‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 10 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

çais qui se trouvaient engagés dans l'emprunt émis sous Miramon, préoccupait fort peu Sa Majesté. Quant aux réclamations françaises, proprement dites, ces lettres prouvent au contraire que l'empereur désirait les régler au plus tôt, et que nos agents, aussi bien que les ministres mexicains, ne répondaient pas à l'impatience de Sa Majesté pour résoudre cette question.

Dans la correspondance impériale je trouve un brouillon de lettre, presque indéchiffrable, sans date, et dont voici la teneur :

« Mon cher ministre Ramirez. — En raison de la situation particulière de la France vis-à-vis du Mexique et des relations plus étroites d'amitié qui doivent exister par suite entre les deux pays, je désire que la question dés réclamations présentées par des sujets de S. M. l'empereur Napoléon, pour préjudices subis antérieurement , soit réglée dans le plus bref délai. Pour atteindre ce but j'ai décidé qu'une commission spéciale serait immédiatement formée et qu'elle comprendrait : MM. Bonifacio Gutierrez qui a déjà fait partie d'une commission mixte chargée d'un travail analogue; Martin Castillo ex- sous-secrétaire d'État aux finances... EIguero conseiller d'État.

« Cette commission se livrera immédiatement à l'examen de la question desdites réclamations ; elle devra me présenter, dans un délai de huit jours, ses conclusions avec son dictamen — décision — sur la manière de régler définitivement l alîaire pendante. Je compte sur votre zèle et votre activité pour assurer, sans retard, l'exécution de ces dispositions. »

Dans une note historique, rédigée par ordre de Maximilien I er , et qui accompagnait une note secrète sur nos opérations militaires, destinée à être communiquée à l'empereur Napoléon, Sa Majesté démentait le bruit accrédité que le gouvernement mexicain payait les créanciers anglais et ne payait pas les créanciers français. Cette note n'a pas de date, mais elle doit être de fin février 1865. — La question

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du règlement des indemnités, est-il dit dans ce document, serait terminée depuis longtemps, si elle avait été entamée et traitée par tout autre — que M. de Montholon — ce qui explique pourquoi M. Hidalgo a été chargé de terminer cette affaire avec le ministre des affaires étrangères à Paris. Il importe à ce sujet de redresser une erreur qu'on persiste à faire prévaloir comme un des principaux arguments. Jusqu'ici le règlement des indemnités réclamées par les Anglais n'a pas été entamé, il est donc erroné de persister à prétendre qu'on a accordé aux Aglais le 6 % réclamé par la France... Les Anglais avaient des conventions solennelles, les unes sanctionnées par le pouvoir législatif, les autres autorisées par sentences judiciaires et quelques-unes rapportant 12 % d'intérêt. Ces créances privilégiées furent réglées de nouveau en 1861, avec le ministre de S. M. Britannique, elles devaient porter un intérêt de 3 % avec 5 d'amortissement pendant les quatre premières années, et de la cinquième en avant 4 % d'intérêt et 5 d'amortissement, avec la condition que si cette convention n'était pas exactement exécutée, les créanciers rentreraient dans leurs anciens droits.

« Les révolutions continuelles souffertes par le pays empêchèrent d'exécuter cette convention, de sorte que les créanciers réclamèrent leurs anciens droits. La gravité de cette situation obligea le gouvernement de faire de nouveaux arrangements, en vertu desquels on changea le précédent système de paiement, supprimant la quantité désignée pour l'amortissement et donnant en compensation un intérêt de 6 % à tout droit de douane. Telle est l'origine de cette quote-part.

« Il suffit de ce simple renseignement pour comprendre l'exactitude avec laquelle on a dit qu'il n'y avait aucune comparaison à établir entre les créanciers anglais et les français pour les assimiler. »

On sait que M. Fould envoya M. Bonnefond à Mexico diriger les finances du Mexique ou du moins établir un budget

qui devait régler les bases financières du pays et mettre un peu d'ordre dans l'administration. L'empereur, se méfiant des idées préconçues de nos financiers, lui commanda, dès son arrivée, uu budget provisoire; mais soit à cause de l'état de santé de M. Bonnefond, soit à cause du terrain nouveau qu'il avait à défricher, ce travail n'arrivait pas. L'impératrice, qui gouvernait alors en qualité de régente pendant l'absence de l'empereur, s'impatientait de ces retards et son impatience était d'autant plus légitime qu'on mettait ces retards sur le compte de Leurs Majestés. Cf^s détails devaient précéder la publication des lettres suivantes qui prouvent que le souverain du Mexique n'était pas mieux secondé que l'empereur Napoléon, dans la noble tâche de consolider le nouvel empire.

« Hacienda de Jalapilla, 17 mai 1865. — L'impératrice fait très bien d'exiger de M. Bonnefonds le travail sur le budget provisoire, puisque ce travail lui fut recommandé le lendemain de son arrivée, et qu'on lui en remit les travaux préparatoires les plus détaillés. Ce qui est à présent la plus grande nécessité c'est de savoir le chiffre exact des sommes que le maréchal veut encore dépenser en évolutions et travaux militaires, parce que c'est toujours là la grande dépense... La promenade d'Oajaca l'a bien montré.

« Il sera de même très nécessaire de se mettre en rapport avec le général Thun pour savoir la somme nette qu'il lui faudra pour les troupes volontaires et l'organisation de la brigade mexicaine. J'ai engagé les ministres, il y a bien trois mois, à me faire chacun un aperçu détaillé des dépenses extraordinaires absolument nécessaires dans leurs départements; dites cela à l'impératrice pour qu'elle puisse demander en mon nom ce travail aux ministres.

« Il me serait très agréable si le budget provisoire, ces aperçus des ministres et tout ce qui a rapport au budget pourraient m'être envoyés à Jalapa où j'aurais peut-être quelques jours de repos et de bon travail. — Maximilien. »

— « Perote, 3 juin 1865. —Je déplore l'état de santé de ce

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pauvre Bonnefonds. Dites-lui bien des amitiés de ma part et tout l'intérêt que je prends à sa santé. Il sera bon de ne pas écrire en Europe pour demander une nouvelle capacité financière avant que je n'en parle à M. Dano qui viendra probablement me voir à Puebla. — Maximilien. »

— « Puebla, 18 juin 1865. —Avant-hier j'ai donné l'ordre de publier dans le Diario l'acte de concession de la banque, en omettant toujours, d'après le conseil de M. Bonnefonds. le dernier paragraphe. Il est de toute nécessité que ce pauvre Bonnefonds remette tout à fait les affaires à M. Campillo. Son état moral ne peut nous donner les garanties nécessaires dans un branche si délicate comme celle des finances. Je travaille assidûment pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos, et je dois dorénavant insister avec toute énergie qu'on n'envoie plus' de créance ni de traite sur l'emprunt sans m'envoyer avant à moi personnellement, tous tes comptes détaillés. En récapitulant les allai res financières, je vois plus que jamais que ce n'est que le ministère de la guerre et la guerre qui dévorent tous nos fonds avec une rapidité effrayante et sans le moindre contrôle. Gela doit finir le plus tôt possible.

« Il n'y aura plus personne dans l'État que moi, qui décidera des finances. C'est moi qui suis dorénavant le ministre des finances au Mexique, et personne autre ne pourra à l'avenir se mêler dans ces affaires. C'est malheureusement la seule branche, dans l'État, dans laquelle on n'a fait aucun pas depuis mon règne. J'ai eu beaucoup de patience jusqu'à présent, mais je n'en aurai plus, et je l'ai écrit à l'empereur Napoléon pour le calmer.

« Puisque nous parlons d'argent et de dépenses, je dois remarquer que le crédit demandé pour les fortifications de S. Luis Potosi est énorme. J'en ai parlé à Dano, qui prêche l'économie comme tous ceux qui viennent d'Europe. Je crois que notre situation avec nos grands voisins est tellement en train de s'améliorer que cetie terrible dépense ne paraît pas pour le moment indispensable. Dans tous les cas, nous

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n'avons pas malheureusement l'argent pour la payer. — Maximilieu. »

« Puebla, 19 juin 1865. — Je ne comprends pas bien comment M. Rolland puisse se plaindre, » — des entraves mises par les ministres aux fonctions des agents financiers français, —« comme le fait de même ici M. Le Beaume; ces deux fonctionnaires doivent cependant savoir que M. Bonnefonds a déjà— depuis — trois mois, la haute direction des finances mexicaines en main, et que M. Campillo, que personne ne connaissait, a été inventé par lui. Si M. Bonnefonds n'a rien fait et n'a pas su diriger ses agents, ce n'est certes pas la faute du gouvernement mexicain. — Maximilieu. »

Un mois après cette lettre, le décret sur la Banque n'était poiut publié, M. Ramirez laissait le décret dans ses cartons. « Je ne comprends pas, écrivait Sa Majesté le 16 juillet, la raison pour laquelle on n'a pas encore publié les statuts de la Banque. Vous prendrez des renseignements là-dessus, du résultat desquels vous me ferez part. » Ce n'était pas le seul décret qui devait rester à l'état de lettre morte; on en verra bien d'autres; l'Empereur lui-même ne paraissait pas toujours attacher beaucoup d'importance à l'exécution de ses décrets. Le 15 mai, il avait concédé à M. Gourcillon l'autorisation d'établir un service de voitures accélérées, sous le nom d'Express de l'empire mexicain, pour transporter les voyageurs et les marchandises de la capitale aux deux océans. Le matériel à introduire devait être exempt de droits de douanes. Par cette concession, le gouvernement jouissait d'un rabais de 10 % sur ses transports particuliers; mais je crois qu'il devait subventionner provisoirement la compagnie, car, dans une lettre datée de Mexico, 9 juillet 1865, l'Empereur dit :

« Je viens de parler avec le ministre Ramirez, sur l'affaire Courcillon. Nous sommes tous les deux d'accord que ni l'État ni la liste civile disposent dans ce moment d'assez de fonds pour faire les dépenses proposées par cet agent. Je crois qu'il faudra le laisser partir en le congédiant d'une manière

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très aimable et en lui donnant l'espoir d'utiliser ses services plus tard, le priant de nous donner des nouvelles suivies sur l'état des choses en Amérique... » — Maximilien.

Au mois d'août, les réclamations françaises n'étaient point réglées; M. Langlais n'était pas encore arrivé pour remplacer M. Bonnefons.dontla santé avait été fortement ébranlée. Notre légation dirigeait l'arrangement de cette affaire remise entre les mains d'une commission française; mais la diplomatie embrouille les questions et les envenime plus souvent qu'elle ne les arrange. On sait déjà que les prétentions de nos nationaux furent limitées à quarante millions par notre gouvernement; dans le document de la commission qui demandait un chiffre supérieur à celui-ci, il s'y trouvait des vues que l'empereur du Mexique apprécia de la manière suivante :

« Pachuca, le 28 août 1865. — J'ai lu très attentivement le travail que vous m'avez envoyé, fait parla commission française des réclamations. C'est sans doute un travail très diplomatique qui dit à la fois beaucoup et rien du tout, et qui tend à un principe complètement ruineux pour ma patrie. On voit intercalé, avec beaucoup de finesse dans ce travail, une phrase qui parle des réclamations futures qui pourraient arriver des points éloignés du pays. Dans cette phrase se trouve un avertissement pour le pauvre trésor mexicain, et un principe que je considère des plus injustes, parce qu'il nous obligerait un jour à payer les dommagées causés par la guerre lente actuelle.

« Quand on connaît l'esprit qui règne dans les provinces occupées par les juaristes; quand on voit des villes et des districts pris et repris par l'un et l'autre parti, on peut se faire une idée de ce qui se passera.

« On nous rend responsable des faits commis par le gouvernement de Juarez qui n'est pas reconnu... cela me paraît impossible et entièrement contraire aux vues justes et loyales de mon noble ami l'empereur Napoléon. S'il était ici, il serait le premier à me donner raison. De toutes manières il

sera nécessaire que ce travail passe par le canal officiel et que le fait d'avoir été lu par moi soit secret, ne pouvant être d'aucune conséquence pour les personnes qui doivent s'en occuper officiellement et auxquelles incombent ces sortes d'affaires. — Maximilien. »

Voici ce qu'écrivait l'impératrice sur ce même sujet : — « Mexico, le 30 avril 1865. — A la suite de notre conversation d'hier, j'ai pris la résolution de ne plus entamer le sujet des indemnités, et je vous prie, de votre côté, de faire de même. Vos sentiments sont français, les miens n'en sont pas loin, et ne pouvant aider ni vous ni moi à une solution, le mieux est de laisser cette affaire tranquille. Si, Française aux trois quarts par le fait, je le suis encore plus par le cœur, mon devoir est avec le Mexique, entre le cœur et le devoir, on fait mieux de se taire ; d'autant plus que quelque disposition que prenne l'empereur, elle sera toujours d'accord avec ce qu'il y a de plus généreux envers le souverain et le pays qui sont nos alliés les plus chers... Je suis donc d'avis que si vous m'en croyez, il sera préférable de laisser entièrement à cette affaire le chemin diplomatique où l'insistance est naturelle et où chacun reste dans le rôle qui lui est propre. — Charlotte. »

Une lettre de M. Bourdillon, agent financier anglais, envoyé à Paris par l'empereur pour l'emprunt, annonce à Sa Majesté le prochain départ de M. Langlais, homme intègre, travailleur infatigable et d'une capacité réelle en matières de finances. Le Mexique avait donc l'espérance de voir régulariser la question financière par un homme vraiment capable, honnête et dévoué à la tache qu'il allait entreprendre. J'ai tout lieu de croire que l'empereur Maximilien ne l'avait point demandé, et que l'impératrice Charlotte avait écrit à l'impératrice Eugénie pour la prier de faire nommer un homme de premier mérite pour remplir au Mexique les fonctions de ministre des finances. Le choix était parfait et l'empereur Maximilien l'accepta. Il traduisit la lettre de M. Bourdillon et l'envoya au cabinet. C'est à ce titre que j'en cite

les extraits suivants, ainsi que pour rectifier certaines inexactitudes publiées à propos de la nomination de ce personnage.

« — J'ai l'honneur d'apprendre à Votre Majesté que j'ai eu hier — 30 août — avec MM. Germiny et Sapia, une longue conférence avec M. Langlais qui était arrivé la veille de Fontainebleau. Je ne puis pas me former une opinion exacte d'un homme que je connais depuis si peu de temps, et qui a été appelé avec la sanction de Votre Majesté à la position de ministre des finances, mais je tiens à signifier que ma première impression a été très favorable; il paraît très pratique et connaît déjà les difficultés de sa charge; il semble très déterminé à les surmonter et à mener à bonne fin sa mission.

« Son principal but est de rendre le Mexique, aussi indépendant que possible par l'institution d'un budget, dans lequel les recettes et les dépenses seront presque égales, et, considérant les ressources du pays, il croit y arriver par l'adoption d'un système d'impôt analogue à celui qui est déjà établi dans d'autres pays civilisés. Comme j'ai toujours été de cette opinion, je lui ai donné tous les encouragements possibles, mettant à sa disposition tous les faits et toutes les informations que j'avais obtenus pendant mon séjour dans le pays.

« M. Langlais considère que la création d'une banque nationale est de la plus grande importance et il a été peiné de voir que jusqu'à présent les personnes qui ont reçu la concession n'ont fait aucun pas pour l'exécuter; mais il s'est calmé lorsque M. Sapia lui a dit que, dans le cas où ces messieurs ne voudraient pas remplir leurs engagements, M. Pinard, du comptoir d'escompte, établirait la banque avec ou sans eux. Il m'a été demandé si Votre Majesté voulait, à présent, accepter d'autres personnes à la place de ceux qui ont obtenu la concession et si je pouvais m'engager pour Votre Majesté? rai répondu seulement que le 16 octobre finissait les dix -huit mois — accordés pour l'établissement de la

banque — et que je considérais le gouvernement mexicain libre d'agir de la manière dont il voudrait, et j'ai caractérisé par des paroles énergiques la conduite des personnes qui faisaient un contrat solennel et ne l'exécutaient pas... — Bourdillon. »

Ce n'était pas seulement la Banque nationale qui ne trouvait pas à s'établir au Mexique, soit par la faute des concessionnaires, soit par la mauvaise volonté des ministres; l'institution du Crédit mobilier demandée par M. Bouiuguet, rencontrait une vive opposition dans M. Éloin et M. César, sous- sécréta ire d'État des finances. M. César comparant les sociétés financières aux établissements de débits d'articles de première nécessité ne voulait accorder aucun privilège à la société représentée par M. Bouiuguet. Dans ses lettres, ce dernier explique minutieusement toutes les démarches qu'il avait faites et les conversations qu'il eut avec MM. Éloin et César qui firent échouer cette entreprise à laquelle l'empereur s'intéressait.

« Je suis arrivé à Mexico, écrivait le 4 octobre M. Bouiuguet dans une lettre qui devait passer sous les yeux de Sa Majesté, le 1 er janvier, porteur d'une proposition utile pour le Mexique, que je venais présenter sous sa forme la plus simple, puisque je l'appuyais sur le précédent d'une institution semblable qui a donné de si admirables résultats en Europe.

« Le 1S janvier, je vis M. Éloin, chez qui je rencontrai dès ses premières paroles une opposition, immotivée de parti pris. Des démarches réitérées de ma part demeurèrent impuissantes, non pas seulement à le convaincre, mais même à m'ouvrir la chance de voir ma proposition examinée sérieusement. Après trois mois d'efforts infructueux et d'espérances déçues, je dus reconnaître que j'avais devant moi un obstacle insurmontable qui ne me permettait même pas d'arriver jusqu'à Sa Majesté... — Bouiuguet. »

Le vomito seul empêcha cet agent de partir; il renouvela ses démarches aussitôt après le départ de M. Éloin pour

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l'Europe; elles furent bien accueillies par le chef du cabinet et par l'empereur, mais elles échouèrent devant la résistance inhabile de M. César et le retour de M. Éloin qui dit à M. Bouluguet : « Je saurais bien empêcher l'affaire de se conclure. »

Le décret concernant l'adoption du système métrique pour les poids et les mesures eut un sort semblable à celui de la banque et à l'affaire du Crédit mobilier. Cinq compagnies tirent leurs soumissions pour obtenir l'adjudication de cette entreprise; trois furent écartées comme n'offrant pas des garanties suffisantes ou des propositions acceptables. Les deux soumissions faites, l'une par la compagnie Heit et l'autre par M. Davalos furent l'objet d'un rapport. Le conseil des ministres, dirigé par l'empereur accepta les propositions de M. Heit, et Sa Majesté signa le décret de concession. Avant qu'il parût dans le journal officiel, M. Ramirez, ministre des affaires étrangères, y fit opposition ; M. Robles, ministre des travaux publics, déclara que la signature de Sa Majesté ne signifiait rien sans celle des ministres et mit le décret au panier. Les ministres en firent une question de convenance, et envoyèrent à ce sujet un rapport de douze pages à Sa Majesté qui l'envoya au chef du cabinet en demandant pourquoi le décret ne paraissait pas.

Le chef du cabinet militaire, chargé provisoirement du cabinet civil, répondit à l'Empereur : « Une loi signée par Sû Majesté , et dont l'exécution est recommandée à tous les ministres, ne peut être envoyée qu'au ministre d'Etat, Il n'y a point d'explications à donner, point de rhétorique à faire; c'est une simple transmission, constatant la sortie du cabinet d'un document important... Toutes les arguties contenues dans ce factum de douze pages constatent une fois de plus la tendance générale des ministres à conserver le droit de veto vis-à-vis des actes du souverain... C'est par suite d'une étude faite... sur l'ordre de l'Empereur et après un examen long et attentif de Leurs Majestés, que le décret des poids et mesures a été donné et transmis simplement ensuite pour exécution au ministre d'État.

BISTOIRR DU MEXIQUE.

« La lettre de M. le ministre des affaires étrangères, chargé du ministère d'État, dit qu'il profite de la faculté accordée par Sa Majesté aux ministres. Cette faculté ne doit pas l'autoriser à écrire une lettre peu convenable, ni enlever à l'Empereur le droit de faire traiter par son cabinet une affaire étrangère à la milice. Enfin, elle ne peut permettre à un ministre d'État de réserver sa compétence, de discuter les ordres de l'Empereur et de refuser de publier une loi portant la signature du souverain. — G. Loysel. »

Le ministre nomma, sur l'instance de Sa Majesté, une commission de trois personnes pour examiner de nouveau les projets, mit également au panier le rapport de cette commission, favorable a la maison Heit, qui était française, et donna l'entreprise à un Mexicain, M. Davolos, qui demandait 12 % de plus que son compétiteur, le privilège pour vingt ans, c'est à dire pour une durée -double de celui demandé par M. Heit, et n'exécuta pas son contrat.

Le même jour où l'Empereur demandait pourquoi son décret n'était pas publié, l'Impératrice faisait une demande semblable relativement à l'émigration... « J'ai aussi, disaitelle dans sa lettre, ici le dossier de l'émigration californienne, mais je n'y comprends pas grand'chose; il s'y trouve un décret de l'Empereur qui n'a pas été promulgué et une foule de restrictions... pourquoi le décret a-t-il été retiré?... J'aurais assez aimé connaître suffisamment la question pour ne prononcer que le résultat, le dossier me paraissant trop volumineux pour être remis en entier... — C. »

A propos des routes, question d'une grande importance financière au Mexique, l'impératrice écrivait à cette même époque : — « La route de Durango à Mazatlan mérite, je crois, au point de vue du commerce, une certaine attention ; je crois qu'il faudrait donner suite à l'exécution de cette idée, si le tracé est bon, former des devis et soumettre, d'accord avec la direction des ponts et chaussées, le projet à l'empereur dès qu'il aura été étudié et formulé, de manière à pouvoir être commencé. Toutefois, il ne faut pas perdre

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de vue qu'il y a peut-être des travaux de plus d'importance qui ont la priorité, tels que le chemin de mules et le rétablissement des grandes artères de la circulation dans l'intérieur. — Ch. »

Par ce chemin de mules, Sa Majesté faisait allusion au projet suivant, que l'empereur voulait exécuter et voici pourquoi. Personne n'ignore qu'un pays est riche ou pauvre, non pas en raison de ses ressources naturelles, mais en raison de la consommation à l'intérieur, et de son commerce d'importation et d'exportation. Un peuple qui ne consomme pas n'a pas besoin d'importation ; ce qu'il produit lui suffit ordinairement. Un pays qui n'a pas de route ne saurait avoir de commerce; les frais de transport élevant, dans ce cas, le prix de la marchandise transportée à un taux excessif pour le consommateur. Pour produire une marchandise, il faut que le producteur soit assuré de trouver un marché où le prix de vente soit tel, qu'après avoir prélevé d'abord le prix de revient, ensuite le transport sur le marché, il lui reste un bénéfice.

Au Mexique où la fertilité du sol pourrait produire des richesses inouïes, voici ce qui se passe. Prenons le blé pour exemple : le prix de revient est toujours très faible, à cause du bas prix de la main-d'œuvre, de la fertilité du sol et de son étendue qui permet de laisser reposer les terres et dispense des frais d'engrais. Mais lorsque le producteur serait souvent heureux de livrer son blé à cinq francs le quintal, il est obligé, pour trouver un marché, de le porter parfois à trente lieues de son hacienda, de payer vingt francs de transport, et même davantage Dans ces conditions le blé n'est plus vendable et le producteur trouve de l'avantage à engraisser son bétail, au moyen de ce blé, afin de le transformer en une marchandise qui se transporte elle-même. Ces difficultés s'appliquent à toutes les productions qui, telles que les céréales, les bois, les fers n'ont pas une grande valeur intrinsèque sur aucun marché. Pour trouver un marché, les produits sont obligés de supporter des frais

UISTOIRB DU MEXIQUE

de transport presque toujours quadruples de la valeur de l'objet lui-même. Il arrive à cause de la diversité des climats et de l'étendue des provinces mexicaines, qu'il y a disette dans l'une d'elles, et qu'on est obligé de laisser périr les récoltes sur place dans une province voisine, faute de trouver un prix rémunérateur après avoir prélevé le prix de transport.

Les Espagnols avaient tracé des routes qui reliaient les principales villes, mais leur nombre est insuffisant, et les Mexicains les ont laissé tomber dans un état qui défie toute description. On peut s'en faire une idée, quand on sait que pendant les quatre ou cinq mois de la saison des pluies, il y a des convois de marchandises qui ne peuvent faire plus de un à quatre kilomètres par jour. Dans de telles conditions, le développement du commerce, de l'industrie et de la colonisation devient impossible. En effet, le travail du colon n'est-il pas une marchandise qui ne se transporte que sur les lieux où son prix est élevé, et où le bon marché des objets manufacturés rend la vie confortable?

Au Mexique, l'excessive cherté des transports maintient ta main-d'œuvre, dans les campagnes, à un très bas prix, parce qu'on n'a aucun intérêt à développer le travail, les produits ne pouvant pas s'écouler facilement ; quant aux objets non produits sur l'hacienda, ils sont à des prix énormes. Le défaut de viabilité est donc la digue la plus insurmontable qui arrête la libre expansion des immenses richesses de ce pays. Ce défaut, en outre, rend longue et laborieuse la pacification des provinces. Grâce au manque de routes, au mauvais état des chemins, le transport rapide des troupes régulières est impossible et les révolutions sont faciles. La construction des voies de communication devait donc ouvrir une pleine carrière à 1'activilé humaine, attirer le travail et les capitaux étrangers, développer les ressources naturelles, grossir le budget des recettes et hâter la pacification da pays. L'empereur voulait remédier à cette situation, mais il avait à vaincre des difficultés matérielles, financières et so-

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ciales pour créer les voies qui convenaient le mieux au Mexique. Il fallait en premier lieu, connaître le système qui devait donner les résultats les plus prompts et les meilleurs. Ce système ne trouva guère d'appui qu'auprès de Sa Majesté.

Les moyens de communication par eau durent être écartés, à cause de leur peu d'importance au Mexique ; restait donc les routes ordinaires, empierrées ou pavées et les voies ferrées. Il fallut d'abord les diviser en deux classes : 1° celles d'intérêt général, d'un transit minimum de dix mille tonnes par année, et devant supporter en tout temps de lourds fardeaux ; 2° celles d'intérêt municipal, reliant les communes les unes aux autres ou les communes aux voies d'intérêt général. Sur ces dernières, les gros transports peuvent s'effectuer pendant les six mois de saison sèche ; pendant le reste de l'année elles devraient être interdites, excepté aux cavaliers et aux voitures légères. Pour ces routes, on pouvait se contenter d'un léger empierrement à la surface ; les communes qui, seules en profitent, devaient en avoir l'entretien ; quelques journées de prestations fournies par les habitants eux-mêmes auraient suffi à cet entretien.

L'État ne doit prendre à sa charge que les lignes qui relient la capitale aux diverses provinces entre elles, quand des prévisions bien fondées sur leur richesse et leur besoin d'échanges assurent au trésor le recouvrement de ses avances, par l'accroissement des revenus publics qui suit toujours le développement de la fortune publique. Il est évident que le gouvernement ne peut pas établir de route faite ou subventionnée par le trésor, s'il n'est pas certain d'un transit annuel de dix mille tonnes, au moins, présent ou futur, ou s'il n'est pas déterminé par des considérations stratégiques de pacification du pays et la sécurité des frontières. Sous le ciel des tropiques, qui verse des torrents d'eau pendant cinq ou six mois de l'année, il faut, pour l'entretien des routes macadamisées, une surveillance au dessus des ressources actuelles du Mexique et du personnel des ponts

ei chaussées. En outre, la constitution géologique et topographique de ce pays est peu favorable à la production des matériaux nécessaires a l'empierrement; aussi sont-ils à des prix très élevés. Il y a peu de rivières qui fournissent du gravier, il faut extraire les pierres des roches primitives; elles coûtent alors fort cher pour l'extraction et le cassage. Jusqu'à présent, le mètre d'empierrement est revenu à plus de cent francs pour le premier établissement. Quant aux routes pavées, leur prix du premier établissement est trop considérable ; il ne faut point y songer pour le Mexique. Les voies macadamisées ou pavées, excellentes dans les pays du nord, très onéreuses dans les régions intertropicales, devaient donc être moins encouragées par le gouvernement, que les voies ferrées.

Ici se rencontrait une autre difficulté. De même que l'industriel intelligent proportionne les frais de son outillage à la quantité d'objets qu'il pourra écouler, le prix de chaque objet étant grevé de sa part d'amortissement du capital dépensé par les frais de premier établissement, l'État, dans le choix du chemin de fer à subventionner devait considérer la quantité de transports qu'on peut prévoir pour un chemin, pendant les dix ou quinze premières années. Si un chemin de fer ne doit porter journellement que de trente à cinquante tonnes — cas où se trouvent les routes les plus fréquentées du Mexique — doit-on construire un chemin à rampes de deux à trois centimètres de pente, et à rails pouvant supporter des locomotives de cinquante à soixante tonnes? Les frais de premier établissement s'élèveront à plus de cent mille francs par kilomètre; l'amortissement et l'entretien du chemin monteront au minimum de dix mille francs par an, et si l'on n'a que dix mille tonnes à transporter, le prix de transport de chaque tonne sera grevé de un franc par kilomètre; ce qui ferait pour le prix de transport d'une tonne de Vera-Cruz à Mexico, par exemple, une augmentation de 409 francs à ajouter aux frais de traction. Or, par les transports à dos de mulets ou par les chariots, sur les

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mauvaises routes actuelles, on ne paie que 500 francs la tonne dans la bonne saison.

En établissant des chemins de fer à traction d'animaux, dont les pentes peuvent être aussi fortes que sur les routes macadamisées, le poids des rails qui n'ont plus à porter que des wagons de deux à trois tonnes peut se réduire au tiers et le cube des bois de traverse peut se réduire au cinquième. Si les rails sont posés sur une route dont la chaussée est faite, on peut établir le chemin au prix de dix à vingt mille francs le kilomètre. S'il est à construire entièrement, son prix n'atteindra pas en moyenne cinquante mille francs le kilomètre, prix minimum de l'empierrement d'une chaussée macadamisée, réduite à la moitié de la largeur des voies actuelles. Le prix de la traction sur ces rails sera au moins d'un quart meilleur marché que sur les meilleures routes empierrées. Cette différence suffit largement à payer l'entretien de la route et l'amortissement d'une partie de son capital d'établissement, quand l'importance du transit atteindra dix mille tonnes. Dans ce cas, l'entreprise devait rapporter des bénéfices assez considérables pour que l'État n'eût à donner une subvention que pour le premier établissement. En consacrant ainsi chaque année cinquante millions à ces travaux qui feraient bientôt affluer des revenus abondants dans ses caisses, l'État, après dix ans, aurait eu un réseau de vingt mille kilomètres de voies ferrées, sans avoir excédé les limites de ses ressources financières.

Il résulte de cet exposé que les chemins de fer dits américains, c'est à dire à traction d'animaux, sont les plus utiles, les plus expéditifs, les moins dispendieux et les mieux appropriés au Mexique. M. Aubry, capitaine du génie français, appelé par l'empereur pour organiser l'arsenal mexicain, et connaissant très bien l'Algérie, fit sur ces chemins américains un rapport admirable de simplicité et de lucidité qui prouvait à Sa Majesté que ces sortes de chemins étaient les seuls à subventionner. L'empereur en fut si satisfait qu'il ordonna immédiatement la création d'une route

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