‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 15 sur 17 · III . 3S · texte numérisé non relu

III . 3S

sa propre conservation et lui avoir maintes fois déclaré que le concours que nous lui prêtions ne serait maintenu qu'autant que les obligations correspondantes, contractées vis-àvis de nous, seraient strictement remplies, nous lui avons fait exposer les impérieuses considérations qui ne nous permettaient plus de demander à la France de nouveaux sacrifices et qui nous décidaient à rappeler nos troupes.

« En prenant toutefois cette résolution, nous avons prescrit d'apporter dans son exécution les délais et les précautions nécessaires pour éviter les dangers d'une trop brusque transition. Nous avons dû nous préoccuper en même temps de substituer aux stipulations, désormais sans valeur, du traité de Miramar, d'autres arrangements destinés à assurer la sécurité de nos créances. Le ministre de l'empereur à Mexico a reçu, en conséquence, des instructions pour conclure, à cet effet, une nouvelle convention.

« Ces instructions sont, comme tous les actes de l'empereur Napoléon, inspirées par les sentiments naturels qui l'attachent à l'empereur du Mexique et par son désir sincère de concilier des intérêts qu'il ne veut pas séparer. Il a apprécié les raisons qui ont déterminé ses représentants à ' ne pas presser la conclusion immédiate des arrangements qui leur étaient indiqués; mais il a regretté de voir le cabinet mexicain profiter de leur condescendance pour transporter à Paris le siège d'une négociation qui ne peut être utilement suivie qu'à Mexico.

« L'empereur Napoléon a surtout regretté de trouver libellées dans le projet de traité soumis à son gouvernement parle général Almonteles propositions déjà formulées et que, chaque fois qu'elles se sont produites, les plus puissantes raisons nous ont forcés de décliner. Le séjour des troupes devrait être prolongé au delà des termes assignés, de nouvelles avances nous sont demandées dans la prévision de l'insuffisance des ressources du trésor mexicain, et le remboursement en est ajourné à des époques indéterminées; aucun gage ne nous est offert, aucune garantie n'est stipulée

pour la sûreté de nos créances. Après les explications franches, loyales et complètes du gouvernement français, on a peine à se rendre compte de la persistance des illusions qui ont présidé à la conception de ce projet.

« Il est impossible d'agréer les propositions apportées par le général Almonte et d'en autoriser la discussion. Il faudra consentir à une nouvelle convention.

« Si les combinaisons qui lui seront proposées sont agréées par Sa Majesté l'empereur Maximilien, les termes fixés pour les départs successifs des troupes françaises seront maintenus, et le maréchal Bazaine arrêtera, de concert avec elle, les mesures nécessaires pour que l'évacuation du territoire mexicain s'effectue dans les conditions les plus favorables au maintien de l'ordre et à la consolidation du pouvoir impérial.

« Si, au contraire, nos propositions n'étaient pas acceptées, on ne doit pas dissimuler que, nous considérant comme libres désormais de tout engagement, et fermement résolus à ne pas prolonger l'occupation du Mexique, nous prescririons au maréchal Bazaine de procéder, avec toute la diligence possible, au rapatriement de l'armée, en ne tenant compte que des convenances militaires et des considérations techniques dont il serait le seul juge. Il aurait à aviser, en même temps, à procurer aux intérêts français les sécurités auxquelles ils ont droit, etc. »

Que s'était-il donc passé à Paris, entre le 12 avril, date de la lettre de l'empereur Napoléon dont Maximilien I er se montrait assez satisfait, et le 31 mai, date de la dépêche dont je viens de citer les principaux passages? Deux faits qui découragèrent complètement le gouvernement français, encore hésitant à laisser l'empereur du Mexique livré à ses seules ressources et le décidèrent à ne plus faire de sacrifices inutiles pour soutenir un trône qui n'avait plus de soutien que nous.

Au mois d'avril M. Hidalgo revenait à Paris sans aucun caractère officiel, la légation du Mexique ayant été remise à

M. Àlmonte, qui arrivait à son tour au mois de mai, et remettait dans la seconde quinzaine du môme mois les lettres de l'empereur Maximilien, demandant de nouveaux secours d'hommes et d'argent. M. Hidalgo, qui avait eu de longs entretiens à Cuernavaca avec Leurs Majestés, n'avait point caché ses sympathies pour le gouvernement français et sa politique; il avait dit à Leurs Majestés que le salut du Mexique se trouvait là, qu'on l'avait compromis par une méfiance systématique, formulée parfois par un mauvais vouloir évident de remplir des engagements pris ou de suivre une politique conservatrice et libérale qui seule pouvait consolider l'empire. M. Hidalgo revint à Paris, atterré par la situation désespérée du Mexique, et ne cacha pas à notre gouvernement qu'il n'y avait plus d'espérance à fonder sur le gouvernement impérial mexicain. '

Le mois suivant arriva M. Almonte avec les lettres impériales. Ce fut le coup de grâce, et la dépêche du 31 mai fut expédiée. M. de Kératry ne s'appuie sur aucun document pour justifier ce qu'il dit à la suite de la réception de cette dépêche à Mexico, et je ne pense pas qu'il puisse exiger qu'on le croie sur parole. Si cette dépêche eût été aussi foudroyante pour Leurs Majestés qu'on le suppose, cela prouverait d'abord que le gouvernement français n'exagérait rien dans sa dépêche, ensuite que l'empereur Maximilien poussait ses illusions jusqu'à l'aveuglement, deux conséquences tout à fait contraires à celles tirées par M. de Kératry dans ses attaques contre notre gouvernement. Quoiqu'il en soit, l'impératrice Charlotte, voyant le trône impérial s'écrouler, voyant son auguste époux placé entre une abdication qui entraînait avec elle le pénible aveu d'impuissance, et l'abandon de l'unique appui de ce trône, crut pouvoir, par son influence personnelle, faire revenir le cabinet des Tuileries sur ses décisions et paralyser les tristes effets produits par le retour de M. Hidalgo et la mission Almonte.

Le 7 juillet le Diario officiel publiait la note suivante : « Sa Majesté part demain pour l'Europe. Sa Majesté va trai- !

SECOND EMPIRE. 393

ter des affaires du Mexique et régler diverses affaires internationales. Cette mission, acceptée par notre souveraine | avec un véritable patriotisme, est la plus grande preuve d*ab- / négation que l'empereur ait pu donner a sa nouvelle patrie, d'autant plus que l'impératrice va affronter le risque du vomito sur la côte de Vera-Cruz, si dangereuse dans la saison des pluies.

« Nous donnons cette nouvelle pour que le public connaisse le véritable but du voyage de Sa Majesté. »

Il me sera permis de voir, dans la lettre suivante, des pressentiments de l'empereur sur l'insuccès de la mission de l'impératrice ou du moins des doutes sur les prospérités de l'avenir qui lui furent souhaitées le 6 juillet, jour de sa fête.

« Mexico, 12 juillet 1866. — Je vous remercie des vœux que vous m'exprimez dans votre aimable lettre du 6 juillet, et il m'est agréable de voir que je puis toujours compter sur votre dévoûment et vos bons offices.

« Je ne sais si les prospérités que vous me souhaitez se réaliseront, mais, quoi qu'il arrive, soyez assuré des sentiments de cordiale bienveillance avec lesquels je suis votre très affectionné. — Maximilien. »

L'impératrice s'embarqua le 13 juillet à Vera-Cruz à bord du paquebot de Saint-Nazaire. M. de Kératry dit : « L'impératrice Charlotte, arrivant sur le môle, ne trouva qu'un canot français à ses ordres : elle refusa nettement de naviguer à l'ombre de notre pavillon pour se rendre au bâtiment qui chauffait en rade. » Ce bâtiment s'appelait l'Impératrice Eugénie, il était français et portait notre pavillon. Sa Majesté ne craignait donc pas de naviguer à l'ombre de notre pavillon? Si l'assertion de M. de Kératry était exacte, elle prouverait que l'intelligence de Sa Majesté était déjà ébranlée, puisqu'elle ne voulait pas parcourir cinquante mètres dans un canot français, et qu'elle consentait à faire près de trois mille lieues dans un navire français, tandis qu'en attendant quelques jours, elle pouvait naviguer dans un navire américain, et en retardant son voyage de deux semaines, elle

394 HISTOIRE DU MEXIQUB.

aurait eu à sa disposition le paquebot anglais. Quand une plume n'est dirigée que par la malveillance, elle commet bien des erreurs sinon des naïvetés drolatiques.

L'auguste voyageuse était accompagnée de M. Martin Castillo, ministre des affaires étrangères, de M. le comte del Valle, son grand chambellan, de trois ou quatre autres personnes de la cour et de son service personnel. On fut averti à Paris, très tard, de l'arrivée de.Sa Majesté, mais, contrairement à ce que dit M. de Keratry, assez à temps pour qu'on pût aller l'attendre à Saint-Nazaire. M. et madame Almonte se rendirent à Saint-Nazaire; M. Gutierrez de Estrada et plusieurs personnages mexicains et français allèrent à la gare du Mont-Parnasse recevoir Sa Majesté qui voulait voyager incognito. Des calèches découvertes conduisirent l'impératrice et sa suite au Grand-Hôtel où l'on avait préparé des appartements. A peine arrivée, Sa Majesté reçut le prince de Metternich et le général aide de camp de l'empereur en service à Saint-Cloud. On se rappelle que l'empereur Napoléon, fort souffrant alors, avait dû interrompre sa cure à Vichy, et était revenu précipitamment se reposer dans la solitude. Sa Majesté ne recevait personne, néanmoins Elle reçut l'impératrice le lendemain.

Dans cette entrevue, l'impératrice Charlotte acquit la certitude que les résolutions prises par la France, à la face de l'Europe, après deux années d'attente et d'amères déceptions, ne pouvaient être modifiées. « De la scène du palais de Saint-Cloud, dit M. de Keratry, peut dater réellement la folie de cette intéressante princesse... » Je ne réfuterai cette odieuse et gratuite assertion qu'en répétant ce que disait le Courrier des États-Unis dans son numéro du 2 octobre 1867. — « C'est là une insinuation perfide et une calomnie. C'est aussi une maladresse de la part du défenseur du maréchal Bazaine. » Sa Majesté eut d'autres entrevues avec l'empereur et l'impératrice des Français, mais en supposant qu'elles avaient pour but de traiter les affaires du Mexique, elles n'eurent aucun résultat quant à la continuation des secours

SECOND EMPIRE

d'hommes et d'argent que l'impératrice Charlotte demandait. Le 23 août, Sa Majesté quittait Paris pour se rendre directement à Miramar; des voitures de la cour allèrent la prendre au Grand-Hôtel pour la conduire avec sa suite à la gare de Lyon. Le 18 septembre, Sa Majesté quitta Miramar pour aller à Rome; on sait qu'elle y arriva peu de jours après, et qu'à la suite d'une longue conférence avec le Saint-Père, Elle donna des preuves évidentes d'un dérangement dans sa noble et belle intelligence. Dans mon Journal d'un missionnaire au Texas et au Mexique, je cite des faits, passés sous mes yeux, d'empoisonnement par les Vandoux, qui ont tous les caractères de la maladie de cette infortunée princesse, mais il n'est pas besoin de recourir à cette explication pour comprendre un pareil malheur. A Mexico, à Paris, à Rome, l'impératrice reçut de terribles leçons sur le poids d'une couronne, sur les devoirs des souverains et sur les nécessités des peuples. Elle apprit que chaque peuple a sa stature, ses besoins particuliers, ses traditions, ses défauts, et qu'on ne peut impunément gouverner une nation qui naît à la vie politique comme on gouverne les nations viriles, à l'apogée ou au déclin de la civilisation. Elle apprit encore que le libéralisme est une bonne chose, mais donné à propos, donné avec mesure, avec lequel il ne faut pas jouer, sous peine de le voir tourner en un violent poison pour les peuples et les rois. Elle apprit enfin, que les empires ne se fondent pas avec des révolutionnaires, que si le fanatisme et la superstition sont odieux, il vaut mieux ramener les superstitieux et les fanatiques à des sentiments plus conformes avec la vérité chrétienne que de les traiter avec dédain, et que les amis de la veille peuvent devenir les ennemis du lendemain quand on les repousse ou qu'on les éloigne.

Au Mexique, se développait de tous côtés la série des désastres militaires, commencée par la perte de Matamoros, la capitulation de Mejia, le sac d'Hermosillo et la boucherie qui en fut la suite, la défaite et la mort du commandant Briant. Le maréchal Bazaine partit le 2 juillet pour l'inté-

rieur. Il trouva le pays dans la démoralisation la plus complète et l'écrivit franchement à l'empereur Maximilien. Sa Majesté, pressée par ses ministres, venait de décréter au mois d'août l'état de siège dans quelques départements, et voulait l'étendre sur tout le Mexique, laissant alors toute l'autorité civile et militaire à des commandants supérieurs qu'on choisirait autant que possible parmi les officiers français. Ce plan qui donnait au maréchal, l'omnipotence souveraine, avec une immense responsabilité, fut déclinée par le chef du corps expéditionnaire; il avait permis que le général Osmont et l'intendant Friant prissent en main — le 26 juillet — le ministère de la guerre et celui des finances, c'était assez de responsabilité dans ce moment de crise suprême.

Quatre jours après la nomination de ces deux officiers, la convention du 30 juillet fut signée; elle réglait la question financière.

Voici les articles de la convention qui devait faire droit à toutes nos réclamations ;

« Art. 1 er . Le gouvernement mexicain accorde au gouvernement français une délégation de la moitié des recettes de toutes les douanes maritimes de l'empire, provenant des droits ci-après mentionnés :

« Droits principaux et spéciaux d'importation et d'exportation sur tous objets;

« Droits additionnels d'internacion et de contra-registro ;

« Droit de mejorasmateriales, lorsque ce dernier seralibéré de la délégation actuellement consentie en faveur de la compagnie du chemin de fer de Vera-Cruz à Mexico, délégation qui ne pourra être prolongée.

« Toutefois les droits d'exportation des douanes du Pacifique étant engagés pour les trois quarts, la délégation attribuée au gouvernement français sera réduite aux 25% restant libres.

« Art. 2. Le produit de la délégation stipulée par l'article précédent sera attribué :

SECOND EMPIRE

« 1° Au paiement des intérêts, de l'amortissement et de toutes les obligations résultant des deux emprunts contractés en 1864 et en 1865 par le gouvernement mexicain ;

« 2° Au paiement des intérêts à 3 % de la somme de 216 millions de francs dont le gouvernement mexicain s'est reconnu redevable en vertu de la convention de Miramar, et de toutes les sommes postérieurement avancées par le trésor français, à quelque titre que ce soit. Le montant de cette créance, évaluée aujourd'hui au chiffre approximatif de 250 millions de francs, sera ultérieurement fixé d'une manière définitive.

« Dans le cas d'insuffisance du prélèvement pour l'entier acquittement des charges ci-dessus iudiquées, les droits des porteurs de titres des deux emprunts et ceux du gouvernement français demeurereront entièrement réservés.

« Art. 3. Le prélèvement résultant de la délégation de la moitié du produit des douanes mexicaines s'élèvera proportionnellement à l'augmentation des recettes, et dans le cas où ce prélèvement dépasserait la somme nécessaire pour faire face aux charges spécifiées dans l'article 3 , l'excédant serait affecté à l'amortissement du capital dû au gouvernement français.

« Art. 4. La quotité des droits et le mode de perception actuellement en usage ne pourront recevoir de modifications qui aient pour effet de diminuer le prélèvement concédé.

« Art. 5. Le prélèvement de la délégation mentionnée dans l'article 1 er sera opéré à Vera-Cruz et à Tampico par des agents spéciaux placés sous la protection du drapeau de la France.

« Tous les droits perçus dans ces deux douanes pour le compte du trésor mexicain, sans exception, seront affectés à l'acquittement de la délégation française, sous la seule réserve de la partie afférente aux délégations actuellement connues et au traitement des employés de ces deux douanes.

« Le montant de cette dernière dépense, qui comprendra

HISTOIRE DU MEXIQIJB.

les émoluments attribués aux agents français, ne pourra excéder 5 *f 0 du produit des droits précités. Un règlement de compte trimestriel constatera le montant des prélèvements ainsi opérés par le gouvernement français, et le produit des droits délégués pour toutes les douanes de l'empire.

« Ce règlement fixera la somme à verser immédiatement par le gouvernement mexicain pour parfaire le prélèvement concédé, en cas d'insuffisance, ou la somme à lui restituer de la même façon en cas d'excédant de prélèvement.

« Dans tous les ports autres que Vera-Cruz et Tampico, les agents consulaires français viseront les états de situation des douanes de leur résidence.

« Art. 6. Il sera abandonné à l'appréciation de l'empereur Napoléon III de fixer le temps pendant lequel les agents chargés d'opérer les recouvrements seront maintenus à Vera- Cruz et à Tampico, ainsi que d'arrêter les mesures propres à assurer leur protection.

« Art. 7. Les dispositions ci-dessus spécifiées seront soumises à l'approbation de l'empereur des Français et applicables à partir du jour désigné par Sa Majesté.

« La convention signée à Miramar, le 10 avril 1864, sera dès lors abrogée en tout ce qui a trait aux questions financières.

« En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, qu'ils ont revêtue du cachet de leurs armes.

« Fait en double expédition, à Mexico, le 30 juillet de l'an de grâce 1866. — Alph. Dano. — Luis de Arroyo. »

Cette convention ne fut mise en vigueur que le 1 er novembre delà même année. Je ne parlerai pas ici de la conspiration découverte, au mois de juillet, à Mexico, etdont Santa-Anna, paraît-il, était l'âme, car dans la liste des seize personnages arrêtés à ce sujet, liste publiée par le Diario, on voit le nom du chanoine Ordonez. Dans son numéro du 18 juillet, le journal officiel publiait également une lettre de Santa-Anna adressée à ce chanoine et par laquelle on voyait que d'autres

SECOND EMPIRE

personnages très haut placés faisaient partie de cette conspiration. Je dirai pourtant que le trésor ne pouvant plus payer les fonctionnaires ni l'armée, la défection devenait générale. Faute d'argent, les bataillons de « chasseurs mexicains », nouvellement organisés, ne pouvaient plus se compléter, et ceux qui existaient commencèrent à se débander. Noire gouvernement n'avait naturellement pas accepté la clause introduite dans la création de ce corps, qu'il serait payé par le trésor français. Les Belges eux-mêmes se mutinèrent à Monterey. Les officiers devaient se rembarquer le 13 septembre; le gouvernement belge leur avait accordé une prolongation de congé de six mois, mais cette dépêche ne parvint à l'empereur qu'après avoir donné l'ordre de rappeler le régiment à Mexico. Monterey évacué fut repris par les dissidents , qui s'emparèrent aussi de Tampico. L'empereur rejetait la faute de tous ces désastres sur le maréchal Bazaine qui lui répondit par une lettre dans laquelle on voit que le maréchal avait été constamment en lutte avec les autorités libérales du Mexique et les fonctionnaires civils et militaires qui avaient jusqu'alors dirigé la politique impériale. Cette lettre, déjà publiée par M. de Keratry, est trop significative pour ne pas être reproduite ici.

« Peotillos, 12 août 1866. — Sire, — Je reçois à l'instant la lettre de Votre Majesté, en date du 4 courant.

« En associant le fait de la prisé de Tampico par les dissidents à l'évacuation de Monterey, par mes ordres, Votre Majesté semble vouloir m'imputer la responsabilité de ces deux faits. Je croyais avoir suffisamment exposé à Votre Majesté, par mes deux lettres écrites de San-Luis Potosi, à la date du H juillet, n° 7, et du 20 juillet, n° 46, la situation de Nuevo- Leon et de Cohahuila, pour que la nécessité de l'évacuation de Monterey, après la destruction des troupes de Mejia et la capitulation de Matamoros, dans les conditions morales où se trouvait la légion belge, fût reconnue, non seulement au point de vue politique , mais surtout au point de vue militaire.

a La capitulation de Matamoros et les conséquences qui en sont résultées ne sont point de mon fait, et je n'ai pas pu formuler mon appréciation à ce sujet. J'avais à parer aux exigences d'une situation que je trouvais toute faite , et je crois avoir rempli mon devoir envers le souverain en mettant sous ses yeux tous les documents joints à mes lettres précitées, dont j'ai d'ailleurs envoyé le duplicata à mon gouvernement.

« Quant à la prise de la ville de Tampico par les dissidents, j'aurai l'honneur de rappeler respectueusement à l'empereur, qu'avant d'entreprendre ce qu'il veut bien appeler ma campagne dans le nord, au moment où les débris des troupes du général Mejia arrivaient à Vera-Cruz, j'ai demandé l'envoi à Tampico de M. le général Olvera, avec ce qui restait de sa brigade. Les instances du général Mejia auront vraisemblablement fait modifier la première décision de Votre Majesté, qui était favorable au mouvement projeté; car la brigade Olvera ne s'est point rendue à Tampico, et a même été dirigée depuis sur Mexico, contrairement à des ordres que j'avais laissés, et qui correspondaient à une combinaison militaire, dont l'effet avorté a ses conséquences actuelles dans l'Étal de Queretaro.

« Un défaut de concours analogue, que refusa de me prêter M. le général de Thun, n'a pas peu contribué non plus aux désastres qui frappent le Tamauiipas. Le général Mejia se plaignit que ses soldats fussent exposés aux dangers de la fièvre jaune à Tampico.

« Un faible détachement de la contre-guérilla, le seul dont je pusse disposer pour constituer une garnison à Tampico, fut alors embarqué à la Vera-Cruz, sans compter avec les rigueurs du climat , qui nous a coûté un bataillon l'année dernière. Je ne sache pas que ce détachement ait abandonné son poste, ni livré ce qu'il était chargé de défendre.

« Votre Majesté m'exprime le désir d'être instruite du plan que je me propose de suivre dans mes opérations.

« Si Votre Majesté eût daigné me recevoir lorsque, la

SECOND EMPIRE

veille de mon départ de Mexico, je sollicitais l'honneur de prendre congé d'elle, je lui eusse exposé mes projets, qui consistaient simplement à reconnaître de mes propres yeux l'effet produit dans le nord de l'empire par les événements de Matamoros ; à m'assurer de l'exactitude des rapports qui m'étaient adressés, sur le peu de confiance que l'on devait avoir dans les principaux fonctionnaires et sur l'esprit généralement hostile des populations de ces contrées.

« C'est après avoir constaté toutes ces vérités, que, m'appuyant sur les rapports des généraux Douay et Jeanningros, j'ai reconnu l'impossibilité de conserver pour le moment des points avancés, qui ne pouvaient être qu'une source de dangers et de dépenses continuelles. J'ai pris, en en rendant compte à Votre Majesté, le parti, que je persiste à croire sage, d'ordonner l'évacuation de Monterey et de Saltillo, afin d'établir en arrière une ligne forte, facile à garder, et séparée de la première par un véritable désert, où alliés comme ennemis ne peuvent compter sur aucune ressource. Mon opinion était et est encore, qu'il est préférable de développer son influence dans l'intérieur, en concentrant ses moyens d'action dans une zone déterminée, que de s'user aux extrémités, soumises aux influences de la frontière.

« Votre Majesté provoque des explications ; je les lui donnerai sincères.

« L'abandon absolu dans lequel les anciens ministres de l'empire ont laissé le général Mejia à Matamoros a déterminé la capitulation de cette place ; la triste situation qui est faite au général Monténégro à Acapulco, malgré mes nombreuses réclamations, malgré les promesses toujours faites et jamais tenues, entraînera, je n'en doute pas, un jour ou l'autre, ou la défection de cette troupe qui a donné des preuves réelles d'abnégation et de dévoûment, ou la capitulation de la place.

« En présence de cette inertie, de ce mauvais vouloir flagrant que je ne crains pas de dénoncer encore à Votre Majesté, tout en accomplissant loyalement envers l'empereur du Mexique, avec conscience et dévoûment, la mission que

m'a confiée mon souverain, je dois me préoccuper des soins que m'impose mon devoir comme mon droit de commandant en chef de l'armée française.

« Ma lettre du 11 juillet a exposé à Votre Majesté mes devoirs en vue des éventualités d'une prochaine évacuation par une notable portion de l'armée confiée à mon commandement.

« Comme conséquence naturelle des événements et des appréhensions qu'il m'est permis de concevoir sur le rôle que l'élément mexicain joue dans ce pays, j'ai l'honneur de porter à la connaissance de Votre Majesté qu'il me sera impossible de laisser mes troupes à Guaymas et à Mazatlan.

« Depuis longtemps le gouvernement mexicain a pu et dû s'occuper d'assurer le maintien du pouvoir impérial dans ces deux places. Je me vois forcé de laisser la Sonora et le Sinaloa aux seules ressources dont dispose le gouvernement de Votre Majesté, et je ne tarderai pas à rappeler les troupes françaises qui occupent ces contrées éloignées.

« Quant aux fonctionnaires qui ont prêté leur concours au gouvernement de Votre Majesté, je les crois trop habiles, ou pour s'être compromis inutilement ou pour s'exposer à des éventualités prévues par eux.

« Ils ont su jusqu'ici et sauront tous, dans l'avenir se mettre d'eux-mêmes à l'abri de tout danger... — Bazaine. »

Un nouveau sujet de dissentiment vint tendre la situation entre l'empereur et le maréchal qui paraissait fluctuer parfois dans ses sentiments, ses vues ou ses projets. De retour à Mexico, le maréchal intima l'ordre au général Osmont, ministre de la guerre, à l'intendant Friant, ministre des finances, et au capitaine Pierron, chef du secrétariat de l'empereur d'opter entre leur position auprès de Sa Majesté et celle qu'ils occupaient dans le corps expéditionnaire. Pour le capitaine Pierron, je ne sais si cet ordre lui fut donné au mois de juillet ou au mois de septembre. Je n'ai jamais compris l'animosité du quartier général contre ce capitaine de zouaves, vrai type de fidélité, de dévoûment, d'intelligence*

Di

SECOND EMPIRE

de travail et de loyauté. La position qu'il occupait auprès de l'empereur, avec le consentement du maréchal, ne pouvait froisser ni les règles hiérarchiques, ni les susceptibilités de ses supérieurs. Loin d'être satisfait de voir cette position occupée par un officier français, au lieu de l'être par un Mexicain, ce pauvre capitaine n'eut pas à se louer d'avoir été attaché au cabinet de l'empereur; un sentiment de justice me fait craindre qu'il ne soit laissé, longtemps encore, simple capitaine, tandis que l'équité devrait, à titre de récompense pour services exceptionnels, lui donner de l'avancement et le couvrir d'honneurs.

Quant au général Osmont et à l'intendant Friant, malgré les services réels que leur haute intelligence leur permettait de rendre à la cause de l'empereur qui, après tout, était notre cause, il était incontestable qu'ils ne pouvaient occuper indéfiniment le poste de ministre qu'on leur avait permis d'accepter, mais il est étrange qu'on ait pris pour motif de leur rappel une modification ministérielle dans un sens conservateur, puisque tous les ministres et tous les hauts fonctionnaires qu'on avait eus jusqu'alors et dont se plaignait sans cesse le maréchal, étaient libéraux. M. de Rératry, en disant que les dissensions entre l'empereur et le maréchal, ainsi que la chute de l'empire provinrent du ministère réactionnaire nommé à la dernière heure, n'aurait pas dû publier toutes les lettres qui prouvent le contraire de ce qu'il affirme.

M. de Kératry, dans son réquisitoire fantaisiste contre le gouvernement français, ne s'aperçoit pas qu'il accuse fréquemment le maréchal, en croyant le défendre, et qu'il tend à prouver que le maréchal ne s'accordait pas plus avec les conservateurs qu'avec les libéraux. Les faits et les documents qu'il cite sont constamment en opposition avec les conclusions qu'il en tire; on voit que la logique ne lui est pas plus familière que l'histoire du Mexique. L'empereur, s'apercevant trop tard que les libéraux dont il s'était entouré jusqu'alors l'avaient conduit insensiblement à sa perte, se jette enfin dans les bras des conservateurs au mois de juil-

let 1866, et remplace le capitaine Pierron, qu'on lui enlève forcément, par l'abbé Fisher qui devient chef de son secrétariat. L'abbé Fisher était un choix déplorable ; mais, puisqu'on dit que sa vie privée n'était point en rapport avec le respect qu'il devait à son habit, il ne pouvait pas être un clérical bien féroce. Les conservateurs répondirent à l'appel de Maximilien, bien convaincus qu'à cette heure tardive, ils ne faisaient qu'exposer leur vie et leur fortune. Les paroles du maréchal dans sa lettre du 12 août ne pouvaient pas s'appliquer à leur parti, écarté du pouvoir depuis 1864, et qui, en 1867, a fourni bien des victimes aux vengeances des juaristes, les uns ayant été fusillés et les autres emprisonnés.

Pourquoi donc attribuer à l'abbé Fisher une importance aussi exagérée, une influence aussi décisive dans les déterminations de l'empereur? Évidemment, parce que lorsqu'il fut question de faire abdiquer Sa Majesté, il fallait que l'insuccès des démarches du maréchal Bazaine, de M. Dano et du général Castelnau tombât sur quelqu'un autre que sur eux. Au dessus de l'influence improvisée de l'abbé Fisher, il y avait le caractère et la forme de la pression exercée sur l'empereur par les trois personnages susnommés, il y avait l'attitude des États-Unis, celle de l'empereur d'Autriche, formulée dans une dépêche à M. Lago, après la mission de M.Éloin; il y avait une lettre de l'archiduchesse Sophie, dans laquelle la mère de l'empereur priait son fils de ne pas revenir encore en Autriche. L'empereur Maximilien avait bien des faiblesses, mais il n'a jamais eu la bonhomie de compromettre son honneur ou sa vie par déférence pour l'abbé Fisher. Cette parenthèse était nécessaire pour mettre sous leur vrai jour les événements qui vont se dérouler.

On sait que le général Castelnau, parti au mois de septembre en mission extraordinaire, arriva au Mexique au mois d'octobre. L'empereur Maximilien, désespéré par la maladie de l'impératrice, autant que par la situation politique et militaire dans laquelle jl se trouvait, n'attendit pas le général Castelnau. La neutralité des Américains était violée à Mata-

moros tombée entre les mains des juaristes; les troupes dissidentes suivaient notre mouvement de concentration et s'emparaient, sans coup férir, des villes que nous abandonnions; Porfirio Diaz, que les Autrichiens avaient laissé échapper de sa prison à Puebla, avait repris Oajaca; l'empereur, dans un état de faiblesse extrême, malade et résolu d'abdiquer, partit pour Orizaba le 21 octobre.

Comme je l'ai déjà dit en parlant de la politique des États- Unis, la question mexicaine touchant à sou terme, le cabinet de Washington n'avait plus devant lui que la question féniane pour opérer les virements d'opinions indispensables à l'obtention d'une majorité dans le congrès. La dépêche du 9 novembre de M. de Montholon, dit textuellement : « La question féniane va désormais faire les frais de la politique extérieure. Le résultat des élections est tout en faveur de l'opposition et passe condamnation sur la politique présidentielle pour la reconstruction de l'Union. Le parti républicain et radical est, du reste, en ce qui nous concerne, très nettement opposé à tout conflit extérieur. — Montholon. » Le gouvernement français savait donc à quoi s'en tenir sur l'attitude des États-Unis, et ne subit en ce moment aucune pression de ce côté-là à l'égard du Mexique. Néanmoins, tant que nos troupes n'étaient pas rapatriées, M. Seward pouvait espérer qu'une démonstration en faveur de Juarez lui serait utile; c'est alors qu'il inventa la mission de M. Campbell et du général Shermann qui s'embarquèrent à New- York le 11 novembre pour le Mexique. Les instructions données à ces deux agents des États-Unis étaient vagues comme leur mission. Après un court séjour à Tampico, ils vinrent à Vera-Cruz à la fin du mois; la ville était en fête; elle venait d'apprendre la résolution de l'empereur de ne pas abdiquer et de rester au Mexique. Les deux agents partirent aussitôt pour la Havane, sans s'aboucher avec les autorités françaises.

Voici ce qui s'était passé. Le 22 novembre, les journaux de la capitale annoncèrent que, sur la demande de Tempeut. £6

reur, les ministres et les conseillers d'État se rendraient à Orizaba pour conférer avec Sa Majesté. A mon avis, c'est par le courrier du 10 novembre qu'ont dû arriver la lettre de M. Éloin, la dépêche du gouvernement autrichien à M. Lago et la lettre de l'archiduchesse Sophie à l'empereur. Dans tous les cas, Sa Majesté a certainement reçu ces trois communications pendant le mois de novembre, car l'empereur, jusqu'alors décidé à remettre le pouvoir suprême entre les mains de ses ministres et de ses conseillers d'État ou d'un congrès, préparant depuis la dernière quinzaine d'octobre et son abdication et son départ du Mexique, changea subitement de résolution. Or, il n'est pas admissible que la mission Castelnau, qui ne modifiait en rien les déterminations du gouvernement français consignées dans la dépêche du 31 mai, que la mission Campbell-Shermann, qui ne débarqua même pas à Vera-Gruz, lesquelles deux missions, du reste, étaient d'accord dans leur résultat, avec les dispositions de Sa Majesté, il n'est pas admissible, dis-je, que ces deux missions aient motivé la brusque résolution de l'empereur de rester au Mexique. D'autres influences plus sérieuses le déterminèrent; ces influences il faut les chercher dans les trois documents dont j'ai déjà parlé.

Je n'ai lu ni la lettre de l'archiduchesse Sophie, ni la dépêche adressée à M. Lago; mais des personnages qui les ont lues, m'ont dit que la première contenait une prière à l'empereur de ne pas compromettre son honneur en revenant dans les circonstances actuelles, et de rester encore au Mexique eu dépit des dangers qui l'entouraient; la seconde, d'après les mêmes informations, aurait déclaré à Sa Majesté que son titre d'empereur ne serait pas reconnu en Autriche, que le pacte de famille serait exécuté et qu'on prierait Sa Majesté de ne pas s'occuper de politique. Enfin, l'on sait que M. Eloin, envoyé en mission secrète au commencement de l'année, eut la maladresse d'adresser une lettre au « consul du Mexique à New- York » vers la fin de septembre. Les États-Unis, n'ayant pas reconnu le gouvernement impérial,

SECOND EMPIRE

cette lettre fut remise à M. Romero, agent de Juarez, qui s'empressa de la publier dans les journaux. Telle est la version, généralement admise, de la publicité qu'elle a eue. Elle est datée de Bruxelles, 17 septembre ; en calculant les départs des courriers européens pour l'Amérique, le trajet, les vicissitudes qu'elle a subie aux États-Unis, les rares communications entre New-York et Vera-Cruz, on comprendra facilement que cette lettre n'a pu parvenir à l'empereur avant le mois de novembre. Voici les principaux extraits de cette lettre écrite par un individu auquel notre gouvernement a donné la croix de la Légion d'honneur qu'il portait au cou.

« Sire. — L'article du Moniteur français désavouant l'entrée aux ministères de guerre et des finances, prouve que désormais, et sans pudeur, le masque est jeté. La mission du général Castelnau, aide de camp et homme de confiance de l'empereur, bien que secrète, ne peut avoir d'autre but, selon moi, que de chercher à provoquer au plus tôt une solution... le gouvernement français voudrait qu'une abdication précédât le retour de l'armée et qu'ainsi il lui fût possible de procéder seul à réorganiser un nouvel état de choses capable d'assurer ses intérêts et ceux de ses nationaux. J'ai l'intime conviction que Votre Majesté ne voudra pas donner cette satisfaction à une politique qui doit répondre tôt ou tard... de ses actes et des conséquences fatales qui en seront la suite

« Cependant, j'ai l'intime conviction que l'abandon de la partie avant le retour de l'armée française serait interprété comme un acte de faiblesse, et l'empereur tenant son mandat d'un vote populaire, c'est au peuple mexicain, dégagé de la pression d'une intervention étrangère, qu'il doit faire un nouvel appel, et c'est à lui qu'il faut demander l'appui matériel et financier indispensable pour subsister et grandir.

« Si cet appel n'est pas entendu, alors Votre Majesté ayant accompli sa noble mission jusqu'à la fin, reviendra en Europe avec tout le prestige qui l'accompagnait au départ, et

au milieu des événements importants qui ne manqueront pas de surgir, elle pourra jouer le rôle qui lui appartient à tous égards.

« Parti de Miramar le 4 de ce mois avec la résolution de m'embarquer à Saint-Nazaire, après avoir pris des ordres de S. M. l'impératrice, j'ai été entraîné à ajourner de nouveau mon départ. Il fallait cette haute influence pour changer une détermination que mon dévoûment me conseillait comme l'accomplissement d'un devoir

« En traversant l'Autriche, j'ai pu constater le mécontentement général qui y règne. Rien ne se fait encore. L'empereur est découragé; le peuple s'impatiente et demande publiquement son abdication. Les sympathies pour Votre Majesté se communiquent ostensiblement à tout le territoire de l'empire. En Vénétie, tout un parti veut acclamer son ancien gouverneur; mais quand un gouvernement dispose des élections sous le régime du suffrage universel, il est facile de prévoir le résultat.

« D'après les derniers ordres de Votre Majesté, j'expédie par ce courrier un télégramme chiffré à Roccas, pour avertir Votre Majesté de l'arrivée du général Castelnau et du désaveu donné à Osmont et Friant.

« Tai appris par G... que l'attitude douteuse prise à Paris par 2146 — sans doute M. Almonte — devenait chaque jour plus publique. Depuis quelque temps il comble d'égards et d'argent le jeune Salvador (Iturbide), qui, lui-même ne comprend rien à ce changement. Je crois nécessaire de reprendre le jeune homme près de moi en attendant la fin de ses vacances... — Eloin. »

Il n'est pas étonnant qu'après la réception de cette lettre, celle de sa mère et celle de son frère, l'empereur, sachant l'Autriche découragée par la bataille de Sadowa et croyant exacts les renseignements de M. Eloin, se décidât subitement à ne plus abdiquer pour le moment. Résolut-il de soutenir seul la lutte contre les dissidents, puis, après avoir triomphé des armées juaristes, réunir un congrès et lui re-

SECOND EMPIRE

mettre entre les mains les destinées de la nation? C'est probable; ce projet, d'ailleurs, n'avait rien d'extravagant; l'histoire de la république nous apprend que bien des présidents se sont sortis d'une position aussi difficile, sinon pire que celle dans laquelle se trouvait alors l'empereur. Marquez et Miramon lui offrirent leur épée; les conservateurs lui promirent quatre millions de piastres; le danger commun lui ramena bien des esprits, il pouvait espérer le triomphe sans paraître insensé.

Le 1 er décembre, le Diario publiait la nouvelle suivante :

« Les délibérations des conseils de ministres et d'État ont été closes. D'accord avec leur vote, S. M. l'empereur a pris la résolution de conserver le pouvoir et de retourner bientôt dans la capitale.

« Celte noble et patriotique résolution du souverain , adoptée hier définitivement, a causé une impression ineffable de joie à Orizaba où elle a été célébrée au son des cloches, des pétards, de la musique et de toute espèce de démonstrations joyeuses. »

Le manifeste de l'empereur publié à cette occasion était ainsi conçu :

« Mexicains. — Les circonstances si graves qui touchent au bien-être de notre patrie et qui disparaissent devant nos malheurs domestiques, ont provoqué dans notre esprit la conviction que nous devions vous rendre le pouvoir que vous uous aviez confié.

« Nos conseils des ministres et de l'État convoqués par nous ont été d'avis que le bien du Mexique exigeait que nous restassions au pouvoir. Nous avons cru de notre devoir d'accéder à leurs instances, en vous annonçant tout à la fois notre intention de réunir un congrès national sur les bases les plus larges et les plus libérales, auquel participeront tous les partis. Ce congrès déterminera si l'empire doit continuer dans l'avenir, et, au cas affirmatif, concourra à la formation des lois vitales pour la consolidation des institutions publiques du pays. Dans ce but, nos conseils se préoc-

cupent actuellement de nous proposer toutes les mesures opportunes, et, en même temps, font les démarches nécessaires pour que tous les partis se prêtent à un arrangement sur cette base.

« En conséquence, Mexicains , en comptant sur vous tous sans exclusion d'aucune couleur politique, nous nous efforcerons de poursuivre avec courage et constance l'œuvre de régénération que vous avez confiée à votre compatriote. — Maximilien. »

Le 3 décembre, M. Lares, président du conseil des ministres, et M. Luis de Arroyo notifièrent au maréchal Bazaine, à M. Dano et au général Castelnau la résolution de l'empereur et demandaient en même temps la remise aux troupes mexicaines des établissements et magasins militaires. La surprise et le mécontentement de nos représentants furent extrêmes; le général Castelnau et M. Dano durent regretter profondément de n'avoir pas répondu, le 18 novembre, à l'appel que leur faisait l'empereur et d'avoir peut-être fait échouer l'abdication de Sa Majesté, pour n'avoir pas voulu se donner la peine défaire soixante lieues par de mauvais chemin. Leur désappointement se manifesta dans la presse française de Mexico, qui s'inspirait à la légation de France et au quartier général. Pendant le mois de décembre, il parut dans ces journaux des articles contre la décision de Sa Majesté, contre l'administration Lares, et même des articles en faveur d'Ortega. La diplomatie cédait la place au dépit, et, franchement, ce n'était ni digne ni convenable. Lorsque l'empereur s'arrêta sous Puebla en remontant à Mexico, M. Dano et le général Castelnau allèrent auprès de Sa Majesté — sans se laisser accompagner du maréchal — tenter de faire revenir l'empereur sur sa décision ; mais, si l'on en croit la chronique, la forme de leur langage aurait indisposé Sa Majesté contre eux et leur mission.

Cette tension des rapports entre M. Dano, le général Casteluau et le gouvernement impérial amena un conflit relativement à l'exécution de la convention du 30 juillet qui devait

être mise en vigueur le 1" novembre. A cette heure suprême, les douanes ne devaient rapporter que des sommes trop minimes pour nous dédommager de nos sacrifices et sauver l'empire qui n'existait déjà plus. D'une part, le gouvernement mexicain ne pouvait naturellement pas payer des troupes étrangères dont l'entretien était beaucoup plus dispendieux que celui des troupes mexicaines ; d'autre part, l'empereur Maxiœilien, ne voulant pas associer les étrangers aux périls qui les menaçaient, les délia de leurs engagements. Au mois de janvier, le général Castelnau reçut une dépêche qui lui disait de rapatrier tous ceux qui le voulaient. Le corps belge, on se le rappelle, devait rentrer; le baron Lago pria le maréchal Bazaine défaire rentrer également le corps autrichien. La légion étrangère qui devait rester après le départ de nos troupes, ne pouvant être entretenue par le gouvernement mexicain, dut rentrer pareillement. A la fin du mois de janvier 1867, tous ces corps se dirigèrent sur Vera-Cruz.

Le 14 de ce même mois, la résolution de l'empereur Maximitien de rester à la tête des affaires fut affermie par le résultat d'une nouvelle conférence analogue à celle d'Orizaba. L'assemblée se composait de MM. Lares, Lacunza, Marin, Garcia Aguirre, Mier y Teran , Campos, Pereda, général Marquez, Murphy (sous-secrétaire de la guerre), Almazan, Luis Mendez, Manuel Gordero, Esteban Villalba, Cortès y Esparza, Bonifacio Gutierrez, Robles Pezuela, Fonseca, Sarabia-, Iribarren, Hidalgo y Teran, Arango y Escadon, Orozco y Berra, Linares, Hernandez, Victor Perez, Lopez Portillo, Thomas Murphy, général Portilla, général Galindo, l'archevèque de Mexico, l'évêque de San Luis Potosi, Sanchez Navarre, le R. P. Ficher, Vidauri, Manuel Lizardi.

M. le maréchal Bazaine s'était rendu à la séance sur le vœu de l'empereur.

De même qu'à Orizaba, M. Lares présidait l'assemblée au nom de l'empereur. Après avoir ouvert la séance, il posa en ces termes la question à résoudre :

« Dans les circonstances actuelles du pays, et en vue des chiffres présentés par les ministres de la guerre et des finances, le gouvernement impérial doit-il et peut-il entreprendre la pacification ? »

Le ministre de la guerre a déclaré qu'il comptait un effectif réel de 26,000 hommes; le ministre des finances a cru pouvoir répondre d'un revenu actuel de 11 millions de piastres, qui devra s'élever à 24 millions, puis à 36, à mesure que le gouvernement impérial rétablira son autorité dans le pays. M. le général Marquez a exprimé sa conviction que ces ressources étaient pleinement suffisantes pour avoir raison des dissidents.

Appelés à formuler leur opinion, les membres de l'assemblée ont pris successivement la parole, et deux tiers environ se sont prononcés pour que la lutte continuât jusqu'à l'affermissement de l'empire.

A la suite de cette délibération, MM. Cordero, Cortès Esparza et Luis Mendez ont donné leur démission de conseil- » lers d'État.

M. Thomas Murphy, doyen du corps diplomatique mexicain, fut nommé ministre des affaires étrangères; M. Sanchez Navarro, — le plus considérable propriétaire foncier du Mexique, — reçut le ministère de la maison de l'empereur. Sa Majesté chargea une commission particulière de régler les dettes de la liste civile restées en souffrance, et mit à la disposition des liquidateurs sa vaisselle plate et son argenterie. Trois jours après, les voitures, chevaux, mules et autres objets du service de la cour furent mis en vente. Le 15 janvier, les dernières troupes françaises qui restaient dans l'intérieur rentraient à Mexico. Un avis officiel du quartier général fixa au 1 er février le départ pour Vera-Cruz du dernier convoi, auquel pouvaient se joindre les émigrants civils. Le nombre des partants français et mexicains était assez considérable; en revanche, la capitale se remplissait de plus en plus des réfugiés de l'intérieur.

Le 26 janvier, le Diario publia deux documents qui témoi-

SECOND EMPIRE

goaient de la sollicitude de Sa Majesté pour les Français qui restaient au Mexique. Ce sont une lettre et une recommandation de l'empereur. Les voici :

« Mexico, 26 janvier 1867. — Mon cher ministre des travaux publics. — Les bouleversements politiques qu'a subis et que subit actuellement le Mexique, ont eu pour conséquence la ruine complète d'innombrables familles étrangères, spécialement de nationalité française , qui se trouvent dans l'impossibilité de pouvoir profiter de l'invitation que leur a faite la légation de France de rentrer dans leur pays natal avec le corps expéditionnaire.

« Je désire soulager leur sort, en tant que possible, et leur procurer les moyens de se créer un foyer domestique parmi nous, en leur concédant les terrains qu'ils peuvent coloniser.

« Je vous recommande donc de me proposer les moyens convenables pour atteindre ce but. — Recevez, etc. — Maximilien. »

— « Généraux, chefs, officiers et sous-officiers de notre armée nationale !— Parmi vous existe un grand nombre de militaires distingués, qui n'ont pas vu le jour au Mexique, mais qui sont Mexicains d'adoption et de cœur. Je désire ardemment que la plus parfaite fraternité règne entre les indigènes et les fils adoptifs du Mexique; qu'ils partagent ensemble les fatigues de la guerre, les périls des combats et les douceurs de la paix. Je vous adjure tous d'agir ainsi, car il me serait douloureux d'avoir à punir, soit des actes, soit des paroles qui troubleraient l'harmonie et pourraient blesser la susceptibilité de ceux qui sont aujourd'hui nos frères. Je leur adresse, à eux aussi, la même recommandation, et je ne doute pas que je ne sois également satisfait des uns et des autres.

« L'armée française rentre dans sa patrie, mais un nombre considérable des fils de la noble France restent parmi nous, servant dans l'armée nationale, après avoir servi dans celle de leur pays, et appliqués au commerce, à l'industrie et aux

414 HIST01RB DU MEXIQUB.

arts. C'est pour nous un devoir de veiller avec un soin scrupuleux à ce que les premiers n'éprouvent aucun désagrément parmi leurs compagnons d'armes en échange de l'abnégation dont ils font preuve en restant au Mexique au Heu de retourner dans leur pays. Quant aux autres, nous devons agir de même pour qu'ils ne souffrent ni dans leurs personnes ni dans leurs intérêts. Je vous exhorte de la manière la plus pressante à l'accomplissement de ce devoir.— Maximilien. »

Avant notre départ de Mexico, nous remîmes aux autorités mexicaines les poudrières, l'arsenal, les établissements militaires et les magasins. A l'époque de l'entrée de l'armée française à Mexico, l'artillerie avait trouvé les établissements de la capitale dans le plus déplorable état de dévastation. Tout avait été vendu ou pillé.

Le premier soin du général Courtois d'Hurbal fut de reconnaître ces établissements qui étaient d'une nécessité absolue pour le gouvernement mexicain. Mais il ne pouvait pas se dissimuler que la tâche était immense et d'une énorme difficulté dans les circonstances où se trouvaient le personnel et le matériel de son armée. Néanmoins, grâce au dévoûment sans bornes de ses officiers, sous-officiers et soldats, à l'activité qu'ils déployèrent, malgré les rudes fatigues qu'ils venaient de subir au siège de Puebla, et malgré la rigueur du climat, l'artillerie put atteindre promptement le but que s'était proposé son général. En effet, dès le mois de septembre 1863, le grand arsenal, la fonderie, la fabrique de capsules étaient en pleine activité , et la manufacture d'armes prête à fonctionner.

Depuis cette époque, tous ces grands établissements furent l'objet d'agrandissements successifs et de perfectionnements considérables, de telle sorte qu'ils purent toujours subvenir aux immenses besoins de l'empire mexicain, nécessités par l'état de guerre constant qui existait sur différentes parties du territoire.

A la fonderie de Molino del Rey, l'artillerie fondait les canons qui lui étaient nécessaires; à l'arsenal de Mexico, elle

construisait le matériel des batteries et réparait celui qui était en mauvais état; à la manufacture d'armes, elle remettait en état une quantité considérable de fusils qui, avec ceux qui lui avaient été envoyés précédemment, ont été successivement délivrés aux troupes mexicaines ou aux populations disposées à se défendre. Enfin, elle fabriquait les munitions de guerre de toute espèce dont la consommation journalière était des plus considérables.

De plus, en même temps qu'elle exécutait tous ces travaux, elle remettait en état tout le matériel de guerre destiné, non seulement à la capitale, mais encore à l'armement des diverses places désignées par le maréchal Bazaine comme places stratégiques. Elle pourvoyait aussi toutes les bouches à feu d'un approvisionnement proportionné à l'importance des positions auxquelles on les destinait et qui variait de cent à cinq cents coups par bouche à feu.

Le 17 juin 1866, le général d'artillerie s'étant, en outre, chargé de l'organisation de l'artillerie mexicaine, l'empereur lui écrivit la lettre suivante :

« Mon cher général Courtois d'Hurbal. — Le maréchal Bazaine m'a informé de l'offre bienveillante que vous nous faites de vous charger de l'organisation de l'artillerie de mon armée.

« Vous avez déjà tant fait dans ce but que je ne puis que vous remercier chaleureusement de la part de fatigues et de travaux que vous assumez avec d'autant plus de courage que vous connaissez déjà par expérience, combien il faut déployer de patience et d'énergie dans ce pays pour terminer une œuvre compliquée.

« Je vous ferai remettre successivement l'état des éléments qui devront servir à la formation des batteries et j'espère que vous nous donnerez pour les instruire et les administrer quelques-uns des excellents officiers, sous -officiers et gardes qui sont sous vos ordres. — Recevez, mon cher général, etc. — Maximilien. »

L'artillerie française peut constater comme résultat de ses

travaux incessants que, malgré les livraisons impérieuses qu'elle avait à faire pour parer aux divers services, il existait encore, au moment du départ, dans les magasins de l'empire, une réserve considérable de matériel, de munitions et d'objets de toutes espèces qui constituaient une immense richesse militaire pour le Mexique.

L'empereur Maximilien remercia l'artillerie, dans la personne de son général, de tous les services extraordinaires qu'elle lui avait rendus par la lettre suivante :

« Mon cher général Courtois d'Hurbal. — Je tiens à vous remercier cordialement, au moment de votre départ, du zèle avec lequel vous avez organisé l'artillerie de mon armée.

« Vos travaux laisseront parmi nous un souvenir durable, et pour ma part je n'oublierai pas le loyal concours que vous m'avez toujours prêté.

« Vous trouverez ci-joint une lettre pour l'empereur Napoléon et vous m'obligerez infiniment en la lui remettant. — Recevez, etc. — Maximilien. »

Espérons que le gouvernement français récompensera bientôt ce général aussi distingué que brave en le faisant asseoir au sénat à côté de M. Corta. On voit, par cette esquisse sur les travaux de l'artillerie française, que l'armée et les places stratégiques mexicaines étaient abondamment pourvues d'armes et de munitions. Nous n'embarquâmes que nos canons. Les projectiles creux ouj)leins, nous appartenant, et dont le transport eût coûté dix fois leur valeur furent brisés, étant inutiles aux Mexicains, dont les canons étaient d'un calibre double du nôtre. Quant à la poudre, le général Castelnau la fit noyer, Mexico étant suffisamment approvisionnée et son transport devant être aussi dispendieux qu'inutile.

Le 5 février, la capitale fut remise aux autorités mexicaines, et nos dernières troupes l'évacuèrent. Le 12 mars, nous n'avions plus de soldats au Mexique ; l'armée française et les corps austro-belges embarqués voguaient sur l'Océan, en route pour l'Europe.

SECOND EMPIRE. 417

Depuis le mois de mars 1867, l'histoire des dernières convulsions de l'empire mexicain devient obscure, et la plupart des rares événements qui l'ont signalée est encore ensevelie dans les voiles de l'incertitude. Les journaux américains ont publié plusieurs lettres apocryphes de l'empereur Maximilien, et d'autres, dont l'authenticité est au moins douteuse, que Sa Majesté aurait écrites dans les trois derniers mois de son agonie politique; mais il n'est pas possible de s'appuyer sur les renseignements de la presse américaine pour écrire une histoire quelconque. Il faut donc attendre, pour parler avec exactitude des faits survenus au Mexique après le départ des troupes, que l'administration despotique et sanguinaire de Juarez soit terminée, et que les acteurs de ce long et déplorable drame puissent librement raconter ce qu'ils ont vu. Je crois que M. Masseras, ancien directeur de Y Ère nouvelle, va combler bientôt cette regrettable lacune.

Néanmoins,- si l'on ne peut encore tout dire, on peut marquer d'une manière générale, les étapes qui ont amené l'infortuné souverain au couvent des Capuchinos. Il est impossible de savoir jusqu'à quel point les conservateurs ont tenu leur promesse de soutenir de leurs deniers l'empire mourant; on sait seulement que les généraux populaires Miramon, Mendez, Méjiaet Marquez ont bravement tenu leur parole, payée du sacrifice de leur vie par les trois premiers. Quant au dernier qui s'est échappé au Texas, malgré le peu de sympathie qu'il rencontrait parmi les étrangers, il est probable qu'il est plus coupable d'ineptie, d'arbitraire et de concussion que de trahison. Soldat brutal, mais vrai soldat, avant de l'accuser d'un pareil crime, il faut en avoir des preuves, et ces preuves manquent.

Si l'empereur avait été abandonné à Orizaba, il est certain que les conservateurs eussent vu une seconde édition des lois mortuaires appliquée contre eux aussitôt après le départ de nos troupes. En soutenant l'empire, ils soutenaient donc leurs propres intérêts et même leur vie. En organisant une armée pour les défendre et prolonger la lutte, les coa-

servateurs pouvaient naturellement espérer d'obtenir de meilleures conditions des dissidents. Ces considérations font supposer que leur concours devait être sincère et sérieux. S'il n'a pas été ce qu'ils avaient promis, — c'est que la position était trop désespérée pour être remédiable, et que la terreur inspirée par les actes des juaristes s'est changée en panique. Quant à Mira m on, son épée n*avait pas été tirée en vain hors du fourreau. Le 27 janvier, il envoyait de Zacatecas, la dépêche suivante au ministre de la guerre :

« Aujourd'hui, j'ai attaqué et occupé la place deZacatecas. Les forces — dissidentes — de Durango et de Zacatecas ont été poursuivies à trois lieues au delà de la ville. L'artillerie , l'armement et beaucoup de prisonniers sont restés en mon pouvoir.

« Juarez n'a dû son salut qu'à la rapidité de sa voiture.

« Veuillez féliciter Sa Majesté pour cette victoire. — Miramon. »

Dans la première quinzaine de février, l'empereur partit pour Queretaro. Il est probable qu'après sa victoire, Miramon, voulant poursuivre une colonne ennemie, qui se dirigeait sur S. Luis Potosi, fut battu, et que les dissidents reprirent l'offensive. Les détails manquent sur les différentes actions qui eurent lieu à cette époque, mais il est à supposer que Miramon se replia en deçà d'Aguas-Calientes, tête de ligne de S. Luis Potosi et de Zacatecas, pour rejoindre les forces impériales de Queretaro et livrer bataille dans les environs de cette ville, peut-être même à Celaya.

A S. Juan del Rio, dernière étape avant d'arriver à Queretaro, l'empereur lança l'ordre du jour suivant :

« San Juan del Rio, 17 février 1867. — Aujourd'hui je me mets à la tête et je prends le commandement de notre armée, qui pouvait à peine, il y a deux mois, commencer à se réunir et à se former. Ce jour, mes vœux ardents l'appelaient depuis longtemps ; des obstacles indépendants de ma volonté me retenaient. Aujourd'hui, libre de tout engage-

SECOND EMPIRE

ment, je peux ne prendre pour guide que mes sentiments de bon et fidèle patriote.

« Notre devoir comme loyaux citoyens nous oblige à combattre pour les deux principes les plus sacrés du pays, pour son indépendance menacée par des hommes qui, dans leurs vues égoïstes, veulent trafiquer même du territoire national, et pour le bon ordre intérieur que nous voyons chaque jour troublé de la manière la plus cruelle au préjudice de nos pacifiques compatriotes. Notre action libre de toute influence, de toute pression étrangère , cherche à soutenir et à porter haut l'honneur de notre glorieux drapeau tricolore.

« J'espère que les généraux donneront à leurs officiers, et ceux-ci à leurs vaillantes troupes , le noble exemple de la plus stricte obéissance et de la plus sévère discipline, indispensables à une armée qui doit relever la dignité nationale. Quant à la valeur et à la résolution, il est inutile d'en parler aux Mexicains : c'est le patrimoine de notre pays.

« J'ai nommé le brave général Marquez, chef de mon étalmajor. J'ai réparti l'armée en trois corps : le premier, sous le commandement du vaillant général Miramon; le second, sous les ordres de son chef actuel, et le troisième, sous ceux de l'intrépide général Mejia.

« J'attends encore d'un moment à l'autre l'arrivée du courageux général Mendez avec ses troupes fidèles et aguerries qui se joindront au deuxième corps. J'ai déjà près de moi le général patriote Vidaurri, qui va organiser le plus promptement possible ses troupes et ouvrir la campagne dans le nord.

a Ayons confiance en Dieu qui protège et protégera le Mexique, et combattons avec une indomptable énergie sous cette invocation sacrée : Vive l'indépendance! »

Deux jours après cet ordre du jour, l'empereur fit son entrée à Queretaro, où il reçut l'accueil le plus enthousiaste. Le 20 février, Sa Majesté adressa à l'alcade de cette ville la lettre de remercîments ci-après :

a J'ai vu avec le plus grand plaisir et avec une vive émo-

tion l'affectueux et enthousiaste accueil que m'ont fait les habitants de cette population sympathique qui m'ont donné les plus loyaux et sincères témoignages de leur dévoûment, sentiment dont le souvenir restera éternellement gravé dans mon cœur reconnaissant. Vous offrirez en mon nom des remercîments à la population , vous leur direz que tous mes efforts, toutes mes sollicitudes n'auront d'autre objet que d'assurer la paix et la félicité à mon pays. Pour y parvenir, je compte toujours sur la coopération de tous les bons Mexicains, et je range parmi eux les habitants de cette belle cité. — Maximilien. »

La lettre suivante de Marquez , au président du conseil , M. Lares, nous apprend que ce général, avant d'être investi du commandement de la ville de Mexico, avait suivi son souverain à Queretaro.

« Queretaro, 19 février 1867. — Mon cher ami. — Vous savez qu'une fois la capitale évacuée par les troupes françaises, l'empereur a résolu de mettre à exécution le dessein qu'il avait conçu de se mettre à la tête de l'armée et de faire la campagne à l'intérieur. C'est pourquoi, le 13 du courant, il est parti de Mexico pour Queretaro avec une colonne composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, qu'il a daigné placer sous mes ordres.

« Vous savez aussi que le même jour nous avons combattu et mis en déroute l'ennemi, que nous avions rencontré à la hacienda delà Lecheria; et, depuis, Sa Majesté a montré une sérénité et une valeur que n'ontpu s'empêcher d'admirer tous ceux qui l'accompagnent.

« J'ai aussi porté à votre connaissance l'autre rencontre que nous avons eue au fort de Galpulalpan, avec les bandes de Gelista et de Cosio, qui ont été également mises en déroute; dans cette journée, Sa Majesté, comme de coutume, s'est portée sur tous les points où était le danger, et a donné l'exemple de la fermeté et de la résolution aux soldats qui lui obéissent. Ensuite, nous sommes arrivés ici, après une marche que rien n'a entravée, car, à l'exception des deux faits

SECOND EMPIRE

d'armes dont je viens de parler, nous n'avons pas rencontré un seul ennemi.

« Vous ne pouvez vous figurer, mon bon ami, les avantages que nous a procurés cette expédition de l'empereur, attendu que dans son cours Sa Majesté a pu voir par ellemême qu'il n'y a rien de vrai dans ce qu'on lui disait touchant la situation du pays. Elle a vu que ce qu'on représentait à l'empereur comme des brigades et des divisions de l'armée juariste, opérant de concert et sous une direction centrale reconnue par tous, ne consiste qu'en de misérables bandes de malfaiteurs, qui maraudent pour leur compte en ruinant les populations, qui ne reconnaissent aucun centre, qui ne pensent à rien moins qu'à D. Benito Juarez, qui, loin d'être unies, vivent dans une anarchie perpétuelle, se faisant la guerre les unes aux autres, et qui, incapables de se battre, fuient aux premières décharges de nos troupes, quel que soit le nombre de leurs adversaires.

« Cependant l'empereur, accueilli partout avec enthousiasme, a entendu les acclamations de tous les habitants des localités par lesquelles il a passé, les plaintes qu'ils lui ont présentées contre les bandes de dissidents, et l'expression d'un désir unanime de voir l'établissement de la paix sous le régime impérial et la destruction de ces hordes de sauvages.

« Enfin, l'empereur a fait aujourd'hui son entrée dans la ville, au milieu des troupes qui y tiennent garnison et qui formaient la haie pour lui faire les honneurs d'usage. Sa Majesté s'esj. trouvée entourée d'un peuple nombreux et empressé, qui, de même que l'armée, l'applaudissait sans relâche ; et à mesure que le cortège pénétrait dans l'intérieur de la ville, l'air se remplissait de fusées, de vivat, qui, retentissant au milieu des carillons et des salves d'artillerie, formaient un spectacle vraiment grandiose et difficile à décrire, et qui touchaient la fibre la plus sensible du cœur, puisqu'ils exaltaient l'amour de la patrie à son plus haut degré.

Page 1