône, mais elle développerait immensément la richesse de tout le pays et rehausserait la valeur des terrains cultivés par les Mexicains.

«Je parle de mes compatriotes qui amèneraient leurs nègres avec eux, et dont quelques-uns sont encore esclaves, mais si les maîtres sont encouragés à venir, ils seront heureux d'émanciper leurs esclaves et de les amener comme travailleurs libres. L'introduction de ces planteurs rendrait bien vite inutile ici la présence des troupes françaises... Par leurs vertus, leur intelligence, leur obéissance à la loi, leur amour pour l'ordre et leur exemple comme sujets soumis seraient ici d'un puissant effet pour le bien... Maintenant quels sont les avantages nécessaires qui doivent être faits pour amener au Mexique cette population?

a Premièrement, la tolérance religieuse existant déjà, il n'y a pas de difficulté de ce côté-là. Ensuite, il existe déjà des décrets en vigueur, je crois, pour encourager l'immigration... J'ai entendu dire qu'ils étaient faits pour la classe ordinaire d'émigrants, et par conséquent ne pourraient pas encourager

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à venir la classe d'hommes dont je parle. C'est la classe la plus élevée, la plus distinguée, et dont ce pays-ci a tant besoin... Je ne demande ni concession, ni des avantages personnels, ni des privilèges exclusifs, mais seulement le glorieux privilège de faire du bien, aux conditions suivantes :

« 1° Entrée libre des droits de douane des articles et machines pour l'agriculture ;

«2^ Exemption de contributions et de la conscription militaire pendant quelques années; permission d'établir une 'garde de sûreté dans chaque colonie.

« 3° Une indemnité au maître pour chaque nègre libre qu'il amènera, suffisante pour payer les frais de transport du travailleur et de sa famille.

« 4° Une concession de terrain pour chaque planteur ou chef de famille, proportionnée au nombre de personnes composant la famille, et les travailleurs libres du planteur.

« Il serait utile pour produire des revenus à la couronne, de ne pas imposer une charge à l'État, d'adopter le système des terrains alternatifs, au moyen duquel la moitié d'un terrain de... est concédé pour être mis immédiatement en culture, et l'autre moitié est réservée pour la vente par l'État, à d'autres colons. La vente d'un terrain inculte rapporte beaucoup moins a l'État que celle des terrains vagues intercalés entre les terrains cultivés. » — C'est ce système qui fut adopté au Texas en 1847, et dont j'ai parlé plus haut.

«5° Plusieurs familles se trouvant complètement ruinées par la guerre, le gouvernement leur prêtera une somme proportionnée aux besoins de la mise en exploitation des terrains concédés, laquelle somme sera hypothéquée sur l'établissement et payée avec les intérêts- par amortissement en un nombre d'années déterminé.

« 6° Dans le cas où le gouvernement ne pourra pas faire ces avances de fond, il nous prêtera son concours pour nous permettre d'organiser de suite un emprunt spécialement appliqué à l'exploitation des terrains mexicains... — M. »

Si l'offre des sudistes, entremise par M. M., eût été accep-

l ie à celle époque, l'empereur serait encore sur le trône à Mexico, et l'empire en train de se consolider. Mais Sa Majesté mit des lenteurs à sa décision et les ministres mirent des entraves à l'exécution de ce projet. Tandis qu'au lieu d'agir on discutait à Mexico, le général Brown réclama impérieusement au général Mejia la livraison du matériel de guerre et du coton transporté au Mexique par les confédérés. Le 23 juin, l'empereur fit donner l'ordre « de remettre au général des États-Unis les armes des confédérés » qui avaient passé le Rio-Grande. « En ce qui concerne le coton, dit-il dans sa lettre, il faudra constater les faits avanl d'agir. »

En attendant l'organisation d'un comité de colonisation pour méditer sur les offres de M. M., ce personnage fut nommé directeur d'un observatoire qui n'existait pas. Voici, du reste, des extraits de quelques lettres concernant cette affaire, et celle des confédérés internés au Mexique.

« Chapultepec, 27 juillet 1865. — Je suis très satisfait de ce que vous me dites dans votre lettre du 26, concernant M. M.; je désire qu'on fasse la minute d'un diplôme, la voir de suite et qu'on la dirige de manière à pouvoir la publier dans les journaux.

« Vous devez donc faire comprendre à M. M. que l'observatoire se fera à Chapultepec, que sa nomination n'est que }*our lui donner immédiatement une haute position officielle et que, comme agent secret de la colonisation, ses renseignements devront être également secrets ; il me les enverra directement par l'entremise du cabinet. Quant aux garanties qui se concèdent et aux conditions qui s'imposent aux nouveaux arrivés — les soldats de Slaughter — elles sont comprises dans les instructions que M. Ramirez a envoyées, il y a plus d'un mois, aux autorités du nord et que le ministre Robles a reçues pareillement ; on pourra remettre une copie de ces instructions à M. M.

« Quant à ce qui touche à la concession des terrains, le cabinet préparera une lettre, que je signerai, adressée au ministre des travaux publics, dans laquelle on traitera tous

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les points concernant l'achat de terrains. Un autre point que je crois convenable de régler, c'est que sans que personne le sache, M. M. travaille au cabinet comme conseiller de colonisation. — Maximilien. »

— « Saltillo, 27 juillet 1865. — Au général D. Juan N. Almonte. — Je prends la liberté de m'adresser à vous en considération des bons rapports qui ont existé entre vous et mon père, le colonel Bernard Bee , lors de la révolution du Texas.

« Après quatre années de fidèles services, en qualité de général dans l'armée confédérée, je me vois exilé dans votre pays, cherchant un foyer pour ma famille et moi. Je suis arrivé le 26 du mois dernier à Monterey avec quelques amis et me suis présenté au préfet du département, l'informant du but de mon arrivée et lui demandant la protection des lois de l'empire. Ce qui me fut aimablement accordé... Aujourd'hui l'on m'apprend que tous les corps confédérés armés qui viennent dans le pays doivent être dirigés sur S. LuisPotosi. Je ne crois pasquecet ordre doive s'appliquer à moi et \ mes amis venus sans armes, simplement comme personnes privées, cherchant un asile pour sortir des difficultés politiques de notre pays et n'ayant aucun objet politique en vue.

« Gonflant dans l'intelligence du gouvernement de Sa Majesté, les amis du Mexique espèrent que l'empereur verra l'arrivée des malheureux confédérés comme un élément de force et d'utilité, pouvant tirer du mal de très bons résultats et qu'il ne les regardera pas avec métiance. La politique du gouvernement des États-Unis est de faire sortir de son territoire les hommes riches et influents du sud qui composent les plus puissants éléments de la société et qui deviendront une acquisition merveilleuse pour n'importe quel pays qui les recevra avec bonheur.

« J'ai appris que quelque confédéré qui désirerait choisir un autre point que S. Luis Potosi pour sa résidence, pourrait en demander l'autorisation au gouvernement suprême de

Mexico. C'est pour cela que je vous prie de m'obtenir cette permission pour moi, et les amis dont je vous envoie les noms... afin que nous puissions nous choisir un domicile permanent... Néanmoins si des objections s'opposaient a notre prochaine rencontre, je vous prie de m'en faire part de suite, afin que nous puissions passer dans un autre pays, avant l'épuisement de nos ressources... — Hamilion Bee. »

— « Mexico, 23 août 1865.— Sire.— Le maréchal a fait connaître les difficultés qui se présentent au sujet des émigrés du sud qui affluent à Monterey et S. Luis Potosi. Je pense qu'il devrait être donné des instructions pour permettre à tous ceux qui présentent des garanties d'aller s'établir là où ils le désirent. En vue du dénûment où se trouve une certaine partie d'entre eux, il pourrait être donné au général Douay une somme de 10,000 piastres, par exemple, au nom du gouvernement de l'empereur, pour secourir les plus nécessiteux. » — Note du cabinet.

Àu mois d'août, MM. Bourdillon et Courcillon rassuraient, chacun de leur côté, l'empereur et l'impératrice sur les dispositions des États-Unis, vis-à-vis du gouvernement mexicain. Le premier écrivait : « M. B. qui est toujours bien informé de tout ce qui se passe aux États-Unis, me fait croire que le cri contre le Mexique est élevé seulement pour le but d'un parti, et que parmi les partisans de la doctrine Monroe, il y en a peu qui prendraient la responsabilité d'une guerre avec la France, et une autre probable avec l'Angleterre. » M. Courcillon écrivait dans le même sens. L'impératrice résolut d'en finiravec l'hostilité de ses ministres contre les confédérés et la colonisation. Voici des extraits de ses lettres à ce sujet.

« Mexico, 30 août 1865. — Je trouve cette lettre de M. de Courcillon bien... Peut-être que l'on croit ce que l'on désire, mais j'y crois plus qu'à celle d'hier, elle me semble envisagée à un point de vue plus clair et plus vraisemblable. Les Américains sont un peuple étonnamment pratique, ils ne se jetteront pas dans de mauvaises affaires. Ils savaient très

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bien ce qu'ils faisaient en détruisant l'esclavage, et jamais ils ne font les choses à tâtons... — C. »

— Pas de date. — « Peut-être pourriez-vous savoir par le maréchal, à raison de la situation des troupes, où est l'empereur et s'il viendra demain ou pas, si ce sera le soir ou dans la journée, parce que s'il ne venait pas, ou seulement tard, je réunirais demain le conseil de ministres et la colonisation pour en finir avec toutes ces affaires. Veuillez envoyer de suite, car s'il s'agit de convoquer les ministres, on ne pourrait le faire trop tôt, ni pour M.; je tiens à savoir cela avant que vous ne retourniez chez vous, pour le cas où il y aurait des instructions à vous donner pour M..— Ch.»

— Pas de date. — « Voici mon paquet et ma lettre pour l'empereur. Comme je ne crois pas que les lettres d'Amérique doivent en rien modifier notre activité vis-à-vis de la colonisation du sud, je vous prie de convoquer demain, à 10 heures, comme la dernière fois, M. Esteva, ministre de l'intérieur, — César et vous-même, afin de discuter le décret et son règlement. J'espère que vous avez envoyé à l'empereur la note que je vous ai demandée au sujet de la séance de l'autre jour. Je crois que vous ne feriez pas mal de lui communiquer aussi les lettres de Montholon et Courcillon comme correctif l'une de l'autre... — Ch. »

— Pas de date. — « Je vous prie d'écrire à Esteva que M. M. se plaint de l'hostilité du sous-préfet de Cordova, dont j'ignore le nom, pour la colonisation et qu'il serait heureux de le voir remplacé par M. Nielo, homme très respecté dans le district et porté pour l'émigration; ce district étant spécialement destiné à être colonisé. M. Esteva devrait avoir la bonté de faire connaître à l'empereur son opinion à ce sujet. — Ch. »

Celle lettre de l'impératrice révèle qu'à peine le décret sur la colonisation et les volontés de l'empereur à cet égard, avaient été connus, les aulorités mexicaines empêchèrent de tout leur pouvoir l'établissement des confédérés dans les

districts qui leur étaient désignés pour les coloniser. Les résultats de cette hostilité que le gouvernement n'eut pas le courage de briser furent naturels. La colonisation n'eut pas lieu. Dans une lettre datée de Mexico, 5 septembre 1865, M. M. nous apprend que ses concitoyens quittaient le Mexique, malgré ses efforts pour les retenir. « Comme, dit-il dans cette lettre, l'empereur a dit à ses ministres l'autre jour : Maintenant les heures comptent pour des jours, ces paroles n'ont cessé de sonner à mes oreilles.

« Je pense qu'il est grandement désirable que le décret et les Instructions et Règlements que je vous ai soumis avant hier partent par le paquebot américain du 14. Le document intitulé General Information, ci-inclus, devrait être ajouté aux Instructions et Règlements et signé par les commissaires de l'émigration. Ainsi, il nous semble à tous que les informations que nous pouvons donner maintenant devraient être répandues parmi mes concitoyens, et les confédérés qui sont ici cesseraient de quitter le pays dans le désespoir, en voyant que rien ne se fera avant l'épuisement de leurs ressources. »

Ce fut en vain, les confédérés et les immigrants attirés parles promesses que fit M. M. fit répandre aux États-Unis, se trouvèrent au Mexique livrés à eux-mêmes, sans agent officiel pour les recevoir et les installer, en face de propriétaires dont les exigences devenaient chaque jour plus exorbitantes. Le gouvernement n'avait toujours pas de terrain à leur donner. Un grand nombre d'entre eux, après avoir vainement attendu qu'on leur désignât des terrains qu'ils pourraient cultiver, virent leurs ressources s'épuiser dans un cruel désappointement et durent rentrer aux États-Unis dans une situation désespérée. On vit repartir dans une seule semaine un groupe de cinquante riches colons qui formaient l'avant-garde d'une immigration de huit à dix mille personnes. D'autres allèrent au Brésil où le gouvernement et la population rivalisaient d'efforts bien dirigés pour attirer les étrangers dans leur pays et particulièrement les

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colons sudistes. Au mois de juin 1866, l'empereur prit des mesures énergiques pour avoir des terrains à offrir à la colonisation étrangère, mais, comme pour toutes les autres mesures de première urgence, il était trop tard quand elles furent décrétées. L'occasion était perdue, et le Mexique condamné à vivre misérablement comme par Je passé.

Une autre question non moins importante que celles du choix des fonctionnaires, de l'organisation des finances, de la justice et de la colonisation, et sur laquelle on a parlé avec autant de partialité que d'inexactitude, mérite une exposition consciencieuse. Je veux parler de la question militaire. M. de Keratry nous a montré que l'organisation de l'armée mexicaine avait été faite par les chefs de notre expédition, que là pacification du Mexique était fort difficile en 1863, au moment du départ du général Bazaine pour l'intérieur; l'auteur des publications faites dans la Liberté attaquait le maréchal Bazaine avec une violence qui prouvait que cet officier avait été mal reçu du maréchal à Mexico; l'empereur Maximilien, dans sa lettre du 29 juin 1865, publiée dans la brochure la Cour de Rome et dans d'autres lettres que je cite moi-même, accuse le maréchal de ruiner les finances mexicaines par ses expéditions; M. de Keratry affirme que ces expéditions étaient demandées par l'empereur; enfin je sais aussi que Sa Majesté, professant une grande estime pour le maréchal, demandait néanmoins son rappel en France, comme le dit également 31. de Keratry.

Au milieu de ces contradictions, j'espère établir clairement la vérité par la publication de la volumineuse correspondance de Leurs Majestés, sur la question militaire, et en exposant simplement les faits, sans vouloir défendre personne, ni juger les actes. Je dirai seulement que les faits ont un langage plus accentué que les plaidoyers pour ou contre les personnes et leurs systèmes. C'est donc aux actes militaires et à leurs conséquences naturelles qu'il faudra demander des éclaircissements sur cette question.

Le maréchal Forey paraissait avoir pour système d'aller

lentement mais sûrement, et de briser les obstacles avec mesure, mais avec une ténacité sur laquelle il comptait pour assurer le succès. On l'a vu à l'œuvre; il a mis plus de huit mois pour aller de Vera-Cruz à Mexico, mais enfin il y est arrivé. Il se proposait ensuite de pacifier de la même manière un certain nombre de départements, entourant ceux de Vera-Cruz, de Puebla et de Mexico, afin d'organiser les principales provinces du Mexique, avant de s'étendre plus loin. De la sorte, il eût été complètement maître de ce cercle restreint d'opérations et d'occupation.

Le maréchal Bazaine, au contraire, paraît avoir voulu donner de suite une impulsion rapide à ses mouvements, organiser les villes et les districts qui reconnaissaient l'intervention, et les mettre à même de se défendre le plus tôt possible parleurs propres moyens. L'organisation des gardes rurales et la construction de forts, de bastions et de tout ce qui pouvait rendre aisée la défense d'une place ou d'une position militaire prouvent que tel était le système du maréchal Bazaine. Ce système, excellent en Afrique avec des Français, n'était pas applicable au Mexique ; le passé, avant et après l'intervention, a prouvé que les Mexicains se renfermaient rarement derrière des fortifications, et que lorsqu'ils le faisaient, ils ne les défendaient pas longtemps. L'empereur se plaignait des sommes énormes dépensées pour ces fortifications; il avait parfaitement raison ; pas une seule n'a servi à défendre l'empire, après notre départ du Mexique.

D'autre part, le maréchal avait également raison de vouloir laisser aux Mexicains le soin de défendre le nouveau régime qu'ils avaient adopté, car nous ne devions pas rester toujours au Mexique, nous étions des aides, des alliés et non pas des conquérants ; il eût été dangereux de laisser dormir les habitants dans une sécurité continuelle, tandis que nous aurions veillé constamment à leurs portes. Lorsque l'empereur se plaignait de nos promenades militaires, pendant lesquelles nous entrions dans les villes que nous abandonnions

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ensuite aux vengeances des dissidents, je ne sais s'il avait tort. L'empereur, en effet, demandait le disséminement de nos forces et le maréchal y consentait fréquemment, quoique ce fût contre les règles militaires; mais ne pouvant occuper toutes les villes du Mexique, il fallait souvent en abandonner une pour courir sur une autre, attaquée par les dissidents. A mon avis, la cause de celte déplorable situation provient tout à la fois des mécontentements suscités par la politique du nouveau souverain et par le siège de Oajaca.

Dans une note secrète de Sa Majesté, écrite au mois de février ou de mars 18G5, — note qui devait être remise à l'empereur Napoléon, et qui ne le fut pas, parce que le porteur, avant son départ de Vera-Cruz, connaissant toutes les preuves de sympathie personnelle que l'empereur Maximilien donnait au maréchal , crut que cette note avait été écrite dans un moment d'humeur et la conserva, — après avoir critiqué la conduite de nos chefs et « le système d'impôts forcés appliqués aux propriétaires ou aux habitants soupçonnés d'intelligence avec les dissidents, » l'empereur ajoute dans sa note : « Hâtons-nous cependant de citer de nombreuses exceptions; ainsi les généraux Douay, l'Hériller, Brincourt avaient su mériter l'estime et la confiance des populations placées sous leur commandement. Pourquoi faut-il que ces officiers distingués soient ceux choisis pour quitter le pays? Douay, dégoûté et en contradiction avec son chef, est rentré en France. L'Hériller, bien que désirant y rester, est également rappelé, et Brincourt, qui rendait à Puebla des services appréciés par tous, est envoyé à l'autre extrémité du pays, à Léon où il n'existait pas un homme de garnison lors du passage de l'Empereur.

« Il y a six mois, le général Brincourt marchait sur Oajaca, et était sur le point de s'en emparer, lorsqu'il reçut contre-ordre. Inutile d'insister sur le temps et surtout sur l'argent perdus. Depuis ce moment, la défense s'organisa et les opérations du siège bouleversèrent tous les projets d'attaque sur d'autres points. Il devint nécessaire de dégarnir

Mexico même pour parvenir à investir la place assiégée. De là une recrudescence dans le mouvement des bandes qui avoisinent la capitale. Sans être militaire, il est permis de discuter le système généralement adopté : prendre et occuper militairement un centre de population, y rétablir l'ordre pour abandonner la position peu de temps après, n'est-ce pas perdre non seulement tout le fruit de ses efforts, mais en outre exposer les habitants livrés à eux-mêmes aux représailles terribles des bandes qui, certaines de leur succès, ne manquent pas de revenir bientôt, plus féroces que jamais. Si ce système est funeste dans l'intérieur, il l'est encore bien plus sur les côtes où des richesses ont été détournées, gaspillées au profit des dissidents, où des provisions et munitions de guerre de toute espèce leur sont parvenues et leur arrivent encore chaque jour, alors qu'il semblait si facile d'occuper ces ports qu'on a trop souvent abandonnés. Non seulement les finances de l'État en ont souffert, mais les dépenses résultant du désordre de l'organisation de l'armée mexicaine ont toujours été en croissant. Le licenciement des troupes mexicaines, l'établissement des gardes rurales qui, de l'avis du maréchal, devaient produire d'importantes économies, évaluées à plusieurs millions, n'ont abouti jusqu'ici qu'à des surcroîts de dépenses. Il n'est donc pas étonnant qu'à elle seule l'armée ait engouffré l'emprunt en peu de temps... »

Je termine ici l'extrait de cette note, le reste traitant les questions au point de vue personnel et ne concernant pas la politique générale. Je dois faire remarquer, en passant, que les accusations passionnées de la Liberté, contre le dernier chef de notre expédition, ne reposent sur aucun fait sérieux. Le système suivi par le maréchal Bazaiue au Mexique n'avait pas le but qu'on lui prêtait et ne pouvait pas l'avoir, il était uniquement une tradition du système semblable adopté en Algérie, particulièrement par les bureaux arabes. On sait, en effet, que les chambres françaises attaquaient autrefois notre colonisation d'Afrique, comme elles ont récemment

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attaqué notre expédition au Mexique. Pour rendre ces attaques moins vives le gouvernement de Louis-Philippe ne laissait en Afrique qu'un nombre de troupes très limité; ce nombre, insuffisant pour la pacification de l'Algérie, nous obligea d'adopter le système des colonnes mobiles, des petites garnisons retranchées et des bureaux arabes. La politique de ces bureaux était de s'occuper le moins possible des querelles des Arabes, de fermer souvent les yeux sur leurs disputes intérieures el de n'intervenir qu'à la dernière extrémité. Le maréchal Bazaine, ayant vécu plus de vingt ans dans ce pays, en a sucé les traditions et a eru pouvoir les appliquer au Mexique avec lequel notre situation militaire en Afrique avait quelque analogie. Je crois qu'il ne faut point chercher ailleurs les causes de la conduite du commandant en chef dans les opérations militaires du Mexique. Qua.it au siège de Oajaca, si désastreux pour les finances mexicaines, il est indispensable d'en faire l'historique pour comprendre les doléances de l'empereur Maximilien, à propos de ce siège et les résultats décisifs qu'il eut sur les événements de 1865 et 1866.

Aussitôt après la prise de Puebla en 1863, le général Brincourt fut nommé commandant de la place. Ne connaissant pas plus le pays que nos autres officiers supérieurs, il rassembla les autorités de la ville, leur dit qu'il ignorait leur histoire, leurs coutumes, leur personnel, mais qu'il voulait leur être utile. Il les engagea à former un conseil dont il ferait partie, à la condition que rien ne se ferait isolément par les uns ou par les autres. Étant étranger, et par conséquent de passage seulement, il prit sur lui la responsabilité de tous les actes de vigueur nécessaires pour rétablir l'ordre et la sécurité; il laissait aux Mexicains de ce conseil l'exécution des actes de clémence, pour les rendre populaires, et commença par faire nommer aux emplois principaux les plus honnêtes gens possible. Pour avoir une idée des difficultés de sa situation, il ne faut pas oublier que sur les 22,000 hommes environ, dont se composait l'armée inexi-

caine après la prise de la ville, 15,000 au moins étaient éparpillés un mois après d'Orizaba à Puebla, sans ressources, et vivant de vols et de rapines. Avant la fin de l'année tous ces gens étaient devenus interventionistes, l'État de Puebla et celui de Tlaxcala jouissaient d'une tranquillité parfaite, l'ordre régnait partout, le commerce et l'industrie reprenaient un développement qu'ils n'avaient pas connus depuis bien des années. Tant il est vrai qu'au Mexique, il suffît d'un peu de tact et d'intelligence pour métamorphoser le pays en quelques années, sinon en quelques mois.

Pour opérer cette transformation, le général Brincourtse servit des moyens employés au Mexique. Les chefs des bandits furent enlevés et jugés par les conseils de guerre ; les officiers de guérillas et de l'armée libérale eurent le choix entre rester tranquille et recevoir leur solde d'officiers en retraite ou solde entière s'ils voulaient servir, dans l'armée alliée ou bien, être conduits aux frontières du département et être ensuite traités comme bandits, dans le cas où ils seraient repris les armes à la main. Ces procédés firent passer dans l'armée mexicaine alliée presque tous les officiers et soldats libéraux. L'État de Puebla étant ainsi délivré des bandes de malfaiteurs qui infestaient les routes, le commerce reprit bientôt une allure meilleure. Pourtant quelques grandes maisons qui faisaient un commerce considérable de cochenille, d'indigo, de peaux de chèvres, etc., souffraient du blocus dans lequel se trouvait la province de Oajaca qui n'avait de débouché que par celles de Puebla et de Vera-Cruz. A Oajaca on souffrait pareillement de cette situation et de part et d'autre on songeait à la faire cesser.

La position géographique et géologique de cette province, l'a toujours maintenue dans une situation administrative, industrielle et politique exceptionnelle. En dehors de la route de Vera-Cruz à Mexico, peuplée d'Indiens, obstruée de montagnes, Oajaca s'est tenue plus à l'écart des révolutions que toute autre province du Mexique. Sous Juarez comme sous ses précédents gouverneurs, elle avait été ad-

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miuistrée d'une manière assez sage. Un impôt, je crois d'un réal par mois, par personne , constituait un revenu fixe sur lequel aucun employé ne pouvait toucher, sans que son larcin ne fût aussitôt découvert ; Jes droits de douane étaient également assez réguliers, de sorte que presque tous les fonctionnaires jouissaient d'une réputation d'honnêteté que leur imposait le contrôle facile de leurs actes. Cette situation, passée dans les mœurs, rendait la population indifférente à la politique, et dévouée au maintien de la paix.

Cette paix était très désirée dans tout le département après le siège de Puebla. Les Indiens avaient particulièrement soufferts pendant le siège , et lors de l'incendie de la poudrière de San-Andres de Chalchicomula, où près de cinq cents Indiens de Oajaca furent blessés, mutilés ou tués ; ils avaient assez de la guerre qui les décimait et ne leur rapportait aucun avantage. Les fonctionnaires publics voyaient le moment où les troupes interventionistes viendraient occuper leur département ; enfin, les négociants voyaient leurs marchandises se perdre dans leurs magasins, faute de pouvoir les écouler comme d'habitude par les voies de Puebla et de Vera-Cruz que nous occupions. Tous avaient intérêt à se ranger du côté de l'empire, et tous l'auraient fait si nous avions secondé l'opinion publique. Malheureusement, Juarez eut connaissance de l'état des esprits de ses compatriotes; aussitôt il envoya Porfirio Diaz , sa créature et son ami, à Oajaca, ranimer sa cause qui se mourait et préparer un second siège de Puebla. Porfirio Diaz, était alors dans le Michoacan ; il n'avait pas avec lui 3,000 hommes, mais cette petite armée lui suffisait, il profita de ce que nous ne songions pas à lui et de la promenade du général Bazaine dans l'intérieur du pays pour entrer dans le Oajaca par le nord du Guerrero. Je ne sais si nous devions, si nous pouvions prévoir le hardi mouvement de Porfirio, mais si nous l'avions empêché, notre Campagne militaire changeait complètement de face et nous aurions épargné au trésor mexicain bien des millions dépensés en opérations stériles.

Au mois de juillet 1864, le général Bazaine, ne voyant plus que Porfirio qui tenait encore la campagne, tous les autres généraux juaristes étant battus, dispersés et presque sans troupes, résolut d'en finir pareillement avec ce général. Seulement, on ne sait pourquoi, le général Bazaine abandonna, dans cette circonstance, son système de marches rapides qui ne laissait point aux dissidents le temps de se reconnaître ; il permit à Porfirio Diaz de se fortifier à son aise, et mit plus de six mois pour s'emparer définitivement de Oajaca. En effet, les ministres en France ne m'ayant pas autorisé à consulter les archives de l'expédition, je ne sais quel jour le général Bazaine donna l'ordre au général Brincourt et au colonel Giraud du 7 e de ligne, d'occuper les deux têtes de route qui conduisaient à Etla; cette petite ville est située près de Oajaca, à la bifurcation des deux chemins qui vont à Puebla, en passant l'un, par Teotitlan, et l'autre, par Huajuapan; ce que je sais, c'est que le 24 juillet 1864, le général Brincourt partit de Puebla, avec une colonne, forte d'environ 2,000 hommes, pour Huajuapan, où il arriva le 3 août. Le 28 juillet, le colonel Giraud partit d'Orizaba, avec une colonne forte d'environ mille hommes, pour Teotitlan, •où il arriva pareillement le 3 ou le 4 août. Ces deux colonnes ne tirèrent pas un seul coup de fusil; elles paraissaient avoir pour mission d'établir des magasins d'approvisionnement et des réduits pour une garnison.

Le 10 août, Porfirio Diaz, voyant qu'on s'installait dans ces deux misérables bourgs, au lieu de marcher en avant, vint attaquer la plus faible de nos deux colonnes, c'est à dire, celle du colonel Giraud. Surpris aux villages d'Ayotla et de S. Antonio par 2,000 Mexicains, les soldats français ne se déconcertent pas; ils repoussent Porfirio Diaz et lui mettent 300 hommes hors de combat. Après avoir assuré la défense de Huajuapan, y avoir laissé des vivres pour deux mois et une garnison de 650 hommes sous les ordres du commandant Briant de la légion étrangère, le général Brincourt se mit en route avec le reste de sa colonne pour

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revenir à Puebla, en passant par Tehuacan, afin de reconnaître la route et de pacifier le nord du Oajaca. En chemin, le colonel Giraud lui fil dire que Porfirio Diaz se proposait de renouveler son attaque sur Teotitlan, avec 4,000 hommes. Le général fit alors doubler le pas à ses soldats pour arriver à temps au secours du colonel qu'il rejoignit dans la journée du 17 août. Porfirio Diaz, en apprenant cette jonction, n'osa plus nous attaquer, et concentra ses troupes dans un camp retranché qu'il avait établi au coude fait parle rio de Quiotepec, à six lieues de Teotitlan.

Comme il n'était pas possible de rester en face les uns des autres, sans bouger, et encore moins d'abandonner le colonel Giraud, le général Brincourt laisse ses hommes malades ou trop fatigués sous la protection de la garnison de Teotitlan, et se porte le 18 sur le camp retranché de Porfirio Diaz; celui-ci, effrayé, désarme ses batteries, n'attend pas le général, et se jette le même jour dans un autre camp retranché préparé en arrière à Cuicatlan. Remontant alors la rive gauche du Rio-Quiotepec, nos troupes se portent sur Guendulain pour couper la retraite de Porfirio Diaz qui abandonna Cuicatlan, ne s'y trouvant pas en sûreté, et vint s'établir sur les hauteurs de D. Dominguillo. En cet endroit le Quiotepec entre dans une vallée, forme soixante-douze lacets, puis se dirige vers Nochistlan; la route d'Oajaca traverse une bonne partie de ces lacets, et, pour nous arrêter, Porfirio Diaz avait fait creuser tous les gués afin de les rendre infranchissables. Il ignorait ce que valent nos colonnes légères. Le 21, les sacs et les bagages furent laissés à Guendulain et nos troupes se portent sur D. Dominguillo pour déloyer l'ennemi. Tandis que la principale colonne, commandée par le colonel Jeanningros se met en marche pour traverser les lacets et attaquer l'ennemi de front, le général Brincourt envoie la compagnie de partisans du capitaine d'Aigrevaux, cent cinquante lanciers de Puebla et une section d'obusiers tourner, par la montagne, en suivant un sentier de chèvres, les positions de Porfirio Diaz, afin d

l'attaquer par derrière, au moment ou le colonel Jeanningros l'attaquerait de front.

A peine les troupes mexicaines aperçoivent-elles ce mouvement tournant qu'elles sont saisies de terreur, se débandent avant d'être attaquées, et Porfirio Diaz ne reste plus qu'avec sept ou huit cents hommes pour défendre Oajaea, le reste a déserté, sans tirer un coup de fusil. D'après la carte de Decaen, on n'était plus qu'à vingt lieues de la ville, elle n'était pas encore fortifiée, et la colonne du général Brincourt pouvait y arriver en trois étapes. Des habitants de Oajaea m'ont affirmé que Porfirio Diaz, ne songeant pas à défendre la ville avec les quelques hommes qui lui restaient, s'était empressé de démonter ses batteries et de faire au commerce une réquisition de douze cents mulels pour transporter dans le Tehuantepec son parc, ses bagages et ses munitions. M. Franco, envoyé par l'empereur Maximilien, comme préfet de Oajaea, se trouvait avec nos troupes, et, d'après ce que lui avait dit l'empereur, il espérait que nous irions toujours de l'avant; les connaissances qu'il avait de la situation du département, lui faisait affirmer que cette marche était facile , et que nous entrerions à Oajaea sans coup férir.

Loin d'avancer, nous reculâmes; il est dommage queM. de Keratry n'ait pas donné les raisons de cette retraite inqualifiable. Quoi qu'il en soit, voici ce qui arriva. Il paraît que le général Brincourt retourna à Guendulain après la prise de D. Dominguillo; peut-être, allait-il chercher les sacs et les bagages restés en arrière comme je l'ai dit, afin de continuer sa marche en avant qui avait tous les caractères d'u ne cou rse au clocher, comme lors de notre promenade à l'intérieur en 1863. A Guendulain arriva l'ordre du général Bazaine de ne pas dépasser Huajuapan, petite ville sise au fond d'un entonnoir et dans un pays sans ressources, appelé le : Désert de la Huaxteca. La colonne du colonel Giraud devait également évacuer Teotillan, et se replier sur Tehuacan. Dans la note de l'empereur, on a vu que le général Brincourt fut ensuite

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envoyé à Léon. Battre en retraite quand on est vainqueur est fort dur. Le V** de ligne, avec lequel je fis peu de temps après la campagne de Durango, murmurait hautement; au lieu d'aller se reposer dans une ville dont ils étaient si près, nos soldats reculaient sans y être forcés par l'ennemi. On avait l'air de se sauver chacun de son côté !

Pour exécuter les instructions du général en chef et faciliter l'évacuation de Teotitlan, sans abandonner la partie du territoire enlevé à l'ennemi, le général Brincourt traversa les montagnes du sud-ouest pour se jeter sur-Nochistlan dans l'espoir de couper la retraite sur Oajaca aux petits détachements des troupes dissidentes cantonnées encore à Tuncazulupan, Tejupan et Coixtlahuaca. Il arriva à Nochistfna le 24, mais les détachements libéraux avaient dépassé ce point depuis six heures fuyant en toute hâte sur Oajaca. Un peu au nord de Nochistlan se trouve le fameux couvent des jésuites de Yanhuitlan, dans lequel la tradition raconte que le père du général Almonte se réfugia et tint longtemps en échec des troupes espagnoles dix fois supérieures en nombre à celles du héros de Quauhtla. Les riches vallées de Nochistlan et de Yanhuitlan sont très fertiles en maïs, en céréales et possèdent de nombreux troupeaux. 11 était donc utile d'occuper l'immense couvent-forteresse de Yanhuitlan pour conserver les cinq districts du nord de Oajaca conquis par la marche rapide de notre colonne, d'en faire le magasin d'approvisionnement et la base de nos opérations ultérieures contre Oajaca. Le général Brincourt n'hésita pas à choisir ce point de préférence à celui de Huajuapan. Le quartier général approuva sa conduite, et le lieutenant-colonel Carteret fut désigné pour commander le poste de Yanhuitlan, composé de 400 hommes de la légion étrangère, deux escadrons de cavalerie et deux sections d'artillerie. Le colonel Jeanningros vint ensuite prendre le commandement de Ja subdivision de Puebla, tandis que le général Brincourt reçut celui de la brigade du général l'Hériller qui devait rentrer en France.

m HISTOIRE DU MEXIQUE.

Nous restâmes ensuite trois mois sans rien faire, laissant I ainsi à Porfirio Diaz le temps de fortifier Oajaca d'une manière effrayante. La ville fut entourée d'une double enceinte, les rues furent barricadées, les maisons crénelées, des communications souterraines furent établies pour relier les points entre eux; en un mot, les travaux de défense furent faits avec une habileté vraiment extraordinaire et sous une échelle formidable. Le maréchal Bazaine envoya M. Courtois d'Hurbal, général de division d'artillerie, préparer les travaux du siège. Le général Courtois, dans sa marche sur Oajaca, dut ouvrir 400 kilomètres de route pour faire arriver jusqu'à Ella son matériel de siège, à travers un pays coupé par des ravins et des obstacles de toute nature. Dans certains passages dont les pentes avaient quarante degrés sur un développement de cinq kilomètres, il v fallut l'aide de cinquante Indiens par voiture; le chargement des caissons était monté à dos de mulets; six paires de bœufs suffisaient à peine pour enlever une pièce de canon séparée de son avant-train ; c'est au prix d'efforts inouïs que notre artillerie put passer par une contrée où jamais voiture n'avait pénétré. '

Le 18 décembre 1864, le général Courtois, à la tête d'une «:olonne expéditionnaire, arrivait en vue de Oajaca, il inaugurait cette campagne par le brillant combat d'Etla où notre cavalerie mit en déroute la cavalerie ennemie et l'obligeait à se réfugier dans la place. Le 22, il exécutait sa première reconnaissance sur le Monte-Alban et continua ses opérations, l'investissement de la place, l'érection des batteries, etc., jusqu'au 16 janvier 1865, où le maréchal Bazaine arriva a l'Hacienda Blanca et prit le commandement des troupes. Dans la nuit du 1 er au 2 février, la tranchée fut ouverte et la ligne d'investissement se resserra davantage. Enfin, à une heure du matin, dans la nuit du 8 au 9 février, Porfirio Diaz, craignant de ne pouvoir nous résister, ni nous échapper, se rendit à discrétion avec toute son armée, environ 4,000 hommes. Nous avions perdu peu de monde pendant le siège,

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mais nous avions dépensé des sommes énormes pour le transport de notre matériel. L*empereur avait-il raisou de se plaindre qu'on n'avait pas laissé le général Brincourt entrer à Oajaca six mois auparavant? Tout porte à le croire.

En effet, au point de vue financier, comme au point de vue militaire, ce siège fut désastreux dans ses conséquences'. Et voici pourquoi. On n'ignore pas que nos colonnes ne peuvent naturellement marcher sans des charrettes ou des mulets pour transporter les vivres, les munitions, les malades et les blessés. Dans un pays désert, saccagé, ruiné, presque inculte comme le Mexique, les approvisionnements deviennent plus considérables, et la longueur des marches sous un soleil brûlant et sur des routes sablonneuses augmentant le nombre des malades, chaque colonne est suivie d'un convoi de chariots ou de mulets, dont le nombre varie selon les distances à parcourir et la nature des districts par lesquels on passe. Les mulets coûtaient cinq francs par tête et par jour; ordinairement, les petites charrettes sont traînées par quatre mulets et les grandes par dix. Je ne sais quel est le chiffre proportionnel entre le convoi de transport et la colonne en mouvement, mais j'ai fait partie de colonnes de 800 à 1,200 hommes suivies par des convois de 40 à 130 charrettes, ayant une moyenne de 200 à 800 mulets et coûtant par conséquent de 1,000 à 4,000 fr. par jour. Si l'on réfléchit maintenant au nombre de colonnes qui marchaient sans cesse, quelques-unes parcourant des distances de 200 à 500 lieues, à raison d'une moyenne de six lieues par jour, on verra quelles sommes énormes le gouvernement mexicain avait à payer uniquement pour frais de transports.

D'autre part, notre marohe sur Oajaca nous obligea de dégarnir bien des points occupés par nos troupes et de fermer un peu les yeux sur ce qui se passait sur les frontières du Rio-Grande et au nord du Mexique. Les dissidents profilèrent de cette situation pour relever la tête et multiplier leurs guérillas. Negrete, d'accord avec Gortina, qui passa à l'ennemi avec sa brigade, vint assiéger Mejia dans Maiarno-

ros ; la belle défense de ce brave général fit avorter ce plan. Negrete se retira sur Saltillo, poursuivi par Mejia. Le général Brincourt fut envoyé à la rescousse. Negrete et Escobedo se fortifièrent à la Angostura; mais à la veille d'être pris entre trois feux, ils abandonnèrent leur position et s'enfuirent à la faveur de la nuit. Juarez, profitant du disséminement de nos forces, nous fit attaquer de tous les côtés par ses guérillas qui devenaient de jour en jour plus nombreuses. La question militaire, si belle en 1864, fut perdue en 1865, et comme la tâche d'huile qui s'étend de plus en plus, l'armée alliée se vit débordée par les dissidents; ses triomphes devenaient sans résultats pratiques, tandis que ses échecs profitaient toujours aux libéraux..

La correspondance de Leurs Majestés, pendant l'année 1865, sur l'organisation de l'armée mexicaine, sur les embarras que leur suscitaient les auxiliaires et sur certains froissements qui leur venaient du quartier général, est trop longue pour être publiée; néanmoins, elle est si curieuse et si intéressante à tant de titres, que je dois en faire de longs extraits sans autre ordre que l'ordre chronologique.

La lettre suivante de l'impératrice n'a pas de date, mais elle a dû être écrite au commencement de l'année 1865. Elle se réfère principalement à la brigade modèle que le général Thun essaya vainement d'organiser.

« L'armée nationale, à organiser en ce moment au Mexique, ne doit être qu'un noyau qui servira de modèle a tout ce qui sera formé plus tard. La troupe, composée seulement d'Indiens, peut devenir très bonne, si elle est bien commandée; mais les anciens officiers sont en majeure partie ignorants et peu honorables, un grand nombre d'officiers généraux ou supérieurs, s'est nommé lui-même ou doit son grade à la faveur. Il y a donc là une réforme radicale à faire; il est indispensable de donner à l'élément indien qui compose l'armée, de très bons chefs. Pour cela, tout en conservant les meilleurs officiers mexicains, il faut mettre à côté d'eux une certaine proportion d'officiers européens, soit pour l'orga-

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nisation, soit pour donner l'exemple. Les officiers français sont incontestablement ceux qui connaissent le mieux le caractère mexicain, et les services qu'ils rendraient dans l'armée en formation ne seraient pas seulement profitables au pays, ils le seraient aussi à la France. A tous les points de vue, il serait donc à désirer que le gouvernement français accordât un certain nombre d'officiers qui seraient placés en mission, soit pour commander, soit pour remplir les emplois des divers grades. Dans l'intérêt des deux pays, il faut que ces positions soient données à des officiers de confiance; par conséquent, si le Mexique leur offre des avantages sérieux, il faut que la France de son côté ne les oublie pas.

« Une autre question est non moins ingrate : dans tous les pays qui ont été longtemps agités, il subsiste un élément déclassé, impropre au travail et qui demande ses moyens d'existence au hasard des chemins. Pour détruire cette plaie il est indispensable d'avoir une bonne gendarmerie, et il n'est pas possible de faire à cet égard un meilleur appel qu'à la France.

« Comme la gendarmerie ne s'improvise pas, il n'est pas possible d'emprunter au corps expéditionnaire; d'un autre côté, les gendarmes des colonies sont loin d'avoir toutes les bonnes qualités que présentent les geudarmes dans les départements français. Une demande spéciale a été faite à cet égard stipulant les avantages qui seraient donnés aux officiers et gendarmes. Au sujet des premiers le ministre de la guerre n'a pas fait d'objection sérieuse, mais pour les seconds il a répondu qu'il était inutile de leur faire un appel parce qu'ils n'y répondraient pas. Cette solution est très regrettable; une gendarmerie solide 'doit être avant tout établie, tous les gendarmes de France ne sont pas mariés, et dans tous les cas on pourrait faire un appel à leur bonne volonté, en leur soumettant les conditions dans lesquelles ils seraient appelés à servir. — C. »

Sous forme de parenthèse, je dois donner ici quelques renseignements utiles. Le 10 avril, le général Almonte et le

HISTOIRE DU MEX1QUB.

maréchal Bazaine furent nommés grand'croix de l'Aigle; les généraux suivants furent appelés au commandement militaire des cinq divisions territoriales désignées ci-dessous : D. Vicente Rosas Landa, à Toluca ; le comte de Thun, à Puebla; Parrodi, à S. Luis Potosi; Garcia, à Guadalajara; et D. Severo Castillo, à Merida. Les généraux Tovar et Castillo recurent la croix de commandeur de Guadelupe; cette uniformité de récompense pour deux officiers d'un mérite si différent, prouvait que l'empereur ne connaissait pas du tout son personnel. Le premier était général de brigade et très inférieur en mérite à D. Severo Castillo, officier très distingué et général de division. En outre, l'empereur demandait au mois de février le rappel du maréchal Bazaine, et au mois d'avril il lui conférait la plus grande distinction qu'il pouvait accorder. Ces contradictions sont trop étranges pour être expliquées, je ne puis que les signaler. Le 48, Sa Majesté partit pour Orizaba. Le 28, arriva a Mexico la nouvelle officielle de la défection de Cortina. Par le paquebot anglais du 3 mai, M. Eloin fut envoyé en Europe, sans doute, pour traiter la question du second emprunt avec MM. Courcillon et Sapia, et pour d'autres motifs qu'on ne soupçonnait pas. •Le 5 mai, les juaristes célébrèrent avec assez de liberté l'anniversaire de notre premier échec devant le fort de Guadalupe.

Voici les nouvelles de la capitale qu'on m'envoyait tandis que j'allais dans l'intérieur :—« Mexico, 8 mai 1865. — « Les affaires sont très troubles. Les démagogues jubilent et comptent sur l'appui des Yankees; le clergé prend leur parti et ne soutient en rien le gouvernement, de sorte que l'empereur ne peut plus compter que sur la petite partie saine des conservateurs qui se sacrifiera toujours pour lui malgré les inconséquences commises contre eux. Il faut absolument qu'à son retour d'Orizaba, il fasse un changement complet de ministère et de politique, parce que s'il continue dans la voie qu'il suit, il arrivera qu'au moment où l'on y pensera le moins, le pays sera soulevé par les démagogues, et alors,

l'armée française, au lieu de pouvoir s'occuper du salut de l'empire, devra s'occuper d'elle-même, et n'aura que le terrain qu'elle foulera. Il paraît que l'empereur désire maintenant mettre sous les armes 30,000 Mexicains , mais il a chargé de l'organisation de cette armée le général Thun et le sous-secrétaire de la guerre Duran. Le général Thun pourrait être très bon pour cela, mais son ignorance du pays et des hommes le feront tomber dans tous les pièges que voudra Duran. Quant à ce dernier, il n'est pas de bonne foi, surtout dans les circonstances actuelles ; il mettra les forces nationales entre les mains d'hommes comme Cortina, qui trahiront à la première occasion... Le nonce du pape doit partir dans le courant du mois pour la Nouvelle -Grenade. »

Chaque lettre de cet ami était une prophétie qui ne tardait pas à s'accomplir; l'empereur n'ignorait pas tous ces détails, mais il n'aimait pas les sombres prédictions. Ce qu'il aimait encore moins, c'était de voir des officiers français prendre des mesures énergiques pour assurer la sécurité des districts qu'ils commandaient. Ces mesures, généralement nécessaires, lorsque les autorités mexicaines faisaient de l'opposition secrète à l'empire, irritaient l'empereur jusqu'au point d'en exagérer la portée et de les prohiber. — « Le ministre de l'intérieur, écrivit-il de Jalapa le 29 mai, à ce sujet, a envoyé au cabinet deux décrets, publiés par le commandant militaire de Léon, prescrivant différentes dispositions de police, imposant des peines aux transgresseurs, se réservant la faculté d'accorder les permissions pour établir des maisons de bal et d'autres actes exclusivement de la compétence des autorités civiles. Ce système produit un mauvais effet sur l'opinion publique et déconsidère l'empire... Faites au maréchal des observations afin que dans un ordre du jour il prévienne les chefs militaires de s'abstenir de dicter des dispositions relatives au gouvernement ou à la police des villes, les avertissant que lorsque le service public les exigera, ils les demanderont aux autorités

civiles, leur laissant le soin de les publier et les aidant seulement pour exécuter ces mesures. — Maximilien. »

— « Perote, 3 juin 1865. — Je suis bien content d'apprendre que le général l'Hériller peut rester dans le pays. C'est un profit tout clair pour le Mexique, pays où les hommes d'intelligence et d'énergie sont plus que jamais nécessaires. » — J'ouvre ici de nouveau une parenthèse pour insérer une assertion de M. de Keratry, démentie dans cette lettre par l'empereur. Voici ce que dit M. de Keratry : « Après un mois de direction mexicaine, l'empereur, désabusé, prit le .parti de confier à de meilleures mains la surveillance de son armée. Un général français fut mis à sa disposition; l'influence de M. Éloin l'emporta. Ce général — M. l'Hériller — rappelé en France, attendit vainement la décision de Maximilien, et fut forcé de partir après un mois de retard inutile. Le 5 mai, l'empereur se décida à investir de ce commandement le général autrichien, comte de Thun. » On verra par la suite de la correspondance impériale que l'empereur voulait envoyer seulement le général l'Hériller à Morelia pour faire la campagne du Michoacan. Pour faire cette campagne, l'empereur ne lui donnait que des Mexicains à commander et mille Belges; le général ne voulut pas partir sans avoir quelques Français avec lui ; le maréchal Bazaine se refusa constamment à lui donner même une compagnie de Français. Toute la négociation roula sur ce point, et c'est sur le refus du maréchal que le général l'Hériller se décida à rentrer en France au mois d'octobre ou de novembre. Je continue maintenant la lettre de l'empereur.

« Ce qui concerne d'autre part la communication du ministre de la guerre de France, je n'y comprends rien. Je n'ai fait faire aucune demande à l'égard d'une nouvelle position pour le général ï Héritier... Il y a quelques mois j'avais bien l'idée d'inviter Brincourt ou l'Hériller à s'occuper de l'organisation de l'armée mexicaine. Le roi de Suède m'avait recommandé Brincourt et pour l'Hériller, l'idée m'en était

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venue en le voyant à la besogne à Mexico... J'abandonnai complètement ma première idée ; je pris alors en vue le lieutenant-colonel Lajaille, le maréchal m'en dissuada également... Je suspendais donc toute démarche, et ce n'est qu'en voyage que je me décidais pour le comte de Thun qui a pris la tache à cœur avec un zèle louable. Thun est rempli des meilleures intentions et se propose, sur mon invitation, d'adopter tout ce qu'il y a d'excellent dans l'organisation militaire française. Il serait très fâcheux et ne pourrait avoir que des suites funestes si, dans ce moment, on déplaçait Thun de Puebla pour l'envoyer à Morelia.

« L'organisation de deux grands commandements militaires dans le nord de l'empire, me paraît au point de vue militaire une idée très heureuse... J'applaudis complètement à la nomination de Douay, — pour celui de S. Luis Potosi. — Ne pourrait-on pas mettre l'Héritier à Morelia, où son énergie et son entrain auraient un grand champ d'action? Le maréchal croit que la haute surveillance des affaires politiques et administratives devrait être également attribuée à ces officiers généraux. Ce dernier point est très délicat et tout à fait contraire aux vues de l'empereur Napoléon. Avant de me décider il faut que j'y pense mûrement, et en tous les cas je ne pourrais. pas sanctionner ce point essentiel sans avoir entendu le conseil des ministres. — Maximilien ».

L'empereur arriva à Puebla le 6 juin; l'impératrice partit de Mexico pour cette ville, dans la matinée de ce même jour, accompagnée de M me Pacheco, du général Almoute, du comte de Bombelles et du nouveau ministre de France, M. Dano. Leurs Majestés furent accueillies par la population avec un certain enthousiasme. Voici sur leur séjour à Puebla des détails donnés principalement par l'impératrice.

— « Puebla, 7 juin. — Je vous prie de faire mettre au Diario, dans la partie officielle, la réception de M. Dano qui a lieu aujourd'hui, avec les deux discours espagnols et les expressions usitées dans les cas précédents. La description du cérémonial n'est bonne qu'à consulter, il faut s'en tenir au

DISTOIRE DU MEXIQUE.

style ordinaire des audiences. Les discours français pourraient être insérés dans un article détaillé qu'on enverrait à LÈre Nouvelle. Les autres pièces sont à insérer dans la partie non officielle. C'est une description de mon voyage et deux dépêches télégraphiques. Nous sortons de dîner avec M. Dano, par une chaleur de 40 degrés et nous allons de ce pas au bal. L'empereur a porté la santé de l'empereur Napoléon III. M. Esteva est ministre de l'intérieur; l'évêque grand'croix de la Guadelupe. L'empereur est fort bien et satisfait de l'intérim à Mexico et de la magnifique réception faite ici. Une foule immense nous a acclamés au milieu des bouquets qui pleuvaient des balcons, les chevaux heurtaient les piétons; les piétons ont failli être écrasés sous les roues de la voiture. L'amiral Bosse n'a pas manqué d'être ici et figurera au quadrille d'honneur. On passe à Puebla la Fête- Dieu. — C. »

— « Puebla, 9 juin 1865. — Je suis enchanté que le maréchal soit de mon avis d'envoyer L'Hériller à Morélia. Il y fera très bien nos affaires. Quant à l'envoi de troupes de Puebla au Michoacan, j'y vois de grandes difficultés; il me paraît impossible de diminuer les garnisons sur la grande ligne de Vera-Crux à Mexico. C'est là toujours le point d'occupation le plus essentiel pour nous. Sur les troupes mexicaines en fonction, il n'y a pas à compter jusqu'à leur organisation définitive, le fait même de la réorganisation causant momentanément de grands mécontentements parmi les officiers et soldats mexicains

« Je m'occupe à présent dans le peu de moments libres que j'ai des modèles d'uniformes... Je vous renvoie le projet du ministre de la guerre relatif à l'occupation d'Acapulco. Je partage les idées du maréchal et de Peza. Il faudra disposer le nécessaire et me présenter le plus tôt possible un homme apte pour le commandement de cette entreprise urgente... Je viens de recevoir le rapport du général Garcia; il faudra tout de suite faire relâcher Tovar. Je crois que c'était une faute de l'avoir mis en prison. » — On l'avait dé-

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coré le 10 avril, on l'emprisonnait au mois de mai !— D'autant plus que ce général a donné lui-même sa démission que nous avons acceptée. — Maximilien. »

— « Puebla, 10 juin. — Je dois vous exprimer toute ma satisfaction pour la manière admirable dont vous vous acquittez des commissions : le Diaro vient d'arriver, et tout y est mieux que je ne vous l'avais dit. Du reste, règle générale, lorsque je vous charge de quelque chose, étant absente, c'est toujours subordonné aux améliorations que vous pourriez y faire, votre manière de voir étant en général très juste. Voici la copie d'un télégramme très aimable que je viens de recevoir de l'impératrice Eugénie. — A propos de la réception du grand cordon de l'ordre de San-Carlos. — Le préfet Franco me dit qu'il a adressé à Castillo, il y a huit jours, les propositions de secours pour les populations de Oajaca. Je vous prie, dans ce cas, de les envoyer ici.

« Nous avons été voir, hier, marquer des taureaux et Feliciano Rodriguez les a renversés à chaque reprise avec une grâce chevaleresque. Cela m'a beaucoup plu, moins les gentillesses du taureau qui a fait une large blessure au cheval de Flon et égratigné Uraga à la main d'un coup de corne. M. Dano continue à être l'objet de toutes les attentions : les finances restent dans le statu quo, on a écrit pour savoir s'il faut mettre les rubans rouges dans la catégorie des péchés mortels ou seulement véniels que la chancellerie peut absoudre. Bien que dans ce moment la garnison de Puebla ne soit pas française, le drapeau français flotte partout dans les rues à côté des couleurs nationales et belges, cela prouve un sentiment vrai dépourvu d'ostentation, qui m'a fait plaisir. L'empereur se porte bien. — C. »

Les rubans dont parle ici l'impératrice sont ceux de la médaille mexicaine instituée par l'empereur ; leur couleur rouge étant celle de la Légion d'honneur, il y eut entre Sa Majesté et le quartier général des divergences d'idées, assez drôles pour mériter une certaine attention. Le maréchal ne pouvait permettre le port de cette décoration à cause de la couleur

du ruban, et l'impératrice tenait beaucoup à la donner aux Français. Pour arriver à son but, elle chercha longtemps une couleur qui ne fût pas exactement celle du ruban de la Légion d'honneur. Dans une lettre au haut de laquelle elle colla cinq feuilles naturelles de géranium vermillon, rose, de fuchsia carmin et de rose Solferino, elle dit : « Je vous envoie ces échantillons naturels de rouge qui pourront vous aider dans la teinture du ruban. Comme ils datent de la création, époque où le sénatus-consulte qui créa la Légion d'honneur n'était pas encore prévu, peut-être ces couleurs-ci auraient-elles le privilège de l'antériorité et ne pourraient, par conséquent, être considérées comme un acte de disrespect envers cette respectable institution. — C. »

Dans une autre lettre Sa Majesté ajoute : « Voici également le nouveau ruban pour les médailles en regard de l'ancien; mais je trouve qu'il a du guignon, car ils se ressemblent toujours. » On la verra revenir sur ce même sujet dans d'autres lettres.

« Puebla, 13 juin. — Une cérémonie bien imposante a eu lieu ce matin, la bénédiction des drapeaux du corps autrichien, et je ne puis résister au désir de vous envoyer le discours que l'empereur a prononcé en allemand et eu français pour que vous le mettiez dans les archives du cabinet. Je crois en outre trop connaître vos sentiments envers l'empereur pour douter du plaisir que vous aurez à le lire. Ç'aété un moment grandiose que celui où l'empereur prenant ses couleurs des mains de l'évêque qui venait de les bénir, d'une voix émue et profondément vibrante prononça les paroles que je vous transmets. Les hommes de toutes les nations, hongrois, slaves, allemands, italiens, étaient comme électri* sés, et malgré cette rudesse presque froide qui les caractérise parfois, tous ont crié à ébranler l'église : «Vive notre empereur! » comme s'ils étaient tiers de l'avoir produit et d'aller le servir... Puis les croix et les médailles de Teznitlan et de Zacapoaxtla ont été distribués par l'empereur luimême. Les dernières ont eu le plus grand succès, et le

SECOND EMPIRE

ruban d'honneur ne déparerait ces poitrines-là. Après a eu lieu le serment au drapeau selon les vieilles formules autrichiennes...

« J'espère, que la nouvelle si complètement fausse donnée sur mon père qui est, Dieu merci, sauvé, a été dûment démentie. Jusqu'à présent, il n'y a que l'archevêque de Mexico qui l'ait crue. — C. »

— « Puebla, 14 juin. — Je vous écris encore ce soir pour exposer plus nettement ma pensée sur l'affaire du général L'Hériller... il serait désirable que cet arrangement fût fait tout de suite et avant notre retour. Les affaires qui traînent ne valent rien. Ou bien c'est faisable ou cela ne l'est pas. Si cela l'est, .vous vous couvrirez de gloire en obtenant ce qui doit être obtenu; si cela ne l'est pas, c'est une perte de paroles, de temps et de papier à lettre. Seulement, il faut placer la chose sur son véritable terrain; l'empereur n'a pas envie d'envoyer d'Autrichiens à Morelia, vous ne le persuaderez pas, et à mon sens il a raison. Pourquoi éparpiller les nationalités quand la division d'ici est bien assez vaste pour réclamer tout le monde? il s'agira donc, à ce que je crois, de troupes françaises, affaire à régler avec le maréchal. Si vous attendez que l'empereur revienne et qu'il en parle au maréchal, cela sera remis aux calendes grecques. L'empereur ne fera point de demande, le maréchal ne prendra pas de décision, voilà ce qui arrivera... Je crois aussi que vous devriez vous convaincre qu'une garnison française pour pacifier le Michoacan sera ce qu'il y aura de mieux, et votre conviction déteindra plus facilement que si vous ne parlez que pour l'acquit de votre conscience. — Ch. »

— « Je désire être tenue au courant si l'affaire du général L'Hériller est définitivement arrangée à la satisfaction de tous. L'empereur est fort désireux de le voir à Morelia... Mettez tout ce que je vous envoie d'intéressant sur Puebla dans le Diario. Les pauvres cangrejos — réactionnaires — ont cependant du bon, et tout libéral que soit l'empire, cela n'a pas diminué leurs sympathies, au contraire, ils semblent

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HISTOIRB DU MEXIQUE

vouloir dire, vous êtes toujours ceux que nous avons appelés et nous vous aimons tout de même. — G. »

— « Puebla, 15 juin 4865. — Je remercie vous et le cabinet de l'intérêt que vous avez pris à la santé de mon bien-aimé père; il est non seulement hors de danger, mais, encore, on espère que nous le conserverons pendant quelques années. Je ne sais où B... a vu qu'il n'y avait plus d'espoir, il a eu la berlue apparemment. Il n'est pas question non plus de transférer la capitale dans la cité des anges; mais que l'on s'y plaît est authentique. — C. »

— «Puebla, 18 juin 1865. — Vous aurez la bonté de dire en mon nom au ministre de la guerre qu'il fasse préparer l'ordre relatif au général L'Hériller et à sa position dans le Michoacan. Les dispositions que le maréchal a prises pour combattre énergiquement l'ennemi dans ce département faciliteront beaucoup la position de L'Hériller. L'envoi de troupes autrichiennes dans ce département est pour ce moment très difficile. Le général Thun, toujours prêt à obéir aveuglément aux ordres du maréchal, m'avait parlé immédiatement des ordres de ce dernier. Des objections graves m'ont déterminé à dire au général Thun qu'il explique au maréchal d'une manière détaillée les raisons qui rendent pour le moment impossible la diminution des troupes de la division militaire de Puebla. Ces raisons, en peu de mots, sont les suivantes : l'armistice conclu dans la Sierra a presque expiré; d'un autre côté, l'entrevue intéressante que j'ai eue à Jalapa avec le général dissident Ortega me donne l'espoir d'un arrangement complet. Vous comprenez donc facilement qu'on ne peut, dans ce moment, retirer de ce côté-là des troupes, surtout quand on a l'intention de les envoyer àMorelia.Ce dernier fait alarmerait la Sierra et ferait croire à nos ennemis que notre position militaire est plus mauvaise qu'elle ne l'est réellement... — Maximilien. »

— « Puebla, 19 juin 1865. — L'empereur m'a annoncé qu'il vous écrivait au sujet du général L'Hériller, et que les ordres étaient donnés au ministre de la guerre. Je ne saurais

SECOND EMPIRE

que me féliciter de voir cette affaire, commencée le 25 mars, c'est à dire il y a près de trois mois, enfin parvenue à une heureuse solution, meilleure qu'elle l'aurait été à cette époque. » — J'ai déjà dit que ce général, faute de troupes, dut se résigner à rentrer en France, et n'alla pas au Michoacan. — « Pour ce qui est des nationalités agglomérées, ne vous en tourmentez nullement, je ne prétends pas ériger cette pensée en axiome, et je me rappelais avant la réception de votre lettre que c'était le plus mauvais argument que je vous avais donné, le seul, du reste, car je crois que les autres étaient justes

« Le général Douay ne paraît pas encore, bien qu'ardemment attendu. M. Dano part demain, après avoir dansé un second quadrille d'honneur avec moi. Le bal donné par nous aux Poblanos — habitants de Puebla — a été splendide, toilettes, beautés, décoration de la salle, tout s'est surpassé; les cangrejos — réactionnaires — ont coudoyé les puros — républicains rouges — et tout ce monde a dansé gaîment, sans se faire prier, même M. S., seul de son espèce... Vous aurez, je suppose, sympathisé avec les dangers courus par le général Aurelle de Paladine dans l'abordage du Daim et de la Couronne: on avait aussi répandu le bruit que le Nonce avait sombré, mais cela ne s'est pas vérifié, physiquement du moins.

« Je trouve que Y Ère nouvelle de Mexico aurait pu se passer de faire le dénombrement des personnes mortes à Mexico de la fièvre jaune, puisque cela ne soulage personne et peut rendre d'autres malades de peur.

« Vous pouvez me proposer la somme que vous croyez qui pourrait être donnée à la sœur de l'officier assassiné à Morelia. Seulement, comme il faut faire la différence de la mort au champ d'honneur ou dans un guet-apens, je pense que cela ne pourrait être de la force d'une dot, mais uniquement d'un secours. Je suis toujours disposé à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour venir en aide à qui que ce soit de l'armée française, et à plus forte raison dans une circonstance comme celle-ci. — C. »

HISTOIRE DU MEÏIQUE.

— « Puebla, 22 juin 1865. — Je vous renvoie votre note sur les mariages militaires. Je suis d'avis qu'il faudrait exiger de chaque officier qui veut se marier, 6,000 piastres de cautionnement; il ne faut jamais protéger les mariages militaires et moins encore dans un pays où tout est si cher. Les mariages très fréquents des militaires créent un prolétariat affreux. J'en ai eu des preuves bien tristes en Autriche. — Maximilien. »

— « Mexico, 25 juin 1865. — Il faudra payer la somme de 5,000 piastres pour les travaux des fortifications de la capitale, mais j'espère bien que ces dépenses ne seront plus augmentées... Pour le général Cortez, le maréchal aura eu des raisons sérieuses pour le faire arrêter à Queretaro ; je le crois moi même un homme dangereux. A Puebla et à Mexico il a fait croire à beaucoup de personnes qu'il était l'ami intime du maréchal.

« Pour ce qui concerne Toledo et Corella, il faudra les mettre immédiatement en liberté et leur faire des excuses les plus complètes de la part de mon gouvernement, leur disant clairement et nettement que tout a été fait à notre insu. Cette arrestation est déplorable et d'autant plus désagréable que ces deux hommes ont été reçus par moi à Puebla et ont eu des instructions de ma part. Vous comprenez le triste effet qu'un acte de cette nature doit produire sur ces gens. Il sera peut-être bon que le préfet de Queretaro luimême reçoive l'ordre de leur faire ces excuses et de leur dire que l'empereur est personnellement extrêmement fâché de cet incident. Je crois que c'est le seul moyen de faire que ces gens ne perdent pas confiance dans la loyauté de leur souverain. — Maximilien. »

Dans toute la correspondance de l'empereur, on voit que Sa Majesté se froissait continuellement des actes d'autorité politique ordonnés par le maréchal Bazaine, surtout lorsqu'ils consistaient en mesures de rigueur contre les Mexicains. L'empereur professait un tel amour pour sa patrie adoptive qu'il en était devenu partial, aveugle, quelquefois

même injuste; il se faisait pourtant peu d'illusions sur la valeur morale des Mexicains, mais de même que l'enfant malade est souvent l'enfant préféré, il était toujours disposé à la faiblesse, à la confiance, vis-à-vis des Mexicains, au doute, à la méfiance vis-à-vis des étrangers. Celte manière d'envisager les hommes, dans les circonstances difficiles où se trouvait Sa Majesté n'était pas politique, et lui fut fatale, mais il semble qu'elle était noble et digne, au point de vue du sentiment national. Seulement, je l'ai dit, ce sentiment national le faisait parfois devenir crédule à l'extrême, et souvent injuste envers le quartier général. Ainsi, l'auteur delà Cour de Rome a publié la lettre suivante, sans doute, écrite en double, puisque je possède l'original, à moins qu'un indiscret n'ait pris à Mexico copie de cette lettre inspirée par des jalousies mexicaines, et dans laquelle l'exposition de la situation militaire faite par Sa Majesté est complètement inexacte. Voici cette lettre textuellement :

« Chapultepec, 29 juin 1865. — Je vous renvoie la pétition des commerçants de Guanajuato; aussi d'un autre côté, digne de foi, je reçois des nouvelles très alarmantes, il faudra tout de suite pourvoir à la sûreté de cette place importante. » — Elle n'était point menacée et des troupes de la légion étrangère l'occupaient encore ou la protégeaient. — « Si le moindre scandale arrive, j'en rends responsable le maréchal. Il faut le dire ouvertement, notre situation militaire est des plus mauvaises; Guanajuato et Guadalajara sont menacées; » — Guadalajara était parfaitement en sûreté et personne ne la menaçait; — « la ville de Morelia est entourée d'ennemis ; » — Mendez et le colonel Van der Smissen la défendaient; — « Acapulco est perdu et donne par son excellente position un chemin toujours ouvert pour alimenter la guerre et pour fournir l'ennemi d'hommes et d'armes ;Oajaca est presque dégarnie. » — Les Mexicains et les Autrichiens étaient chargés de sa défense. — « S. Luis Potosi est en danger; » — un fort détachement du 62 e de ligne mettait cette ville à l'abri de tout coup de main ; — « du nord ne viennent

pas de nouvelles, de manière que la position militaire est, je le répète, bien mauvaise, » — les généraux Escobedo et Negrete venaient d'être mis en fuite par les généraux Brincourt et Jeanningros à la Angostura, — « plus mauvaise que l'automne passé. On a perdu un temps précieux, on a ruiné le trésor public, on a ébranlé la confiance et tout cela parce qu'on a rompu le traité de Miramar, qu'on a fait croire à Paris que la guerre est glorieusement finie, que des immenses territoires plus grands que la France étaient redevenus calmes et paisibles. Donnant suite à ce rapport complètement faux, on a rappelé une grande quantité de troupes, voulant gagner ainsi l'opposition et on a laissé un chiffre insuffisant de soldats.

« D'un autre côté pour remplir un peu le vague, on nous fait dépenser des sommes immenses pour les mauvaises troupes auxiliaires, et de cette manière le pauvre pays doit payer des troupes françaises, qui n'existent pas, » — cela n'est pas exact, pendant toute l'année de 1865, le chiffre des rationnaires ayant été de 28,000 — « des hordes d'indigènes qui ne lui font que du mal, » — pourquoi ne pas leur avoir conservé les bons généraux qu'ils avaient? — « et en récompense de ces immenses sacrifices pécuniaires, nous voyons de tous les côtés les premières villes du pays, les centres de la richesse menacés par des troupes audacieuses qu'on se plaît à nommer « ladrones » mais qui montrent un talent militaire très remarquable, profitant immédiatement des grandes faiblesses de notre position.

« Dans tous ces points il y a deux questions sérieuses à régler : l'insuffisance des troupes et les sommes inouïes que cette lente et malheureuse guerre engloutit.

« Le point le plus brûlant pour le moment c'est d'assurer les grandes villes, la perte de Guanajuato serait un malheur irréparable, la prise de Morelia un scandale sans nom. A propos de Morelia, je me rappelle très bien les promesses qu'on m'avait faites l'automne passé, on parlait comme à présent de la saison des pluies, on disait qu'en hiver tout

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serait fait, on faisait mille promesses aux malheureuses populations, et il passe une année et nous voilà dans la même position déployable.

« J'enverrai à Guanajuato le ministre Robles, à Morelia j'irai moi-même avec l'Heriller si l'état de ma santé, passablement mauvais, me le permettra. — Maximilien. »

J'ai déjà fait ressortir les principales inexactitudes de cette lettre qui me prouve, comme les rapports de la contre-police de Sa Majesté, que l'Empereur était fort mal renseigné par ses agents. L'Empereur ne pouvait ignorer la situation dans laquelle Juarez avait laissé le Mexique et celle que Sa Majesté trouva lors de son entrée dans la capitale en 1864. Le général Almonte lui remit un rapport détaillé de tout ce qui avait été fait sous la régence et, puisque cette ligne de conduite avait métamorphosé le pays en moins d'un an, pourquoi le gouvernement impérial n'avait-il pas suivi cette même ligne? A qui devait-on donc attribuer la cause première de la situation de l'empire en 1865? Dans ce triste drame, chacun a sa part de responsabilité; il est du devoir de l'historien de laisser les événements à leur auteur responsable, et ne pas faire planer sur d'autres des accusations non méritées dans telle ou telle circonstance. Quant aux troupes mexicaines, elles ont montré fréquemment sous Santa-Anna et sous le général Woll ce qu'elles valaient, quand elles étaient bien commandées ; si l'on avait organisé l'armée nationale de la manière que j'ai indiquée plus haut, l'Empereur n'aurait pas eu à s'en plaindre comme il s'en plaignait à chaque instant.

« Chapultepec, 30 juin 1865. — Je vous renvoie la demande du général Parrodi. Je ne comprends pas de quelle troupe il s'agit. Je crains que ce soit de nouveau de ces malheureuses troupes auxiliaires qui ne sont bonnes à rieR et qu'il faut dissoudre aussitôt que possible. — Maximilien. »

—a Mexico, 1 er juillet 1865. — On n'a donné à Puebla que / 20 médailles de bronze. Je ne sais si les vingt-sept autres individus de la liste doivent en recevoir. Les renseignements

que j'ai demandés se bornent tout bonnement au nombre des médailles que la chancellerie doit encore distribuer, parce que je les fournis. Si je reçois la réponse à tout ce que j'ai demandé, tout sera éclairci. Je veux qu'il ne reste aucune médaille ancienne ou nouvelle sans diplôme ou insertion à l'annuaire, et aucun diplôme id. d'aucune époque sans médaille. Sans cela nous ne serons jamais au courant, et à force de réparer les omissions passées, on est exposé à en commettre de nouvelles, lorsque cela ne se fait pas en une fois.

« Je vois avec plaisir que le maréchal a accepté la distribution des médailles qui est la seule chose importante. La question de port subséquent est une affaire toute naturelle de règlement intérieur. Pourvu que l'empereur les leur mette à la boutonnière, on est libre d'en faire après ce qu'on voudra. De notre côté, les formalités sont remplies, le reste ne nous regarde pas. — C. »

— « Mexico, 6 juillet 1865. — Vous aurez la bonté de faire préparer, tout de suite, les décrets et les instructions nécessaires pour mettre en vigueur les deux grands commandements du nord et de me les faire soumettre, aussitôt que possible, pour approbation et signature... Vous remercierez les officiers mexicains qui ont fait et qui m'ont remis la traduction du règlement de la gendarmerie française. Vous me direz s'il faudra faire imprimer cette traduction. — Maximilien. »

— « Chapultepec, 9 juillet 1865. — Je verrai demain, lundi à onze heures, le généra* Zuloaga... Pour ce qui concerne les Belges, il faudra leur procurer tout ce que le service demande; je ne sais pas s'il y a encore de l'argent disponible en Belgique, je crois me rappeler que M. Eloin en a disposé pour des autres motifs.

« La liste des invitations militaires pour le bal du 10 a été faite au quartier général et a été remise directement parle maréchal à M. Mora, — grand-maître des cérémonies, — - il sera bon que vous parliez au grand-maître des cérémonies pour qu'un plus grand nombre soit invité.— Maximilien. »

SECOND EMPIRE

Ce dernier paragraphe répond à des plaintes faites par des officiers français qu'ils étaient peu invités aux soirées de la cour. La lettre suivante s'explique d'elle-même.

« Chapullepec, 19 juillet. — L'affaire des Polonais que vous signalez est sérieuse. Il y a déjà bien longtemps que j'ai vu avec mécontentement que le général Thun n'a pas de sympathies pour ces pauvres gens et qu'il est même injuste envers eux. Vous aurez la bonté de me transmettre tous les renseignements que vous aurez sur ce point délicat ». — Le général Thun n'aimait pas les Polonais qui se trouvaient dans sa brigade en grande quantité, et ne leur donnait aucun avancement.

« Si les renseignements sur le baron Tindal sont bons, il me paraîtrait utile de lui réserver un poste dans l'armée mexicaine », — on le fit colonel de la gendarmerie, — « et de lui faire connaître sa future destination. Les Hollandais sont ordinairement de bons et fidèles soldats. — Maximilien ».

— « Mexico, 20 juillet 1868. — J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les observations du major Lamarche et je les ai trouvées bonnes; il faudra choisir pour la gendarmerie des officiers aptes, d'un caractère ferme, et dévoués à leur devoir, sinon l'institution n'atteindra pas son but. On doit appeler le plus tôt possible les officiers proposés et reconnus comme aptes par la commission de révision pour remplir leurs obligations; le ministre de la guerre, par une circulaire et par le télégraphe, où cela sera possible, ordonnera, sans perdre de temps, d'envoyer dans la capitale le contingent de la gendarmerie de la brigade austro-belge et de l'armée mexicaine. Je désire que l'on mette des officiers français dans la gendarmerie impériale, qui deviendra, avec le temps, exclusivement mexicaine; pour cette raison, il n'y a besoin d'employer qu'une bonne partie, ou la moitié de ses officiers avec des officiers de la gendarmerie française.

« Une fois vérifiée la nomination des officiers de la brigade austro-belge, de l'armée mexicaine et du corps expé-

ditionnaire français, déclarés aptes par la commission organisatrice, on devra faire connaître les vacances au major Lamarche, afin qu'on puisse les remplir en demandant au gouvernement français des sujets auxquels ou ferait les avantages proposés par ledit major Lamarche.

« La gendarmerie impériale, pour répondre dignement à son but, devra se former avec les troupes étrangères présentes dans le pays et unies aux mexicaines qui se trouvent au service militaire. Considérant le nombre, elle sera d'un tiers de Français, d'autant de Mexicains et le reste d'austrobelges; on la complétera au moyen d'enrôlements faits en Europe, et l'a fondera de la manière la plus prompte, sans considération de nationalité dans son organisation, mais au contraire, les mêlant avec beaucoup de soin ; le service et les dangers communs serviront de lien pour former une étroite confraternité. » — Suivent des détails d'organisation inutiles à reproduire. — « Maximilien. »

A cette époque arriva la nouvelle d'une victoire des Belges commandés par le colonel Van der Smissen, et des Mexicains commandés par le colonel Mendez qui battirent les troupes dissidentes dans le Miehoacan. Les Belges, heureux d'avoir vengé une défaite récente dans cette même localité, ne parlèrent pas du concours que leur avaient prêté les Mexicains. Mendez, froissé, répondit au rapport du colonel Van der Smissen, par une lettre fort digne dans laquelle il révélait que la victoire était due, en grande partie, à ses soldats. La vérité se fit bientôt jour sur cette affaire qui devint fort grave et finit par aboutir à la démission en masse des officiers belges. Les lettres suivantes donnent à ce sujet des détails intéressants. »

« Chapultepec, 21, juillet. — Quand les rapports de Van der Smissen arriveront, vous aurez la bonté de me faire tout de suite les propositions de récompense. Van der Smissen lui-même recevra la croix de commandeur de la Guadalupe. Vous me préparerez une lettre que je veux adresser à Van der Smissen et dont il devra faire part à ses troupes.

SECOND EMPIRE. 303

Il faudra louer dans la lettre la valeur des troupes belges et mexicaines. La lettre devra être écrite dans les deux langues.

« Demandez au maréchal s'il croit sage qu'on rappelle tout de suite le général Parrodi, qui m'a été personnellement toujours peu sympathique. Dans le temps le maréchal l'avait assez protégé et ne voulait pas me donner raison quand je lui disais qu'il me paraissait très peu capable. Qui a étudié l'histoire du Mexique sait que Parrodi a été toujours très variable et ne péchait jamais par l'énergie. Dans le cas que le maréchal croie qu'on devrait le remplacer, il faudrait tout de suite proposer un autre. — Maximilien. »

— « Ghapultepec, 22 juillet 1865. — Je suis heureuse et fière que mes pauvres Belges aient enfin remporté une victoire de gros calibre et vengé leurs malheureux frères. L'empereur désire que dès que des détails assez circonstanciés seront parvenus au cabinet, on en fasse un rapport qui comme celui de Tacambaro pourra être publié dans les journaux belges... Si le rapport pouvait partir par le courrier américain du 25, ce serait une grande consolation en Belgique, car, en dépit de tout l'héroïsme et des services funèbres, tout le monde savait bien que la première affaire avait été rien moins qu'un succès. — C. »

— « Chapultepec, 22 juillet 4865. — L'échange des prisonniers belges devra se faire le plus tôt possible, en profitant de l'impression produite par le dernier fait d'armes.

« Je vois par les propositions faites pour une troupe d'Iguala qu'il y a malheureusement toujours encore des régiments auxiliaires qui devraient être depuis longtemps, d'après les propositions du maréchal et d'après mes ordres, dissous. Ce sont ces troupes auxiliaires qui ruinent la morale et les finances du pays. Nous payons une armée de vingt-huit mille hommes, nous avons, outre cela, huit mille Austro-Belges, ce qui fait un total de trente-siXjinille hommes ; c'est assez pour en finir avec les guérilleros et pour chasser Juarez. » — Quelle différence d'appréciation avec la lettre du 29 juin! — «Les auxiliaires sont la plaie du présent et de

l'avenir, c'est une horde de mauvais sujets qui ne font que piller et tourner casaque. J'insiste pour qu'on licencie ces troupes et qu'on ne fasse aucune nouvelle dépense pour elle.

« Je suis heureux d'apprendre qu'on a suivi mes ordres à Vera-Cruz et qu'on ne continue pas dans ce port des travaux de fortifications, pour le moment complètement inutiles. — Maximilien. »

— -« Mexico, 3 juillet.— Je vous envoie un rapport très intéressant, fait par une personne qui connaît très bien tout ce qui concerne le Michoacan et la question militaire de ce département; je ne sais comment nous pourrons appliquer ces propositions après la désagréable affaire de Van der Smissen. Mendez a militairement toute ma confiance, beaucoup plus que Van der Smissen, mais d'un autre côté la démission de ce dernier dans ce moment serait presque dangereuse. — Maximilien. »

— « Chapultepec,24juillet.— J'espère que Bombelles vousa tout expliqué et que vous êtes en train de faire un fort bel article pour demain. Il vous sera peut-être utile de connaître en outre la situation, chacun la fait à sa manière, que j'écris à mon père de ce qui s'est passé ce matin. Je vous la copie pour que vous y trouviez les paroles que je crois avoir dites à moins que la version de Bombelles ne soit mieux. » —

Lettre de l'impératrice Charlotte au roi Léopold :

« Le 81 e de ligne qui a fait la campagne de Michoacan « avec les Belges, est venu ce matin en entier à Chapultepec « Pour me féliciter de la victoire de Van der Smissen, et « m'a apporté un magnifique bouquet. Le colonel m'a fait « un charmant discours. Je n'ai répondu que ces mots : « Messieurs, je suis profondément touchée, je vous remer- « cie et je ne l'oublierai pas. J'ai passé devant le front des « troupes en parlant à la plupart des officiers et à plu- « sieurs soldats, puis le régiment a défilé aux cris de vive « l'empereur, vive l'impératrice. Ils étaient superbes, avec « leur air martial , leurs pantalons rouges, couvre-nuques « et guêtres blanches. »

« A vous dire vrai, la vue de tout régiment français me cause un battement de cœur indéfinissable et je ne sais quel sentiment de consanguinité. Les drapeaux troués qui sont restés parmi les premiers souvenirs de mon existence, produisent sur moi une sensation que je ne saurais dire. C'est de l'affection, de l'admiration, le tout ensemble, mais tout en la retenant, car que suis-je pour ces hommes-là qui me sont tant? — C. »

— «Chapultepee,28 juillet 1865.— Vous voudrez bien faire expédier les trois exemplaires ci-joints de la revue de YÈre nouvelle, à l'adresse de mon père, de mon frère le comte de Flandre et de l'impératrice Eugénie, je garde le quatrième. » — Cette revue donnait le compte-rendu de la victoire des Belges et de l'affaire du 81 e de ligne. — « Je vous prie également de remettre à l'employé qui ferme les paquets les deux lettres signées pour qu'elles puissent partir demain. Enfin je vous recommande de vous informer de ce qui arrive aux lettres de Ramirez quand elles passent par le cabinet ; vous feriez bien de réprimander l'employé, car voilà la seconde fois que cela arrive. Toute lettre d'un ministre envoyée au cabinet devrait être expédiée de suite par une ordonnance et ne pas être laissée jusqu'au paquet du soir. L'empereur a dit à Ramirez que le désordre était dans son ministère et non ailleurs, mais il serait tout de même désirable que ces retards fussent évités à l'avenir. — C. »

— « Chapultepec, 6 août 1865. — Je viens de lire non sans enthousiasme le rapport de Van der Smissen qui ne manque pas de nerf, et s'il est un peu enivré lui-même de son succès, je crois que c'est ce qui arrive à tout le monde pour une première action gagnée. Il est possible, du reste, que le colonel Mendez ait eu part à la prise de la batterie, j'espère qu'en ce cas on le proposera aussi pour quelque distinction. Je crois qu'il serait fort bien que ce rapport pût paraître ici dans les journaux si le maréchal n'y voit pas d'opposition. Il faut penser combien cela relèverait les Belges aux yeux du pays, car tout le monde, à commencer par moi, avions pensé

qu'ils étaient plutôt l'espérance de l'avenir que d'une grande solidité pour le présent. L'amour-propre est pour beaucoup dans la bravoure en général, ainsi il me semble qu'un encouragement de ce genre ne saurait être déplacé. J'approuve complètement que vous expédiez, en outre, le rapport au général Chazal. Vander Smissen, après tout, n'est pas si mal, car à part les faits qui parlent en sa faveur, le siyle aussi est bon et indique une certaine clarté d'esprit; avec le temps il se formera peut-être très bien. » — De nouveau succès l'ont prouvé.

« Quant aux innombrables autres affaires dont j'ai à vous parler, ne vous ayant pas trouvé hier, je commence par répondre à celles que le cabinet m'envoie : 1° Affaire Barreira... Je crois qu'il a son titre au grand-livre de la dette intérieure; il ne faut pas au Mexique aspirer à davantage. Une somme de cinquante-huit mille piastres, quand il y a des crédits, sans doute beaucoup meilleurs qui dorment dans les cartons, ne me paraît pas une bagatelle... 2° L'affaire J., par exemple, c'est une honte que le ministre des finances n'ait encore rien répondu, et il mériterait d'être destitué, parce que un oui ou un non, on le doit à tout le monde et surtout quand leur existencé en dépend... M. Castillo m'a dit que cet Anglais était un fort honnête homme, en plus, c'est un homme qui a beaucoup travaillé, ce que tous les fils de l'Anahuac ne font pas... — C. »

— « Chapultepec, 8 août 1865. — Je vous prie de faire mettre dans le Diario d'aujourd'hui ce qui suit : « S. M. l'impératrice, désirant faire un présent à la ville de Mexico, vient d'annoncer au préfet municipal, sa résolution de se charger des travaux d'embellissement de l'Alameda qui seront supportés sur sa cassette privée et dont elle prendra elle-même la direction. » Cela doit être inséré naturellement dans la partie non officielle et en tète, s'il n'y a aucune nouvelle regardant l'empereur dans le même numéro. -- Ch. »

Si M. de Keratry eût eu connaissance de cette lettre, il n'aurait pas dit, sans appuyer son assertion d'aucune preuve,

SECOND EMPIRE

que les embellissements de Mexico et de Chapultepec ruinaient les finances mexicaines. La bourse de Leurs Majestés et celle de la municipalité de Mexico n'avaient rien de commun avec le trésor public.

« Mexico, 10 avril 1865. — Je n'accepte sous aucun prétexte la démission de Van der Smissen ; je ne sais comment s'est passée toute cette affaire... Le départ de Van der Smissen serait fatal en ce moment à tout le corps belge... Je vous envoie la lettre de Mendez qui m'a beaucoup plu ; on peut préparer les décrets et dispositions qu'il propose. Je désirerais savoir quels sont les cinq Américains auxquels j'ai donné audience hier et si je peux les inviter à dîner. — Maximilien. »

— « Chapultepec, 12 août 1865. — Le projet du maréchal sur la gendarmerie et la garde municipale me paraît très bon, excepté le point de mettre — le général — Lamadrid sous les ordres de Tindal qu'on ne connaît pas encore assez et qui ne sait pas le castillan ; je crois qu'il serait très offensant pour Lamadrid de se trouver sous les ordres d'un lieutenant-colonel. Il faudra préparer en castillan les décrets relatifs à la garde municipale. — Maximilien. »

— « Chapultepec, 17 août 1865. — ... J'ai vu avec plaisir que le nombre des troupes françaises allait augmenter ; c'était de toute nécessité pour améliorer la situation militaire et faire sortir au plus tôt du territoire national le gouvernement de Juarez.

« Que ce fait soit nécessaire, les correspondances de Washington et de New- York me le prouvent. Le gouvernement des États-Unis est assez bien disposé ; il reçoit déjà mes agents avec amabilité et encouragement, mais faisant toujours la craintive question : « Juarez est-il parti? » Les 3,000 hommes — auxiliaires demandés pour la frontière du nord — nécessaires pourront être payés par le gouvernement mexicain, mais ce gouvernement se rappellera toujours que le maréchal, avec ses étranges renvois de troupe a créé cette triste situation et que ce n'est pas le gouvernement

mexicain qui a rompu le traité de Miramar. » — Cette lettre, on le voit, contredit celle du 22 juillet, dans laquelle l'empereurreconnaissait avoir 36,000 hommes français et austrobelges à sa disposition, chiffre suffisant pour chasser Juarez. Ces coniradictions étaient malheureusement trop fréquentes chez l'empereur; aussi ne pouvait-on pas se reposer sûrement sur sa parole ; c'est pénible à dire, mais toute sa correspondance le prouve.

« Le Mexique a payé régulièrement toutes les sommes . dues à la France, il a payé, en outre, les troupes auxiliaires, à cause de la diminution des troupes françaises. Le gouvernement français ne peut pas en dire autant puisqu'il s'était obligé par les traités les plus solennels à maintenir pendant toute cette année 28,000 hommes de troupes françaises dans notre pays. » — Le 22 juillet, l'empereur lui-même, avouait dans sa lettrecitée plus hautque ce nombre de 28,000 hommes existait! — « Le plan de campagne — accompagnant cette lettre — au Michoacan a été fait par un des meilleurs nul i taires du pays, le maréchal en a fait mille fois les éloges mérités... Le ministre de la guerre propose de donner la direction de cette campagne au colonel Mendez qui est aussi de Morelia, et par conséquent, connaît très bien le pays.

« Ce même militaire a fait pendant plusieurs années la guerre dans ce pays, et dit que la saison des pluies n'empêchera pas l'exécution des mouvements; il faut remarquer qu'au point de vue moral c'est le meilleur moment à cause de la démoralisation complète survenue par le dernier coup porté, à Tacambaro, aux forces d'Arteaga; il serait sage de ne pas laisser encore aux dissidents le temps de se remettre et de nous voir ensuite obligés à donner de brillantes batailles ou faire des sièges très coûteux... Je ne compte pas sur les promesses pour le mois de novembre, puisque les mêmes m'ont été faites Tannée dernière... Les coups dans ce pays doivent être prompts, profitant toujours de la démoralisation, et elle règne en ce moment au Michoacau. — Maximilien. »

SECOND EMPIRE. 309

— « Mexico, i er septembre 1865. — J'ai ajouté une note au projet de décret concernant le maréchal, mais je suis en train de réfléchir que ce n'est pas assez et que l'occasion est trop favorable pour ne pas préciser plus clairement les facultés de part et d'autre. Il ne suffit pas de « rendre compte, » il faudrait ce me semble qu'une fois établi, ce qui est d'incontestable justice, que rien ne peut se faire sans le consentement du maréchal, il serait nécessaire d'y superposer l'autorisation de l'empereur donnant force de loi à ce consentement, en principe pour tous les cas et spécialement lorsqu'il s'agit d'opérations mixtes ou purement mexicaines. Le maréchal serait le maître puisque rien ne peut se faire, même de la part des troupes au service du Mexique, sans son consentement, et l'empereur le serait aussi dans une sphère plus élevée, puisqu'on en référerait à lui pour valider toutes les décisions. Il va sans dire que c'est plutôt une affaire de forme et de hiérarchie, cela n'entraverait pas le maréchal, ce serait l'extrémité de la pyramide et éviterait beaucoup de froissements entre les deux sphères d'action qui s'enchâsseraient au lieu de se contrarier. Ce serait une satisfaction de dignité pour l'empereur, un gage de franchise donné des deux côtés aux relations mutuelles et c'est selon moi la seule manière de rédiger le décret qui par sa nature est un « compromis. »

« Si au lieu de cela, on donne tout à l'un et rien à l'autre, c'est créer un État dans l'État, ce qui est inadmissible même quand c'est une armée et qui, dans la pratique produit des fronderies et des mauvaises humeurs, car les hommes sont plus disposés à dépasser leurs facultés qu'à les restreindre. Je crois donc que par l'énonciation des attributions des deux pouvoirs qui doivent agir en harmonie, vous rendrez un grand service aux deux assertions que vous avez toujours cherché à concilier, avec tant de constance et de tact. — Ch. »

A côté de cette lettre, si remarquable par l'élévation des idées et la justesse des aperçus, je dois en citer d'autres, n'ayant aucun rapport même indirect avec la question milir

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