‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 16 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

« Ce jour a certainement été un jour aussi grand pour l'empereur que pour nous tous qui aimons notre patrie, d'autant plus que l'avenir qui s'était présenté à Sa Majesté était plus sombre.

« Après l'entrée de l'empereur, les troupes ont défilé en sa présence en colonne d'honneur, et encore une fois, pleines d'enthousiasme, elles ont répété leurs vivat en l'honneur du souverain du Mexique, en lui donnant le nom de libérateur.

ce Un autre des avantages qui ont résulté de ce voyage, c'est que l'empereur a appris à connaître ses troupes, dont il a pu apprécier par lui-même le bon ordre, la résignation, la vitesse à la marche, l'esprit de subordination et l'excellente administration sous tous les rapports ; de sorte que Sa Majesté est très satisfaite, très contente de son arrivée ^ Queretaro, et résolue absolument à continuer de travailler au salut de notre pays, sans reculer devant aucun sacrifice de quelque genre que ce soit.

« Honneur et gloire au prince Maximilien ! Félicité éternelle aux fils du Mexique !

« Nous voici donc au milieu de nos compagnons d'armes, animés d'une joie sincère, avides de gloire, pleins de foi et résolus à travailler avec courage jusqu'à ce que nous ayons achevé la délivrance de notre patrie, fût-il pour cela nécessaire de faire le sacrifice de notre vie.

« La ville de Queretaro est satisfaite, l'armée enthousiasmée; tout ici respire la prospérité et le bonheur, et tout annonce un avenir riant et de bon augure.

« Demain Sa Majesté recevra les généraux et. leurs étatsmajors, et après-demain elle passera la revue de toutes ses troupes.

« Le général Mendez, à la tête d'environ cinq mille hommes de troupes aussi aguerris que dignes de confiance, -est arrivé aujourd'hui à Celaya, il sera demain ici au quartier général ; avec ces troupes et les renforts qui doivent bientôt les rejoindre, nous formerons une agglomération à laquelle l'ennemi ne pourra résister. Plaise à Dieu de l'aveugler au point qu'il

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nous attende quelque part, afin que de cette manière nous puissions lui donner une leçon comme d'habitude! Mais, quand même il ne nous attendra pas, nous manœuvrerons convenablement pour obtenir le résultat que nous cherchons, c'est à dire la pacification du pays et la destruction de ses ennemis.

« Tout ce que je vous dis est pour votre gouverne. Taurai soin de vous informer de ce qui surviendra de nouveau ; et en attendant je me dis derechef votre affectionné ami et dévoué serviteur. — L. Marquez. »

Les mois de mars et d'avril furent occupés à fortifier la capitale et Queretaro. Il paraîtrait que Marquez fut envoyé contre Porfirio Diaz qui assiégeait Puebla; il avait la tâche de faire lever le siège de la ville et de renvoyer ensuite à Queretaro des renforts. Des lettres de l'empereur Maximilien d'une authenticité douteuse disent que Marquez devait amener ces renforts, et qu'il avait des pouvoirs discrétionnaires pour défendre Mexico, en cas de défaite. Comme ce général ne pouvait être à la fois dans la capitale et à Queretaro, ces lettres paraissent apocryphes. Quoi qu'il en soit, Marquez se laissa battre par Porfirio Diaz qui vint assiéger Mexico, après s'être emparé de Puebla. Jusqu'au 7 mai, pourtant, les impérialistes étaient pleins de confiance dans le triomphe définitif de leur cause. A Queretaro, Miramon faisait merveille; le 27, avril il avait délogé les dissidents établis dans le cimetière, soutenus par 10,000 hommes, vingt pièces d'artillerie et commandés par Escobedo; après une heure de combat il les mettait en déroute et leur faisait 500 prisonniers.

Le 14 mai dans la nuit, l'empereur présida un conseil de généraux pour préparer une sortie qui devait, le lendemain, sinon faire abandonner le siège aux troupes d'Escobedo, du moins livrer passage aux forces impériales et leur permettre de se battre en rase campagne. Le colonel Lopez, comblé de faveurs par l'empereur Maximilien, le trahit à ce moment suprême; sa trahison fut si habilement et si mysté-

rieusement ourdie que l'empereur et ses généraux furent pris à l'improviste dans la matinée du 15 mai et durent capituler sans coup férir. Lopez a cherché à se disculper devant l'opinion publique, mais sa lettre, tissu de fables, n'a pu diminuer l'exécration générale dont il est partout l'objet, depuis son odieuse infamie. Les faits l'accusent d'une manière trop évidente pour qu'il lui soit permis de nier son crime. Dans la réfutation de la lettre de Lopez, faite par les officiers de l'armée impériale, on voit qu'il avait pour complice un Polonais du nom deJablonski. Pour préparer l'entrée des troupes d'Escobedo dans Queretaro, par le jardin de la Cruz, Lopez avait eu soin de faire garder une embrasure du mur de clôture par un détachement placé sous les ordres de Jablonski. Voici sur ces événements la déclaration du colonel Guzman, chef d'état-major en second de l'armée impériale :

« Vers les quatre heures du matin du 15 mai, M. J. L. Blasio, secrétaire de l'empereur, entra dans la chambre qui servait de logis au général del Castillo et à moi; il m'avertit que l'ennemi était dans le cimetière. J'en informai le général, qui sortit précipitamment.

«... Je me retirais avec la plus grande précaution, lorsque, arrivant au « tambour », je rencontrai cinq ou six officiers, derrière lesquels venait Lopez.

« Je fis un pas en avant au milieu d'eux, et m'adressant à Lopez, je lui dis : « Qu'y a-t-il, colonel? » Il ne me répondit pas et je pus remarquer qu'il semblait vouloir s'effacer derrière le groupe de ces officiers. J'avais à peine prononcé ces mots, que l'un d'eux, qui se trouvait placé derrière moi quand je m'avançai au milieu du groupe, dit à haute voix : « Assurez-vous de ce monsieur, » ce que firent sept ou huit soldats qui se trouvaient derrière et que je n'avais pas aperçus. Ce petit piquet me fit avancer derechef vers le jardin, à vingt-cinq pas environ de la porte, où nous stationnâmes.

« Dans ce moment, je supposai que Lopez avait été fait prisonnier comme moi; mais je ne concevais pas pourquoi

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on ne me l'adjoignait pas, en le voyant continuer de se diriger avec ses officiers vers une autre porte de l'édifice, à vingt ou vingt-cinq mètres à la droite du tambour qui conduisait aux quartiers de la compagnie des sapeurs, a celui d'un piquet de gendarmerie et à l'intérieur d'un ouvrage fortifié qu'on construisait sur le chemin, en sortant de la place de la Cruz.

« Durant un quart d'heure environ, je pus observer que quelques personnes, .sortant de l'intérieur, se dirigeaient vers les détachements d'infanterie et les faisaient avancer sur le couvent par ses deux entrées et par une grande cour où l'on parvenait par un percement. Cette cour communiquait par le sud avec la ligne de San Francisquito et par le nord avec la partie basse de l'hôpital. En ce moment, j'entendis à peu de distance Lopez qui disait à haute voix en marchant précipitamment :

« — Par ici, mon général, par ici. »

« J'eus un moment de grande joie, car je supposai à l'instant que Lopez était parvenu à s'échapper, et que c'était au général Castillo qu'il désignait le chemin par lequel l'enuemi s'était avancé; mais cette illusion dura peu, car bien peu d'instants après, on me fit marcher vers une plate-forme construite dans le mur de clôture gauche, où je fus réuni à sept ou huit de mes camarades faits déjà prisonnière. C'est alors que je pus comprendre tout ce qui s'était passé sous mes yeux avec tant d'ordre et de silence, pourquoi aucun poste n'avait fait feu et celui de la tour n'avait pas paru s'apercevoir du mouvement.

« Parmi les prisonniers, se trouvaient les commandants de ces postes, excepté celui de la tour, et chacun se mit à raconter ce que Lopez était venu leur dire pour les en séparer. A celui du cimetière : « Qu'un bataillon du général Marquez, trompant la vigilance de l'ennemi, était parvenu à pénétrer dans la place, et que c'étaient des détachements de cette troupe qu'il plaçait pour relever la garde qui devait se réunir à son bataillon pour entreprendre une opération au

point du jour. » Au sous-offlcier Hans, il l'obligea de traîner sa pièce vers la Cruz, parce « qu'un détachement s'était soulevé dans cet endroit; » le retira de ce poste et le retint prisonnier, laissant la pièce à la garde de nouveaux soldats, finfin chacun décrivit la manière dont il avait été fait prisonnier, et tous désignèrent Lopez comme étant l'auteur de tous ces faits. »

La déclaration du commandant L. Echeagaray du 3 rae bataillon Marquez n'est pas imoins convaincante : — « Mon bataillon, dit-il, était de service dans la nuit du 14 au 15 mai, et il n'était resté dans les corridors de l'hôpital qu'une quarantaine de prisonniers qu'on nous avait donnés pour remplacer les vides. Il était environ quatre heures et demie du matin, lorsqu'un officier de la garde de prévoyance de ma troupe, le lieutenant Molinarès, entra dans mon logement, situé en face de la caserne de la Cruz, et me dit : « Major, il paraît que l'ennemi est dans le jardin et le cimetière. » Au moment où je sortais pour me transporter à la caserne, je vis un corps de troupes qui longeait le côté droit de l'église, se dirigeant vers les pièces d'artillerie qui se trouvaient sur la petite place près de l'entrée de ma caserne. Je demandai à Molinarès quelle était cette troupe; il me répondit qu'elle lui semblait être ennemie. En même temps, je la vis s'emparer de l'artillerie.

« En arrivant à la porte de la caserne, j'y trouvai le général Gastillo, qui venait probablement de son logement. Nous allions entrer quand nous en vîmes sortir Lopez, qui avait fait déposer les armes aux quarante hommes dont j'ai parlé. Le général Gastillo demanda à Lopez : « Qu'y a-t-il, colonel? » Celui-ci ne répondit pas, vint à moi et me dit : « Sauvez le général, tout est perdu. » Alors je lui dis que j'irais réunir quelques piquets de mon bataillon qui défendaient la ligne fortifiée, pour voir ce qu'il y aurait à faire. « Non, non, me dit-il, que tout reste dans le même état. » Plusieurs chefs républicains, que je ne connais pas, se trouvaient là pistolet en main. Je m'effaçai et volai aux postes les plus proches,

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où il y avait de la troupe de mon bataillon pour la rallier; mais ce fut en vain, car Lopez, à la tête d'une colonne ennemie accompagnée de ces mêmes chefs, se dirigeait à tous les points occupés par nos troupes, les enveloppait et les désarmait.

« Je crois que la confusion fit qu'on ne nous fit pas prisonniers alors. Je suivais Lopez, qui exécutait avec une grande activité les opérations dont j'ai parlé, jusqu'à Saint-François, où je le laissai. Lorsque je descendais la grande place, je vis défiler dans la même direction les piquets de troupe impériale, Explorateurs de Mexico, les hussards, l'escorte de l'empereur et la petite troupe que commandait Jablonski. Les trois premiers piquets furent arrêtés, entourés, obligés de mettre pied à terre et de livrer leurs armes; mais Jablonski, avec sa section, criant « Vive la liberté! » passa librement, et tournant à droite, s'achemina vers la Congrégation, où je fus fait prisonnier. »

« Aux premières lueurs du jour l'empereur était sur pied, dit un témoin oculaire de cette tragédie, et presque aussitôt il apprit qu'un événement extraordinaire s'était accompli. Réveillant le prince de Saim-Salm, son aide de camp, Maximilien se dirigea vers l'enceinte extérieure du couvent; mais à peine eut-il fait quelques pas qu'un détachement de soldats, conduit par le colonel Rincon Gallardo, l'entoura. Lopez accompagnait ce détachement ; ce fut lui qui désigna le prince à sés ennemis, en s'écriant d'une voix rauque : « C'est lui ! saisissez-le! » C'est alors qu'un incident eut lieu. Le colonel Gallardo, brave soldat qui ne paraissait pas goûter la trahison de Lopez, se dirigea vers Maximilien et lui dit : a Vous êtes un particulier, et non pas un soldat; nous n'avons rien à vous dire. Partez ! » Et en disant ces mots, il poussa le prince hors du couvent. Cinq minutes plus tard, je rencontrai Maximilien qui paraissait n'être pas encore revenu de sa surprise. Il se dirigeait à pied, le plus rapidement possible, vers le Cerro de la Campana, à l'autre extrémité de la ville.

« Vers ce même point, les officiers et les soldats impérialistes qui n'avaient pas encore été capturés se dirigeaient confusément, poursuivis par la cavalerie ennemie.

ot Jusqu'alors, quelques coups de feu seulement avaient été tirés. Le général Corona, toujours prompt dans ses mouvements, avait fait entrer dans le couvent d'abord, et ensuite dans la ville, la plus grande partie de l'armée libérale. Il avait ainsi pris à revers toutes les positions impérialistes, dont les défenseurs jetaient leurs armes en criant : Viva la libertad! Mais Miramon n'était pas disposé à se soumettre aussi facilement. Ralliant une partie du régiment de l'impératrice, qu'il rencontra dans la calle de las Capuchinas, la plus large rue de la ville, il tint tête aux assaillants. Un des premiers coups de feu atteignit Miramon au visage, au dessous de l'œil gauche, le privant ainsi momentanément de la vue. Avant qu'il eût repris ses sens, tous ses soldats s'étaient rendus, et lui-même était prisonnier dans une maison voisine.

« Pendant ce temps, Maximilien avait gagné le Cerro de la Campana, colline fortifiée qui commande la partie nord de la ville; il avait été rejoint par les généraux Mejia, Castillo et Avellano, par le prince de Salm-Salm et par plusieurs autres de ses officiers; mais il devint bientôt évident que toute résistance était impossible. Quatre bataillons d'infanterie et toute la cavalerie libérale environnaient le Cerro.

« Le pavillon blanc fut alors arboré, et l'empereur, avec tout son état-major, se rendit au général Corona. On permit aux prisonniers de conserver leurs chevaux, leurs armes et leurs effets personnels, et quelques heures plus tard, on les conduisit au couvent de la Cruz.

« Les premières compagnies de l'avant-garde mexicaine qui étaient entrées dans la ville avaient commis quelques excès; on signalait plusieurs maisons pillées et des personnes dévalisées dans les rues; mais dès l'arrivée des officiers généraux, l'ordre fut rétabli. »

Du couvent de la Cruz, l'empereur fut conduit avec ses

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officiers à celui de Santa-Teresita, où, pendant trois jours ils dormirent sur la terre nue, et reçurent une nourriture grossière et même insuffisante. On les transféra ensuite au couvent des Capuchinas où les amis des prisonniers leur firent parvenir des aliments, du vin, des vêtements et quelques objets de première nécessité.

Le siège de Queretaro avait duré soixante-huit jours. Dans l'enceinte de la ville, les vivres étaient devenus rares au commencement de mai, et les habitants comme la garnison souffrirent beaucoup de cette pénurie. L'empereur vivait comme un simple soldat, plein d'espoir, d'illusions et d'abnégation, s'exposant au danger avec une insouciance étrange. Sa conduite n'a cessé d'être un exemple de courage chevaleresque et un sujet d'admiration pour tous.

Le 15 mai, Juarez envoya la dépêche suivante au général Bériozabal qui l'expédia aux États-Unis.

« S. Luis Potosi, 15 mai. — Viva la patria ! Queretaro est tombée ce matin à huit heures par la force des armes. Maximilien, Mejia, Castillo et Miramon sont prisonniers. — Benito Juarez. »

Il appelait l'or et la trahison « force des armes! » Escobedo dans sa dépêche, oublie également ce détail qui ne devait pas flatter l'orgueil des chefs juaristes. Parmi les généraux prisonniers se trouvait également Mendez, le vainqueur de cent combats, dans le Michoacan. Pris dans la journée du 16 mai, il ne se cacha pas le sort qui l'attendait. Il passa la nuit à écrire à sa famille, et le lendemain matin il fut conduit à l'Alameda et passé par les arme3. Suivant l'usage du pays, à l'égard de ce qu'on appelle des «traîtres», on le fusilla par derrière. Il protesta, en disant qu'il voulait affronter la mort en face; mais l'officier commandant le peloton lui répondit qu'il devait obéir à ses ordres. — « C'est bien, dit Mendez, faites ! » Puis il s'agenouilla tranquillement en tournant le dos aux soldats chargés de l'exécution. Quatre hommes sortirent des rangs et firent feu. Le condamné n'ayant pas été atteint mortellement, se releva et fit

signe de tirer à la tête. Le caporal alors lui appliqua le canon de son fusil contre l'oreille et lui fit sauter la cervelle. Ainsi mourut Ramon Mendez, un des Indiens les plus éminents de cette époque.

M. Lago, chargé d'affaires de l'Autriche, M. Curtopassi, chargé de la légation d'Italie, M. Hoorickx, chargé de la légation belge, et M. Forest, consul de France, se rendirent à Queretaro pour intercéder en faveur de l'empereur Maximilien. M. le baron Magnus, ministre de Prusse à Mexico, fit à Queretaro comme à S. Luis Potosi des prodiges d'activité, d'instances et de démarches de toutes sortes pour obtenir la vie sauve à l'auguste prisonnier. Quant aux démarches du gouvernement autrichien, personne ne les ignore, elles ont été consignées dans la Gazette officielle de Vienne du 1 er juillet. Voici la note de ce journal :

« Il n'est pas sans intérêt de connaître les démarches que le gouvernement impérial autrichien a entreprises depuis plusieurs mois, dans le but de conjurer la terrible catastrophe dont la nouvelle vient d'arriver ici.

a Déjà au moment de la retraite des troupes françaises, S. M. l'empereur d'Autriche, partant de celte pensée que l'empereur Maximilien quitterait Mexico en même temps que le maréchal Bazaine, jugea opportun d'examiner la question de savoir s'il n'y avait pas lieu de rendre à l'empereur Maximilien le retour plus facile en le réintégrant dans tous les droits d'agnat auxquels il avait renoncé 'avant son départ pour Mexico. S'il ne fut pas donné suite immédiatement à cette idée, la raison en est que, sans parler d'autres droits légitimement acquis qui étaient en question et qui demandaient un mûr examen, l'empereur Maximilien restait à Mexico et continuait la lutte avec les forces indigènes qui étaient à sa disposition.

« Lorsque la nouvelle de sa capture parvint ici, tout fut mis en œuvre pour provoquer en sa faveur une intervention diplomatique de toute l'Europe.

« Déjà auparavant, l'ambassadeur d'Autriche à Washing-

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ton avait reçu mission de s'adresser au gouvernement des États libres de l'Amérique du nord et de faire appel à leur intervention et à leur action diplomatique pour le cas où un danger aurait menacé l'empereur Maximilien.

« On sait que M. Seward a donné suite à cette instance, et que le gouvernement américain employa alors ses bons offices dans ce sens auprès de Juarez.

« Lorsque la capitulation de l'empereur Maximilien eut été connue, la France, l'Angleterre, la Russie et la Prusse chargèrent leurs ambassadeurs à Washington de joindre leurs efforts à ceux de l'ambassadeur autrichien à l'effet de sauver la vie de l'empereur.

« Toutes les puissances s'employèrent dans ce sens, et la reine Victoria, en particulier, ajouta qu'il s'agissait de « saute ver la vie à un proche parent qui lui était cher. »

« Un motif d'espérer s'offrit encore, lorsqu'on eut appris ici les raisons à l'aide desquelles l'ambassadeur de Juarez à Washington, Romero, essayait de justifier les mesures rigoureuses prises contre l'empereur Maximilien. Ces raisons s'appuyaient essentiellement sur la considération que l'empereur Maximilien demeurerait toujours prétendant, qu'il continuerait à rassembler autour de lui les personnages turbulents du Mexique et, par suite, à maintenir le pays dans un état permanent d'agitation. Dès lors il fut résolu, sans retard, dans le conseil de la famille impériale autrichienne , que l'empereur Maximilien rentrerait dans tous ses droits de dernier agnat, qu'on s'appliquerait à obtenir de lui la plus complète renonciation à ses droits comme empereur du Mexique et à fournir les garanties nécessaires pour l'accomplissement et l'exécution de cette renonciation. .

« On expédia télégraphiquement à l'ambassadeur autrichien à Washington des instructions dans ce sens.

« M. Seward s'est empressé à nouveau d'employer activement ses bons offices. Malheureusement, les nouvelles qui viennent d'être publiées attestent que les efforts ont été sans

succès. La question d'une rançon n'a jamais été soulevée. A la cour impériale autrichienne on eût été pleinement disposé à acquitter une rançon. Mais ici, la plus grande prudence était commandée. Il fallait éviter d'éveiller la pensée d'un empiétement sur la juridiction du conseil de guerre qui avait ouvert le procès ; ce qui aurait aggravé la situation de l'empereur Maximilien. Cette dernière considération prévalut aussi lorsque fut agitée la question de savoir s'il n'y avait pas lieu d'envoyer à Juarez une personne de confiance. On renonça a ce parti , attendu que, abstraction faite de la tournure fâcheuse que cette démarche aurait pu donner à la destinée de l'empereur Maximilien, Juarez lui-même aurait été compromis si elle avait été découverte. »

Je ne sais si le gouvernement américain a fait, dans cette circonstance, ce qu'il aurait dû, ce qu'il aurait pu, ce qu'il avait promis de faire. M. Seward chargea M. Campbell d'aller auprès de Juarezobtenir la vie de l'empereur; M. Campbell resta à la Nouvelle-Orléans et envoya un courrier à sa place. Si M. Seward avait voulu sauver la vie de l'empereur il l'aurait sauvée; Juarez, dans la situation où il se trouvait vis-à-vis des États-Unis, ne pouvait refuser cette demande. Mais la mort de l'empereur devait à tout jamais terminer les interventions européennes au Mexique et laisser ce pays devenir pacifiquement la proie des États-Unis; M. Seward laissa M. Campbell se promener à la Nouvelle-Orléans et ne confia pas la mission dont il l'avait chargé à un autre fonctionnaire. Quand on réfléchit au temps écoulé entre la capture de l'empereur et son exécution, il est permis de croire que Juarez attendait des États-Unis sinon des ordres, au moins des instructions sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard de Sa Majesté. La postérité jugera le gouvernement des États-Unis dans cette triste circonstance, mais il est douteux qu'elle le disculpe d'une terrible responsabilité relativement à la mort de ce malheureux prince.

La dépêche de M. Lago sur les événements de Queretaro, est trop importante pour ne pas la publier ici. En voici le texte :

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a Mexico, le 25 juin 1867.— J'espère que Votre Excellence aura reçu ma lettre du 30 du mois dernier, et je me permets de lui rendre un compte abrégé des événements survenus depuis, autant que le temps et les circonstances me le permettent, en me réservant de donner plus tard des communications plus détaillées.

« Malgré les obstacles que le lieutenant général Marquez mit à mon départ, j'ai pu quitter Mexico le 31 du mois dernier, par le canal Chalco, et après un voyage de trois jours, arriver à Queretaro dans la nuit du 3 juin. Dès le lendemain, j'obtins du général en chef Escobedo l'autorisation de voir l'empereur aussi souvent que je le désirais. Je me rendis aussitôt dans la prison du couvent de las Capuchinas, où je trouvai Sa Majesté étendue sur un lit, malade de corps (dyssenterie), mais saine d'esprit et courageusement résignée.

« Des centaines de soldats étaient couchés sur les escaliers et dans les corridors qu'il fallait traverser pour se rendre auprès de Sa Majesté, de manière qu'il fallait littéralement leur passer sur le corps. La chambre elle-même était une cellule qui se trouvait au bout d'un corridor au premier étage, longue d'environ dix pas et large de trois; elle ne contenait rien qu'un lit de camp, une armoire, deux tables, un fauteuil en jonc et quatre chaises en jonc; le sol était carrelé grossièrement; il y avait une porte et une fenêtre donnaut sur le corridor.

« Devant la porte se trouvait un factionnaire; devant la fenêtre un officier couchait sur un paillasson. La nuit, un un général et trois colonels faisaient sentinelle, le revolver à la main, devant la chambre impériale.

« Les deux généraux impériaux Miramon et Mejia étaient détenus dans deux cellules voisines de celle de l'empereur, et avaient la faculté de converser librement avec leur souverain. Non loin se trouvaient, non pas comme prisonniers, le docteur Basch , médecin particulier de Maximilien , et deux serviteurs européens.

« A partir du moment de mon arrivée, j'ai eu presque

chaque jour des entrevues de plusieurs heures avec Sa Majesté, qui m'a traité sans cesse de la manière la plus gracieuse et la plus bienveillante. Sa Majesté vit très souvent aussi mes collègues également arrivés à Queretaro , le ministre résident de Prusse, le chargé d'affaires belge, M. F. Hoorikx, et le chargé d'affaires italien, M. Curtopassi, et montra également à ces messieurs beaucoup de grâce et d'amabilité.

« Dans l'intervalle, nous avions acquis, en raison delà tournure grave et désespérée des choses, la conviction que les deux avocats, Riva Palacio et Martinez de la Torre, venus de Mexico, agiraient à San-Luis , le siège du gouvernement républicain, et, par suite, le lieu où serait prise la décision définitive, avec plus d'efficacité, dans l'intérêt de la cause de Maximilien, qu'à Queretaro, où les deux autres avocats, Ortega et Vasquez, devaient rester.

a Peu de temps après l'arrivée des deux premiers avocats à San-Luis, nous apprenions d'eux, par le télégraphe, que leurs efforts avaient complètement échoué, et que l'on avait refusé de prononcer, ainsi qu'ils l'avaient demandé, l'incompétence du tribunal destiné à juger l'empereur.

« Ce tribunal était composé de six capitaines et présidé par un lieutenant-colonel. Par contre, les avocats avaient proposé que l'affaire fût renvoyée devant un conseil de guerre composé de généraux ou devant le congrès national.

« A la suite des nouvelles décourageantes que les avocats nous firent parvenir le jour même par une estafette de San- Luis, M. de Magnus, représentant de la Prusse, partit immédiatement pour cette ville pour y tenter un dernier effort, en vue d'un meilleur résultat ou pour obtenir du moins une suspension de la procédure judiciaire. Pour ne rien négliger, de mon côté, de ce qui pouvait être utile au malheureux prisonnier impérial, j'offris, bien que je ne fusse pas appelé à San-Luis par le télégraphe , d'y accompagner mon collègue prussien , d'autant plus que le chancelier de celui-ci était à Queretaro assez gravement malade.

« Ce ne fut qu'après la déclaration solennelle faite par les

deux avocats, qui étaient restés devant moi et mes collègues, que la présence d'un représentant autrichien à San Luis ne pourrait que nuire à la cause de l'empereur, que je renonçai au projet d'y aller, ce dont Sa Majesté me remercia vivement le même soir, puisqu'elle avait beaucoup plus besoin de moi à ses côtés. L'empereur ne fondait aucun espoir sur les négociations commencées à San Luis et n'attendait avec raison, comme la suite l'a montré, absolument rien de ce côté pour sa vie et sou honneur.

« Le 12 et le 13, le procès commença dans le théâtre de la ville; le conseil de guerre se trouvait, comme les accusés, sur la scène, les auditeurs dans les stalles et les loges; le théâtre était faiblement éclairé. Gomme Sa Majesté, à cause de son état maladif, mais principalement par un sentiment d'honneur blessé, ne voulut paraître en un tel lieu à aucune condition, à moins de l'emploi de la force, on suspendit la procédure à son égard et on commença par les généraux Miramon et Mejia, qui furent forcés, en effet, de paraître sur la scène.

« Le 14 au matin, enfin, commença le plaidoyer des avocats impériaux, après quô ceux-ci eurent prouvé que le procès pouvait avoir lieu et le jugement être prononcé légalement sans que l'accusé parût en personne devant ses juges. Je serai plus tard en position de rendre compte avec plus de détails, à Votre Excellence, des treize points d'accusation et de la défense. Outre l'usurpation du pouvoir suprême, la guerre civile, etc., le point qui figure en première ligne dans l'accusation est la sanction donnée à la loi du 3 octobre 1865, conformément à laquelle, d'après des notabilités libérales, 40,000 personnes auraient été exécutées depuis cette époque dans le pays.

« Le 14, à neuf heures du matin, un adjudant du général Escobedo vint nous chercher, MBÎ. Hoorikx, Curtopassi, Forest (ancien consul de France à Masatlan et chargé de pouvoirs confidentiels de l'ambassadeur de France) et moi, et nous conduisit au quartier général. Là, l'ordre nous fut

donné de quitter Queretaro dans deux heures. A peine eûmes-nous le temps d'informer Sa Majesté de cette mesure et d'emballer nos effets, quand un second ordre nous enjoignit de quitter la ville immédiatement.

« Un quart d'heure après, une diligence préparée pour nous, nous emmenait hors de Queretaro. Un passe-port nous fut délivré par cet adjudant pour Cuantitlan-Tacubaya, et il nous déclara, au nom du général Escobedo, que si nous ne quittions pas à l'instant Queretaro, ou si nous y revenions avant sept ou huit jours, cela nous coulerait la vie.

« Le 16 au soir, nous arrivâmes après un voyage pénible à Tacubaya, où nous apprîmes que le général Marquez ne songeait nullement à rendre la ville, mais qu'il continuait à dépouiller et torturer les habitants de la manière la plus éhontée, tandis qu'il faisait officiellement annoncer que l'empereur avait remporté de brillantes victoires et qu'il devait arriver d'un jour à l'autre.

« Dans la capitale, la famine avait fait des progrès effrayants; un tiers de la population s'était enfuie vers les points occupés par les libéraux, où régnait une misère* immense, d'où d'horribles épidémies commençaient à exercer leurs ravages.

« Dans le camp des libéraux, l'exaspération contre le général Marquez, contre les autres généraux impériaux, et contre les officiers et soldats servant sous leurs ordres, était arrivée à son comble, attendu qu'il était impossible d'admettre qu'ils pussent encore être dans le doute sur le sort de l'empereur. On leur reprochait en conséquence de vouloir l'effusion du sang inutilement et sans chance de succès par pure passion et obstination.

« Tous les officiers supérieurs mexicains et européens se trouvaient donc sur la liste de ceux qui devaient être exécutés après la prise de Mexico. D'autre part, S. M. l'empereur avait désigné à moi, aussi bien qu'à mes collègues, le général Marquez comme le plus grand traître qui, depuis qu'il avait quitté Queretaro, avait toujours agi d'une façon

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directement opposée aux instructions qu'il avait reçues de l'empereur. Ainsi l'empereur me dit que le général Marquez n'avait jamais été autorisé à se mettre en marche surPuebla, mais qu'il avait reçu l'ordre de se rendre, avec la garnison de Mexico et les sommes déposées dans celte ville, à Querelaro, où il aurait offert alors à l'armée principale des libéraux une bataille décisive, dont l'issue lui aurait certainement été favorable.

« Après qu'on eut attendu vainement pendant quelques semaines le retour du général xMarquez, on avait pris la résolution, après de nombreux combats toujours heureux contre l'armée assiégeante, six fois plus nombreuse, d'abandonner Queretaro et de marcher sur Mexico; on devait partir le 15 au matin ; mais à trois heures du matin, le traître Lopez, jusque-là un grand favori de l'empereur et commandant du couvent fortifié de la Cruz, avait introduit l'ennemi dans ce point qui domine tout Queretaro.

« L'empereur me raconta lui-môme, que dans l'intention d'y réunir ses troupes, il s'était rendu à la colline bien fortifiée Gerro de la Gampana, qui se trouve à l'ouest de la ville.

(( Là, il aurait attendu le général Miramon; mais ceLui-ci avait dans l'intervalle reçu une forte blessure au visage et avait été fait prisonnier. Ainsi se passa sans aucun profit le temps précieux qui aurait pu être utilisé pour s'ouvrir un chemin et pour fuir. Lorsque l'empereur apprit le sort de Miramon, il n'y avait plus à songer à la fuite.

« La plus grande partie des troupes impériales, qui pendant le siège s'étaient montrées si braves et si fidèles, avaient été surprises et se trouvaient prisonnières et dispersées. Même le général Mejia conseilla à l'empereur de se rendre, puisque des colonnes d'assaut ennemies s'approchaient de toutes parts sous une terrible grêle de mitraille. L'empereur prit alors lui-môme le drapeau blanc, puis il se rendit au général Riva Palacio, le fils de son avocat actuel.

« Quatre jours auparavant, le colonel Lopez, ce traître, m. ss

s'était rendu dans le quartier du général Escobedo et avait offert sa trahison pour la somme de 2,000 onces d'or, sur laquelle, paraît-il, il n'a reçu que 7,000 piastres environ. L'empereur me dit lui-même que Lopez l'avait vendu, lui et ses troupes, pour à peu près 11 réaux par tête.

« A peine arrivé à Tacubaya, j'adressai une communication officielle aux officiers d'état-major autrichiens, pour les informer de la prise de Queretaro, et de la captivité de Sa Majesté; en même temps je leur appris qu'une lettre autographe de l'empereur dans laquelle il les invitait à mettre fin à une effusion de sang inutile, et que je leur avais envoyée par M. Magnus, avait préalablement été confisquée par le général Marquez, et je leur dit que, dans les circonstances, je devais les rendre responsables vis-à-vis de Sa Majesté autrichienne, notre gracieux maître, de toute vie de soldat autrichien qui serait perdue d'une façon inutile.

« J'offris d'avoir, la nuit, dans la tranchée, une entrevue avec le colonel Khevenhuller pour lui enlever le dernier doute sur l'authenticité de. la nouvelle de la fin de l'empereur. En même temps, je me mis en rapport avec le général Porfirio Diaz, afin d'obtenir les conditions les plus favorables pour les Autrichiens. Le général Porfirio Diaz déclara tout à fait inacceptable une proposition des officiers autrichiens, d'après laquelle les Autrichiens pourraient se rendre à la Vera-Crux avec armes et bagages, parce que les troupes étrangères avaient appuyé pendant deux mois la domination violente et barbare du général Marquez.

« Enfin, le général Diaz et moi, nous nous accordâmes sur les points de la capitulation des troupes autrichiennes et de leurs chefs, concessions que le général désigna comme les concessions extrêmes dont il pouvait prendre la responsabilité vis-à-vis de son gouvernement. Mais le général Diaz refusa de me donner une déclaration écrite, mais déclara à moi et aux témoins présents, M. Frédéric Hube et le gouverneur Baz, qu'il s'obligeait, par sa parole d'honneur, à tenir les stipulations arrêtées. C'est de cette manière que je com-

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muniquai aux officiers supérieurs autrichiens, les dernières conditions du général, qui étaient à peu près les suivantes : « l°La condition principale de la présente convention est, qu'à partir de ce moment, les Autrichiens s'abstiendront de toute participation aux hostilités contre les forces républicaines;

« 2° Si, jusqu'au 21 au matin, c'est à dire quarante-huit heures après la réception des stipulations, les Autrichiens sortent de la ville etdéposentleurs armes, le général Porfirio Diaz leur garantit le transport jusqu'à Vera-Cruz aux frais du gouvernement républicain. Mais il faut que les armes et les chevaux soient livrés, à l'exception des épées et des chevaux des officiers ;

« 3° En cas d'un combat si, sans y prendre part, les Autrichiens se retirent dans le palais et hissent le drapeau blanc, ce général ne pourra leur garantir que la vie; du reste, le gouvernement républicain prononcerait en pareil cas;

« 4° Ces conditions sont applicables aux autres soldats non mexicains placés sous le commandement des officiers autrichiens, suivant quelques conditions secondaires.

« Le 20, à cinq heures du soir, nous apprenions à Tacubaya que ces points avaient été acceptés sans réserve par les chefs autrichiens; ils déclaraient en même temps que le lendemain, à dix heures du matin au plus tard, les Autrichiens sortiraient de Mexico et déposeraient les armes à Tacubaya. Malheureusement, des négociations avaient été entamées en vue d'une capitulation par le général Tabera, commandant de Mexico en remplacement de Marquez qui s'était caché ; elles aboutirent vers minuit.

« Le 21, vers cinq heures du matin, les troupes républicaines devaient entrer à Mexico, ce qui eut lieu en effet. Par là, l'exécution du point 2 fut rendue impossible, sans leur faute.

« Les Autrichiens sont concentrés dans le palais, et depuis l'entrée des troupes républicaines on ne leur a pas encore demandé leurs armes. Les Autrichiens et une partie

des troupes étrangères doivent partir demain pour Puebla ; là, ils attendront la décision que le gouvernement républicain aura prise définitivement sur leur sort.

« Porflrio Diaz m'a déclaré que tous officiers autrichiens (au nombre de 150) auraient la vie sauve, et il espère que le président ne mettra pas d'obstacle à leur départ du Mexique ni à celui des troupes. Du moins, il fera tout son possible, car c'est aux Autrichiens qu'il est redevable de la prompte capitulation de Mexico sans effusion de sang. »

(Suivent les détails sur les mesures prises pour le transport dès Autrichiens à Vera-Cruz et leur embarquement.)

« Le 19 au soir, alors que je travaillais ardemment à la négociation secrète de la capitulation, je reçus la communition d'un télégramme adressé de Queretaro par le général Escobedo à Porfirio Diaz, annonçant que l'empereur, ainsi que les généraux Mejia etMiramon, avaient été fusillés le 9, à sept heures du matin, au Gerro de Campana. Comme depuis quelques jours j'avais acquis la certitude que l'horrible événement était inévitable, j'avais adressé, dès le 18, un télégramme aux docteurs Basch et Ribadaneyra, en les invitant à embaumer soigneusement le corps de Sa Majesté dans le cas de sa condamnation. Je sais positivement que cette dépêche est arrivée à son adresse.

« Le soir même où je recevais la nouvelle de la mort de Sa Majesté, j'envoyai un télégramme à Juarez pour le prier <le me faire remettre le corps de Sa Majesté pour qu'il pût être transporté en Europe. Le lendemain j'envoyai une estafette munie de tous les passe-ports et lettres de recommandation nécessaires au général commandant de Vera-Cruz (qui est encore aux mains des impériaux), à Sacrificios, près de Vera-Cruz, avec Tordre de faire expédier à la Nouvelle-Orléans, par un navire de guerre, le télégramme qui probablement est arrivé à Votre Excellence. En même temps, j'invitais le capitaine du bâtiment ÏÉlisabeth à se rendre à Tampico, où j'espérais être dans trois semaines avec le corps de l'empereur.

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« Après le départ du courrier, je reçus un télégramme du ministre Lerdo de Tejada, de San Luis, qui m'apprenait que pour des motifs graves le président ne pouvait pas me permettre de disposer du corps de Sa Majesté, et je donnai contre-ordre au commandant de YÉlisabeth. Ma mission était terminée, mais on me conseilla de tenter de nouvelles démarches auprès du président et de ses ministres après leur prochaine arrivée, pour obtenir le corps de l'empereur. Je doute encore si je dois faire cette démarche.

« Le motif auquel on attribuait le refus du gouvernement républicain (et que Porfirio Diaz me déclara ne pouvoir comprendre), était que celui-ci avait l'intention de ne délivrer le corps que sur la demande directe du gouvernement impérial et à un agent spécialement désigné à cet effet. D'un autre côté, M. de Magnus, qui avait assisté aux derniers moments de l'empereur et avait reçu ses dernières volontés, se rendait le 20 à San Luis pour intervenir directement auprès du président, afin d'obtenir la remise du corps. Le 19, M. de Magnus nous écrivait (en français) de Queretaro :

« Tandis qu'on vous renvoyait à Tacubaya, M. Lerdo me disait que vous étiez tous en route pour San Luis. L'exécution était fixée pour dimanche, à trois heures de l'après-midi. Mais l'empereur m'ayant demandé d'être de retour ici avant sa mort, j'ai pu obtenir une remise de trois jours. L'espoir que les efforts faits de tous les côtés, pendant ces trois jours pour sauver l'empereur, pourraient être couronnés de succès, nous a trompé. Le malheureux prince a conservé jusqu'à la mort un calme et une tranquillité d'esprit véritablement héroïques. Sa mort a été sublime. Je ne puis pas décrire aujourd'hui toutes ces scènes terribles; je suis atterré encore et tombe de fatigue et d'agitation morale. »

Plus loin il ajoute (en français) :

« L'empereur a ordonné que sa dépouille mortelle soit embaumée ici par son médecin et accompagnée par lui ultérieurement à Vera-Cruz, pour être transmise à bord d'un steamer de guerre d'Autriche. Hier soir encore, l'empereur

a écrit au général Escobedo en exprimant le désir qu'on me remette le cadavre. Malgré la lettre de l'empereur, le général Escobedo, conformément aux ordres venus de San Luis, a lait embaumer sa dépouille par les médecins mexicains, et, du reste, il garde convenablement le mort. »

Puis, il ajoute également :

« L'avocat Ortega est d'avis que je dois partir pour San Luis, afin d'y régler cette triste affaire. »

(M. de Magnus n'avait naturellement aucune connaissance du refus de Juarez de remettre le cadavre.)

« J'appréhende que les démarches du ministre résident prussien soient inutiles. En cas contraire, je me rendrai à Queretaro, et en suivant le conseil de ceux qui connaissent le pays, je préférerais, dans une saison aussi avancée, la route de la Sierra à Tampico (douze à quatorze jours de voyage), à celle qui mène par Mexico et Puebla par Vera- Gruz, d'autant plus que cette année le vomito sévit dans cette dernière ville.

« L'attaché de légation, chevalier de Tavora, que j'ai envoyé le 20 à Queretaro muni des pouvoirs nécessaires pour organiser le transport de la dépouille impériale, m'écrit de cette ville, où il doit rester jusqu'à nouvel ordre, que Sa Majesté est tombée frappée par neuf balles. Mes collègues vont pour la plupart abandonner bientôt Mexico et partir pour l'Europe. — Agréez, etc. — 26 juin 1867. — Lago. »

« P. S. — Un des avocats de feu Sa Majesté l'empereur, revenu hier de Queretaro, me fait espérer que peut-être le ministre résident prussien, M. de Magnus, réussira à se faire livrer le corps de l'auguste défunt. Je profite de cette occasion pour assurer à Votre Excellence que M. Dano, le minisire français, a fait de son côté tout ce qui lui était possible pour sauver la vie de l'empereur. Je dois ce témoignage à la vérité. — Lago, m. p. »

— « Mexico, 28 juin 1867. — J'ai l'honneur de soumettre a Votre Excellence un numéro du Globe contenant tous les importants télégrammes touchant S. M. l'empereur Maximilien.

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« Les Autrichiens se sont mis aujourd'hui en marche, à trois heures du matin, pour Puebla, où ils attendront la décision définitive sur leur sort. Le comte colonel Khevenhuller et le baron Bertrand restent pour le moment, d'après leur désir, à M,exico. Depuis quelques jours, nous manquons de nouvelles de M. deMagnus. Le bruit court que le gouvernement permettrait que le cadavre impérial fût transporté à Tampico sous escorte, accompagné seulement par le médecin privé, M. le docteur Basch.

« Agréez, etc. — Lago, m. p. »

Après la lecture de cette dépêche, il est inutile de raconter les événements qui ont précédé l'exécution de l'empereur condamné d'avance. Il fallait à Juarez que la sentence fût dictée par un tribunal ; il n'osa pas la dicter officiellement lui-même sans lui donner les apparences d'un caractère légal. L'empereur, ayant été appelé au Mexique par le vote des provinces libres, voulait être jugé par un congrès. Juarez n'avait point assez d'influence pour espérer que ce congrès condamnerait à mort l'empereur, il refusa la demande de cet acte de haute justice et remit le jugement entre les mains d'un conseil de guerre composé d'officiers subalternes choisis ad hoc. L'empereur , étant malade , n'assista pas aux débats de ce procès illusoire; il fut condamné, malgré l'incompétence du tribunal et malgré l'éloquent plaidoyer de ses défenseurs.

La sérénité de l'empereur, sa liberté d'esprit, sa noble conduite à l'égard des amis désolés qui l'entouraient, firent supposer qu'il ne croyait pas à son exécution, et qu'il conserva ses fatales illusions jusqu'au moment de mourir. Pourtant, le 15 juin, il écrivit la lettre suivante au capitaine Pierron qui l'avait servi fidèlement jusqu'à son départ du Mexique; cette lettre semble indiquer que les illusions de Sa Majesté s'étaient évanouies, hélas! trop tard :

« Mon cher capitaine Pierron. — A ma dernière heure, je pense encore à votre bonne amitié, si cordiale, et aux services que vous m'avez rendus avec tant de loyauté. Je pro-

441 HISTOIRB DU MEXIQUE.

fite de ces derniers instants pour vous envoyer un suprême adieu : je veux vous remercier de nouveau de votre franchise, de votre attachement et du dévoûment que vous m'avez montré en toute occasion.

« Cet épanchement est cher à mon cœur.

« J'espère que vous conserverez mon souvenir après ma mort, et je fais des vœux pour que vous viviez heureux et tranquille.

« N'oubliez pas celui qui a été jusqu'à son dernier soupir. — Votre tout affectionné. — Queretaro, le 15 juin 1867. — Maximilien. »

M. le baron Magnus mit officiellement et personnellement tout en œuvre pour empêcher l'exécution. Tout fut inutile. Il dut enfin se limiter à demander le corps du souverain. Escobedo le lui refusa sans une donation écrite de Sa Majesté qui, seule, disait-il , avait le droit de disposer de son corps; mais il promit de le livrer après l'exécution si l'empereur donnait cette lettre. Le baron revint auprès du prisonnier, ne sachant comment lui demander une pareille autorisation. Il en parla à quelques personnes de l'entourage de Sa Majesté. La prison était étroite, l'empereur entendit quelques mots qui le mirent sur le sujet de la conversation ; il écrivit aussitôt l'ordre de remettre son corps à la disposition du ministre de Prusse. Escobedo revint sur sa parole et demanda par dépêche à Juarez ce qu'il fallait faire ? Juarez refusa de livrer son corps.

C'est à la Gazette officielle de Vienne que j'emprunterai les détails sur les derniers moments de l'empereur. Les voici tels que ce journal les donne :

« Lorsque mercredi, à six heures du matin, les condamnés sortirent du couvent des Capucins, l'empereur, arrivé sur le seuil, se retourne, et, s'adressant à Ûrtega, son défenseur, lui dit : « Quel beau ciel ! c'est ainsi que je désirais qu'il fût le jour de ma mort ! » Ils étaient tous vêtus de noir. Chacun monta dans une voiture avec un prêtre. Ces voitures, escortées par quatre mille hommes de troupes, se

SECOND EMPIRE

dirigèrent vers le Cerro de la Campana, colline en dehors de la ville de Queretaro. C'est à cent pas de ce point que, le 15, l'empereur s'était rendu. Les condamnés descendirent de voiture à l'endroit où ils devaient être exécutés. L'empereur secoua la poussière qui recouvrait ses vêtements; il avait l'air résolu ; il portait la téte haute.

« Il s'informa des soldats qui étaient désignés pour le fusiller; il leur donna à chacun une once en les priant de viser à la poitrine. Le jeune officier qui devait commander le feu s'approcha de l'empereur, lui exprima combien il craignait qu'il mourût en lui en voulant, tandis qu'au contraire il désapprouvait du fond de son cœur la mission qu'il était forcé de remplir.

« Muchacho (jeune homme), répondit l'empereur, le devoir du soldat est d'obéir. Je vous remercie de votre compassion ; mais ce que je demande, c'est que vous accomplissiez l'ordre qui vous a été donné. »

Après cela, l'empereur s'approcha des généraux Miramon et Mejia, et les embrassa avec effusion en leur disant : «Nous nous reverrons bientôt dans l'autre monde. » L'empereur, qui était au milieu, s'adressa à Miramon : « Général, les souverains admirent aussi les braves, et, avant de mourir, je veux vous céder la place d'honneur. » Puis, se tournant vers Mejia, il ajouta : « Général, ce qui n'a pas été récompensé sur terre le sera certainement au ciel. » Mejia était le plus abattu des trois; quelques minutes auparavant il avait vu sa femme, son enfant dans ses bras, la poitrine découverte, courir à travers les rues, comme si elle avait été en proie à la démence.

L'empereur, s'avançant de quelques pas, prononça les paroles suivantes d'une voix claire et avec une tranquillité remarquable :

« Mexicains ! les hommes de mon rang et de mon origine, les hommes animés de sentiments pareils aux miens sont destinés par la Providence à fonder le bonheur des peuples ou à devenir des martyrs. Lorsque je suis venu à vous, je

n'avais aucune arrière-pensée. Je vins après avoir été appelé par des Mexicains bien intentionnés, par ceux qui se sacrifient aujourd'hui pour ma patrie adoptive.

« Au moment de quitter ce monde, j'emporte avec moi la consolation de n'avoir fait que du bien dans la mesure de mes forces, et de ne pas être abandonné par mes bien-aimés et fidèles généraux. Mexicains! que mon sang soit le dernier versé, et que ma malheureuse patrie adoptive puisse un jour se relever! »

Après ces paroles, l'empereur recula de quelques pas, mit un pied en avant, leva les yeux vers le ciel, indiqua de la main sa poitrine et attendit tranquillement la mort. Miramon tira un papier de sa poche, promena ses regards comme un commandant sur les 4,000 hommes postés devant lui, et dit:

« Soldats du Mexique, concitoyens! Vous me voyez ici comme condamné à mort pour trahison. Au moment où la vie ne m'appartient déjà plus, où dans quelques minutes je serai mort, je déclare devant vous tous, à la face du monde entier, que jamais je n'ai été traître à mon pays. J'ai combattu dans l'intérêt de l'ordre, et c'est pour cette cause que je tombe aujourd'hui avec honneur. J'ai des fils, mais jamais ceux-ci ne pourront être atteints par la calomnie dont j'ai été indignement souillé. Mexicains, vive le Mexique ! vive l'empereur! »

Il poussa ces cris d'une voie tonnante. Tous les cœurs étaient émus, des larmes se voyaient dans bien des yeux. Pas un habitant de Queretaro n'assistait à l'exécution ; les rues étaient désertes, les maisons fermées. Les corps furent embaumés.

On dit que l'empereur a légué 50,000 thalers aux fils de Miramon, et a prié son frère, l'empereur d'Autriche, de les faire élever comme ses propres enfants, et de ne jamais oublier qu'ils sont les fils d'un ami resté fidèle jusqu'à la mort. Mejia a confié son fils légitime à Escobedo. Quels amers remords de conscience pour ce général que Mejia tint entre ses mains et qui lui accorda plusieurs fois la viel

C'était le 19 juin. L'empereur, frappé à la distance d'un mètre, tomba mort; le feu prit à ses vêtements ; M. le baron Magnus, le docteur Basch et un chirurgien mexicain assistaient à cet horrible drame. Par leurs soins, le feu fut immédiatement éteint et le cadavre de Sa Majesté recouvert d'un drap apporté par l'un de ces messieurs, fut remis entre les mains des médecins qui l'embaumèrent aussitôt.

La catastrophe du 19 juin amena la reddition de Mexico, le retour de Juarez au pouvoir, l'anarchie, plus violente, plus intolérable qu'elle ne l'avait été de 1859 à 1862, et fit perdre au Mexique toute espérance de reconquérir sa place parmi les nations civilisées. Lorsque l'esprit humain s'affranchit des passions mesquines qui lui font servir un intérêt ou bien un parti ; lorsqu'il brise les chaînes rivées par les préjugés ou les entraînements qui bornent son horizon, l'intelligence reprend sa liberté d'action et s'élève dans ces hautes sphères où les grands événements qui bouleversent le monde et les lois qui régissent les empires apparaissent sous une forme nouvelle, logique et régulière. Dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, rien n'est fortuit, rien n'est vide de sens, tout a sa raison d'être.

Dans l'histoire on étudie les faits, quelquefois leurs causes et leurs enchaînements, mais on ne profite jamais des leçons qu'elle donne. Elles sont pourtant bien sévères parfois! Trois principes, trois autorités régissent toute société bien organisée : — L'autorité morale, représentée par le chef de la famille ; l'autorité religieuse, représentée par le chef de l'Église ; l'autorité politique, représentée par le chef du pouvoir ; le mépris de ces trois autorités est toujours suivi d'un châtiment. C'est pour avoir méprisé les droits de l'homme au Mexique que l'Espagne a perdu le Mexique. Le clergé mexicain, par son ignorance, son amour des richesses et son peu de moralité, méprisait les principes élémentaires de la loi divine, il en fut puni par l'aveuglement ; les prêtres descendirent au rang de simples citoyens. Les premiers ils levèrent l'étendard de la révolte contre la mère-patrie, se

servant, comme instrument, des populations indiennes sur lesquelles ils avaient une influence absolue, ils furent aussi, avec les Indiens, les premières victimes de la révolution qu'ils ont déchaînée sur leur pays. Depuis 1846, ils n'ont pas cessé de se plaindre contre les actes plus ou moins arbitraires dont ils ont été l'objet, mais à ces plaintes poussées par une cupidité qui ne s'est pas démentie jusqu'en 1867, on pourrait répondre : — « Arrière ! laissez passer la justice de Dieu. »

Il serait peut-être puéril de mettre en relief ce que j'appellerai — les châtiments historiques et naturels — dont on trouve tant d'exemples dans l'histoire de notre vieille Europe et celle du nouveau monde ; mais l'éloquence des faits est indiscutable, et depuis dix-huit siècles ils nous prouvent qu'on ne foule pas en vain sous les pieds aucun de ces trois principes, de ces trois autorités, sans lesquels une société n'est plus qu'une agglomération d'individualités dangereuses sinon malfaisantes.

Pour comprendre les fautes et les châtiments du peuple mexicain, il faut se rappeler son origine, son éducation, et l'on connaîtra, en même temps, la cause de toutes ses vicissitudes. On a vu dans l'histoire ancienne du Mexique qui forme la préface historique et le premier volume de cet ouvrage que ce pays avait été conquis, maîtrisé, peuplé par des soldats et des vassaux de Charles-Quint, de Philippe II, par des hommes incapables de sentir les dernières convulsions de la liberté mourante en Espagne. Dans le monde des idées et celui des sentiments, ces hommes ne comprenaient que l'obéissance passive dans l'ordre religieux comme dans Tordre politique; ils n'implantèrent dans les colonies espagnoles qu'un seul principe, celui de l'autorité. Ce principe unique, base de la société coloniale, prit des proportions tellement exagérées qu'il intronisa le despotisme religieux, politique, administratif et financier. Dans les décisions du conseil des Indes, on voit, en effet, un ensemble admirable, sous le rapport de la sollicitude et de l'amour pour la race

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conquise; mais, barbare par la proscription de tout ce qui était étranger et nouveau. L'administration était despotique, l'inquisition sévère, l'enseignement élémentaire nul, la liberté de communiquer avec tout autre pays que l'Espagne étroitement enchaînée; aucun champ n'était ouvert à l'initiative de l'individu, partout existait la tutelle la plus jalouse et la plus rigoureuse. Le conseil des Indes réglait tout, prescrivait tout; il décidait quelles cultures seraient autorisées, quelles manufactures établies, quels livres imprimés, quelles opinions reçues; il réglait le prix des marchandises que l'Espagne seule avait le droit d'importer et d'exporter, il accordait des privilèges exclusifs aux Espagnols et limitait a son gré l'émigration. Ce système énervant ne sut créer ni des sujets dociles ni des citoyens capables, et lorsqu'il s'évanouit par impuissance, il ne laissa qu'une foule sans institutions et sans droits, à la place d'une belle nation qu'on aurait pu fonder.

C'est ainsi que se forma la société mexicaine, société monarchique la plus absolue ; monarchique par ses habitudes, ses sentiments, les traditions, les lois, la religion, les intérêts ; c'est ainsi qu'elle a vécu pendant trois siècles, et que nous la retrouvons au commencement de celui-ci. Dans la vie d'un homme comme dans l'histoire d'un peuple, il arrive toujours une de ces heures solennelles qui décident de la destinée sinon de l'existence même de ce peuple ou de cet homme. Cette heure allait sonner pour le Mexique, mais comment une multitude qui n'avait connu jusqu'alors que le joug de l'esclavage politique aurait-elle pu faire sortir la liberté d'une révolution brusque, inespérée? Ne devaitelle pas infailliblement tomber dans l'esclavage révolutionnaire?

L'esclavage révolutionnaire suivit donc immédiatement l'esclavage politique, et le Mexique devint la proie d'une oligarchie, comme on n'en retrouve des exemples que dans le moyen âge. Mais le principe monarchique qui régissait ce pays depuis un temps immémorial et qui fut continué par

les Espagnols avait donné une telle vitalité au peuple mexicain qu'il put effectuer son indépendance de la patrie-mère. La république l'énerva, le démoralisa et ne lui donna que des chaînes honteuses, l'opprobre et la misère. L'idée monarchique, on l'a vu, n'a jamais été complètement étouffée au Mexique, elle demeura vague, indécise, après l'empire d'Iturbide, se révéla hautement, plusieurs fois depuis 1839 ; le monarque fit plutôt défaut que les monarchistes. Les républicains, par intérêt, furent assez nombreux, dès 1824; par conviction, ils furent toujours rares.

Les patriotes sincères, conservateurs ou républicains, s'avouant incapables de remédier aux maux de leur patrie, désiraient l'intervention étrangère depuis longtemps, ils la demandèrent souvent, et je ne crois pas qu'on puisse les en blâmer. Ne vaut-il pas mieux sauver une mère mourante, en appelant un médecin étranger, que de la laisser mourir entre les mains d'un médecin national? Après l'expulsion, par Juarez, des ministres européens en 1861, l'Europe se décida à intervenir au nom de l'humanité et de la civilisation, et de ses propres intérêts. Le Mexique revint alors à la forme monarchique pour diriger ses destinées : « Le remède était bon, m'écrivait M. Gulierrez de Estrada, mais il fut mal appliqué. » L'empereur Maximilien ne comprit ni les besoins de sa patrie d'adoption, ni le caractère de ses habitants. Au lieu de s'aliéner les monarchistes et le clergé, il aurait du s'appuyer sur eux, et les diriger pour les empêcher de devenir réactionnaires et de recommencer les anciennes luttes de parti; pouvait-il espérer raisonnablement de trouver des alliés dans le parti républicain?

Le but proposé par l'intervention avait été gravement compromis par les convoitises du générai Prim, les imprudences, les indécisions et les lenteurs de nos chefs d'armée, mais l'empereur Maximilien, ardemment désiré, pouvait facilement réparer le mal par une conduite sage et ferme. Malheureusement, dans un pays où la politique est inutile , où les théories administratives n'ont aucune portée, où les chemins

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manquent, où l'on ne demande que la protection individuelle, où le développement du commerce et de l'industrie est le premier élément de moralité, de progrès et de richesse, Sa Majesté négligea l'essentiel et ne s'occupa que de politique, de lois et de décrets dont l'application n'était possible qu'avec une énergie qui lui fit complètement défaut. Au mois de juin 1864, le Mexique était dans une situation telle, qu'il pouvait être sauvé ou perdu par les premiers actes d'autorité faits par l'empereur. Ce n'était point une question de temps, comme se l'imaginait Sa Majesté; c'était une question de tact et d'énergie qui n'admettait, au contraire, aucun atermoiement pour être décidée.

L'empereur, il est vrai, n'a été secondé par personne; mais à qui la faute? Pourquoi n'a- 1- il pas écouté les conseils de l'empereur Napoléon , pourquoi ne s'est-ii entouré que d'hommes ineptes ou hostiles à son gouvernement, lorsque ses conseillers étaient naturellement indiqués par les circonstances qui avaient précédé son élévation au trône et par le caractère du pays qu'il devait gouverner? La triste responsabilité de l'avortement de l'empire retombe uniquement sur la faiblesse, les illusions, les rêves et l'esprit peu pratique de ce prince infortuné. Tous les faits qui ont accompagné, hâté la chute de l'empire mexicain sont accessoires, et provenaient de la personnalité même du souverain. Tout contrat est bilatéral ; si Maximilien I er avait exécuté les contrats formels ou tacites passés entre lui, la France et les conservateurs mexicains , les conservateurs et la France l'auraient soutenu jusqu'au plein succès de son entreprise. Il a voulu donner au Mexique des institutions européennes, sans tenir compte de son passé, de sa situation présente, de ses mœurs, et lui imposer une livrée qui ne convenait pas à sa taille. Pour arrêter ses plans , il s'inspirait d'hommes qui ne connaissaient le Mexique et ses habitants sous aucun rapport; enfin, pour appliquer ses théories allemandes, françaises et belges, il prit des Mexicains qui n'y comprenaient rien et n'en voulaient pas!

La conduite des États-Unis, dans la question mexicaine n'était et ne pouvait être qu'une attitude, je crois l'avoir suffisamment prouvé. Cette attitude n'a précipité les événements que parce que Maximilien I er laissait l'empire aller à la dérive et ne se montrait pas un souverain sérieux. Le cabinet de Washington aurait été plus modeste et plus réservé dans ses allures envers l'empire mexicain si l'empereur eût été à la hauteur de la situation. Sa Majesté n'avait que les qualités passives du monarque, il n'en avait pas les qualités actives; la création d'un empire, même dans un pays momarchiste et disposé à l'accepter avec bonheur, était une tâche au dessus de ses forces ; excellent vice-roi en Lombardie, en Pologne ou dans tout autre pays de l'Europe, il ne pouvait que commettre faute sur faute dans n'importe quelle contrée du nouveau continent où tout est à faire, mais où les besoins matériels et sociaux doivent, politiquement parlant, passer avant les besoins artificiels ou secondaires d'une société déjà très avancée dans sa civilisation.

Quant au gouvernement français, à mon avis, il a commis une faute en se retirant du Mexique sans avoir suivi les traditions intéressées de la politique anglaise ou américaine. A titre d'hypothèque, il aurait dû laisser une brigade dans le département de Tehuantepec, installer un comptoir, une administration provisoire, jusqu'au paiement de la dette mexicaine. L'isthme de Tehuantepec est riche comme la plupart des provinces mexicaines ; les États-Unis la convoitent depuis longtemps comme un transit économique, avantageux entre les deux océans ; les droits de la guerre nous permettaient de l'occuper, d'en tirer tout le profit que nous aurions pu; cette occupation ne nécessitait pas un grand déploiement de forces, ni de grandes difficultés ; je crois que nous en aurions retiré des bénéfices considérables, en attendant que le Mexique eût payé la dette qu'il avait contractée avec nous. Il est maintenant inutile de se livrer à des regrets superflus.

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Un homme d'État qui signe N. N. publiait au mois de mars 1866, dans le Times de New -York, un remarquable article, dans lequel il disait que la question mexicaine devait être réglée au moyen d'une convention passée entre les Étals- Unis et les puissances européennes intéressées au maintien de l'indépendance du Mexique, pour assurer la neutralité de ce vaste pays. La neutralité de la Belgique et de la Suisse réglée par une convention analogue prouve la nécessité de s'entendre dans les questions politiques d'un intérêt général. Pour le Mexique, cette nécessité est d'autant plus impérieuse qu'elle touche aux intérêts industriels et commerciaux, à l'avenir financier de toute l'Europe.

Nous ne sommes encore qu'au printemps d'une ère nouvelle, mais les découvertes modernes de la science ont détruit les mœurs industrielles et sociales du passé; elles ont amené dans la vie des peuples et des individus une transformation considérable au point de vue physique et moral. La vapeur et l'électricité ont opéré un changement radical dans le système économique des sociétés; elles ont aboli les distances et développé le commerce et l'industrie à un tel degré qu'il est devenu de toute nécessité, pour ne pas éprouver des crises désastreuses, d'avoir les matières premières à très bas prix, la fabrication à très bon marché et un écoulement rapide des produits fabriqués. La question de la multiplicité des marchés d'achat et de vente est devenue pour l'Europe et les États-Unis une question de décadence ou de prospérité, de vie ou de mort qui s'imposera bientôt à la politique des gouvernements, car les anciens marchés sont devenus insuffisants.

En outre, maintenant que la vapeur s'est généralisée dans la navigation au long cours, le vent est moins dans la toile que dans le charbon; malheur aux peuples maritimes qui, dans dix ans, n'auront pas leur dépôt de houille assuré sur tous les rivages des deux océans! ils ne trouveront plus de marchés dans les pays lointains, et ne pourront soutenir la concurrence des peuples plus prévoyants ou plus audacieux.

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