‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 13 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

la couronne au descendant du libérateur et de confier la régence de l'empire à la discrétion d'une assemblée des notables. Le Diario officiel a nié cette intention que l'empereur ne s'avouait peut-être pas à lui même, mais qui existait incontestablement à l'état vague et latent. Quant à la violence faite à la mère de l'enfant pour l'en séparer, c'est un mensonge démenti par la mère elle-même dans la lettre suivante adressée à l'impératrice et qui prouve que l'abandon qu'elle fit de son fils était volontaire.

« Mexico, 12 septembre 1865. — Madame, — mon frère Augustin a envoyé à M. Castillo, pour les remettre à S. M. l'empereur, quelques petits canons qui, comme souvenir de famille, aurontleur valeur pour mon fils, lorsqu'il sera grand. Je joins mon portrait a celui de l'enfant, et permettez-moi, madame, de vous dire que je n'ai pas encore reçu ceux de Vos Majestés que je désire tant avoir.

« J'avais oublié, en recommandant à Votre Majesté la nourrice » — la gouvernante, — « de lui dire que, dans les cas importants, il n'y a pas à se fier à elle, car elle ne dit pas la vérité.

« Ayant mis mon enfant adoré sous la garde spéciale de Vos Majestés, je dois, madame, vous offrir les sentiments de reconnaissance et d'amitié avec lesquels j'ai l'honneur d'être de Votre Majesté la sincère servante. — Alicia G. de Iturbide. »

En France, surtout, on a fait beaucoup de bruit d'une autre mesure plus grave que celle de l'adoption du petit-fils d'Iturbide, et qui ne causa qu'une très minime impression au Mexique, je veux parler du décret du 3 octobre. En lisant dans l'ouvrage de M. de Keratry que « ce décret allait rallumer la guerre civile, en assouvissant des rancunes particulières, qu'il fut le suicide de la monarchie, » tout le pathos qu'il publie à ce sujet, et que les journaux français avaient publié avant lui, j'aurais hésité à croire que cet auteur fût jamais allé au Mexique, si l'on ne m'avait affirmé qu'il était attaché au quartier général du maréchal Bazaine avant d'en-

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trer dans la contre-guérilla. Voici d'abord, la proclamation et le décret, tels que le Mario les a publiés.

« Mexico, le 10 octobre 4865. — La modération avec laquelle le gouvernement a voulu traiter les dissidents de bonne foi n'a eu d'autre effet que d'augmenter l'audace du brigandage. Il a donc fallu revenir à une politique plus en rapport avec les nécessités de la situation ; c'est dans cette pensée que, le 3 octobre, l'empereur Maximilien a adressé une proclamation au peuple mexicain, et promulgué un décret pour la répression des troubles qui désolent encore quelques provinces. Voici le texte de cette proclamation et de ce décret :

« Mexicains. — La cause soutenue avec tant de valeur et de constance par D. Benito Juarez avait déjà succombé, non seulement devant la volonté nationale, mais devant la loi elle-même que ce chef invoquait à l'appui de ses titres. Aujourd'hui cette cause dégénérée en faction est restée abandonnée par le fait de la sortie de son chef du territoire de la patrie.

« Le gouvernement national a été longtemps indulgent, et il a prodigué les actes de clémence pour laisser aux hommes égarés, a ceux qui ne connaissaient pas l'état des choses, la possibilité de s'unir à la majorité de la nation et de rentrer dans le chemin du devoir. Il a obtenu le résultat désiré : les hommes honorables se sont groupés autour de son drapeau, et ont accepté les principes justes et libéraux qui guident sa politique. Le désordre n'est plus entretenu que par quelques chefs égarés, par des passions qui n'ont rien de patriotique, par des gens démoralisés qui ne sont pas à la hauteur des principes politiques et par une soldatesque sans frein qui reste toujours comme le dernier et triste vestige des guerres civiles. .

« Dorénavant, la lutte sera entre les hommes honorables de la nation et les bandes de malfaiteurs et de brigands. Le temps de l'indulgence est passé; elle ne servirait plus qu'au despotisme des bandes, à ceux qui incendient les villages, à

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ceux qui volent et qui assassinent les citoyens pacifiques, de malheureux vieillards et des femmes sans défense.

« Le gouvernement, fort de son pouvoir, sera désormais inflexible dans le châtiment, puisque ainsi l'exigent les droits de la civilisation, le respect de l'humanité et les exigences de la morale.

« Mexico, le 2 octobre 4865.

— « Maximilien, empereur de Mexico : — Notre conseil des ministres et notre conseil d'État entendu, décrétons :

« Art. 1 er . Tous les individus faisant partie de bandes ou rassemblements armés existant sans autorisation légale, qu'elles proclament ou non un prétexte politique, quel que soit d'ailleurs le nombre de ceux qui forment la bande, l'organisation de cette dernière, le caractère et la dénomination qu'elle prend, seront jugés militairement par les cours martiales; s'ils sont déclarés coupables, lors même que ce ne serait que du seul fait d'appartenir à une bande armée, seront condamnés à la peine capitale, et la sentence sera exécutée dans les vingt-quatre heures.

« Art. 2. Ceux qui, faisant partie des bandes dont il est fait mention dans l'article qui précède, seraient faits prisonniers dans une action de guerre, seront jugés par le commandant de la force au pouvoir duquel ils se trouveront. Cet officier sera tenu, dans un délai qui ne pourra dépasser vingt-quatre heures, d'instituer une enquête, en entendant la défense de l'accusé. Il dressera sur cette enquête un procès-verbal se terminant par la sentence. La peine capitale sera prononcée contre les coupables, lors même qu'il ne leur serait imputé d'autre fait que celui d'appartenir à une bande armée. Le chef fera exécuter la sentence dans les vingt-quatre heures, en ayaut soin de procurer au condamné les secours spirituel», après quoi il adressera le procès-verbal d'enquête au ministère de la guerre.

« Art. 3. Ne seront point passibles de la peine de mort ceux qui, bien que faisant partie d'une baude, prouveront qu'ils ont été pris de force; il en sera de même de ceux qui,

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sans appartenir à la bande, s'y trouveraient accidentellement.

« Art. 4. Si de l'enquête dont parle l'article 2, il résultait des faits de nature à faire croire au chef chargé de l'enquête que l'accusé a été enrôlé de force, qu'il n'a commis aucun autre délit, ou que tout en en faisant partie il s'y trouvait accidentellement, il s'abstiendra de prononcer une sentence et consignera le prisonnier, avec le procès-verbal correspondant, à !a cour martiale, pour être jugé par elle conformément à l'article 1 er .

« Art. 5. Seront jugés et condamnés aux termes de l'article 1 er de la présente loi :

« I. Tous les individus qui volontairement auront procuré aux guérilleros de l'argent ou toute autre espèce de secours.

« IL Ceux qui leur auront donné des avis, nouvelles ou conseils.

«III. Ceux qui volontairement et sans ignorer la qualité des guérilleros leur vendront ou leur procureront des armes, des chevaux, des munitions, des vivres, et en général, tout article de guerre.

« Art. 6. Seront également jugés conformément à l'article I er :

« I. Ceux qui entretiendront avec les guérilleros des relations constituant le fait de connivence.

« II. Ceux qui volontairement et en connaissance de cause leur donneront asile dans leur maison ou leur propriété.

« III. Ceux qui répandront de vive voix ou par écrit des nouvelles fausses ou alarmantes de nature à troubler l'ordre ou qui se livreraient à quelque démonstration contre la tranquillité publique.

« IV. Les propriétaires ou gérants de propriétés rurales qui ne donneront pas avis immédiatement à l'autorité la plus rapprochée du passage d'une bande sur leur propriété.

« Les individus compris dans les premières et deuxièmes fractions de cet article seront passibles d'un emprisonne-

ment de six mois â deux ans, ou d'un an à trois ans de presidio, suivant la gravité du cas.

« Ceux qui, placés dans la seconde catégorie auraient avec l'individu caché par eux des liens de parenté soit comme ascendants, soit comme époux ou issus de mêmes père et mère, ne seront point passibles de la peine ci-dessus indiquée; mais ils seront soumis à la surveillance de l'autorité pendant le laps de temps que fixera la Cour martiale.

« Ceux qui sont compris dans la troisième catégorie seront condamnés à payer une amende de 25 à 1,000 piastres, ou à un an de prison, suivant la gravité du délit.

« Ceux qui sont compris dans la quatrième catégorie indiquée par cet article, seront passibles d'une amende de 200 à 2,000 piastres.

« Art. 7. Lorsque les autorités ne donneront pas avis à leur supérieur immédiat du passage d'une force armée dans leur localité, l'autorité supérieure leur infligera une amende de 200 à 2,000 piastres, ou une détention de trois mois à deux ans.

« Art. 8 Tout habitant qui, ayant connaissance du passage d'une bande armée dans le village ou de son approche n'en donnera pas avis à l'autorité, sera passible d'une amende de 5 à 500 piastres.

« Art. 9. Tous les habitants entre 18 et 55 ans n'ayant pas d'empêchement physique sont tenus, lorsque la localité qu'ils habitent sera menacée par quelque bande, de prendre part à la défense de la place; à défaut de quoi, l'habitant sera passible d'une amende de 5 à 200 piastres, ou d'un emprisonnement de quinze jours à quatre mois. Si l'autorité jugeait plus convenable d'infliger un châtiment au village pour ne s'être pas défendu, elle pourra lui imposer une amende de 200 à 2,000 piastres, et cette amende sera payée par tous ceux qui n'auraient pas pris part à la défense.

« Art. 10. Les propriétaires ou gérants des propriétés rurales qui, pouvant se défendre, n'empêcheront pas les guérillas et autres bandes de malfaiteurs de pénétrer sur

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leurs terres, ou qui n'avertiront pas de leur présence l'autorité militaire la plus rapprochée, ou qui recevraient sur leurs terres les chevaux fatigués ou blessés des guérillas , sans donner avis à ladite autorité, seront punis par celle-ci d'une amende de 100 à 2,000 piastres, suivant la gravité du cas; dans le cas d'extrême gravité, ils seront arrêtés et consignés à la Cour martiale, qui les jugera conformément aux dispositions de la présente loi. L'amende sera versée a l'administration principale des rentes dans la circonscription de laquelle la propriété se trouve située. Les dispositions contenues dans la première partie du présent article sont applicables aux populations.

« Art. 11. Toute autorité, soit de l'ordre politique, soit de l'ordre militaire ou municipal, qui n'agira pas conformément aux dispositions de la présente loi contre ceux qui sont soupçonnés ou reconnus coupables des délits dont elle traite, sera passible d'une amende de 50 à 1,000 piastres; et lorsque l'omission impliquera connaissance avec les coupables, le délinquant sera consigné à la Cour martiale, qui le jugera et lui infligera une peine proportionnée à la gravité du délit.

« Art. 12. Les plagiarios seront jugés et condamnés conformément aux dispositions de l'art. 1 er de la présente loi, sans égard aux circonstances dans lesquelles l'enlèvement a été commis.

« Art. 13. La sentence de mort, prononcée pour les délits énoncés par la présente loi, sera exécutoire dans le délai qu'elle fixe, et le bénéfice en grâce sera refusé au condamné.

« Lorsque l'accusé n'aura pas été condamné à la peine de mort et sera étranger, le gouvernement pourra, après qu'il aura subi la peine, user à son égard du droit qu'il a d'expulser de son territoire les étrangers pernicieux.

« Art. 14. L'amnistie est proclamée en faveur de tous ceux qui , ayant appartenu ou appartenant encore à des bandes armées et n'ayant commis aucun autre délit, se pré-

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senteront à l'autorité avant le 15 novembre prochain. L'autorité se fera livrer les armes des amnistiés.

« Art. 15. Le gouvernement se réserve la faculté de fixer l'époque à laquelle les dispositions de la présente loi cesseront d'être en vigueur.

« Chacun de nos ministres est chargé, en ce qui le concerne, d'exécuter la présente loi et de donner des ordres pour qu'elle soit strictement observée.

« Donné au palais de Mexico, le 3 octobre 1866. ,— Maxi- . milien. — Le ministre des affaires étrangères chargé du ministère d'État, José F. Ramirez; le ministre de Fomento, Luis Robles Pezuela ; le ministre de l'intérieur, José Maria Esteva; le ministre de la guerre, Juan de Dios Peza ; le ministre de la justice, Pedro Escudero y Echanove ; le ministre de l'instruction publique et des cultes, Manuel Siliceo; le sous-secrétaire des finances, Francisco de P. César. »

Il ne faut pas connaître l'histoire du Mexique pour supposer que ce décret pût impressionner les Mexicains, habitués à en voir de semblables à presque tous les changements d'administration. Juarez surtout en avait édicté de si rigoureux, que l'un d'eux reçut le sobriquet de Lot mortuaire. Sous son impulsion, les gouverneurs d'État en publiaient de non moins redoutables qu'ils exécutaient rigoureusement , comme le prouve le témoignage de Doblado, qui se flattait d'avoir fait fusiller plus de dix-sept cents personnes dans l'État de Guanajuato. Pedro Ogazon publia, le 21 juillet 1861, à Guadajara un autre décret, par lequel il statuait :

« Art. 1 er — Tous les individus qui, sous le titre de chefs, officiers et soldats volontaires, auront servi la réaction, et qui resteront sur le territoire de l'État, sans une permission expresse de ce gouvernement, huit jours après la publication de cette loi, seront réputés conspirateurs récidivistes et passés irrévocablement par les armes, avec les seules formalités exigées par les articles 5 et 6 de la loi du 6 décembre 1856.

« Art. 2. — Les employés civils qui, en raison de leur rang

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auraient encouru quelque responsabilité en servant la réaction, et qui auront continué à se mettre en hostilité, de quelque manière que ce soit, avec le gouvernement, sont compris dans l'article antérieur.

« Art. 3. — Les conspirateurs contre l'ordre constitutionnel seront jugés selon l'ordonnance générale de l'armée et punis conformément à la loi du 6 décembre 4856.

« Art. 4. — Ce décret sera appliqué dans cette capitale par l'état-major général de la division et dans les chefs-lieux de canton, par les commandants militaires.

« Art. 5. — Les autorités auront à répondre de la nonexécution de cette loi, dont l'application leur est confiée ».

On remarque que cet édit, comme presque tous ceux lancés sous Juarez, — sauf celui du 25 janvier 1862, qui avait un but préventif, — n'a pas d'autre caractère que celui d'une vengeance rétroactive. Le maréchal Bazaine n'est point intervenu dans la rédaction de ce décret. Son Excellence savait très bien qu'aucun décret publié par le gouvernement impérial ne recevait son exécution, et qu'ensuite les cours martiales suffisaient à la punition des bandits pris les armes à la main. Il est possible que le maréchal ait été consulté sur l'opportunité de ce décret, et je n'ai point été surpris d'apprendre qu'il l'avait blâmé. Ce décret, naturel aprè3 les horreurs et les cruautés commises par les dissidents à la Tejeria, dans l'intérieur et le nord du Mexique, était en effet blâmable, puisqu'il était inutile et ne devait pas faire verser une seule goutte de sang de plus qu'avant sa publication.

Tous les écrivains qui ont lancé le mol de représailles, en parlant de l'assassinat de l'empereur, ont oublié bien vite qu'ils l'accusaient naguère, avec raison, de publier trop de décrets et de n'en faire exécuter aucun ; ils ont oublié que c'est l'excessive indulgence de cet infortuné prince pour les dissidents qui a découragé, éloigné ses partisans et laissé multiplier impunément le nombre de ses ennemis. Le prétexte de représailles n'est donc pas applicable à l'empereur qui n'a jamais fait fusiller un seul dissident, même après le

décret du 3 octobre, et qui ne faisait que trop souvent grâce à des bandits couverts de crimes et l'opprobre de leur nation. Les prisonniers faits par Mendez au Michoacan, après le décret du 3 octobre, furent également graciés, sauf les deux généraux Arteaga et Salazar, pris à la suite du combat . acharné d'Uruapan. Mendez ayant eu son père assassiné de sang-froid, à Morelia, par Arteaga et son lieutenant, ne les considéra pas comme des prisonniers de guerre; il les fit passer par un conseil de guerre qui les condamna à mort. Ils furent exécutés le 21 octobre; le 23 seulement, la nouvelle de la victoire de Mendez arriva à Mexico, comme l'atteste le rapport de notre quartier général, signé par le colonel Boyer, et qui commence ainsi : « État-major général, Mexico, 24 octobre 1865. — Le maréchal commandant en chef le corps expéditionnaire vient de recevoir la nouvelle Officielle d'un brillant succès remporté par le colonel Mendez, etc. » L'empereur ignorait donc cette victoire, même après l'exécution d'Arteaga, et ne pouvait plus l'empêcher, dans le cas où il aurait voulu mettre sa clémence à la place de la justice, comme il le fit pour Fragoso, Figueroa, et taut d'autres.

Le Sancho de Bruxelles publia une lettre d'un officier belge qui témoigne qu'Arteaga avait d'autres reproches à se faire que celui du meurtre de Mendez, père, et que si le mot de représailles doit être parfois employé dans ces déplorables guerres civiles, ce n'est pas toujours en faveur du parti qui l'acclame le plus. Voici cette lettre :

— « Bruxelles, 8 juillet 1867. — Mon cher Sancho. — J'ai lu aujourd'hui avec un vif plaisir votre article sur la mort de l'empereur Maximilien. Vous avez justement flétri les misérables qui, ne sachant apprécier ni la bonne foi, ni les sentiments nobles et chevaleresques, ni le courage héroïque, ont fusillé ou massacré (c'est tout comme, les soldats mexicains étant d'une maladresse rare) le seul homme qui pût les sauver et conserver sur la carte du monde le Mexique à l'état de nation indépendante.

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« Pour en finir une fois pour toutes avec le principal grief imputé à l'empereur Maximilien (je veux parler de l'exécution d'Arteaga, de Salazar, de Villagomez et de Diaz Paracho), je me permettrai de faire remarquer que six semaines avant d'être fait prisonnier à Santa-Anna Amatlan par ie général Mendez, le général Arteaga avait emporté la ville d'Uruapan et en avait fait la garnison impériale prisonnière. Le commandant de la garnison, le colonel Lemus, vieillard de soixante-huit ans, et le préfet politique Paz Gutierez furent fusillés, non seulement sans jugement , mais encore il ne « leur fut pas accordé une demi-heure de répit pour écrire à leur famille. »

« Arteaga et ses principaux officiers furent conduits à Uruapan et fusillés au même endroit où six semaines auparavant étaient tombés le colonel Lemus et le préfet politique Paz Gutierez. Ils ont donc été exécutés par voie de représailles et non d'après les ordres de Vempereur. Au contraire, peu de temps après la prise de Oajaca, l'empereur fit mettre en liberté vingt-deux généraux et deux cent quatorze officiers. A Tacambaro, dans la nuit du 11 avril 1863, les premières paroles d'Arteaga, après avoir entendu du général Régules les détails du combat, furent celles-ci : Pues bien, quelos fusillan manana,por las siete. — C'est bien, qu'on les fusille (les officiers) demain à sept heures du matin. — C'est grâce à la généreuse énergie de Régules que nous eûmes la vie sauve.

« Veuillez agréer, mon cher Sancho, l'assurance de mes sentiments les plus distingués. Émile Wallon, — lieutenant au 2 e régiment de chasseurs à pied, ex-lieutenant au corps belp;e du Mexique et combattant de Tacambaro. »

En Europe on ignorait tous ces détails ; aussi, que d'absurdités n'a-t-on point écrites sur ce malheureux décret du 3 octobre qui est allé au panier des rebuts rejoindre celui des poids et des mesures et ceux qui s'y trouvaient déjà par centaines. C'est à cette ignorance que nous devons de voir, au sujet des conséquences de ce décret, des écrivains français

m HISTOIRE DU MEXIQUE.

publier les lignes suivantes : « Les ténèbres s'épaississent sur ce pays lointain, perdu dans les brumes de l'Océan; il sembla qu'une lumière était portée tout à coup sur de mystérieuses tueries... Une date dut être fixée pour l'évacuation des troupes françaises... Maximilien se trouble; il croit que sa perte est résolue ; il aime son frère, le pape, la France. » Dans la lettre suivante, adressée au général Woll, on voit qu'il n'était guère troublé et que s'il comptait un peu sur l'impression morale du décret du 3 octobre, il n'y songeait pourtant pas plus qu'à ceux qu'il avait déjà signés.

« Chapultepcc, I e ' novembre 4865. — Mon cher général. — Les nouvelles d'ici seront pleines d'intérêt pour vous, parce que les affaires vont très bien et avec une activité inconnue jusqu'à présent. La dernière loi, un peu forte, contre les guérilleros et les voleurs, produit déjà de bons fruits. » — Quatre ou cinq adhésions de chefs de bandes!

« Dans ces derniers jours il y a eu d'importants triomphes contre ces bandes, et la valeur et la fidélité de nos troupes mexicaines se montrent sous le jour le plus brillant.

« Les travaux de législation sur l'organisation politique, administratives judiciaire, sont terminés et la collection des lois, décrets et règlements, basés sur les principes du statut, va paraître ces jours ci en six volumes.

« La situation entre le gouvernement et le clergé s'améliore chaque jour. On voit toujours ici avec plus de satisfaction que le clergé se rapproche du gouvernement et laisse sa malheureuse politique des extrêmes. L'archevêque de Mexico m'a demandé dernièrement une audience particulière dans laquelle il s'est montré entièrement raisonnable, et une autre fois la même manière d'être qu'il avait à Miramar, et qui me plut, tant, il y a deux ans. En preuve de ceci vous apprendrez avec plaisir que, remplissant enfin ses devoirs et les prescriptions des canons, il visite son diocèse, ayant commencé par Pachuca. Ce qui démontre l'heureux changement qui s'opère, etc. — Maximilien. »

Ce changement était, en effet, du plus heureux augure, car

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au Mexique, non seulement les évéques ne faisaient pas la visite pastorale, à laquelle les oblige le concile de Trente, mais on en voyait qui ne se soumettaient pas même à la résidence, et d'autres qui ne mettaient jamais les pieds dans leur diocèse, vivant tranquillement à Mexico de leurs revenus épiscopaux. Pourtant, l'empereur fait dans cette lettre un tableau de la situation politique de l'empire, tout à fait en désaccord avec d'autres lettres déjà citées, et même avec la réalité. Voici la manière dont l'envisageait Juarez dans une lettre adressée à Jésus Teran, son ancien secrétaire, qui la fit parvenir à l'empereur par l'entremise de M. le baron de Pont.

« Paso del Norte, 17 août 1865. — Ce qui doit affliger le plus l'archiduc est sa mésintelligence avec le pape, parce qu'elle le prive de l'unique appui avec lequel il pouvait compter dans le pays : celui du parti clérical. Le secours des troupes françaises est très éphémère et éventuel, parce que le jour où cela conviendra à l'empereur Napoléon, il les retirera, l'abandonnant à son propre sort... Je ne crois pas éloigné le jour où cela arrivera, soit que les Français se convaincront de l'impossibilité de soumettre le pays à leurs baïonnettes, soit qu'ils y seront obligés à cause des faits qui se passent aux États-Unis et qui les dissuaderont de leur projet de conquête. L'arrivée des Français dans cet État — Chihuahua — n'a amélioré en rien sa situation; ils n'ont obtenu aucune victoire résultant d'un fait d'armes; ils n'ont pas détruit le gouvernement légitime de la république, ce qui était leur but. Us ne seraient pas venus si le général Negrete avait suivi les ordres du gouvernement de rester et d'appeler leur attention dans les États de Nuevo-Leon, Tamaulipas, Gohahuila et San-Luis Potosi, comme le font Escobedo, Mendez, Gortina et Aguirre; mais le général Brincourt a vu disparaître les forces qui le menaçaient vers le Gohahuila et résolut de venir dans cet État. » — Il y était envoyé par le maréchal Bazaine. — « Sans doute , après avoir dépensé beaucoup d'argeut et traversé un grand désert, il est

arrivé, mais il n'a rien trouvé, parce que des forces qui se trouvaient dans cet État, j'en ai envoyé une partie dans le Cohahuila, l'autre dans l'État de Durango pour s'incorporer aux troupes de Patoni et de Corona ; le reste s'est placé dans les moutagnes voisines de Chihuahua à la disposition du gouverneur commandant militaire. Comme l'ennemi, amenant le gros de ses troupes jusque dans cet État, a affaibli ses lignes de l'intérieur, nous commençons à les battre en détails avec succès, suivant strictement le système de ne livrer aucune bataille rangée et de ne pas s'enfermer dans les villes.

« Le 14 courant, je suis arrivé dans cette ville où j'ai fixé pour ce moment la résidence du gouvernement. Il est difficile que l'ennemi arrive jusqu'ici, et s'il le faisait, ce serait tant pis pour lui parce qu'il ne détruirait pas le gouvernement, et les nôtres profiteraient de son absence comme ils ont profité de son voyage à Chihuahua. »

Après avoir parlé de quelques dispositions militaires dont il espère de bons résultats, il énumère les forces et les chefs dont il dispose dans tout le pays, puis il ajoute :

« Tous ces chefs ont la conviction que le temps est venu d'obtenir des avantages sur l'ennemi pour les raisons exposées, et j'espère vous écrire promptement pour vous confirmer l'exactitude de mes calculs, basés sur la connaissance que j'ai de la situation de notre pays. Les Américains ont placé une armée de 80,000 hommes au Texas, et, vers la frontière Chihuahua, c'est à dire dans sa ligne limitrophe, de l'autre côté du fleuve, arrivent 6,000 hommes, pour l'entretien desquels ils font de grands approvisionnements de vivres. Cette accumulation de troupes tient en constante alarme les impérialistes et les démoralise, etc. — B. Juarez. »

Le 17 septembre, M. Jésus Téran écrivait de Berne au baron de Pont, une lettre excessivement longue, mal traduite et publiée dans la Liberté, l'automne dernier. Cette leltreest un tissu d'inexactitudes, démenties par les faits; elle contient pourtant des appréciations tantôt erronées, tantôt

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assez justes, quelquefois importantes et même prophétiques, mais toujours entachées de l'esprit de parti. L'impartialité de l'historien m'impose, néanmoins, le devoir d'en citer les passages principaux. Après une esquisse partiale et rapide, des partis politiques au Mexique, M. Teran dit :

« Dans le fait d'avoir ratifié la nationalisation des biens ecclésiastiques et les autres lois de réforme, décrétées par Juarez, l'empereur ne s'est pas seulement aliéné les conservateurs, mais il a changé en violent ennemi le haut clergé, il s'est mis à dos le bas clergé, qui ne fut jamais hostile à Juarez, en le privant des revenus dont il subsistait et l'assujettissant à un salaire, dont il est sûr qu'il ne sera jamais payé. Quant aux personnes riches qui constituent la fraction modérée du parti conservateur et s'unirent aux impérialistes par amour de l'ordre et de la paix, elles se sont séparées d'eux quand elles ont vu que l'empire ne leur apportait qu'une guerre plus sanglante et plus désastreuse que les précédentes

« Quant au parti libéral, sa fraction modérée n'existe plus, et la radicale est celle qui soutient la guerre contre l'empire. La seule chose obtenue par l'empereur, au moyen de son- influence personnelle, a été de compromettre six ou huit individus, ayant appartenu à la fraction modérée, qui ont accepté les ministères, mais de là à compter sur un parti politique, il y a loin.

« Il faut donc convenir que moralement parlant, l'empire ne compte pas sur le plus minime appui.

« L'appui matériel consiste dans les forces qui le soutiennent : ce sont quelques troupes mexicaines, l'armée française, une division d'Autrichiens et de Belges. L'empereur n'a pas et ne doit pas avoir confiance dans les troupes mexicaines, car de considérables détachements de ces troupes ont déjà passé dans les rangs des constitutionnels, et que les propositions de quelques-uns de ses généraux au gouvernement républicain ne sont plus un mystère. Quant à l'armée étrangère, elle est insuffisante pour subjuguer le pays...

« Les éléments qui conspirent contre l'empire sont également moraux et matériels. Parmi ces éléments nous pouvons mettre en premier lieu la déconsidération croissante de l'empereur, à cause de ses dépenses qui augmentent chaque jour, des dettes considérables et non nécessaires par lesquelles il a commencé à grever le pays avant de le connaître; de la faiblesse qu'il a montrée dans la protection des Mexicains, comme on l'a vu en permettant l'exécution du général Romero... »

Romero n'était pas officier de l'armée, mais chef de bandits, et fut fusillé pour des assassinats contre les voyageurs et l'attaque de la diligence. Suivent d'autres accusations tout aussi mal fondées. Son exposition du système des guérillas contre l'empire est moins inexacte et mérite d'être reproduite.

« En Europe, dit-il, on ne connaît pas le système des guérillas et l'on ne se fait pas une idée de ce qu'on peut obtenir par leur moyen. On a oublié ce qui s'est passé en Espagne au commencement de ce siècle... Dans les pays comme le Mexique, montagneux, déserts, avec un climat doux qui permet de camper en plein air toute l'année, où les chevaux abondent, où les natifs rencontrent partout ce qui leur est nécessaire pour subvenir à leurs besoins très limités, les guérillas sont réellement indestructibles.» — On a vu que le colonel Garnier avait trouvé le moyen de les détruire. — « La difficulté consiste à les combiner en un système... d'autant plus terrible que son pouvoir est latent et trompeur; il arrive au triomphe à force de déroutes, laissant par moment croire à l'ennemi qu'il tient la victoire, tandis qu'une consomption imperceptible et lente le conduit à un complet anéantissement.

a Le Mexique fit son indépendance de l'Espagne par une série de défaites non interrompues pendant onze ans. » — Et la défection d'Iturbide? — « Par le même moyen il obtint la réforme en trois années... L'armée française triomphera partout... mais ses victoires lui étant plus coûteuses qu'à

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l'ennemi, elles finiront par donner à celui-ci le triomphe définitif... Pour économiser le sang et ne pas s'exposer a des périls plus lointains, l'ordre a été donné à toutes les guérillas d'inquiéter l'ennemi sans jamais lui présenter le combat, ce qui doit augmenter de beaucoup les difficultés de l'armée française, parce qu'elle fera de longues marches, de grandes dépenses et se fatiguera sans autre profit que de constater par sa présence une fuite, une dispersion, en supposant qu'elle arrive à voir l'ennemi. »

Suivent des considérations sur la neutralité des Élats- Unis, et une demande de se faire l'intermédiaire auprès de Juarez pour lui faire accepter une partie du traité de Miramar et une convention pour sauvegarder les intérêts de la France, des personnes compromises dans l'organisation de l'empire et, finalement, l'abdication de l'empereur Maximilien. A ces deux lettres qui lui furent transmises par le baron de Pont, l'empereur répondit de Chapultepec, le 8 décembre 1865 :

« Mon cher baron de Pont. — J'ai reçu avec le plus vif plaisir votre bonne lettre du 28 octobre, et je suis touché de la chaleureuse sympathie que vous me conservez, malgré les ans qui s'en vont et l'infini océan qui nous sépare.

« Les indications que vous me donnez et les lettres que vous m'envoyez sont d'une grande importance pour moi; dès le premier jour j'ai apprécié la capacité de Jésus Teran, et ici dans ce beau Mexique, j'ai appris à l'estimer de plus en plus.

« Teran est un vrai patriote comme son maître, il avait les meilleures intentions pour son pays; s'il est bien informé, il doit savoir que dans toutes les discussions , je défends son maître et que je reconnais toujours combien en beaucoup de choses il a été utile au Mexique; mais il lui arrive, comme à notre bon vieux Gutierrez, ce qui arrive à tous, il exagère, et les souvenirs de la réalité s'effacent.

« Tout bien écrites qu'elles sont, ses lettres présentent pourtant des inexactitudes essentielles, sur lesquelles, si m. 22

j'en trouve le loisir, je voudrais bien faire un mémoire que je vous enverrai. J'ai bien voulu croire ce que Teran me disait avant mon.départ de l'Europe, et je savais que les idées des pauvres exilés et de la régence embarrassée , n'étaient que des fantasmagories. Je ne me fis jamais des illusions, mais j'ai trouvé que la situation n'était pourtant pas si triste que Teran la peignait alors , et qu'il voudrait encore la faire paraître, ce pays est meilleur qu'il n'en a la réputation, et il est précisément meilleur dans le sens contraire aux exilés.

« Tout ce que Gutierrez et ses amis ont avancé est faux et basé sur des erreurs inséparables d'une absence involontaire de plus vingt-cinq ans. Le pays n'est ni ultra-catholique, ni réactionnaire, l'influence du clergé est à peu près nulle, celle des anciennes idées espagnoles est complètement brisée, mais d'un autre côté le pays n'est pas encore libéral dans le bon sens du mot, comme Teran le croit ou du moins comme il l'espère. Le pays est désorganisé par cinquante ans de changements continuels et par l'immoralité constante de ses gouvernements, se nommaient-ils libéraux ou conservateurs, toutes les questions politiques jusqu'à présent n'avaient pour centre que l'argent et l'influence, « garder ou prendre. » La question du moment et du prochain avenir est d'organiser le pays d'une manière réfléchie et patiente. Cette tâche n'admet ni miracles ni transitions subites et je cherche à éviter l'unique erreur de mon prédécesseur Juarez qui, dans le court espace de sa présidence, voulut tout briser et tout réformer. La seule chose à laquelle on peut prétendre, c'est un développement organique et une conviction réfléchie; il faut laisser de côté tous les coups brillants, ils sont permis en Europe où l'on a à faire à des esprits blasés, ici tout est jeunesse et vigueur.

« Si Teran parle des désillusions et désaffections, je n'en suis pas surpris et je le trouve naturel, le temps des affections et de l'enthousiasme n'est pas encore venu, il faut d'abord que le peuple me connaisse, et je serai content si au vingt -cinquième anniversaire de mon avènement au

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trône, je serai aimé et apprécié. Le dernier voyage de l'impératrice à Vera-Cruz et au Yucatan prouve, du reste, que l'esprit public ne nous est pas si contraire. Vera-Cruz nous reçut, il y a deux ans, lors de notre arrivée avec une froideur glaciale, comme on devait s'y attendre de la part d'une ville intelligente qui ne pouvait pas prévoir ce qui serait. Cette fois, l'impératrice du Mexique a été couverte d'une enthousiasme auquel les souverains d'Europe ne sont plus habitués. Je ne parlerai pas du Yucatan, l'enfant gâté de mon règne où l'impératrice a été accueillie avec frénésie, mais je ferai noter que Vera-Cruz et le Yucatan représentent le libéralisme du pays.

<c Pour vous prouver qu'aussi de vieux libéraux se sont ralliés à l'empire, je vous citerai le fameux Mendez, président de la nouvelle cour des comptes, qui est arrivé il y a quelques jours; c'est un politique des plus rouges, mais honnête homme et voyant, comme il l'a déclaré publiquement, dans l'empire la dernière chance de sauver sa patrie. Je suis aussi en bons termes avec les conservateurs enragés; la preuve en est le conseil d'État, dans lequel les amis les plus réactionnaires de notre cher Gutierrez discutent avec moi en toute bonhomie, ces mêmes hommes qui, sous la régence, ont cru devoir se retirer du tribunal suprême.

« Je crois trouver dans les lettres de Teran une diplomatie profonde et réelle; je désire beaucoup m'entendre avec Juarez, mais, tout d'abord, il doit reconnaître la décision de la majorité effective de la nation qui veut la tranquillité, la paix et la prospérité et il faut qu'il se décide à collaborer avec son énergie inébranlable et son intelligence reconnue à l'œuvre difficile que j'ai entreprise. Si, comme je le crois, il envisage réellement le bonheur du Mexique, il doit bientôt comprendre qu'aucun Mexicain n'aime autant que moi le pays et son progrès, et que j'y travaille avec toute sincérité et avec les meilleures intentions. Qu'il vienne pour m'aider sincèrement et loyalement, et il sera reçu à bras ouverts comme tout bon Mexicain. Il ne peut pas être question

d'armistice, parce qu'il n'y a plus d'ennemi loyal, mais seufement des brigands barbares, conséquence naturelle de tant d'années de guerre civile, des bandes comme celles qui ont fait tant de mal en Italie et en Hongrie.

« Un armistice serait contraire à mes principes et à mes devoirs. Je serai victorieux avec l'unique intention de travailler pour le bien de la nation, où je périrai avec honneur, ce qui est toujours mieux et plus honorable que le marasme et la putréfaction au milieu de tous les éléments de prospérité, dont je ne veux pas citer des exemples odieux.

« En tous cas , vous pouvez remercier Jésus Teran , en mon nom, de ses bonnes paroles, vous lui direz que je suis prêt à recevoir Juarez dans mon conseil et parmi mes amis, mais, que pour le moment, j'ai à défendre ce qui est au dessus de ma vanité et de mon bien-être individuels, l'indépendance d'un beau pays et d'un peuple de huit millions, tâche digne d'un prince de ma famille. Je vous renouvelle mes remercîments. — Maximilien. »

On croirait rêver en lisant cette lettre, si ce malheureux prince ne nous avait habitué dans ses correspondances aux contradictions les plus étranges, aux sentiments et aux aperçus les plus opposés, manifestés quelquefois la même semaine sinon le même jour. Au moment où il déclarait n'avoir jamais eu d'illusions sur le Mexique, où il traitait si durement ceux qui l'avaient élevé au trône et recherchait la collaboration de ses ennemis-nés et de Juarez, il était à la veille d'apercevoir l'abîme qu'il se creusait lui-même et la faute monstrueuse qu'il avait faite d'avoir répudié ses amis et ses partisans pour confier l'établissement de l'empire à des mains républicaines. En politique il ne faut pas être idéaliste; on paie cher cette manière d'envisager les hommes et les choses; il faut de la logique, de la fermnté, mais pas de faiblesse vis-à-vis de l'opposition ; elle porte malheur.

L'empereur, par inclination ou vanité, voulait se faire une réputation universelle de souverain libéral, aimant la liberté et détestant l'étranger; mais il ne sut pas établir cette répu-

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tation ni donner cette liberté. La liberté est une si belle chose que Dieu lui-même a voulu donner le libre arbitre à l'homme et respecter sa liberté pour le rendre responsable de ses actes. Un gouvernement libéral est donc un gouvernement catholique dans son essence et nécessaire au développement de l'activité humaine. Mais il faut être libéral pour les honnêtes gens aussi bien que pour les malfaiteurs, ne pas entraver la liberté des premiers au profil des seconds qui voudraient la monopoliser. On accepte trop la définition de la liberté, telle que l'entendent les révolutionnaires, et qui se traduit dans leur langage par l'oppression des honnêtes gens et la licence des soi-disant libéraux. Un gouvernement n'est-ce pas une institution qui gouverne la société dans le devoir, l'obéissance aux lois, le respect des droits de chacun et du repos public? Un gouvernement gouvernet-il ainsi lorsqu'il favorise la minorité aux dépens de la majorité, lui permet de prêcher la haine, de semer la discorde et de préparer les révolutions dont les classes laborieuses et pacifiques seules souffrent? Un gouvernement est-il libéral parce qu'il a des faiblesses pour ces libéraux platoniques qui voudraient enchaîner la liberté, en faire leur esclave, et non la, proclamer reine du monde? Ces faux amants de la liberté, du reste, ne se targuent guère de patriotisme, de logique et de libéralisme à l'égard de leurs rivaux; ils savent que le bonnet phrygien dont ils se coiffent en public, n'est qu'un éteignoir bon pour des chandelles de cabarets et ne # sera jamais le drapeau de la liberté pour une grande* nation.

L'empereur Maximilien, devenu le jouet de ses rêveries libérales et de ses théories sur les gouvernements libéraux, oubliait qu'il fallait commencer par constituer cette agglomération d'hommes en un peuple soumis aux lois, cherchant son pain quotidien et son bien-être dans le travail et l'industrie; qu'il fallait consolider le pouvoir, avant de le compromettre par une politique qui d'imprudente, devint funeste, parce qu'elle était prématurée. Sans finances, sans armée,

sans aucun élément national de force et de vitalité, comment pouvait-il songer à se maintenir au pouvoir par l'appui des républicains? Avait-il pu faire exécuter un seul de ses décrets? Tous les essais qu'il avait fait dans cette voie, n'avaientils pas été de la plus déplorable stérilité? Il changea son ministère au mois d'octobre, comme il l'avait modifié au mois de juin, mais à quoi servait ce changement de personnes puisqu'il n'était pas accompagné d'un changement de politique? A la fin de 1865 des rapports nets et détaillés arrivèrent à Paris, montrant l'empire mexicain complètement usé, impossible à galvaniser. Quelques-uns de ces rapports disaient qu'il n'y avait de salut pour le Mexique et de sauvegarde pour nos intérêts que dans l'abdication de l'empereur Maximilien. C'était vrai, et je crois que ces rapports et leur conclusion ont influé sur la mission du baron Saillard.

Je ne parlerai pas des lois, décrets et règlements qui furent publiés, en 1865, pour l'organisation provisoire du système politique, administratif et judiciaire de l'empire; cette publication forme huit volumes in-octavo et n'a servi qu'à décerner le titre ironique deSolon moderne à ce prince qui s'occupait plus de rédiger des lois que de les mettre en vigueur. Au mois de janvier 4866, le trésor mexicain était épuisé, l'armée mexicaine attendait encore son organisation, l'impératrice, revenue du Yucatan, apprenait la mort de son père et les Américains violaient les lois de la neutralité de la manière la plus indigne. Les lettres de l'empereur, à cette époque, contrastent avec la situation telle que les événements la présentent. Se faisait-il toujours illusion ou bien voulait-il cacher la vérité? Après avoir parlé de la commission pour l'organisation de l'armée nationale dans la lettre suivante adressée au général ,Woll, le 31 janvier, Sa Majesté ajoute :

« ... Je vous écris de Cuernavaca où nous sommes depuis cinq jours, l'impératrice, pourpasserlespremiersjoursdeson grand deuil, retirée du monde, et moi, pour lui tenir compa-

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gnie dans ces tristes moments, comme pour me reposer un peu physiquement et moralement de nos derniers grands travaux qui m'ont un peu fatigué.

« La politique intérieure, grâce à Dieu, me permet ce court repos, les affaires vont bien — sic — -, les partis commencent à se calmer un peu; les affaires matérielles se débrouillent, les guérilleros disparaissent peu à peu et les bonnes nouvelles d'un prompt et durable arrangement avec Rome font espérer un premier et grand triomphe de notre politique, etc. — Maximilien. »

Jamais pareil optimisme ne fut moins motivé. Sur cette organisation de l'armée, Miramon écrivait le 4 février, de Paris, au même général... «L'empereur a nommé une commission pour organiser une armée qui doit avoir commencé ses travaux depuis la tin de décembre ou le commencement de janvier. Le général Uraga en est le président, et les membres sont les généraux Mora, Minon, Galindo, Miguel Andrade, Obando, le comte- de Thun et deux officiers autrichiens; mais ce qui nous intéresse, c'est que le général Marquez et moi, serons rappelés, à ce que l'on nous assure, parce qu'il s'agit de lever 60,000 hommes, en six divisions, commandées par les généraux Woll, Mejia, Uraga, Marquez, Parrodi et moi. Je ne saurais vous dire combien cela me fera plaisir, etc. — Miramon. »

Selon la coutume, l'exécution de ce projet n'eut jamais lieu. Aussi, le 28 septembre 1866, Miramon qui, étant encore à Paris, venait de perdre en quarante-six heures un fils qu'il idolâtrait et se disposait à rentrer au Mexique, dit dans une lettre : « La crainte, de perdre mon autre enfant, le mauvais état de santé de Concha — M 0 Miramon — et le peu de confiance de voir mes honoraires jamais payés m'obligent à décider le retour de la famille dans notre chère patrie; je ferai le voyage par le prochain paquebot de Saint- Nazaire, du 15 octobre, et je pense l'accompagner jusqu'à la Havane où j'attendrai des ordres pour rentrer dans l'empire ou rester encore à l'étranger, etc. — Miramon. »

Un mois après la lettre du 31 janvier, l'empereur écrivait à un autre personnage :

« Chapultebec, 28 février 1866 »... Au commencement du mois de janvier dernier, je suis allé passer avec l'impératrice quelques jours à Guernavaca ; elle y est restée ét je suis venu à Mexico pour une quinzaine de jours, et retournerai de nouveau à Cuernavaca à la fin de ce mois, cette tranquille résidence se prête à l'occupation des travaux intéressants pour lesquels j'ai appelé près de moi les ministres Robles, Escuderoet Castillo. Ces mêmes jours, lorsque j'arrivai dans cette résidence, Bombelles est venu ; j'ai eu avec lui de longues entrevues et ses conversations ont été pour moi assez satisfaisantes.

« L'impératrice et moi nous sommes très satisfaits de la situation actuelle; néanmoins, nous voyons qu'elle nous obligera bientôt à faire quelques changements dans le ministère comme dans le gouvernement, pour lui donner une impulsion plus directe et plus harmonieuse, sans toutefois laisser croire qu'il y a le moindre changement dans mes principes fondamentaux, libéraux et de bon progrès.

« La mort subite de notre excellent M. Langlais, dont la nouvelle vous sera sans doute arrivée déjà, a été un coup cruel qui m'a personnellement beaucoup affecté. Dans Langlais, qui était un des hommes les plus loyaux et les plus honorables que j'ai jamais connus, j'ai perdu un ami intime et vrai, mon gouvernement a perdu un homme d'État de premier ordre, et sa mort inattendue,' qui a été généralement regrettée, m'a appelé en toute hâte à Mexico pour régler les affaires pendantes. Au milieu de cette lamentable perte il nous est restée l'unique consolation de savoir que Langlais avait terminé déjà son immense travail du budget et posé les bases de son nouveau système, de sorte que maintenant M. M. pourra travailler directement avec moi pour que les affaires publiques n'éprouvent pas un grand préjudice, etc. — Maximilien. »

Cette lettre également optimiste, n'est-elle point en désac-

cord avec celle qu'il écrivait le 5 février au maréchal Bazaine pour le remercier d'avoir fait faire une avance de 5 millions de francs au gouvernement mexicain, dans un moment où celui-ci ne pouvait plus payer personne? Au mois de mars l'empereur ne paraissait pas avoir modifié sa manière d'envisager la situation, comme on le voit dans la lettre suivante :

« Cuernavaca, 16 mars 1866. — Je médite avec le plus grand calme vos impressions qui ne m'étonnent pas, et je ne désespère pas que nous n'arrivions à un heureux résultat. Les menaces des États-Unis qui ne font pressentir rien de sérieux, tout en irritant la fibre nationale en France, nous font plus de bien que de mal. Ils sont bien loin de vouloir faire la guerre, ce sont des bravades et des tentatives habiles d'intimidation qui ne me semblent devoir guère réussir visà-vis d'un pays tel que le vôtre qui a foi dans sa force et dans sa position dans le monde, qui ne livrera pas ses œuvres à la rapacité d'autrui. Ce serait le moyen de ne jamais retirer les intérêts des sacrifices déjà faits que de s'arrêter court lorsque l'avenir offre un suffisant hypothèque, etc. — Maximilien. »

L'empereur fait ici allusion à la mission du baron Saillard, envoyé au Mexique au mois de janvier 1866 pour régler notre situation financière et le départ de nos troupes. Cette résolution du cabinet des Tuileries provenait tout à la fois de sa condescendance pour l'opinion publique abusée par les discours des orateurs de l'opposition au corps législatif et les récits inexacts de la presse révolutionnaire en France, et de la certitude du gouvernement français que de nouveaux sacrifices seraient inutiles pour consolider l'empire mexicain. M. Rouher a parfaitement établi dans son discours du 10 juillet 1867, les causes principales de la mission du baron Saillard. Voici le passage de son discours qui traite ce sujet :

« Nous avons dû examiner, messieurs, cette situation d'une manière approfondie, nous étions aux premiers jours de jan-

vier 1866. Quelles étaient les exigences ? Quelles étaient les demandes ? Pour continuer à occuper le Mexique, il ne fallait plus compter sur l'exécution du traité de Miramar, sur le paiement des sommes qui y avaient été inscrites; il fallait faire face aux frais du trésor français,' à l'occupation du Mexique. Cela eût coûté cher à la France. Nous aurions dû nourrir et solder l'armée mexicaine tout entière, la légion belge et la légion autrichienne, prendre la direction de toutes les affaires militaires de ce gouvernement, prendre la direction de toutes ses affaires financières, et venir demander à la Chambre un crédit qui ne se serait pas élevé à moins de 80 millions.

« Quelle était la situation de l'opinion publique?

« L'opinion publique s'était enfiévrée' de cette question.

« Il y a dans cette nation, si riche en grands élans, une impatience du but qui ne calcule pas les conditions de temps.

« Nous étions depuis dix-huit mois au Mexique ; aucun résultat ne s'était obtenu, réalisé, on nous pressait de repatrier nos soldats. Que faire?

« Oh! messieurs, si vous aviez eu affaire à ce gouvernement despotique qu'on vous signale quelquefois, il aurait pu s'entêter, s'opiniàtrer dans son œuvre et dire : J'ai voulu reconstituer un empire au Mexique, lui donner mon concours, je ne retirerai pas mes troupes, et j'affronterai tous les risques qui peuvent se rattacher à cette difficile entreprise. Mais, non!... Je ne sais pas comment, sous les monarchies antérieures, se passaient les conseils des ministres, mais je me souviens des délibérations auxquelles ont donné lieu ces grandes et vives préoccupations que nous avions sur les événements ultérieurs du Mexique.

« Eh bien, croyez-moi, messieurs, tout a été dit, avec vérité, tout a été dit avec résolution, ces qualités ne s'écrivent ni dans les constitutions ni dans les programmes, elles sont dans la conscience des hommes. (Très bien! très bien! — Bravo!)

SECOND EMPIRE. 351

« Oui, nous avons délibéré tristement et solennellement ; oui, nous avons interrogé les fluctuations de l'opinion publique, et nous nous sommes résignés à prononcer le mot d'évacuation. (Mouvement.) »

Quant aux instructions données au baron Saillard, ce n'est point les révéler que de les mutiler comme on l'a fait; aussi, dans l'intérêt de l'histoire, je crois devoir reproduire les deux dépêches remises à notre ministre, M. Dano, et qui sont conformes aux instructions de M. Saillard.

« Le ministre des affaires étrangères au ministre de France au Mexique. — Paris, 14 janvier 1866. — Monsieur, la situation dans laquelle nous nous trouvons au Mexique ne saurait se prolonger, et les circonstances nous obligent de prendre à cet égard une résolution définitive, que l'empereur m'a ordonné de vous faire connaître.

« Notre expédition n'avait primitivement pour but que de poursuivre la revendication de nos créances et les réparations dues à nos nationaux. Si toutefois nous avons jugé utile d'accorder notre secours aux efforts d'une nation qui aspire à retrouver sous un gouvernement régulier l'ordre et le bien-être, si notre intérêt légitime nous a conseillé de seconder le prince qui se consacrait à cette généreuse tâche, notre coopération devait se renfermer dans des limites précises, que la convention de Miramar a eu pour objet de déterminer. Les arrangements réciproques consignés dans cet acte ont fixé la mesure et les conditions dans lesquelles il nous était permis de faire servir les forces de la France à la consolidation d'un gouvernement ami. Il serait superflu d'insister sur les motifs qui mettent la cour de Mexico, malgré la droiture de ses intentions, dans l'impossibilité reconnue de remplir ces conditions désormais. D'une part , tout appel au crédit demeurerait infructueux ; de l'autre, nous ne pouvons pas, en dehors des stipulations convenues, prendre à notre compte exclusif les charges du gouvernement mexicain, pourvoir par notre armée à sa défense et par nos finances à ses services administratifs. Les avances que nous avons plus

d'une fois consenties ne sauraient être renouvelées, et l'empereur ne demandera pas à la France de nouveaux sacrifices.

« Il faut donc que notre occupation ait un terme, et nous devons nous y préparer sans retard. L'empereur vous charge, monsieur, de le fixer de concert avec son auguste allié, après qu'une loyale discussion, à laquelle M. le maréchal Bazaine est naturellement appelé à prendre part, aura déterminé les moyens de garantir, autant que possible, les intérêts du gouvernement mexicain , la sûreté de nos créances et les réclamations de nos nationaux. Le désir de Sa Majesté est que l'évacuation puisse commencer vers l'automne prochain.

« Vous voudrez bien , monsieur , donner lecture de cette dépêche à S. Exc. M. le ministre des affaires étrangères et lui en laisser copie. Je chaïge M. le baron Saillard d'y ajouter verbalement toutes les explications nécessaires et de me rapporter dans un bref délai la réponse par laquelle vous me ferez connaître les arrangements définitifs qui auront été conclus. — Recevez, etc. — Drouyn de Lhuys. »

— « Le ministre des affaires étrangères au ministre de France au Mexique. — Paris, le 15 janvier 1866. — Monsieur, je crois devoir entrer ici dans quelques développements, pour votre complète information, sur le sujet auquel se rapporte ma dépêche en date d'hier.

« Le règlement de nos réclamations, tel qu'il résulte de la convention que vous avez signée à Mexico, le 27 septembre 1865, et qui a reçu, dans ses dispositions essentielles, l'approbation de Sa Majesté, assure à nos nationaux une réparation acceptable des dommages qu'ils ont subis. Cette convention sera, nous n'en doutons pas, loyalement exécutée; ainsi sera atteint, en ce qui nous touche le plus directement, le but de notre expédition, et satisfaction sera donnée au grief qui nous avait contraints de prendre les armes.

« Je n'ai pas à rappeler les considérations qui nous avaient amenés, non pas à perdre de vue l'objet de notre expédition, mais à en profiter pour offrir au Mexique les

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chances sérieuses d'une régénération nécessaire. Cette pensée, dont nous affirmons de nouveau la légitimité, le désintéressement et la haute portée politique, a déterminé l'appui que nous avons prêté à l'entreprise courageusement tentée par l'empereur Maximilien. Décidés à seconder ses efforts, nous avons dû toutefois régler les conditions de notre coopération à la mesure des intérêts français dont nous avions, avant tout, à nous préoccuper. L'empereur, par une sage prévoyance, a voulu défendre son gouvernement contre les entraînements d'une idée généreuse, en définissant la nature et en limitant d'avance l'étendue du concours qu'il nous était permis d'accorder. Nous avons dû stipuler en même temps les ressources équivalentes qui devraient nous être attribuées, et fixer la quantité et l'échéance des sommes destinées a défrayer nos dépenses. Tel était l'objet de la convention de Miramar, qui devait rester la règle de nos droits et de nos devoirs réciproques.

« Il serait sans intérêt aujourd'hui de revenir sur les circonstances qui empêchent le gouvernement mexicain de remplir désormais les obligations que cet acte lui impose, et qui menacent de faire peser sur nous, sans aucune des compensations promises, les charges du nouvel établissement. Je n'insisterai pas sur les observations qui abondent à cet égard dans ma correspondance avec la légation de l'empereur, et il me paraîtrait superflu de rechercher aujourd'hui, dans une discussion vaine, les causes d'une situation que mon devoir m'oblige seulement à constater. En droit, les clauses du contrat libéral qui nous liait au gouvernement mexicain ne devant plus être exécutées par lui, nous sommes dégagés nous-mêmes des obligations que nous avions contractées.

« Toutefois, monsieur, nous n'aurions peut-être pas songé à nous prévaloir de la faculté que nous donne la non-exécution par le gouvernement mexicain des engagements du traité de Miramar pour nous déclarer affranchis des nôtres, si notre résolution à cet égard n'était pas commandée par une

354 ' HISTOIRB DU MEXIQUE.

considération de fait qui n'admet pas de discussion. Le gouvernement mexicain est impuissant à fournir les ressources financières indispensables à l'entretien de notre état militaire, et il nous a même demandé de prendre en outre à notre charge la plupart des dépenses de son administration intérieure. Ces embarras ne sont pas nouveaux, et, à diverses reprises, nous avons essayé d'y pourvoir en faoilitant des emprunts qui ont mis à la disposition du Mexique des sommes importantes. Aujourd'hui, tout nouveau recours au crédit est reconnu impossible. Que nous reste-t-il à faire en présence du vide constaté du trésor mexicain et des charges que sa pénurie rejette sur nous? Les prévisions de notre budget ne nous fournissent aucun moyen de suppléer à ce déficit. Le Mexique ne pouvant pas payer les troupes que nous entretenons sur son territoire, il nous deviendrait impossible de les y maintenir. Quant à demander à notre pays de nouveaux crédits pour cet objet, je m'en suis déjà expliqué avec vous, comme je vous l'ai dit, l'opinion publique a prononcé, avec une irrécusable autorité, que la limite des sacrifices était atteinte. La France refuserait d'y rien ajouter et le gouvernement de l'empereur ne le lui demandera pas. Loin de moi la pensée de méconnaître les efforts accomplis par l'empereur Maximilien et par son gouvernement. L'empereur a abordé résolument les difficultés inhérentes à tout établissement nouveau, et que les conditions particulières où se trouvait le . Mexique rendaient encore plus ardues peut-être. Son impulsion s'est fait sentir partout, et, s'il ne lui a pas été donné d'opérer au gré de ses bonnes intentions, et aussi rapidement qu'il les a conçues, les transformations que réclame l'administration du pays, d'incontestables résultats n'en attestent pas moins l'activité de son initiative. Dans les provinces comme dans la capitale, partout où l'empereur et l'impératrice, si vaillamment associée à l'œuvre de son auguste époux, ont pu se faire connaître personnellement, l'accueil sympathique des populations témoigne de leur confiance et des espérances qu'elles rattachent à l'affer-

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raissement de l'empire. L'empereur a proclamé lui-même la fin de la guerre civile, si toutefois les résistances à son autorité méritaient ce nom.

« Cette situation encourageante a bien des égards m'amène à me demander si l'intérêt bien entendu de l'empereur Maximilien ne se trouve pas ici d'accord avec les nécessités auxquelles nous sommes tenus d'obéir. De tous le reproches que font entendre les dissidents à l'intérieur et les adversaires du dehors, le plus dangereux pour un gouvernement qui se fonde, est certainement celui de n'être soutenu que par des forces étrangères. Sans doute le suffrage des Mexicains a répondu à cette imputation ; elle subsiste pourtant, et l'on comprend combien il serait utile à la cause de l'empire de retirer cette arme à ses adversaires.

« Au moment où ces diverses considérations nous obligent à envisager le terme de notre occupation militaire, le gouvernement de l'empereur, dans sa sollicitude pour l'œuvre glorieuse dont il a pris l'initiative et dans sa sympathie pour l'empereur Maximilien, devait se rendre un compte exact de la situation financière du Mexique. Cette situation est grave, mais elle n'est point désespérée. Avec de l'énergie et du courage, avec une volonté ferme et suivie, l'empire mexicain peut triompher des difficultés qu'il rencontre sur sa route ; mais le succès n'est qu'à ce prix. C'est la conviction que nous avons puisée dans l'examen attentif et consciencieux de ses obligations et de ses ressources, et vous vous efforcerez de la faire passer dans l'esprit de l'empereur Maximilien et de son gouvernement. — Recevez, etc. — Drouyn de Lhuys. »

L'empereur Maximilien fit très peu de cas de la mission dubaronSaillard; il croyait que le gouvernement français se fâchait, parce qu'il était mal renseigné, et attribua une bonne partie de ce mécontentement à la conduite de M. Hidalgo qu'il ne trouvait pas assez zélé pour le Mexique, assez habile vis-à-vis de la France; aussi, lui retira-t-il la légation de Paris pour la confier au général Almonte. L'empereur, dès le mois de mars, avait transporté mon cabinet à Paris ;

à peine étais-je parti de Mexico qu'il me fit envoyer la note suivante pour la faire publier dans les journaux européens : — la lettre d'envoi porte la date du 18 mars 1866, palais de Mexico.

« On nous annonce que M. Hidalgo, ex-ministre plénipotentiaire du Mexique auprès du gouvernement français , rentre en Europe sans aucun caractère officiel.

« Des personnes habituellement bien informées prétendent que la manière dont ce haut fonctionnaire a cru servir les intérêts de son gouvernement à Paris, n'a nullement répondu aux intentions de son souverain, et qu'il faudrait lui attribuer certains malentendus regrettables qui auraient pu être évités.

« Nous apprenons d'ailleurs que la nomination du digne général Almonte au poste qu'occupait M. Hidalgo a produit partout au Mexique la plus heureuse impression. Le dévoûmenl de l'ancien président de la régence à la cause de l'intervention n'est ignoré de personne, et cette nomination nous semble devoir être interprétée comme un gage de plus que donne le gouvernement de l'empereur Maximilien de son sincère désir de marcher entièrement d'accord avec le cabinet des Tuileries. »

M. Almonte fut donc envoyé à Paris dans l'espoir qu'il ferait renoncer notre gouvernement à rappeler le corps expéditionnaire, et qu'il obtiendrait des avances d'argent pour le compte du gouvernement mexicain. M. Almonte accepta la mission diplomatique que Sa Majesté lui confiait et renonça spontanément avant de partir aux positions élevées qu'il occupait en sa triple qualité de grand maréchal de la cour, de ministre de la maison impériale et de Grand-Chancelier des ordres impériaux. L'empereur lui-même fit des économies pour ménager les ressources de l'État. « Les sages réformes financières, dit-il dans une lettre du 3 mars, que nous a léguées l'excellent et à jamais regrettable M. Langlais, m'imposent l'obligation de dissoudre le cabinet et de le remplacer par un simple secrétariat. » Dans une note du 29 mars, Sa

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Majesté motive la renonciation qu'Elle a faite des deux tiers de sa liste civile; j'étais, en outre, chargé de la publier « dans Y Indépendance belge et un des principaux journaux de Paris. » La voici :

« Nous apprenons que l'empereur du Mexique vient de t renoncer spontanément aux deux tiers de sa liste civile qui / s'élevait à 1,500,000 piastres, et l'impératrice à la moitié de / sa dotation, afin d'alléger les charges qui incombent au tré- 1 sor mexicain et donner à leur nouvelle patrie J'exemple de l'économie sérieusement appliquée. Ce trait de désintéressement, venu de l'autre côté de l'Océan, ne laissera pas que d'étonner, sans doute, plus d'une monarchie européenne. Quant à nous, nous aimons à y voir une preuve non équivoque que donne l'empereur Maximilien à tous les porteurs de la rente mexicaine, de sa résolution de remplir religieusement les engagements contractés avec eux par son gouvernement, et nous sommes convaincus que ces derniers y verront un nouveau gage de loyauté et de bonne foi... »

Peu de temps après cette renonciation, l'empereur fit une pension à la veuve du général Zaragoza. Cette pension ne devait naturellement pas grever le pauvre budget mexicain, mais était-ce politique de montrer tant de générosité vis-àvis la famille d'un général qui avait combattu l'intervention, tandis que les soldats de l'empire souffraient de la pénurie du trésor?

A Paris, on attendait le retour du baron Saillard pour régler d'une manière définitive la rentrée de nos troupes. A peine arrivé, le baron déclara en plein conseil des ministres que l'empire mexicain avec Maximilien pour empereur était devenu une impossibilité, que de prolonger notre occupation du Mexique, c'était verser du sang et dépenser de l'argent en pure perte pour le pays que nous avions voulu régénérer. Il ne faut pas oublier que M. de Montholon ayant au Mexique trouvé la politique suivie par l'empereur contraire à celle que Sa Majesté aurait dû suivre, avait envoyé à notre ministre des affaires étrangères des rapports défavorables m. 23

au gouvernement mexicain. M. de Montholon, nommé ministre plénipotentiaire à Washington, transporta aux États- Unis la mauvaise impression qu'il avait éprouvée à Mexico contre le nouvel empire; eh outre, aux États-Unis, il avait des intérêts de famille et des sympathies acquises par sa résidence et son mariage dans ce pays. Il n'est donc pas étonnant de voir M. de Montholon exagérer, à son insu, les dispositions hostiles du cabinet de Washington contre l'empire mexicain et prendre une manœuvre politique intérieure pour des intentions de guerre qui n'ont jamais existé , ni dans l'esprit du gouvernement américain ni dans l'esprit public. Ses appréciations n'en étaient pas moins alarmantes, et devaient être, à cause de la position exceptionnelle de ce ministre, considérées par le cabinet des Tuileries, comme l'expression vrai du sentiment général qui régnait aux États- Unis.

Dans cette question, comme dans toutes celles qui se rapportaient au Mexique, le cabinet des Tuileries fut mal servi. Il n'est donc pas étonnant que, pressé par l'opinion publique en France, par les attaques incessantes de l'opposition, par l'inutilité de prolonger notre occupation et pour éviter sinon un conflit avec les États-Unis, au moins des embarras sérieux au moment où l'Europe se préparait à la guerre, il n'est pas étonnant, dis-je, de voir le cabinet des Tuileries annoncer dans le Moniteur du 6 avril la rentrée de nos troupes pour l'année 1866 et celle de 1867.

J'ai mis vingt ans à connaître le Mexique et les États-Unis dans leur histoire, leurs institutions, leurs tendances, les rouages de leur administration et le caractère des différentes classes qui constituent leur échelle sociale. Mes études n'avaient d'autre but que celui de connaître ce qui est et non ce que j'aurais voulu qui fût; elles m'ont convaincu que la question mexicaine était complètement inconnue en Europe, n'importe à quel point de vue.

Il est naturel que l'opposition dynastique et l'opposition républicaine au Corps législatif comme dans la presse, aient

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attaqué, à tort et à travers, notre intervention au Mexique. Il est fâcheux que nos députés ne soient pas obligés de faire à leurs frais, pendant deux ans, avant de siéger à la Chambre, un voyage autour du monde pour étudier les intérêts français dans les questions étrangères et transocéaniques. Ces messieurs comprendraient alors l'importance des expéditions lointaines, l'utilité de voir notre pavillon flotter sur toutes les parties du globe et favoriser la création de nouveaux marchés d'achat et de vente pour notre commerce et notre industrie. Un député qui vit confortablement dans sa province et n'a jamais dépassé nos frontières, lésinera toujours sur les sommes qu'il doit voter dans l'intérêt de notre pays et de notre drapeau, si cet intérêt est éloigné! En France l'opposition, s'étant donné la tâche de critiquer le pouvoir dans tousses actes, n'a vu ou fait semblant de ne voir que les sacrifices, sans daigner jeter les regards sur les avantages immenses que nous devions retirer du succès de notre expédition au Mexique. Son patriotisme, jugé par ses discours et ses écrits, nous conduirait à la plus humiliante nullité, si on s'y laissait tromper. En attaquant l'expédition du Mexique, elle attaquait le gouvernement dans son œuvre ; en la faisant avorter , elle remportait une victoire morale qui devenait une arme dans ses mains. De là cet acharnement dont le Mexique était le prétexte et l'abaissement du prestige impérial le but.

La conduite des États-Unis dans la question mexicaine semble n'avoir été comprise qu'à Rïexico. L'esprit éminemment pratique des Américains les porje à laisser de côté leurs sympathies pour telle ou telle forme du gouvernement chez leurs voisins, pourvu que leur commerce et leur industrie trouvent leur intérêt dans un ordre de chose stable. La république mexicaine n'a jamais été pour eux un grand marché; la consolidation de l'empire leur promettait, au contraire, un débouché important pour leurs machines, leur charbon, leurs laines, leur coton et bien d'autres marchandises. Juger l'opinion publique aux États-Unis par le lan-

gage du gouvernement et de certains journaux est une erreur que ne commettent jamais ceux qui ont vécu longtemps dans ce pays et se sont donné la peine de l'étudier. Du reste, oe langage n'a pas été toujours hostile à l'empire mexicain, je l'ai déjà prouvé dans mon dernier ouvrage sur le Mexique. Nous avons paru ignorer les nécessités de tactique du gouvernement américain, et nous avons pris au pied de la lettre oe qui n'était qu'une formule, un moyen de fortifier son point d'appui.

Au milieu des embarras de la guerre et des inquiétudes que lui inspirait le soin de sa propre conservation, le cabinet de Washington a tenu au sujet des affaires mexicaines un langage plein de circonspection. Le 27 février 1864, M. Seward écrivait à M. Dayton : « Nous ne reconnaissons les révolutions que par ordre du président, après mûre et entière considération. Jusqu'à une autorisation régulière pour une reconnaissance, nous n'entretenons pas de communications officielles ou autres avec les agents politiques ou les représentants des mouvements révolutionnaires avec lesquels nous maintenons nos relations diplomatiques. »

Le 30 avril de la même année, M. Seward écrivait de nou ■ veau au représentant américain à Paris : « Il n'est pas impossible que l'avènement de l'archiduc à l'autorité du Mexique cause des embarras à notre gouvernement. Mais nous ferons tout ce que la prudence, la justice et l'honneur exigent pour les éviter, en même temps nous ne mettrons au hasard aucun de nos droits nationaux. Si ces précautions ne peuvent nous garantir contre une agression, j'espère, sans grands efforts, nous mettre à la hauteur des devoirs qui nous seront incombés. »

Au mois de mars 1865, la guerre régnait encore aux Etats-Unis, mais les chances tournaient en faveur du nord et le gouvernement de Washington pouvait déjà donner à d'autres soins qu'à ceux de la défense de l'Union une partie de son attention. Le ministre américain remit une dépêche à M. Drouyn de Lhuys, dans laquelle M. Seward, obéissant à

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une pensée qu'il ne révèle pas, mais qu'on devine, s'entretient des mouvements de l'opinion publique dans le nord. « Les Américains, dit-il, comptent leurs ennemis à l'étranger ; ils supposent que, parmi leurs anciens alliés, la France faiblit, et l'on désire à la Maison-Blanche voir le cabinet des Tuileries saisir une occasion pour témoigner de ses sentiments envers l'Union américaine ». M. Drouyu de Lhuys proteste, verbalement et dans une note, à notre ministre, contre les suppositions du peuple américain. La France, ajoute-t-il, a conservé pendant la guerre une stricte neutralité, et sa conduite a été telle, qu'elle a le droit d'attendre la réciprocité de la part des États-Unis dans les affaires du Mexique. Ainsi commence à prendre place, dans les relations diplomatiques de la France et des États-Unis, la question de l'avenir du Mexique. En avril, Richmond tombe, le parti confédéré met bas les armes faute de ressource pour prolonger la lutte, le gouvernement de Washington se sent libre de reprendre à l'étranger les habitudes de sa politique outrecuidante. Néanmoins, la reconstitution de l'Union devant être laborieuse, M. Stward ne rend qu'insensiblement une protection efficace à Juarez; il ne retrouve encore toute son assurance que dans son discours d'Auburn, appelé à produire de l'impression, surtout sur ses compatriotes, en vue des élections. Dans sa correspondance officielle il est plus mesuré ; aussi permet-il à M. Bigelow de dire à M. Drouyn de Lhuys que le cabinet de Washington regrette la république du Mexique et ne saurait envisager avec faveur l'établissement du système monarchique chez ses voisins; mais il reconnaît que« l'épreuve des institutions démocratiques et républicaines faite depuis près d'un demi-siècle au Mexique, est loin d'être favorable, et qu'elle a causé à cet infortuné pays plus de maux qu'elle ne leur a procuré de biens ».

Le 2 mai, M. Drouyn de Lhuys, prend acte de cette déclaration et répond à son tour en disant : -

« Nous avons facilité par notre concours la consolidation d'un nouveau régime qui, en travaillant consciencieusement

à la réorganisation politique de ces riches contrées, semble promettre aux intérêts que nous'allions défendre la protection à laquelle ils ont droit, et au pays tout entier une ère de paix et de sécurité depuis longtemps inconnue. Mais il n'y a eu dans notre conduite, à cette occasion, ni système absolu de restauration monarchique, ni dessein d'implanter en Amérique une forme de gouvernement de préférence à une autre, ni surtout la moindre velléité de conquête ou de propagande. A l'égard des États-Unis, pendant l'époque douloureuse qu'ils traversent depuis quatre ans, nous sommes restés toujours fidèles aux devoirs d'une exacte neutralité, et nous avons fait entendre nos vœux pour le rétablissement de la paix au sein d'une grande nation que rattachent à nous des sympathies séculaires.

« Nous nous plaisons donc à espérer que le gouvernement des États-Unis, en face de l'ordre de choses régulier qui se fonde au Mexique et paraît devoir assurer aux instincts sagement libéraux de la nation une satisfaction légitime, sera amené peu à peu à établir avec le nouveau gouvernement de ce pays des relations franchement amicales. Les intérêts commerciaux appellent, d'ailleurs, entre les deux peuples un rapprochement qui, nous le souhaitons, ne tardera pas à s'accomplir également dans le domaine de la politique. »

Le 30 mai, une courte dépêche ministérielle informa notre représentant à Washington que le gouvernement français avait reçu avec plaisir les assurances que lui avait personnellement données le président de son désir de conserver avec nous les meilleures relations. M. Drouyn de Lhuys ajoute, dans cette dépêche, qu'une circonstance s'offrait aux autorités américaines de donner une preuve de leurs bonnes dispositions en arrêtant les tentatives d'enrôlement pour Juarez. Le 1 er juin, à la suite d'une conversation avec M. Bigelow sur la levée des mesures restrictives résultant de notre neutralité, M. Drouyn de Lhuys envoie une autre dépêche à M. de Montholon, dans laquelle on lit les passages suivants :

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