‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 3 sur 17 · HT · texte numérisé non relu

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autre commissaire du gouvernement les bases mentionnées, on donnera l'ordre de permettre d'avancer jusqu'aux points dont on conviendra... »

Ainsi, grâce à la direction donnée à l'expédition un mois après son arrivée à Vera-Cruz, personne ne comprenait son véritable objet! A cette note, les alliés répondirent le 9 février par la dépêche suivante : — « Désireux de tenter un dernier effort pour prévenir un conflit qu'ils regretteraient sincèrement, les représentants soussignés croient de de leur devoir d'inviter S. Exc. le ministre des affaires étrangères à venir s'entendre en personne avec M. le comte de Reus, qui lui donnera, en leur nom, toutes les explications nécessaires et de nature à dissiper des doutes injurieux pour la loyauté des hautes puissances signataires de la convention du 31 octobre 1861.

« M. le comte de Reus se rendra en conséquence le 18 février à onze heures du matin, sur un point choisi à égale dislance de la Tejeria et de la Soledad, au Rancho de la Pulga. Les représentants espèrentquele ministre des affaires étrangères pourra se présenter à ce rendez-vous avec une garde d'honneur de cinquante cavaliers et de cinquante fantassins. M. le comte de Reus sera accompagné d'une escorte semblable. »

En présence de tant de ménagements et tant d'humilité doit-on s'étonner de la conduite arrogante du gouvernement mexicain et de la lettre suivante écrite le 10 février au comte de Reus, par le général Zaragoza. — « La Soledad, quartier général de l'armée d'Orient. — Général en chef. — On a toléré jusqu'à ce jour que les puissances alliées qui envahissent le Mexique, étendissent leurs opérations en dehors de Vera-Cruz; mais il serait déshonorant pour la patrie et indigne d'un général mexicain, d'assister impassible devant de nouveaux outrages. Je fais donc savoir au général eu chef des forces ci-dessus mentionnées, qu'il doit les conserver dans ses positions actuelles qui sont Tejeria, Médellin, Paso del Toro et S. Juan Loma de Piedra, et ne pas avancer

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davantage ; dans le cas contraire je regarderais comme ouvertes les hostilités et la guerre déclarée. J'accomplirai le devoir sacré que m'imposent les lois de mon pays comme général en chef de l'armée chargée de la défense de la partie orientale du Mexique. — Zaragoza.

La fierté britannique, l'orgueil castillan et la susceptibilité française devaient recevoir bien d'autres atteintes, avant que les plénipotentiaires français, trouvant la mesure débordée, secouassent cette honteuse tutelle qui les opprimait et prissent la liberté de poursuivre l'exécution du traité de Londres, auquel le général Prim, comme sir Charles Wyke semblaient n'avoir jamais songé. L'entrevue ayant été acceptée, le général Prim se rendit au lieu désigné avec une escorte. A une lieue environ de la Soledad, les généraux Doblado et Zaragoza attendaient en voiture le comte de Reus; celui-ci y monta avec les deux généraux. A dix heures du matin ils arrivaient à la Soledad, et le comte de Reus se retira aussitôt avec le général Doblado dans une maison isolée, où ils restèrent plusieurs heures en conférence secrète. Dans cette conférence furent convenues, d'un commun accord, les stipulations préliminaires d'un traité de paix.

Avant de parler des tempêtes soulevées au Mexique comme en Europe, à propos de la convention de la Soledad, il faut répondre au naïf argument du général Prim qui, pour se disculper, avançait que puisqu'on devait traiter avec Juarez et le reconnaître par le fait même de l'envoi de l'ultimatum, il n'était nullement coupable de l'avoir reconnu par la proclamation et la note collective et d'avoir traité avec son gouvernement par la convention de la Soledad. Répondant à cette théorie, M. Bermudez de Castro disait en plein sénat : — « Les instructions envoyées par le gouvernement espagnol et que j'ai lues, les paroles qu'il adressait à l'ambassadeur de France, en lui rendant compte de la dépêche de M. Thouvenel, que prouvent-elles? Que l'on devait traiter avec Juarez, mais non pour entamer des négociations, et seulement pour lui imposer la dure loi de la force et les con-

ditions que l'on stipulait... On n'allait point traiter avec Juarez de la meilleure ou de la plus mauvaise organisation du gouvernement dans son pays ; on allait lui imposer la loi et, s'il ne satisfaisait pas aux réclamations, s'il refusait à notre plénipotentiaire les réparations dues pour effacer l'infamie de l'expulsion de M. Pacheco, le gouvernement le dit aussi : « On ne suspendra pas une minute les hostilités. » Cela signifie-t-il traiter amicalement? Cela signifie-t-il reconnaître Juarez ? »

Le général Prim comprit différemment son mandat, l'honneur national et celui de ses alliés. Le général Doblado désirait deux choses : une reconnaissance formelle du gouvernement de Juarez, du répit pour vaincre Marquez qui battait partout alors les troupes juaristes, et du temps pour organiser la défense contre l'armée alliée; il obtint davantage. Et le général Prim viendra dire ensuite qu'il ne s'est pas laissé jouer par le général Doblado! On en jugera par la convention suivante et l'effet qu'elle produisit en Europe comme au Mexique.

« Convention préliminaire de la Soledad, conclue entre le gouvernement mexicain d'une part, et les plénipotentiaires de l'Espagne, de la France et de la Grande Bretagne d'autre part, le 19 février 1862.

Art. 1 er . Le gouvernement constitutionnel qui est actuellement au pouvoir dans la république mexicaine ayant informé les commissaires des puissances alliées qu'il n'a pas besoin de l'assistance offerte par elles avec tant de bienveillance au peuple mexicain, parce que ce peuple contient en lui-même des éléments suffisants de force pour se préserver de toute révolte intérieure ; les alliés auront recours à des traités pour présenter toutes les réclamations qu'ils sont chargés de faire au nom de leurs nations respectives.

Art. 2. Dans ce but, et les représentants des puissances alliées protestant qu'ils n'ont nullement l'intention de nuire à la souveraineté ou à l'intégrité de la république mexicaine, des négociations seront ouvertes à Orizaba , où les commis-

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saires des puissances alliées et les ministres de la république se rendront, à moins que des délégués ne soient nommés par les deux parties, d'un consentement mutuel.

1 Art. 3. Tant que dureront ces négociations, les forces des puissances alliées occuperont les villes de Cordova, Orizaba et Tehuacan.

Art. 4. Afin qu'il ne puisse être en aucune façon supposé que les alliés ont signé ces préliminaires dans le but d'obtenir leur admission aux positions fortifiées maintenant occupées par l'armée mexicaine, il est stipulé que, dans le cas où malheureusement les négociations seraient rompues, les forces alliées se retireront desdites positions et prendront position en ligne devant lesdites fortifications sur la route de Vera-Cruz, les points extrêmes étant le Paso-Ancho, sur la route de Cordova, et le Paso de Oveja, sur la route de Jalapa.

Art. 5. Dans le cas où, malheureusement, les négociations seraient interrompues, et les alliés se retireraient dans les lignes ci-dessus indiquées, les hôpitaux des alliés resteraient sous la sauvegarde de la nation mexicaine.

Art. 6. Le jour où les alliés commenceront leur marche pour occuper les points mentionnés dans l'article 3, le drapeau mexicain sera hissé sur la ville de Vera-Cruz et sur le fort de Saint-Jean d'Uloa. — Signé : comte de Reus, Manuel Doblado, Chas-Lennox Wyke, Hugh Dunlop, A. de Saligny, E. Jurien. — La Soledad, le 19 février 1862.

« J'approuve ces préliminaires, dans l'exercice des pleins pouvoirs dont je suis investi. — Benito Juarez, président de la république; Jésus Teran, secrétaire. »

Voulant être très sobre d'appréciations personnelles , et me servir presque exclusivement de documents étrangers pour écrire cette histoire, afin d'éviter le soupçon de partialité, je vais publier les interprétations données à cette convention par les Mexicains et les Espagnols.

« D. José H. Gonzalez, au général Woll. — Vera-Cruz, 20 février 1862. — ... Malgré la duplicité du gouvernement

de Juarez, malgré ses insultes faites aux alliés, Prim a eu hier une entrevue, à la Soledad, avec Doblado; le résultat en est que les troupes alliées vont occuper pacifiquement Orizaba, Cordova et Tehuacan... Ce qui nous dégoûte personnellement dans ce traité, c'est que les autorités juaristes restent dans les places occupées par l'armée alliée, de sorte que nous ne pouvons faire un pas en sûreté, parce que si l'on nous met la main dessus, les alliés ne peuvent rien pour nous, afin de rester toujours neutres. Voici la situation que nous a faite l'intervention, en ayant à sa tête le général Prim. Qui aurait cru que cette intervention, provoquée par les méfaits de la démagogie, serait devenue démagogue en mettant les pieds à Vera-Cruz? Personne. Les officiers espagnols et français souffrent comme nous de ce qui se passe ici... Prim - et Doblado croient se tromper mutuellement, mais c'est le premier qui est trompé. Le parti libéral nous met hors la loi; Prim nous est hostile; l'Angleterre appuie Prim contre nous et contre l'amiral français, de sorte que l'intervention est tout à fait contre nous. Seulement un changement de personnes dans le commandement peut nous sauver. Marquez, en voyant ce qui se passe ici, est étonné et ne sait que faire...

« 24 février. Tout est changé aujourd'hui ; les ordres venus d'Europe, cette nuit, ont mis le général Prim a sa vraie place, et l'ont fait rentrer dans le chemin qu'il devait suivre... Tout cela provient de ce que les intentions de l'empereur Napoléon sont clairement révélées ; elles ont détruit les ambitions de Prim et fait cesser les doutes de l'amiral français qui suivait Prim les yeux fermés. »

Dès ce jour, en effet, les plénipotentiaires français prirent une allure plus indépendante et plus conforme à l'esprit de la convention de Londres; mais ils ne voulaient ni déchirer les préliminaires de la Soledad, ni diriger les démarches des alliés dans le sens de cette convention, car Prim et les deux diplomates anglais ne furent jamais dans un plus complet accord, et la rupture de l'alliance était un scandale à craindre. A Mexico, les préliminaires de la Soledad furent jugés

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d'autant plus sévèrement que le mouvement militaire en faveur de l'intervention commençait à se dessiner sur une vaste échelle, malgré les nombreux éléments de rivalité, de défaillance et de découragement qui auraient dû le faire avorter, et qui ont été indiqués depuis l'arrivée de Prim et de Miramon à la Havane jusqu'à la signature de la convention de la Soledad.

Une lettre de Mexico, datée du 22 février, donne à ce sujet des détails fort intéressants et peint sous les couleurs les 'plus sombres la situation de la capitale, «où, dit cette lettre, l'anarchie est à son comble et où la population étrangère surtout, soumise de la part des différentes autorités aux mêmes actes d'arbitraire, de violence et d'extorsion que par le passé, en est réduite à craindre que la lenteur des alliés, leur attitude et leurs ménagements si inattendus envers une administration sans foi ni loi, comme sans prestige et sans force, n'attirent des malheurs bien autrement grands encore sur ceux qu'ils étaient venus protéger. Ces craintes ne sont que trop justifiées par certains actes officiels du gouvernement : l'un est un décret publié, le 25 janvier, par M. Juarez, et dont un article condamne à mort tous les individus, faisant partie à un titre quelconque des forces étrangères qui ont envahi le territoire mexicain sans déclaration de guerre préalable

« Comment s'étonner si, sous le coup d'une telle législation, les partisans de l'intervention et la majorité du pays qui détestent le gouvernement actuel aient gardé jusqu'à présent un silence prudent et contenu leurs aspirations et leurs espérances. Et, cependant la violence des hommes qui sont au pouvoir montre assez leur faiblesse et leurs craintes.

« Je n'ose guère vous dire de combien d'insultes ont été abreuvés ici, les Espagnols, les Fiançais et les Anglais, par une poignée d'hommes qui, à l'aide de la terreur et d'exactions sans nombre, maintiennent un semblant de pouvoir qu'on veut faire passer en Europe pour l'expression du sentiment national. Et cependant, plus on fait subir d'hu-

miliations aux représentants des trois grandes puissances, moius ils semblent les ressentir.

« Pendant que nos diplomates à épée se laissent prendre aux pièges que leur tend un pouvoir qu'ils avaient ordre de* ne pas reconnaître et de combattre, le pays s'agite en faveur de l'intervention. Le 9 février, Marquez et Zuloaga, avec un millier d'hommes environ, surprenaient à S. Juan del Rio, à trente-cinq lieues de la capitale, un corps de troupes de Juarez de mille à douze cents hommes, sous les ordres de Rey et de Cuëllar, leur tuaient cinq cents hommes parmi lesquels un de ces deux chefs, le colonel Rey, et leur faisaient trois cents prisonniers, s'emparant, en outre, de plusieurs pièces de canons, d'une grande quantité d'armes et d'objets de campement.

« Deux jours après, Marquez opérait sa jonction avec Mejia, qui lui amenait plus de deux mille hommes. En môme temps, Buitron et Lamadrid, avec quinze cents hommes, venaient se retrancher dans la forte position de Las Cruces, à six ou sept lieues de Mexico, tandis que Vicario, à la tête d'un corps évalué à deux ou trois mille hommes, s'emparait, sans conteste, du district de Cuernavaca, et que d'autres chefs, tels que les généraux Chacon, Argùelles, Cobos, Gutierrez, Galderon, reprenaient la compagne dans diverses directions, avec des détachements plus ou moins considérables. »

Le général Prim essaya de justifier la rédaction et la signature des préliminaires de la Soledad, en plaidanten faveur de la force du gouvernement de Juarez et critiquant le parti réactionnaire, « presque réduit à rien, » disait-il. Les dépêches du comte de Reus et les faits qui se passaient au Mexique démentent continuellement les assertions du général, de sorte qu'il suffît de citer ces dépêches et de raconter ces événements pour montrer,. sinon la duplicité de ce général, au moins son inhabileté. C'est ce que M. Bermudez de Castro fit au sénat espagnol avec une éloquence digne et simple : « Les décrets sanguinaires de Juarez, disait cet orateur, ne

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prouvent pas beaucoup que le parti réactionnaire fût annihilé; si ce parti eût été presque détruit, il n'eût pas été nécessaire de punir de la peine de mort toute action, même la plus innocente... En lisant le premier article de la Soledad, en lisant aussi les raisons dont le plénipotentiaire espagnol accompagnait ce traité, tout le monde croirait qu'en effet le gouvernement de Juarez était un gouvernement fort... qui avait les moyens de se faire respecter, qui se faisait obéir dans tout le pays... Cependaut, dans la même dépêche de M. le comte de Reus, je trouve la preuve évidente que ce serait une grave erreur, de la part du sénat, s'il croyait ce qui se déduit naturellement de l'article premier des préliminaires de la Soledad.

« Dans cette dépêche du 20 février, M. le comte de Reus ajoute : « Le général Doblado convint de notre supériorité «c et me déclara que toutes les personnes sensées du pays « désirent que nos différends aient uu dénoùment pacifique ; « mais que le gouvernement se trouve, jusqu'à un certain « point, sous la pression des exaltés qui, accoutumés au « désordre qu'entraîne la guerre, tenteraient d'enlever au « gouvernement son prestige et le déclareraient même te traître à la patrie, à cause de la conduite modérée qu'il est « résolu à tenir dans ses rapports avec les commissaires « alliés. »

« Mais, .en outre, dans le procès-verbal de la conférence dans lequel, de retour de la Soledad, le plénipotentiaire espagnol rendait compte à ses collègues du résultat de sa mission, on lit ces paroles qui peignent aussi quelle était la situation de ce gouvernement qui se suffisait à lui-même pour rétablir l'ordre et se faire obéir dans le pays. « Le géaéral Doblado — c'est le plénipotentiaire espagnol qui parle — en vint à me dire en résumé : « Que le gouvernement est a entouré de difficultés à cause de l'espèce d'indépendance « qui existe dans les États, dont les gouverneurs se refusent « à obéir aux ordres du gouvernement de la capitale, en vue « de l'exaltation des esprits et très particulièrement dans le

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« cas actuel, ce qui empêche quelquefois le gouvernement « privé d'autorité, de prescrire les mesures que la situation « exige et que la prudence conseille. »

« C'est à dire que le gouvernement de Juarez, avec qui nous entrions dans la voie des traités, ne pouvait, dans la question spéciale qui s'agitait, dicter les mesures qu'exigeait la situation et que conseillait la prudence. Quel'on voie donc, s'il peut y avoir un aveu plus explicite fait par le général Doblado lui-même, qu'il n'était pas convenable, qu'il ne pouvait pas être sûr, et que cela ne mènerait à rien de traiter avec un gouvernement qui manquait absolument de moyens et de la volonté de tenir sa parole. »

Quant à l'approbation de la conduite du général Prim dans toute cette affaire, elle est loin d'être sans réserve, car dans l'ordre royal du 22 mars qui lui fut envoyé, il est dit : — « Si le gouvernement de Sa Majesté désirait qu'on gardât avec celui de la république mexicaine un système de modération et de douceur aussi large, aussi libre que le permettaient la nature des faits qui ont amené l'action combinée des trois puissances et les conditions où se trouve ce gouvernement, il ne croyait pas qu'il fût nécessaire de pousser ce système si loin que l'on pût faire concevoir aux Mexicains eux-mêmes quelque doute sur la décision avec laquelle on poursuivrait les réclamations. »

Relativement à l'article 6, concernant le pavUIort mexicain, le même orateur, que j'ai cité plus haut, fit une déclaration, en parlant de ce drapeau salué par le maréchal Forey, qui mérite d'être reproduite. « Je crois, dit-il, que cela est parfaitement logique, et que cela embrasse une haute pensée politique. Qu'est-ce que le pavillon mexicain arboré sur Vera-Cruz délivrée de Juarez et à l'abri du joug de son autorité?... Le drapeau du pays, le drapeau de la nation. Et que signifie le fait? Le salut rendu au pavillon d'une nation dont on veut respecter l'intégrité et l'indépendance. Que veut dire le paviMon arboré sur une place par une exigence du gouvernement de Juarez? Cela signifie le pavillon de Jua-

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rez... Pendant que le pavillon mexicain est salué sur les murs de Vera-Cruz, où Ton n'obéit pas à l'autorité de Juarez, ce même pavillon sera reçu à coups de canon lorsqu'il sera déployé par les généraux des troupes de Juarez. Je trouve cette démarche non seulement diplomatique, mais encore hautement politique, parce qu'elle signifie d'avance que l'on ne veut ni le démembrement ni la chute de l'indépendance de la nation mexicaine. »

« Le traité de la Soledad, 'disait M. le marquis de la Havane, au sénat, n'a pas été fait par des considérations, mais comme conséquence d'une idée politique, par le désir de marcher avec le consentement des Mexicains. Et cela est si vrai, que si M. le comte de Reus eût été seulement général en chef des troupes, et que le plénipotentiaire espagnol lui eût demandé si les transports l'empêcheraient d'aller en avant, il lui aurait répondu : « Non, dans vingt jours j'aurai « les transports, et dans vingt et un je suis prêt à battre « Zaragoza où vous voudrez. » En effet, à la lettre insultante du général mexicain, il n'aurait répondu qu'en disant : « Place aux troupes alliées, » et le général Zaragoza la lui aurait donnée promptement. »

En parlant de l'article 1 er de cette convention, M. Rios y Rosas, s'écriait avec indignation aux Cortès : « Il proclame l'alliance avec Juarez; ce n'est plus la reconnaissance de Juarez; ce n'est plus l'abandon de toutes les solutions antérieurement sanctionnées; ce n'est plus la suspension de l'ultimatum et des voies de rigueur : non, c'est plus encore : c'est l'alliance avec Juarez. » Ces paroles sont complètement d'accord avec la dépêche de M. Collantes au général Prim, dans laquelle il lui disait : « En plaçant le pavillon mexicain à côté des drapeaux alliés, on donnait à entendre — en supposant que cela eût lieu, — que tous ont désormais une situation commune, des intérêts semblables et des droits égaux. Il ne pouvait y avoir d'autre signification à ce fait. »

« Quand le gouvernement a envoyé ses troupes au Mexique, ajoutait M. Mon, il n'y avait rien à traiter, rien à négocier;...

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il n'y avait qu'à faire accomplir, par la force, ce qu'on n'avait pas voulu exécuter de bonne volonté... Il s'est agi de cher^ cher un climat salubre pour les troupes. Pour moi, je le demande à un homme aussi habile que M. le ministre de la guerre... s'il eût sollicité la permission d'aller s'établir à Orizaba. »

Je terminerai ces citations par un extrait du discours de M. Rouher dans la séance du 10 juillet 1867, pour montrer l'unanimité de l'interprétation donnée aux préliminaires de la Soledad, et l'unanimité de la réprobation soulevée par cet acte inqualifiable , car, si pour des raisons étrangères à la question, le gouvernement espagnol a approuvé la conduite du général Prim dans son ensemble, il l'a blâmée dans tous les détails, comme le proclamait un de ses collègues au sénat.

« Mais qu'était-ce donc que ces préliminaires de la Soledad? disait M. Rouher dans son discours du 10 juillet. N'est-ce pas l'oubli complet de la convention du 31 octobre 1861 et des circonstances, des explications et des instructions qui avaient été officiellement données aux divers plénipotentiaires? Comment! messieurs, par ces préliminaires, on stipule d'abord que le gouvernement de Juarez remercie les puissances alliées du concours qu'elles venaient lui offrir, et on déclare qu'il n'en a aucunement besoin ! — Rires ironiques. — ... Puis on stipule que le 15 avril, c'est à dire deux mois après, s'ouvriront les conférences destinées à rétablir les bonnes relations du gouvernement mexicain avec les trois puissances !

« Ainsi, il faut deux mois entiers, non pas pour discuter ; il faut deux mois entiers qui s'écouleront dans le silence et l'abstention, dans le défaut de rapports, et deux mois au bout desquels on daignera commencer des relations avec les trois puissances pour discuter leurs griefs. On consent à ce que les alliés prennent leurs quartiers à Orizaba et à Gordova ; mais, s'il y a rupture après le 15 avril, ils devront rétrograder à travers la fièvre jaune, et comme pour marquer ces déclarations d'une sorte d'ironie, il est en même

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temps déclaré qu'à côté du drapeau des trois puissances, sur le fort de Saint-Jean d'UIoa et à la Vera-Cruz flottera le drapeau mexicain.

« Voilà les stipulations de la Soledad. Nous les avons repoussées à la date du 2 avril. Une note insérée au Moniteur a déclaré qu'elles n'étaient pas ratifiées. » Dans cette note il était dit : « L'empereur Napoléon laissait les autres gouvernements juges, comme ils l'entendaient, de leurs intérêts et de leur honneur, son gouvernement se bornait à désapprouver hautement la convention conclue avec le générai mexicain Doblado par le général Prim, et acceptée ensuite par les plénipotentiaires des puissances alliées, parce que cette convention lui semblait contraire à la dignité de la France. »

Tels sont les principaux événements qui se passèrent au Mexique pendant le mois de février 1862, et telle est la manière dont ils furent jugés. Le mois de mars devait voir s'élever de nouvelles tempêtes entre les plénipotentiaires et de nouvelles rigueurs de la part du gouvernement de Juarez. Mais les représentants français, qui s'étaient aperçus du piège tendu par les préliminaires de la Soledad, devenaient plus fermes et refusaient de se laisser conduire aveuglément par la politique secrète de M. le comte de Reus, et par les intérêts particuliers des représentants anglais.

« Vera-Cruz, 1 er mars 1862. — Le paquebot anglais, me dit une lettre d'un personnage mexicain, est arrivé aujourd'hui à midi; il amène le général Almonte et D.Antonio Haro y Tamariz. L'arrivée de ces messieurs est providentielle; ils arrivent à temps pour empêcher que Prim affermisse le pouvoir de Doblado et aille ensuite battre le général Marquez. Aussitôt que Prim a vu qu'on ne répétait pas à Mexico les scènes de Saint-Domingue il a cherché à favoriser les libéraux. C'est dans ce but que la réunion des commissaires et des ministres n'aura lieu que le 15 avril ; de la sorte Juarez aura le temps de tomber avec toutes ses troupes sur Marquez... Mais nous verrons maintenant qui sera le plus fin

de lui ou de nous. Nous attendons avec impatience les 4,000 Français qui sont en chemin. Nous recevons à l'instant un courrier extraordinaire qui nous apprend que Carvajal vient d'être battu par Marquez. »

« Au moment où j'allais fermer ma lettre, dit une autre correspondance de Mexico, nous apprenons l'envoi de France du général Lorencez avec un corps de troupes françaises. Cette nouvelle a ranimé toutes les espérances; elle mettra, je l'espère, un terme aux tergiversations qui nous désolent depuis deux mois. Jamais l'empereur n'aura rendu un plus grand service à l'humanité que d'arracher à l'anarchie qui le ruine, un pays qui, s'il vient un jour tranquille et prospère, offrira à toutes les puissances de l'Europe d'immenses avantages commerciaux... L'annonce des renforts envoyés de France a produit une très vive sensation, car on attend tout de la France et de la France seule. »

Le général Prim a voulu rejeter sur l'augmentation des forces françaises et l'arrivée du général Almonte, les causes premières de la rupture des relations entre les représentants des trois puissances. Ces deux points sont trop importants dans l'histoire de l'intervention pour ne pas les élucider le plus possible.

M. Mon, en donnant des explications au sénat sur la fâcheuse impression produite à Londres et à Paris, par le départ précipité de la Havane des troupes espagnoles, dit : « Il resta, dans l'esprit de l'empereur, l'idée que l'Espagne avait quelque plan particulier en hâtant le départ de l'expédition espagnole. Je reçus, très peu de jours après, une lettre du ministre des affaires étrangères de France, datée du 18 janvier qui disait : « L'empereur, convaincu de la nécessité d'aller dicter la paix a Mexico même, a décidé d'augmenter la force de notre expédition en la rapprochant du chiffre de la vôtre. »

Ayant fait part à son gouvernement de cette décision, M. Calderon Collantès lui répondit : « L'augmentation des troupes françaises, destinées au Mexique s'explique facile-

ment et naturellement. Le gouvernement de Sa Majesté la comprend et considère comme sage une mesure qui contribuera sans doute à faciliter l'atteinte du but de l'expédition. »

Le comte Russel à lord Cowley. Londres, 20 janvier 1862. — « J'ai vu hier le comte de Flahaut. Son Excellence m'a informé qu'il avait ordre de me dire que le gouvernement franais jugeait nécessaire d'envoyer au Mexique de nouvelles troupes de terre.

« Le comte de Flahaut a continué en me disant que la démarche précipitée faite par le maréchal Serrano en commençant les opérations, sans attendre que les forces de la France et de l'Angleterre fussent réunies , aurait pour résultat d'augmenter les difficultés de l'expédition ; qu'il paraissait maintenant inévitable que les troupes alliées auraient à s'avancer dans l'intérieur du Mexique, et que non seulement les forces convenues ne seraient pas suffisantes pour une semblable opération, mais encore que l'opération ellemême prendrait un caractère devant lequel l'empereur ne pouvait consentir à ce que les troupes françaises fussent dans une position inférieure à celles de l'Espagne, ou à courir le risque de se voir compromises. »

« Qu'eussions-nous fait nous-mêmes, disait le marquis de Novaliches au sénat espagnol, si, au lieu de la position très avantageuse que nous avaient accordée les alliés, le comte de Lorencez s'était présenté à la tête de sept mille hommes ; s'il eût consenti à la publication d'un journal qui élevât aux nues ses qualités et ses actes, sans jamais s'occuper des deux mille Espagnols sous les ordres de l'un des très dignes chefs de brigade de notre armée? Eussions-nous regardé cela avec tranquillité? Assurément, non. »

Ces quelques citations suffisent à prouver que l'augmentation de nos troupes était justifiée et désirée par les amis de l'ordre au Mexique; le général Prim ne l'a blâmée que parce qu'elle lui enlevait le prestige qu'il devait au nombre des forces qu'il commandait et que le général Lorencez arrivait

avec des ordres contraires à la politique personnelle du comte de Reus. Le chef espagnol, voyant à ses côtés un général de division, commandant une armée égale à la sienne, et des représentants qui ne se laissaient plus conduire bénévolement par lui, fut blessé au vif, et son irritation ne tarda pas à se manifester, à propos du général Almonte.

En répondant aux communications du comte de Reus relativement aux émigrés mexicains qui rentraient dans leur patrie, M. Calderon Collantes lui écrivait le 22 avril : « Il convient pourtant que Votre Excellence, unie aux autres plénipotentiaires, tâche de faire respecter les droits individuels afin d'assurer ainsi la manifestation libre et spontanée de toutes les opinions, car il n'y a point de véritable liberté de suffrage, là où règne la proscription des partis et même celle des individus plus ou moins importants. » Telle n'était point l'opinion du comte de Reus. L'arrivée du général Lorencez, des renforts français et des émigrés mexicains lui font apparaître comme une hypothèse sérieuse l'avènement de l'archiduc Maximilien au trône du Mexique qu'il espérait occuper lui-même. Pour atteindre ce but inavoué, il avait méconnu les ordres et les intentions de son gouvernement, foulé aux pieds l'orgueil proverbial de son pays, adulé, favorisé les agents de Juarez, créé un journal El Eco de Europa qui le suivait partout, publiait les éloges du général espagnol, insinuait, enfin, sous la dictée de Prim lui-même, la candidature du comte de Reus au pouvoir suprême. Tout ce triste échafaudage, élevé dans son intérêt particulier, allait s'écrouler.

Ne pouvant renvoyer en France le général Lorencez et les troupes qu'il amenait, il se contenta d'en exprimer son mécontentement, dans une dépêche datée du 17 mars. Il se faisait ainsi l'écho des terreurs du cabinet de Juarez qui, commençait à trembler. Le général Prim pouvait pourtant demander le renvoi des émigrés mexicains, quoique cette démarche fût susceptible de paraître contradictoire avec sa conduite envers Miramon. H se trouvait alors à Orizaba avec sir Charles Wyke ; ij envoya de suite communication de la

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dépêche de M. Doblado à MM. Jurien et de Saligny, « en leur demandant leur autorisation pour répondre » d'une manière favorable aux vues de M. Doblado.

Lorsque le général Almonte arriva au Mexique, les troupes alliées, conformément au traité de la Soledad, marchaient pour s'établir à Cordova, Orizaba et Tehuacan, et, comme il était sous le coup d'un décret de mort pour avoir signé le traité Mon- Almonte, il invoqua la protection des baïonnettes françaises. Si quelqu'un devait le protéger c'était assurément le comte de Reus. Ce fut tout le contraire qui arriva. Le 21 mars, le général Robles, soupçonné de se rendre au camp des alliés fut arrêté à trois lieues de Tehuacan. Il voyageait à cheval avec un ami et un domestique, et muni, assure-t-on, d'un passe-port en règle. Conduit devant Zaragoza, sur la simple constatation de son identité, il fut condamné à être fusillé. Cet ordre barbare fut exécuté le 22 mars à S. Andrés Chalehicomula. L'amiral Jurien vit, avec raison, dans cet assassinat, un défi lancé aux conseils de modération et de prudence que, dès le principe, les alliés n'avaient cessé de faire entendre, et reconnut que l'honneur des plénipotentiaires français et de leur gouvernement ne permettait pas d'abandonner le général Almonte à une mort certaine, depuis ce défi adressé, par le parti exalté, aux nations alliées.

« Si l'on voulait empêcher le général Almonte, disait au sénat M. Bermudez de Castro, de débarquer à Vera-Cruz parce qu'il voulait influer sur le choix d'un gouvernement nouveau, quelle forme, quelle moyen allions-nous trouver pour que l'opinion du pays se prononçât librement? iYavonsnous pas vu que, même pour les plus simples élections municipales, les électeurs se mettent d'accord d'avance? Est-ce que les électeurs s'approchent des urnes sans s'être réunis et concertés d'avance sur le candidat qu'ils doivent nommer?

a Mais si Ton ne permettait pas à ceux qui allaient travailler, soit pour la monarchie, soit contre le gouvernement de Juarez, de pénétrer dans l'intérieur; si les Anglais embar-

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quaient Miramon, et si, une autre fois, les plénipotentiaires anglais et espagnol rompaient les conférences — d'Orizaba — parce qu'un bataillon français accompagnait Almonte, comment pouvait-on se concerter?

« On promettait qu'Almonte n'avancerait pas et resterait à Cordova. Le cas était-il assez grave pour que nous pussions lui donner cette importance? Qu'importait au comte de Reus que le général Almonte fût intriguer à Mexico? S'il n'y avait point de monarchistes, si, comme dit sa seigneurie, dans une de ses dépêches, le général Almonte avait si peu de prestige et d'influence que ses propres partisans devenaient ses délateurs, » — allusion à la conduite du général Cobos , — « et remettaient ses lettres au gouvernement de Juarez, quelle crainte pouvait inspirer le général Almonte? Aucune : c'était donc une chose trop petite, trop microscopique pour avoir pu produire un aussi grand résultat. »

«Almonte a-t-il levé un drapeau? disait M. Mon à ta séance du 9 janvier. Non; il n'a pas ouvert les lèvres, il n'a rien dit jusqu'au moment où les troupes se sont embarquées, non pour représenter une nouvelle forme de gouvernement, mais pour exhorter les Mexicains à se donner celle qu'ils tiendraient pour la plus convenable, acceptant dans ce but l'aide de la France, et c'est ce qui ressort clairement de sa proclamation.

« Supposons, en opposition au traité et à la sincérité des négociations, ajoutait pendant ce débat, M. Rios y Rosas, que l'on était allé là pour faire de la politique neutre... Quels devoirs suppose la neutralité? Suppose-t-elle le devoir de favoriser Juarez et de nuire à Almonte?... Si la neutralité n'existait pas, si nous étions allés là pour renverser Juarez; si nous y étions allés en invoquant la coopération de ses ennemis ; si nous y étions allés en promettant au pays la liberté d'action nécessaire pour renverser ce gouvernement et pour créer un gouvernement national, le gouvernement que l'on voudrait; si tout cela était certain, incontestable, notoire, - que faisions-nous lorsque nous marchions avec Juarez? Quel

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était le résultat de notre attitude? C'est que nous avions tendu aux adversaires de Juarez un horrible piège. C'est ce que peuvent dire les Mexicains, c'est ce qu'ils disent : c'est pour cela que nous sommes déchus au Mexique dans l'opinion de tous ; c'est pour cela qu'il ne nous sera pas possible de nous relever de longtemps.'— Sensation profonde. »

La question Almonte n'existait donc pas, comme l'ont prouvé au sénat et au corps législatif, les propres compatriotes du général Prim. M. Thiers, qui ne faisait pas de l'histoire, mais de l'opposition dans son discours du 9 juillet 1867, à propos de la question du Mexique, prend, naturellement, parti pour le général Prim et cite les passages du procès-verbal de la séance du 9 avril 1862, favorables à sa thèse; mais il a le soin de taire ceux qui lui sont contraires. Ce procès-verbal, en effet, est très long, comme il le dit, mais l'impartialité me fait un devoir d'en publier la plus grande partie et d'analyser le reste, avant de détailler les causes qui ont amené la rupture déclarée dans cette séance.

« Procès-verbal de la conférence tenue le 9 avril 1862 a Orizaba, entre les cinq commissaires des trois hautes puissances alliées. »

«... En vue de la gravité des affaires à traiter, Leurs Excellences ont décidé que les secrétaires des missions d'Angleterre et de France assisteront avec le secrétaire de la mission d'Espagne à cette conférence pour en rédiger le procès-verbal in extenso.

« S. E. le comte de Reus prend la parole pour inviter S. E. l'amiral Jurien à exposer l'objet de la conférence et ce dernier répond que le but principal de la réunion est de tomber d'accord sur la réponse à faire à une communication du gouvernement mexicain demandant le rembarquement du général Almonte et des personnes qui l'accompagnent.

« Sir Charles Wyke dit qu'il est nécessaire d'en venir à une explication franche et nette, et cet avis est partagé par ses collègues. Le comte de Reus ajoute qu'il est urgent de

savoir si l'on pourra continuer à agir d'accord comme on l'a fait jusqu'ici, car lui et ses collègues d'Angleterre considèrent l'attitude prise récemment par les plénipotentiaires de l'empereur comme contraires aux stipulations de Londres, dont le but, suivant eux, était en premier lieu, de poursuivre la réparation des griefs que chacune des hautes puissances avait contre le gouvernement mexicain, etd'exiger le respect des traités, puis, d'arriver , par l'appui moral des trois nations t à rétablissement d'un gouvernement fort et stable, offrant des garanties suffisantes, autant à ses propres nationaux qu'à ceux des puissances étrangères. »

Puisque les puissances voulaient établir « un gouvernement fort et stable, etc., » ce gouvernement n'était donc pas établi! Alors pourquoi traiter avec un gouvernement qui n'offrait pas des garanties suffisantes» aux Mexicains comme aux étrangers. Après ce passage, suivent les justifications de la conduite des plénipotentiaires jusqu'à la fin de février. Le procès-verbal constate ensuite une visite du général Almonte au comte de Reus, pendant laquelle le premier dit qu'il comptait sur l'appui des trois puissances pour changer le gouvernement établi et parla de la personne de l'archiduc Maximilien pour souverain du Mexique ; à quoi le général Prim répondit qu'il ne pensait pas que le pays acceptât cette nouvelle institution, et que dans tous les cas, il ne devait pas compter sur l'appui de l'Espagne. Sur la déclaration que l'amiral Jurien avait donné avis au gouvernement mexicain de sa résolution de commencer le 1 er avril le mouvement rétrograde prévu dans les préliminaires de la soledad :

« L'amiral Jurien prend la parole pour expliquer qu'il s'est borné d'abord à faire donner un avis indirect de sa résolution, au gouvernement mexicain, et qu'il ne lui a adressé de note officielle à ce sujet qu'après avoir reçu lui-même du général Zaragoza une lettre qui ne* lui laissait plus aucun espoir d'obtenir des conférences d'Orizaba un résultat conforme aux intérêts et à la dignité de la France. »

Le comte de Reus répond que son collègue d'Angleterre

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et lui « avaient été d'accord à penser que les commissaires français n'avaient pas le droit d'adopter cette ligne de conduite, sans l'assentiment de leurs collègues. »— Est-ce que le commodore Dunlop enleva Miramon avec l'assentiment de ses collègues de France et d'Espagne ? Pourquoi donc cette différente manière d'envisager les droits de chacun des représentants?

« L'amiral Jurien expose que sa retraite de Tehuacau n'a été de sa part qu'un scrupule de loyauté, au sujet duquel il n'avait pas à consulter ses collègues. Une fois revenu à Paso-Ancho, il devait se trouver sur un terrain neutre, où il serait libre de donner au général Almonte toute la protection à laquelle avait droit une personne honorée de la bienveillance de S. M. l'empereur. »

Le comte de Reus et sir Charles Wyke nient le droit aux commissaires français de protéger les émigrés mexicains et s'appuient sur la convention de Londres dont ils paraissent n'avoir jamais autant parlé que dans cette séance.

« L'amiral répète qu'il se réserve l'interprétation de la convention de Londres et en accepte toute la responsabilité, de même que ce droit appartient à chacun des commissaires... Les commissaires français agissent selon l'interprétation qui leur paraît la meilleure... »

Sur la demande de sir Charles Wyke, lecture est donnée de l'article 2 de ladite convention.

« ... L'amiral Jurien persiste à croire, après l'avoir entendu que, s'il y a eu quelque infraction à la convention, ce n'a pas été dans la protection accordée au général Ahnonte, mais bien dans la douceur excessive et les grands ménagements dont on a usé vis-à-vis du gouvernement de Mexico ; que d'ailleurs cette politique ne semble pas avoir été vue favorablement en Europe. La marche conseillée par M. de Saligny eût été, croit-il, plus conforme aux intentions du gouvernement de l'empereur. »

Suit une discussion sur le caractère que peut avoir la protection donnée au général Almonte par le drapeau français.

42 HISTOIRB DU MEXIQUE.

« L'amiral répond que le général Almonte qui partageait l'opinion, généralement répandue en Europe, que l'on était en guerre au Mexique, était venu, non avec des intentions hosttiles, mais, au contraire, pour prêcher la concorde aux différents partis auxquels ses antécédents le recommandaient d'avance, pour expliquer à ses compatriotes les vues bienveillantes de l'Europe à leur égard, et éviter tout malentendu, mission à laquelle le rendaient propre les postes qu'il avait si honorablement occupés, ses relations et l'estime de l'empereur. Que les raisons que le comte de Reus avait données à l'appui de son opinion sur l'impossibilité d'établir la monarchie au Mexique lui paraissaient, au contraire, favorables à ce changement radical d'institutions, puisque celles qu'avait adoptées le Mexique n'avaient fait que le rendre la proie de révolutions continuelles et l'amener à l'état déplorable où il se trouve aujourd'hui. »

L'amiral aurait pu ajouter que la question monarchique ne regardait en aucune façon les puissances alliées, et que leurs représentants ne devaient point discuter une question dont la solution était laissée aux Mexicains et non pas aux plénipotentiaires. Sir Charles Wyke répond a qu'il trouve étrange que le général Almonte parle au nom des trois puissances alliées. » Le général Almonte, suivant l'amiral Juiïen, n'a jamais manifesté de semblables prétentions. » Suit une autre discussion sur la portée des paroles de M. Almonte, dans laquelle le comte de Reus et les commissaires anglais sont du même avis.

« M. de Saligny insiste sur ce point, qu'il n'est pas possible de nier que l'objet réel et principal de la convention était d'obtenir satisfaction des outrages prodigués aux étrangers par le gouvernement de Mexico, et d'exiger de lui l'observation des traités; que le système de temporisation et de ménagements suivi jusqu'ici, était condamné par ce qui se passait tous les jours, car la rigueur des extorsions, de l'arbitraire et de la violence avait redoublé et rendu la position des étrangers tout à fait intolérable ; qu'il en avait à chaque

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instant de nouvelles preuves dans les réclamations sans nombre qui lui étaient envoyées journellement; que l'attitude des forces alliées paraissait avoir engagé le gouvernement à redoubler d'audace; que pour sa part il déclarait formellement ne pas vouloir traiter avec ce gouvernement, et que son opinion bien arrêtée était qu'il fallait marcher sur Mexico. »

« Le comte de Reus trouve injuste ce que vient de dire M. de Saligny; et sir Charles Wyke appuie cette opinion... Il y eut cependant un moment où les plénipotentiaires d'Angleterre et d'Espagne crurent qu'il serait nécessaire de changer d'attitude vis-à-vis dû gouvernement de Mexico ; ils ont écrit dans ce sens à M. de Saligny et à l'amiral Jurien, ils se fondaient sur l'assurance donnée à sir Charles dans une lettre de Mexico, que l'impôt de 2 1/2 % continuerait à être exigé des étrangers, et sur la menace exprimée par M. Doblado, dans une lettre qu'il écrivait au comte de Reus, d'interrompre de nouveau les communications entre Vera-Cruz et l'intérieur, si la douane n'était pas remise aux autorités mexicaines.

« Quelques jours après, les ministres mexicains Gonzalez, Echeverria et D. Jésus Teran, revêtus de pleins pouvoirs, arrivaient à Orizaba, écoutaient les plaintes des commissaires anglais et espagnol, renonçaient, après bien des difficultés, à la perception du 2 1/2 % sur les étrangers, promettaient le retrait du décret interrompant les communications entre Vera- Cruz et l'intérieur, et faisaient connaître l'intention du gouvernement de faire droit à toutes les réclamations justes des puissances alliées... « Pourquoi, ajoute le comte de « Reus, les plénipotentiaires français refusent-ils de croire « à ces promesses solennelles? Comment ne consentent-ils « pas à mettre à l'épreuve la sincérité du gouvernement de « Mexico, lorsqu'ils n'ont que six jours à attendre. »

Le général Prim raillait-il ses collègues en leur faisant cette demande, ou bien oubliait-il l'entretien qu'il avait eu avec le général Doblado à la Soledad, et dont il fit part à

son gouvernement comme à ses collègues, entretien dans lequel M. Doblado lui dit clairement que Juarez n'était pas le maître, ne pouvait pas se faire obéir et manquait absolument des moyens de tenir sa parole? Oubliait-il les décrets du 25 janvier contre les amis des alliés et l'assassinat du général Robles? Ignorait-il les protestations du commerce français, adressées le 18 mars au ministre de Prusse, et les exactions de toutes sortes auxquelles faisait allusion M. de Saligny? Oubliait-il surtout que les alliés étaient venus au Mexique, justement parce que Juarez avait violé tous les traités et qu'on ne pouvait compter sur sa parole en rien? Ignorait-il que chaque heure passée dans l'attente coûtait la vie aux soldats européens décimés par les maladies des terres chaudes et que l'hôpital d'Orizaba était encombré de malades et de mourants? Ignorait-il, enfin, que le passé devait faire préjuger de J'avenir, et que, le 15 avril, les alliés n'auraient pas été plus avancés qu'ils ne l'étaient au 1 er mars? Il n'est pas possible que le général Prim fût assez naïf pour s'abuser encore sur le gouvernement mexicain, et c'est justement parce qu'il s'était aperçu, comme on le verra bientôt, que ce gouvernement l'avait trompé, qu'il voulut profiter des dispositions des commissaires français à faire exécuter la convention de Londres pour se retirer. Toutes ses ambitions, plus ou moins avouées, avaient été déçues, les intérêts de son gouvernement, ne l'ayant jamais préoccupé, il n'avait plus rien à faire au Mexique; en partant, il croyait mettre dans l'embarras le gouvernement français, cause involontaire de ses espérances trompées, c'était une raison de plus pour partir. En passant, je dirai que j'ai souligné le passage concernant les conversations de MM. Echeverria et Jésus Teran avec MM. Prim etWyke, car il est évident, par les pièces de ce procès qui me restent à publier, que c'est à la suite de ces entrevues que les plénipotentiaires anglais et espagnol se sont décidés à se séparer de leurs collègues français.

« Sir Charles Wyke manifesta son étonnement à M. de Saligny de n'avoir pas eu connaissance des vexations dont il

avait parlé, à quoi M. de Saligny répondit « que naturellement les sujets français ne se sont point adressés à la légation britannique pour faire valoir leurs réclamations. »

« Sir Charles Wyke désire savoir s'il est vrai que M. de Saligny ait dit qu'il considérait les préliminaires — de la Soledad — comme ne valant pas le papier sur lequel ils étaient écrits; et ce dernier répond que jamais il n'a pu avoir la moindre confiance en ce qui émanait du gouvernement de Mexico, pas plus dans les préliminaires que dans les autres engagements. »

On a vu que telle était également l'opinion de sir Wyke lorsqu'il demandait à son gouvernement d'intervenir au Mexique, et que son ami M. Echeverria, ministre de Juarez, était du même avis lorsqu'il lui disait « qu'il n'y avait plus de salut pour le Mexique que dans une intervention étrangère. » Sur la demande de M. Dunlop pourquoi il avait signé ces préliminaires, » et comment il se fait qu'il ne se croit plus engagé, » M. de Saligny refuse de donner des explications sur la première question, puis il ajoute « qu'il se serait trouvé solennellement engagé par sa signature, si le gouvernement de Mexico n'avait pris soin lui-même de déchirer de mille manières les préliminaires de la Soledad. »

« Le comte de Reus interpelle alors M. de Saligny sur un fait personnel : ce dernier aurait dit au colonel Mendecino, gouverneur de Vera-Cruz, et à M. Cortez, consul d'Espagne dans le port, que le comte de Reus ne blâmait les projets de monarchie mexicaine en faveur de Varchiduc, que parce que lui-même aspirait à se faire couronner empereur du Mexique ; il aurait même assuré qu'il en avait la preuve. »

Vu la gravité de l'assertion, venant de la part d'un ambassadeur, le comte de Reus demande des explications et des preuves.

« Le commissaire français se souvient, en effet, d'avoir parlé dans ce sens, mais il n'a fait que répéter ce que Von disait hautement et publiquement. Les preuves auxquelles il a

fait allusion sont, en premier lieu : une lettre vue également par l'amiral qu'écrivait une personne tout à fait partisan de sa candidature au trône du Mexique; en second lieu, les propos qui pourraient faire supposer que l'empereur était favorable à ce projet; enfin les articles du journal El Eco de Europa, auxquels M. de Saligny n'eût pas attaché la moindre importance, si S. E. le comte de Reus n'avait pas déclaré devant la conférence à Vera-Cruz que ce journal ne se permettait pas d'imprimer un seul mot sans avoir reçu Valorisation préalable de Son Excellence. M. de Saligny se rappelle aussi qu'un mot du comte de Reus l'a vivement frappé. Il lui aurait dit que la candidature d'un prince autrichien pour le Mexique était absurde, que peut-être, il y aurait des chances de succès pour un soldat heureux. »

La lettre du général Prim me concernant et publiée plus haut, sa conduite au Mexique, son animosité contre le gouvernement français depuis l'intervention et les révélations de M. de Saligny font supposer que les aspirations du comte de Reus à la couronne du Mexique avaient été nourries par quelques quiproquos qui datent, peut-être, de Vichy. Sans doute, en parlant de la réorganisation du Mexique et de l'établissement d'un gouvernement fort et stable à Mexico, le général Prim n'aura pas dit à l'empereur qu'il désirerait établir ce gouvernement pour son propre compte, il n'aura parlé de ce projet qu'en termes assez vagues, pour que l'empereur lui répondît vaguement. A cette époque l'acceptation de l'empire futur du Mexique par l'archiduc Maximilien était encore trop problématique, pour que l'empereur eût une idée arrêtée sur le choix définitif du souverain; Sa Majesté n'avait qu'un désir, celui de voir un gouvernement fort et stable s'établir au Mexique. Le général Prim, croyant que sa candidature ne souffrirait aucune difficulté de la part de la France, demanda à son gouvernement le commandement de l'expédition, l'obtint, repoussa à la Havane et à Vera-Cruz tous les conservateurs, découragea leurs espérances, se lia le plus possible avec les commissaires anglais pour les atti-

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rer insensiblement à son parti et favorisa les libéraux mexicains au pouvoir, pour rester le maitre de la situation et diriger l'expédition à son gré. Ne trouvant, comme il le dit lui-même, aucune sympathie au Mexique pour les Espagnols, il commença à s'apercevoir que sa candidature serait difficile à faire accepter; il se mit de son mieux en relief par son journal, mais en vain, sa candidature ne marchait pas; l'arrivée du général Lorencez avec des troupes et des ordres plus énergiques, celle d'Almonte, la lettre de Doblado et les nouveaux décrets de Juarez lui ouvrirent enfin les yeux sur les illusions de sa vanité; alors, aigri, désappointé, il se tourna contre les conservateurs, contre les Français, rompit les conférences, rembarqua ses troupes et tâcha d'ameuter les États-Unis contre la France.

Voici ce que Prim disait de lui-même dans ce El Eco de Europa — journal du quartier espagnol , » — à la date du 19 mars, si je ne me trompe :

« Un mot, et nous avons fini. Il y a des personnes, dont le nom même est un programme; il y a des individualités qui sont le symbole d'une grande entreprise ; et la personne et le nom du général Prim sont le symbole et le programme de cette • expédition. Le Mexique et le monde entier le connaissent et l'admirent, et plus d'un cœur mexicain bat aujourd'hui au seul souvenir de ses exploits. C'est que nous avons là un noble capitaine que la Grèce et Rome auraient élevé au rang de leurs dieux, un héros qui, au moyen âge, aurait été le fondateur dune dynastie de rois, et qui a vu, un jour, ressusciter la terrible poésie des combats d'Homère ; nous avons là un glorieux paladin, qui, comme soldat, est un foudre de guerre, un foudre de gloire, et, comme homme d'État, se montre l'ami le plus sincère de toutes les réformes politiques qui font le bonheur des nations. De quelque côté que flamboie son épée, la victoire est certaine. Partout ou retentit sa voix, le triomphe de la liberté et le progrès du siècle sont choses assurées. S'il était possible d'ajouter quoi que ce soit à la confiance inspirée par la grandeur des puissances alliées

le Mexique trouverait une garantie nouvelle dans le comte de Reus.

« Le héros de Castillejos débarqua le lendemain matin/ 8 janvier. Il monta à cheval sur le quai, et escorté de vaillants officiers et d'un brillant état major, il se dirigea vers son quartier général, admiré par la multitude qui s'amassait en groupes pour le regarder avec extase

« Pour condenser nos remarques, afin de nous bien faire comprendre, nous personnifions la pensée de l'expédition en un seul de ses représentants, le comte de Reus;... quoi qu'il ait toujours agi de concert avec les plénipotentiaires des deux autres nations, — il a été le mobile et le conseiller de toutes les mesures qui ont été adoptées. En un mot, c'est l'âme de l'entreprise.

« Il était naturel qu'il en fût ainsi, car le comte de Reus a la même origine que le peuple auprès duquel l'Europe allait agir ; c'était naturel aussi pour d'autres raisons qui sont exclusivement personnelles.

« L'Europe reconnaîtra difficilement le héros de Reus et de Tetuan dans le calme et prudent plénipotentiaire deVera- Cruz,... si le général Prim s'était laissé emporter par ses instincts belliqueux, le monde n'y aurait rien vu d'étrange, car ce n'eût été, de sa part, qu'ajouter un sujet le plus à sa galerie de tableaux héroïques; et le monde est accoutumé à cela

« Au Mexique, ses amis disent de lui qu't/ est Cange exterminateur, Fange de consolation, le lion de la bataille, le demidieu de la guerre, et, pour faire son portrait, Homère Veut comparé à Mars. »

Dans la conférence du 9 avril, cet ange-lion-demi-dieu, avoue « qu'il était vrai q\ie\YEco deEuropa, n'imprimait absolument rien sans son approbation, mais qu'on n'y pouvait rien trouver qui eût trait à sa candidature au trône du Mexique. » Naturellement, cette candidature n'était pas posée en termes positifs, mais elle est posée implicitement de telle façon

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qu'on « le disait hautement et publiquement. » Le comte de Reus se fâche de ce qu'on lui suppose de pareils projets, lorsqu'il s'aperçoit que cet encens hyperbolique qu'il brûlait sur ses propres autels avec une si prodigieuse prodigalité faisait sourire le public et ne lui attirait pas un seul électeur ! A la suite de cet incident « le secrétaire de la mission d'Espagne donne lecture d'une note de M. Doblado, qui demande le rembarquement du général Almonte et de ses compagnons.

« L'amiral Jurien donne lecture de la réponse des commissaires français qui ne peuvent obtempérer à la demande du gouvernement mexicain.

« Les commissaires d'Angleterre et d'Espagne n'approuvent pas ce projet soumis par l'amiral à leur appréciation.

« L'amiral Jurien déclare n'avoir jamais vu, dans aucun pays du monde, le régime de la terreur, pesant sur les populations et les maintenant sous un joug de fer, comme il l'a vu au Mexique. C'est l'oppression dans tout ce qu'elle a de plus odieux, arrachant, sous le plus futile prétexte, un père à ses enfants, un fils à sa famille, dépouillant arbitrairement ceux qui possèdent et empêchant jusqu'aux manifestations les plus timides de l'opinion publique. Il cite, entre autres, la destitution du général Genobio qui a failli être fusillé pour des rapports très superficiels avec les alliés, lorsqu'on était déjà en pleines négociations. M. de Saligny appuie ce que vient de dire son collègue.

« Sir Charles, — ne songeant plus à ses dépêches antérieures — est d'un avis contraire, et dit que l'on trouverait difficilement des partisans pour la monarchie. »

« L'amiral Jurien fait abstraction des projets relatifs à l'archiduc Maximilien; il ne s'agit nullement de monarchie pour le moment; ce n'est qu'une éventualité dont il ne doit pas être question en présence de la nécessité urgente pour le pays d'avoir un gouvernement moral et respectable, qui n'étouffe pas, sous une oppression systématique, la libre expression des vœux de la partie saine et modérée de la nation. Cette

majorité existe; mais elle se garde bien de se faire connaître et de manifester son opinion, car elle a pu avoir des raisons de croire que les commissaires alliés lui étaient hostiles.

« Le comte de Reus répond qu'on n'avait point de motifs de leur attribuer cette hostilité. A la Havane, il a déclaré au général Miramon, au docteur Miranda et à un agent accrédité de Marquez et de Zuloaga son intention de traiter avec le gouvernement établi à Mexico, et non avec des guérillas; il leur a dit clairement que ces mêmes guérillas n'avaient qu'à entrer promptement à Mexico, et à se constituer gouvernement, et qu'alors on traiterait avec elles; cela leur eût été facile, puisque toutes les forces du président Juarez étaient alors sur la côte de Vera-Cruz. »

Ce paragraphe du procès-verbal n'indique-t-il pas què le comte de Reus ne connaissait guère le Mexique et sa situation actuelle? En traitant de guérillas l'armée des conservateurs, il manifestait une volonté arrêtée de dénigrer ce parti ; en parlant comme il le fit à la Havane, il révélait les projets préconçus qu'il n'a pu exécuter.

« L'amiral Jurien pense que les gens véritablement dignes d'intérêt sont ceux qui, sans appartenir aux anciennes classifications des partis extrêmes, sans être sous les armes, se trouvent partout, dans la capitale, dans les villes, dans les campagnes, gémissant sous l'oppression, n'osant pas respirer; mais appelant de tous leurs vœux l'ordre et la tranquillité : ce parti qui désire notre appui, on le trouvera partout, le jour où il aura la liberté de manifester ses véritables sentiments. Le gouvernement de l'empereur, bien informé à cet égard, veuten conséquence qu'on marche sur Mexico et telle est la résolution des commissaires. »

En exposant ainsi la situation morale du Mexique, l'amiral Jurien confirmait la dépêche envoyée par sir Charles Wyke à son gouvernement, le 27 mai 1861, dans laquelle le ministre anglais disait : « L'unique espoir d'amélioration qu'il puisse y avoir se trouve dans le petit parti modéré qui peut monter au pouvoir, avant que tout soit perdu, pour

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sauver son pays de la ruin ; < ui le menace, » et celle du 28 octobre de la même année, dans laquelle il ajoutait : «Je ne vois aucun espoir d'amélioration si elle ne vient d'une intervention étrangère ou de la formation d'un gouvernement raisonnable composé des principaux membres du parti modère, qui, pour le moment, manquent de courage moral et craignent de se mouvoir, à moins de recevoir quelque secours matériel du dehors. » Le 9 avril 1862, il n'y avait pas, eu de changement dans le personnel ni dans la conduite du gouvernement mexicain, sous lequel il avait écrit ces deux dépèches ; en disant le contraire à la conférence d'Orizaba il se déjugeait donc? Je ne dois pas qualifier ce virement d'opinion, mais lorsqu'on entend les commissaires anglais et espagnol dire « qu'il est impossible de marcher d'accord, si leurs collègues ne se conforment pas strictement à la convention de Londres et aux préliminaires de la Soledad, »on est tenté de croire à une mystification ou à une plaisanterie, car si d'une part le gouvernement mexicain avait enfreint les préliminaires, comme le dit M. de Saligny, d'autre part n'élaient-ce point les commissaires anglais et espagnols qui n'avaient tenu aucun compte de la convention de Londres?

Après cet échange d'appréciations personnelles sur la convention et sur le gouvernement mexicain , suit une déclaration des commissaires anglais et espagnol, qu'ils ne peuvent « marcher d'accord avec leurs collègues de France, si l'amiral Jurien persiste à opérer son mouvement rétrograde, et ils attaquent fortement cette résolution qu'ils considèrent comme contraire aux engagements réciproques.

« L'amiral Jurien répond que les armistices peuvent toujours être dénoncées à l'avance par une des parties. « Je me « suis engagé, dit-il, à me retirer en cas de rupture, mais à « rien de plus; aujourd'hui, je trouve la rupture pleinement « justifiée, et je me retire; ma résolution n'engage en rien « mes collègues, mais elle est conforme à mon interpréta- « tion de la convention, et j'en assume toute la responsabi-

« lité vis-à-vis de mes collègues, de mon gouvernement et o du monde entier. »

« Le comte de Reus dit qu'il ne peut y avoir d'armistice là où il n'y a pas de guerre, et M. de Saligny répond qu'il y avait eu guerre dès le moment qu'on avait occupé Vera-Cruz. Il répète qu'il considère la marche des troupes sur Mexico comme indispensable à la sécurité de ses nationaux, victimes chaque jour de détestables abus, et déclare de nouveau sa résolution inébranlable de ne plus traiter avec le gouvernement du président Juarez. »

Après cette déclaration « les commissaires anglais et espagnol répondent qu'ils ne connaissent aucun motif qui puisse justifier cette résolution; » ils refusent de signer la réponse des commissaires français à M. Doblado, et leur intervention en faveur des intérêts des alliés, et déclarent leur intention de retirer leurs troupes du territoire mexicain.

« On discute le mode et l'époque de l'évacuation du territoire par les forces espagnoles et anglaises. L'amiral Jurien offre les bâtiments qui sont à sa disposition pour aider au transport des troupes espagnoles. Le comte de Reus croit devoir ne pas accepter cette offre, car tous les éléments nécessaires lui seront envoyés de la Havane, et, s'il le faut, il profitera des bâtiments anglais mis à sa disposition par le commodore Dunlop.

« Avis est donné, séance tenante, des résolutions prises, au gouvernement de Mexico et au général Zaragoza. » Fin du procès-verbal.

Ces nombreuses citations textuelles et cette analyse complète du procès-verbal de cette fameuse conférence, mettent en relief le rôle ostensible joué par chacun des plénipotentiaires, les matières qui furent traitées alors et les résolutions prises en conséquence. La réponse de l'amiral Jurien et de M. Saligny, au général Doblado, fut envoyée le jour suivant, 10 avril; elle ne contenait rien autre que ce qui en avait été dit alors dans le procès-verbal.

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Une lecture superficielle de ce document pourrait laisser supposer que la question Almonte et celle de la monarchie étaient la cause et non le prétexte de la rupture des relations; il n'en est pourtant rien. Chaque représentant avait son motif personnel pour rompre ces relations et la conférence du 9 avril fut demandée dans le but unique de les rompre. A l'origine, le général Prim l'avait sollicitée, dans l'intention de se concerter pour marcher sur Mexico. Le commodore Dunlop devait partir avec sès troupes pour les Bermudes, à cause de la saison insalubre; sir Charles Wyke avait profilé de ses relations amicales avec M. Echeverria pour obtenir les bases d'un traité très avantageux pour l'Angleterre ; le comte de Reus, trompé par M. Doblado qui venait d'imposer un emprunt forcé de 500,000 francs, sur sa maison du Mexique, n'espérait plus remplacer Juarez dans le gouvernement de la république. Enfin l'amiral Jurien, fatigué de voir ses collègues substituer à la politique de la convention de Londres une politique personnelle ou de parti, ne pouvait plus contenir son indignation, contre le gouvernement mexicain qui professait par ses actes, un dédain de plus en plus accentué pour les puissances alliée». La rupture était donc inévitable.

« En examinant les véritables causes du rembarquement de l'expédition, disait M. Bermudez de Castro au sénat espagnol, je ne tiendrai pas compte de la pièce communément appelée Procès-verbal d'Orizaba, du 9 avril 1862. Ce n'est pas là qu'on doit chercher les motifs du rembarquement de l'expédition, mais bien dans les lettres échangées entre lô plénipotentiaire espagnol et l'amiral Jurien de la Gravière. Lorsqu'on arriva à Orizaba, l'opinion de tous les plénipotentiaires était déjà formée, chacun venait avec une résolution arrêtée, définitive

« J'ai écarté la question Almonte... Laquestion de l'archiduc n'avait pas non plus de rapport avec l'affaire; dans la conférence d'Orizaba on dit formellement que la question monarchique était éventuelle et qu'il ne s'agissait alors ni de» in. 4

monarchie, ni de monarque. C'est dans la dépêche adressée le 19 mars, par le plénipotentiaire espagnol au gouvernement de Sa Majesté, qu'il est dit que les troupes françaises avaient pris sous leur protection les Âlmonte et les Haro. Pour ne pas fatiguer le sénat, je ne lirai pas les pièces ; il y a, je crois, dans celle-ci : « Votre Excellence peut penser que du moment où un tel fait est arrivé à ma connaissance, je me suis empressé de demander des explications aux plénipotentiaires français, et, comme la réponse de l'amiral Jurien ne me satisfit point, je lui écrivis la lettre dont Votre Excellence verra la copie dans le numéro suivant... » Cette lettre est une de celles que, sur ma demande, M. le marquis de Castillejos — général Prim — a eu la bonté de déposer sur le bureau.

« Mon cher général... nos engagements sont les mêmes, depuis que nous faisons de la politique ensemble. J'espère en Dieu que nous en sortirons honorablement pour la gloire de nos souverains, pour la grandeur de nos pays et pour notre honneur même. Votre idée, comme la mienne, est de ne pas brûler nos vaisseaux sur un prétexte futile.

« Mais en même temps, vous comme moi, nous sommes décidés à le faire, si le gouvernement ne faisait pas droit à nos justes réclamations; n'êtes-vous pas de mon avis? Par exemple, nous avons sur le tapis la question relative aux vexations que le gouvernement commet sur nos nationaux, pour leur faire payer la contribution de 2 1/2 % sur leurs capitaux; nous avons encore à lui reprocher un attentat, celui d'exiger de six maisons de la capitale, dont trois sont espagnoles, un emprunt forcé de 500,000 piastres. » — J'ouvre ici une parenthèse pour insérer une rectification faite par le général Prim lai-même et qui révèle le motif de sa récente humeur belliqueuse. « Pourlors, dit-il, sir Wyke reçut la nouvelle que le gouvernement du Mexique poursuivait ses exigences envers nos compatriotes de 2 % sur les capitaux, et imposait, en outre, un emprunt forcé de 500,000 piastres sur six maisons, dont je croyais que trois étaient espagnoles. Je m'étais trompé

LNTERVENT10N FRANÇAISE.

en ce point, car il n'y en avait qu'une, elle était hispanoaméricaine, et c'était la mienne. A l'instant f écrivis à Doblado, ministre de Juares, lui demandant des explications sur ce fait particulier. Il me répondit d'une manière arrogante; je dis — j'écrivis — aussitôt à M. Jurien de la Gravière, qu'il (allait que la conférence se réunît promptement, afin de traiter de ce fait; car s'il convenait de commencer le feu, il fallait le faire pour la défense des intérêts de nos concitoyens et non pour des choses injustifiables. » Mais, le temps porte conseil, rompre avec le gouvernement mexicain pour une raison privée et pécuniaire n'était pas digne et ne pouvait être accepté des collègues de M. Prim; il fallait donc trouver un autre prétexte; faute de mieux, le comte de Reus prit celui de la question Almonte. — Je ferme la parenthèse et continue la lettre adressée à l'amiral Jurien.

« Nous avons aussi à l'empêcher — le gouvernement — d'exécuter la menace de Doblado de fermer les communications commerciales de la Vera-Cruz avec l'intérieur du pays, dans le cas où la douane ne lui serait pas rendue. En voilà trop pour des puissances comme nous sommes ici. En voilà assez pour brûler nos papiers et marcher en soldats. Réunissons-nous ici le plus tôt possible et agissons. J'ai déjà prié M. de Saligny de venir; venez vous-même. Le commodore arrivera aussi. Sir Charles Wyke est d'accord avec moi. Réunissons-nous donc et que cela finisse. »

Dans cette lettre est-il question d'Almonte? demanda-t-on aux plénipotentiaires français, pourquoi ils l'accueillaient sous leur drapeau? « Que dit-on? ajoute M. Bermudez de Castro : Rompons la convention de la Soledad et marchons en avant. Et je dis : rompons la convention de la Soledad, parce qu'on a beaucoup parlé, on a fort accusé les plénipotentiaires français de mauvaise foi pour avoir voulu la rompre... »

A cette lettre, l'amiral Jurien fit une réponse très longue dont voici le résumé : « Il n'a pas le désir de brûler ses vaisseaux pour un prétexte futile; après que le général Doblado

eut récemment communiqué les mesures de proscription qu'il venait de prendre, il lui semblait de sa dignité de ne pas devoir permettre ces mesures; qu'il était disposé à adopter, sur ce terrain, une déclaration de rupture; que de nouveaux traités, de nouveaux arrangements avec leMexique n'étaient point nécessaires; que ce dont ou avait besoin, c'était de garanties positives, assurées, en vue de la constante mauvaise foi du gouvernement, et qu'il fallait agir avec la force pour faire exécuter ce qu'il était convenu, et enfin qu'il fallait exiger une amnistie complète et sans réserve, au moyen de laquelle on pourrait consulter les véritables intérêts du pays. »

La divergence entre ces deux lettres consiste en ce que l'amiral Jurien voulait rompre pour des motifs plus élevés, à cause du décret de proscription et qu'il réclamait une amnistie générale pour que le pays manifestât spontanément sa volonté. Le général Prim voulait rompre par les motifs énumérés dans sa lettre et qu'il répète, presque textuellement dans une autre datée du 21 mars où je lis : « Pouvons-nous permettre que, pendant que nous restons tranquilles dans nos cantonnements, le gouvernement continue ses vexations contre nos nationaux, dans toute la république, exigeant d'eux, ainsi que cela a lieu, le payement de 2 1/2 % sur leurs capitaux, Doblado prétendant y avoir droit? Pouvons-nous permettre que M. Doblado nous menace de rétablir le décret qui intercepte tout mouvement commercial entre la douane de Vera-Cruz et l'intérieur du pays, dans le cas où on ne lui rendrait pas cette douane?

« Pouvons-nous permettre que l'on exige un emprunt forcé de 500,000 piastres payable par six maisons, dont trois sont espagnoles? Voilà, cher ami, une raison pour nous montrer, sir Charles Wyke et moi, dans une attitude plus énergique que celle que nous avions quand nous nous sommes séparés.

« Je vous remets ci-incluse la lettre de M. Doblado, et vous jugerez, dans votre noble orgueil, si une pareille sécheresse peut nous convenir. Vous trouverez donc dans la

INTERVENTION FRANÇAISE

lettre de Doblado et dans mes explications le véritable motif de notre humeur belliqueuse, et ne le cherchez pas ailleurs, vous ne le trouveriez pas. »

Le général Prim affirme donc lui-même que ce n'était point ailleurs, mais uniquement dans la lettre de M. Doblado qu'il fallait chercher la cause première de la rupture de la convention de la Soledad. A cette lettre l'amiral Jurien répondit le 22 mars : — « Je regrette comme vous les vexa- ' tions dont vous vous plaignez, je les trouve odieuses et suis décidé à en exiger une juste satisfaction; mais ce ne sont pas là nos seuls griefs. Ce dont vous vous plaignez, n'est que la continuation de l'ancienne conduite de Juarez et de ses anciens attentats. Vous avez consenti à entamer de nouvelles négociations diplomatiques, la continuation de nos griefs suffît pour les rompre : qu'il en soit ainsi ; quant à moi j'y suis prêt; depuis que nous sommes ici, je vous ai demandé d'imposer au gouvernement de Juarez une amnistie formelle, sincère. Nous voulons voir la volonté du peuple mexicain se manifester légalement; demandons à Juarez qu'il n'y mette point obstacle ; demandons-lui de révoquer ses édits de mort, qu'il laisse ses amis comme ses adversaires exprimer leur opinion, et alors, si le peuple mexicain, délivré de cette pression et de ses perpétuelles menaces de condamnation à mort, vote pour la république, sous le commandement de Juarez, à la bonne heure, il sera dans son droit; mais imposez, ou pour le moins, demandez à Juarez une amnistie. »

Cette politique de l'amiral Jurien, l'amnistie pour tous, la fin des proscriptions, la révocation des édits de mort, la libre manifestation de la volonté de tous les Mexicains, paraîtra, aux yeux de tout homme impartial, comme elle parut aux yeux du parlement espagnol, beaucoup plus noble et plus libérale que celle suivie par le général Prim qui s'appliquait à perpétuer l'ordre de choses existant. Le 29 mars, l'amiral Jurien écrivait à sir Charles Wyke : « Ce que je demande comme base pour les prochaines conférences d'Ori-

zaba, c'est l'amnistie générale et c'est que les plénipotentiaires se mènent d'accord pour régler par quels moyens les Mexicains pourront émettre librement leurs opinions sur la forme du gouvernement qui leur convient. »

« Ainsi que le sénat l'aura vu, disait M. Bermudez de Castro, il n'y a, dans tous ces documents, pas un seul mot relatif à Almonte ni à l'archiduc Maximilien. » L'honorable orateur croit qu'une main occulte, pour le malheur de l'expédition, a fait avorter le but proposé par l'intervention. M. Bermudez, ne pouvant attaquer en plein sénat les aspirations individuelles du général Prim et ne voulant point tirer les conséquences naturelles de l'encens hyperbolique que le comte de Reus se brûlait à lui-même, dans YÉco de Europa, lorsqu'il se donnait les titres modestes de héros, de foudre, d'ange, de lion, de demi-dieu et de Mars, voit cette main occulte dans la personnalité de M. Wyke et prouve au général Prim que les commissaires anglais l'ont trompé comme Doblado, et comme l'ont trompé ses propres idées.

« Nous avons exposé dès le principe, dit-il, la politique suivie par l'Angleterre dans cette question... La rivalité personnelle qui existait entre le vicomte de Saligny et sir Charles Wyke est peinte dans tous les documents, dans les communications officielles de M. le comte de Reus et dans une pièce que je viens de lire il y a un instant, on nous dit formellement qu'il n'espérait pas pouvoir conjurer la tempête et maintenir l'harmonie entre deux nations rivales et entre des intérêts opposés. Je ne répéterai pas la qualification de diplomate de certaine espèce que l'on met dans la bouche de M. de Saligny ou qu'il aurait écrite; je dirai cependant que dans cette même communication on inflige un juste blâme aux velléités du ministre de la Grande Bretagne changeant tout à coup de couleur politique pour pouvoir conclure un traité extrêmement avantageux avec le gouvernement mexicain, mais que le congrès de cette même nation eut le bon sens de rejeter. »

L'heure de partir était déjà sonnée pour les troupes an-

INTERVENTION FRANÇAISB.

Bl

glaises. Les commissaires anglais, ayant alors tout ce qu'ils désiraient, voyaient avec déplaisir leurs collègues espagnol et Français prêts à s'entendre et rester derrière eux. Pour amener une rupture entre l'amiral Jurien et le comte de Reus, ils firent croire à ce dernier qu'ils s'éloignaient à cause du général Âlmonte qui était au Mexique depuis le 1 er mars, et auquel ils ne songèrent qu'au moment de donner un prétexte à la rupture.

« Les ministres anglais lui disaient-ils la vérité? ajoute M. Bermudez de Castro, en faisant allusion à ce prétexte donné par les représentants anglais au général Prim pour motiver le rembarquement de leurs troupes. Non, messieurs, ils le trompaient presque comme lorsqu'ils lui firent croire que le gouvernement anglais approuvait la proclamation adressée au peuple mexicain... Ils le trompaient, je le répète, et en voici la preuve : Lord Russell écrivait à lord Cowley, ambassadeur anglais à Paris, le 11 mars 1862 : « J'ai aussi informé le comte de Flahault des ordres que « nous avions donnés et de ceux que nous allions donner a pour rembarquer les troupes de marine aux approches de « la saison de l'épidémie. Je lui ai prouvé, par les documents « imprimés parle parlement, que ces instructions n'étaient pas « nouvelles et qu'elles n'étaient que la suite de nos résolu- « tions antérieures. »

u Lord Cowley répondit, le 14 mars, au comte Russel : « M. Thouvenel m'a témoigné hier un grand regret d'avoir « appris par M. de Flahault qu'on avait envoyé à Vera-Cruz « l'ordre de rembarquer les troupes de marine avant l'ar- « rivée de la saison malsaine...

« Je lui répondis qu'il se Souviendrait sans doute que « dès le premier moment où on avait pensé à l'expédition, « le gouvernement de Sa Majesté avait déclaré qu'il ne pouce vait fournir aucunes troupes de terre et que celles de la « marine ne pouvaient rester à terre pendant les mois in- « salubres. »

« Le sénat voit donc par là que rembarquement de ce

bataillon de marine était déjà ordonné et qu'on avait envoyé à cet effet des instructions aux plénipotentiaires anglais. » Voici maintenant la preuve que les représentants anglais connaissaient les ordres primitifs de leur gouvernement, longtemps avant de dire au général Prim qu'ils rembarquaient leurs troupes à cause de la protection accordée au général Almonte par les représentants français. « Vera-Cruz, le 1 er mars 1862 — c'est à dire vingt-trois jours avant que le plénipotentiaire ^Espagne prît la résolution de rembarquer les troupes. — Sir Charles Wyke au comte Russell, n° 76 des documents présentés au parlement. Par sa dépêche du 27 janvier 1862, Votre Excellence m'ordonne de ne pas m'opposer à ce que les troupes de marine se retirent de Vera-Cruz lorsque commenceront les mois insalubres.

« Loin de m'y opposer, je profite avec grand plaisir de la liberté qui m'est donnée, car le commodore et moi avons encouru une grande responsabilité en permettant qu'elles s'avançassent jusqu'à Orizaba.

« Comme les instructions du commodore sont conformes aux miennes, nous avons décidé de les ramener à Vera-Cruz et de les embarquer pour les Bermudes dès que nous aurons des moyens de transport. »

L'importance d'un tel document ne saurait échapper à personne, et le général Prim dut être très mortifié, quand il apprit la manière dont les représentants anglais avaient abusé de sa bonne foi. De tous ces documents il résulte que ni le gouvernement français, ni le gouvernement espagnol, ni le gouvernement anglais, n'ont eu aucune part à la rupture des conférences d'Orizaba et de la convention de Londres; il résulte également que les trois puissances étaient parfaitement au courant de l'offre faite, par les Mexicains, de la couronne du Mexique, à l'archiduc Maximilien; que le général Prim, avant son départ pour la Havane, a été informé par son gouvernement de cette candidature; que la France protégeait cette candidature ; que l'Espagne, qui en avait une autre en vue pour « un prince de la maison de Bourbon

INTERVENTION FRANÇAISE

ou intimement lié avec elle, » ne s'y est pourtant pas opposée officiellement; que l'Angleterre ne s'y opposait pas du tout, comme le prouve la dépêche suivante de lord Russell a sir Charles Wyke, et qui est datée du 27 janvier 1862 : « On dit qu'un grand nombre de Mexicains inviteront l'archiduc Maximilien à se placer sur le trône du Mexique et que le peuple mexicain accueillera avec joie ce changement. J'ai peu de choses à ajouter à mes instructions sur ce sujet. Si le peuple mexicain, par un mouvement spontané, place l'archiduc Maximilien sur le trône du Mexique, il n'y a rien dans le traité qui s'y oppose. »

Il résulte en outre, par une multitude de documents, dont je ne citerai que le suivant, pour abréger ce résumé, que l'idée de la monarchie gagnait de jour en jour du terrain au Mexique, comme le certifie M. de Wagner, ministre de Prusse à Mexico, chargé de protéger les nationaux espagnols et français depuis le départ des ministres d'Espagne et de France. « M. Thouvenel, écrivait le 6 mars 1862 lord Cowley au comte Russel, m'a lu hier diverses lettres écrites par le ministre de Prusse à M. Dubois de Saligny depuis que celui-ci a quitté la capitale. Ces lettres peignent le grand désir qu'ont les habitants respectables de Mexico qu'une armée française occupe la ville et la nécessité de prendre cette mesure s'il doit résulter quelque bien permanent de la présence des forces alliées dans le pays.

« M. de Wagner ajoute, en outre, que Vidée d'établir la monarchie sous un prince étranger gagne rapidement du terrain, mais il ne paraît point informé du projet d'offrir le trône à l'archiduc Maximilien. »

Il résulte enfin que la question de la monarchie et celle du général Almonte n'ont eu aucune influence sur la rupture des relations; que les Anglais se sont retirés parce qu'ils en avaient reçu l'ordre dès le mois de janvier, et que le général Prim en a fait autant, lorsqu'il a perdu sa dernière espérance de remplacer Juarez à Mexico. En effet, les documents que je viens de publier et la conduite du

6î HISTOIRE DU MEXIQUE.

comte de Reus, depuis son arrivée à la Havane jusqu'à la fin du mois de mars, prouvent évidemment que ce général, si peu disposé en faveur des monarchistes, désirait parvenir à la souveraineté du Mexique, non par la forme monarchique, pour laquelle il professe beaucoup de dédain, mais par la forme républicaine. En un mot, le général Prim vantait sa personne, ses exploits passés et flattait les libéraux mexicains pour arriver à gouverner le Mexique, comme président, sauf, plus tard, à devenir souverain comme Bernadotte. Je suis tenté de croire que son gouvernement connaissait ses aspirations et ne les décourageait pas, espérant que le Mexique serait un jour uni à l'Espagne par des liens plus étroits que ceux de la diplomatie et des traités de commerce. C'est donc à la politique personnelle des représentants alliés qu'on doit la rupture des relations et de la convention de Londres et non pas à celle des puissances alliées qui l'ont subie.

Après la rupture des relations, les Français continuèrent leur mouvement rétrograde sur Paso-Ancho, conformément aux préliminaires de la Soledad. Le général Zaragoza, ne pouvant s'imaginer que cette retraite était motivée par respect pour les traités, envoya, au général Lorencez, une sommation insolente de retirer dans les vingt-quatre heures nos ambulances d'Orizaba, sinon, il ne répondait plus de nos malades. La réponse du général Lorencez se trouve dans l'ordre du jour suivant, daté du 18 avril. M. de Kératry aurait bien dû la lire, avant de lancer contre l'amiral Jurien... le reproche de n'avoir point tenu sa parole. — « Soldats et marins débarqués. — Malgré les assassinats commis sur vos camarades et les encouragements donnés à ces attentats par les proclamations du gouvernement mexicain, je voulais encore rester fidèle jusqu'au dernier moment à l'accomplissement des obligations contractées par les plénipotentiaires des trois puissances alliées ; mais je viens de recevoir du général mexicain Zaragoza une lettre par laquelle la sûreté de nos malades laissés

INTERVENTION FRANÇAISE. 63

à Orizaba sous la sauvegarde des conventions est indignement menacée. En présence de pareils faits, il n'y a plus à hésiter : marchons sur Orizaba au secours de quatre cents de nos camarades sous le coup d'un lâche attentat; marchons à leur secours au cris de vive l'empereur! — Le général en chef de l'expédition du Mexique, — comte de Lorencez. »

C'était donc le général Zaragoza, et non le général Lorencez, encore moins l'amiral Jurien, qui manquait aux engagements de la Soledad, et cela, lorsque nous n'étions plus qu'à seize ou vingt kilomètres de Paso-Ancho. Le temps des négociations était passé, la parole était désormais au canon, et nous restions seuls pour atteindre le but proposé par l'expédition commune. Malgré les quatre mois perdus en pourparlers, pendant lesquels Juarez organisait la défense, nous aurions pu facilement réaliser le programme de l'intervention, sans une suite de circonstances déplorables que le gouvernement français ne put prévoir, et qui vont se dérouler rapidement. Le général Lorencez n'avait amené que quatre mille homme» de renfort; ce chiffre, quoique modeste, suffisait pour aller à Mexico. Une armée de six mille Français valait incontestablement dix mille mexicains et l'on a vu que des armées mexicaines inférieures à ce nombre ont fréquemment traversé tout le Mexique, assiégé et pris les villes les plus importantes ainsi que la capitale de la république. En outre, nous devions compter sur l'armée conservatrice qui tenait la campagne et battait fréquemment les troupes de Juarez. Mais après les fautes diplomatiques vinrent les fautes militaires; ce ne fut que sous l'énergique direction du maréchal Bazaine, c'est à dire, deux ans environ après notre débarquement à Vera-Cruz, que les troupes françaises prirent l'allure décidée qu'elles auraient dû prendre dès le 10 janvier 1862. D'un autre côté, Juarez, n'osant espérer vaincre nos soldats sur les champs de bataille, eut recours a la corruption pour les isoler; grâce à la trahison qui lui réussit si bien, il put empêcher l'armée

des conservateurs de rejoindre devant Puebla celle du général Lorencez, avant l'échec du 5 mai.

Cette première période militaire de notre expédition est trop importante pour passer ici sous silence des détails plus ou moins inconnus en Europe. On se rappelle que le général Aimonte était arrivé le 1 er mars à Vera-Cruz, à bord du paquebot anglais. Aussitôt arrivé, il se mit en relation avec les partisans de l'intervention, en faveur de laquelle il travaillait depuis longtemps. Il écrivit aux principaux chefs de farmée mexicaine qui guerroyait contre les troupes de Juarez. A Vera-Cruz, il avait été très surpris d'y trouver une partie de l'armée alliée qu'il croyait occuper déjà la capitale du Mexique, après une marche rapide sur Mexico, Juarez n'ayant alors aucun moyen de résister aux alliés. On lui dit que ce mouvement avait été paralysé par les intrigues du général Prim, et que, grâce à la célèbre convention de la Soledad, le gouvernement de Juarez avait pu réunir les troupes qui, plus tard, résistèrent à celles du général Lorencez.

Le général Aimonte, profitant du départ du 7 e bataillon de chasseurs à pied, sous les ordres du commandant Mangin, quitta le 19 mars Vera-Cruz, et arriva le 25 du même mois à Cordova. Il était accompagné du P. D. Francisco Miranda, ancien ministre de la justice ; de D. Antonio Haro y Tamariz, ancien ministre des finances; de D. Manuel Ladron de Guevara, évêque de Chiapas; de D. Desiderio 3e Samaniego, riche propriétaire de Queretaro, et du colonel D. José Hipolito Gonzalez. Tous ces personnages appartenaient au parti conservateur libéral, sauf le P. Miranda qui était réactionnaire. Arrivé à Cordova, le général Aimonte reçut des généraux D. Thomas Mejia, D. Leonardo Marquez, D. Félix Zuloaga, D. José Maria Cobos et d'autres chefs, les réponses suivantes à ses lettres, et dans lesquelles tous ces officiers supérieurs manifestent l'intention d'adhérer avec leurs forces respectives à l'intervention. Voici ces lettres.

« Le général D. Leonardo Marquez au général de division D. Juan N. Aimonte.— Hacienda deTenrisco, 10 mars 1862. —

Votre arrivée dans notre pays a été un vrai sujet de joie pour moi, soit à cause de l'estime que j'ai toujours eu pour vous, soit parce que votre arrivée va faire changer la face de l'intervention qui paraît s'être éloignée du sentier que lui avaient tracé les nations de l'Europe, et qui nous conduisait à notre perte, parce qu'il y a eu des personnes qui, quoique bien intentionnées, se laissèrent surprendre par les artifices de D. Manuel Doblado et du parti démagogue! Plaise à Dieu, mon cher ami, que vous puissiez faire tourner les événements dans le sens qu'ils doivent avoir pour sauver notre patrie aimée ! Plût à Dieu, aussi, que nous puissions nous réunir pour vous instruire de l'état exact des choses et nous mettre d'accord pour réaliser le bonheur de notre pays. En attendant, je dois vous dire que nous sommes tous animés des meilleures intentions, que nous sommes anxieux de vous voir adresser la parole à la nation et de s'entendre avec nous pour travailler en commun au bien-être du pays.

« Personne ne croit à la réalisation des conférences d'Orizaba, demandées par Doblado. Il serait bon qu'elles n'eussent pas lieu; néanmoins, si elles ne peuvent être évitées, il faudrait y faire concourir deux représentants du gouvernement de Tacubaya, qui pourraient être le docteur Miranda, avec le caractère de ministre des affaires étrangères, et moi, comme général en chef de l'armée et chef de la réaction, parce que de cette manière la partie saine du pays aurait des défenseurs auprès du respectable tribunal qui va juger du sort des Mexicains. Je comprends que je ne suis en rien nécessaire dans cette assemblée, parce que les vastes capacités de S. Exc. le ministre des affaires étrangères— le P. Miranda — rempliront l'objet en vue; néanmoins, je désirerais y assister pour avoir le plaisir de mettre en évidence D. Manuel Doblado, en révélant sa perfidie et sa mauvaise foi. Si vous croyez que ma présence soit utile aux conférences, personne, mieux que vous, peut m'y faire appeler; mais si ce n'est pas utile, je ferai avec plaisir ce que vous me direz.

« Je pense que déjà le docteur Miranda, notre bon ami,

vous aura dit qu'il possédait, comme ministre des affaires étrangères, tous les pouvoirs concédés par ce quartier général, qu'il était suffisamment autorisé pour représenter la réaction et le gouvernement de Tacubaya, et pour défendre la sainte cause de la nation, devant qui de droit. Pour cela, je vous prie d'avoir une confiance aveugle dans les talents, le patriotisme et l'amitié dudit docteur, et, par conséquent , vous pouvez vous entendre avec Son Excellence comme si c'était moi-même, etc. — L. Marquez. »

— « Le général D. Thomas Mejia au général Almonte. — Toliman, État deQueretaro, 16 mars 4862. — Les différentes nouvelles qui me sont venues de la capitale, me confirment dans l'idée que je m'étais faite, sur la conduite que se proposait de tenir le cabinet de Juarez dans la question étrangère ; c'est à dire de cacher, par tous les moyens possibles, la situation réelle du pays et de faire croire aux alliés que non seulement l'administration actuelle était une émanation de la volonté nationale, mais encore qu'elle n'avait dans la république d'opposition d'aucune sorte. Ce chemin ou tout autre plus tortueux se révèle dans les négociations commencées à la Soledad.

« C'est fort triste à dire, monsieur le général , mais il n'en est pas moins positif que par le manque de tact ou d'activité du côté de nos amis, on a pu donner certaines apparences de vérité aux mensonges des imposteurs devant la commission européenne.

« L'intervention étant un fait, je crois que tous les bons Mexicains doivent l'accepter comme Tunique solution possible de tant de questions produites au Mexique par ce violent état d'anarchie qui menace de nous anéantir. Mais, pour agir avec la conscience tranquille, il est nécessaire de s'assurer de deux faits très importants : que l'intervention ne cache aucune idée étrangère au noble but qu'elle s'est proposée; et que la pacification du pays, résultat final de l'intervention, soit établie sur des bases de moralité, d'ordre et d'énergie... Il est nécessaire enfin qu'une personne douée

INTERVENTION FRANÇAISE. ■ 07

d'une intelligence très élevée, et qui jouisse de la considération générale par son caractère personnel et ses antécédents honorables, se concerte avec les commissaires et fasse garantir la paix sur les principes dont je viens de parler.

« En politique, je crois que vous n'avez pas d'autres convictions que celles-ci; et, comme personne ne peut remplir avec autant d'efficacité cette délicate mission, je n'ai point hésité à vous écrire pour vous supplier de rendre cet important service à votre patrie et à vos amis.

« Je viens de recevoir de la capitale des nouvelles d'un très grand intérêt, au sujet des affaires de l'orient du Mexique. — Parmi les lettres, j'ai reçues celle que vous avez adressée à mon compagnon le général Marquez, pour m'être communiquée. Celle-là, comme les autres, et particulièrement une du docteur Miranda, révèlent l'imminent danger que nous avons couru, et que nous pouvons courir encore, si une main intelligente, expérimentée et ferme ne prend la direction des affaires. On doit craindre toute sorte de malheur avec l'astuce du cabinet de Juarez et l'inconcevable ambition dePrim.Il est absolument nécessaire, monsieur le général, que vous ne voyiez les difficultés qui se présentent que pour vous résoudre à les dominer, etc.— Tomas Mejia.»

— « Le général D. Félix Zuloaga au général de division D. Juan N. Almonte. — Yzucar de Matamoros, 14 avril 1862. —C'est avec le plus grand plaisir que j'ai reçu votre lettre et celle de notre commun ami le docteur Miranda. Par ce que j'écris au dit docteur, vous aurez connaissance des derniers événements qui ont eu lieu dans ce district et qui sont favorables à vos désirs. A l'approche des alliés nous en causerons et je crois que nous aurons le plaisir d'aider à rétablir la paix dans notre malheureuse patrie; pour ma part aucun sacrifice ne sera grand ; contribuer à un bien aussi précieux, est l'unique aspiration de votre très affectionné ami. — Félix Zuloaga. »

— « Le général D. José M. Cobos au général de division D. Juan N. Almonte.— Yzucar, 12 avril 1862.— Il a été pour

moi extrêmement agréable d'apprendre votre retour dans notre chère patrie qui se trouve dans des circonstances si difficiles, en passant par la crise la plus sévère. Vos bons antécédents et l'éminent service que vous rendez au Mexique par votre heureuse arrivée, et mes désirs d'aider à la pacification du pays me procurent la satisfaction de me mettre à vos ordres. La confiance illimitée et l'estime que le général Zuloaga me témoignent m'ont placé à la tête de ce corps d'armée; j'ai le plus grand plaisir de voir les bons résultats qu'ont obtenus mes opérations, appuyées par la bonne volonté avec laquelle m'ont reçu les chefs qui servent dans ce corps. Quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître, il m'est agréable de vous féliciter de votre heureux retour au pays. Je profite de cette occasion pour vous présenter mes respects et me dire votre très affectiouné. — José M. Cobos. »

Le 16 avril, les commissaires français avaient lancé la proclamation suivante qui ouvrait les hostilités contre Juarez.

« Mexicains. » Nous ne sommes point venus ici pour prendre parti dans vos divisions; nous sommes venus pour les faire cesser. Nous voulions appeler tous les hommes de bien à la consolidation de l'ordre, à la régénération de votre belle patrie. Pour montrer le sincère esprit de conciliation dont nous sommes animés, nous nous sommes adressés d'abord au gouvernement même, contre lequel nous avions les plus sérieux griefs. Nous lui avons demandé d'accepter notre assistance pour fonder au Mexique un état de choses qui nous épargnât à l'avenir, la nécessité de ces expéditions lointaines, dont le plus grave inconvénient est de suspendre le commerce et de troubler le cours de relations qui pourraient être si profitables à l'Europe et à votre propre pays. Le gouvernement mexicain a répondu à la modération de notre conduite par des mesures auxquelles nous n'avons jamais entendu prêter notre appui moral, et que le monde civilisé nous reprocherait de sanctionner par notre présence. Entre lui et nous la guerre est aujourd'hui déclarée, mais nous ne confondons pas le peuple mexicain avec une mino-

INTERVENTION FRANÇAISE

rité oppressive et violente. Le peuple mexicain a toujours droit à nos plus vives sympathies. C'est h lui de s'en montrer digne. Nous faisons appel a tous ceux qui ont confiance dans notre intervention, à quelque parti qu'ils aient appartenus.

« Aucun homme éclairé ne voudra croire que le gouvernement issu du suffrage d'une des nations les plus libérales de l'Europe, ait pu avoir un instant l'intention de restaurer chez un peuple étranger d'anciens abus, et des institutions qui ne sont plus de ce siècle.

« Nous voulons une égale justice pour tous, et nous voulons que cette justice ne soit pas imposée par nos armes. Le peuple mexicain doit être lui-même le premier instrument de son salut. Nous n'avons d'autre but que d'inspirer à la portion honnête et paisible du pays, c'est à dire aux neuf dixièmes de la population, le courage de faire connaître ses vœux. Si la nation mexicaine demeure inerte, si elle ne comprend pas que nous lui offrons une occasion inespérée de sortir de l'abîme, si elle ne vient pas donner par ses efforts un sens et une moralité pratique à notre appui, il est évident que nous n'aurons plus a nous occuper que des intérêts précis en vue dequels la convention de Londres a été conclue.

« Que les hommes trop longtemps divisés par des querelles qui n'ont plus d'objet se hâtent donc de venir à nous. Ils ont entre les mains les destinées du Mexique. Le drapeau de la France a été planté sur le sol mexicain ; ce drapeau ne reculera pas. Que les hommes sages l'accueillent comme un drapeau ami. Que les insensés osent le combattre.

« Cordova, le i6 avril 1862. — Les plénipotentiaires français au Mexique : V. A. Jurien. — Comte de Saligny. » . Cefut, je crois, le dernier acte politique de l'amiral Jurien qui partit bientôt regretté de tous ceux qui avaient eu l'honneur de le connaître ou de servir sous ses ordres. Le général Lorencez restak à la tête de l'expédition. Les hostilités une

ni, s

fois déclarées, les habitants de Cordova se crurent libres de manifester leur opinion. Le 18 avril ils adhérèrent à l'intervention et proclamèrent, selon l'habitude, un plan, par lequel le général Almonte était reconnu comme chef suprême intérimaire de la nation; ses pouvoirs présidentiels devaient cesser avec l'occupation de Mexico par les troupes françaises; alors, une assemblée des notables devait se réunir dans la capitale pour décider définitivement la forme de gouvernement qui serait adoptée pour le Mexique. Ce plan de Cordova avait plusieurs buts utiles et pratiques ; pour le moment je n'en citerai qu'un : celui de mettre fin aux assertions du gouvernement de Juarez qui, dans l'intention de soulever le sentiment national contre nous, proclamait partout que la France venait conquérir le Mexique et rétablir la monarchie par la force des armes.

La proclamation lancée par le général Almonte, le lendemain de la déclaration de guerre annoncée aux Mexicains par l'amiral Jurien et M. de Saligny, est d'un intérêt historique trop réel pour ne pas être citée en entier.

« Le général Juan N. Almonte, aux Mexicains.

« Compatriotes ! — Depuis plusieurs jours je désirais vous adresser la parole pour vous instruire du but de mon retour dans la république; mais arrivant au milieu d'un .armistice et me trouvant sous la protection du drapeau français, je ne pouvais pas parler; j'ai dû attendre une opportunité pour le faire. Aujourd'hui que les représentants de la France, restant chargés de la situation, manifestent les vrais désirs des gouvernements alliés, je me crois obligé de rompre le silence que j'avais gardé contre ma volonté, et qui fut cause que les ennemis de l'ordre en abusèrent, en publiant des proclamations apocryphes.

« En revenant au sein de la patrie, je vous dirai que je ne viens uniquement animé que par la pensée de contribuer à la pacification de la république et de coopérer à l'établissement d'un gouvernement national, d'ordre et de moralité qui fasse cesser pour toujours l'anarchie, et donne des ga-

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ranties pour la vie et la propriété des nationaux comme des étrangers.

« Étranger à la lutte sanglante qui, depuis tant d'années, a ruiné notre beau pays, scandalisant le monde entier jusqu'au point d'appeler sérieusement l'attention des grandes puissances occidentales de l'Europe , mes efforts tendront toujours à réconcilier nos frères, et à faire disparaître parmi eux la désunion et les haines. Heureusement, pour atteindre un aussi noble but, je n'ai point à désirer aucune vengeance ni à demander aucune récompense. Récompensé suffisamment par la nation pour les services qu'il était de mon devoir de lui prêter avant et depuis l'indépendance, mon seul vœu, aujourd'hui, est de lui rendre le dernier et le plus important, avant de descendre dans la tombe, et ce service est de lui procurer la paix qui lui manque depuis tant de temps.

« D'autre part, ayant des motifs de connaître, comme je connais, les désirs des gouvernements alliés, et spécialement ceux de S. M. l'empereur des Français, qui ne sont autres que de voir établi dans notre malheureux pays — et par nous autres mêmes — un gouvernement fort, d'ordre et de moralité pour faire disparaître le pillage et le vandalisme qui régnent aujourd'hui dans tous les coins de la république, et pour que le monde industriel puisse profiter des avantages immenses auxquels le convient notre pays si fertile, ses richesses naturelles et sa situation géographique, j'ai dû me presser de venir pour vous annoncer ces intentions saines qui renferment également l'idée philanthropique d'assurer pour toujours l'indépendance, la nationalité et l'intégrité du territoire mexicain.

« Pour l'établissement d'un nouvel ordre de choses, vous devez vous confier dans la coopération efficace de la France, dont l'illustre souverain fait toujours sentir sa bienfaisante influence partout où doit prévaloir une cause juste et civilisatrice.

et Mexicains! si mes honorables antécédents, si mes ser-

vices prêtés à la patrie pendant la glorieuse lutte pour notre indépendance comme dans la direction de sa politique dans les différentes époques pendant lesquelles j'ai fait partie de notre cabinet ou représenté la nation à l'étranger, si tout ceci peut me mériter votre confiance, unissez vos efforts aux miens, et soyez assurés que bientôt nous aurons un gouvernement comme il convient à notre caractère, à nos nécessités et à nos croyances religieuses. Votre compatriote et meilleur ami vous le promet. — Juan N. Amonte. — Cordova, 17 avril 1862. »

Les sentiments exprimés dans cette proclamation trouvèrent un écho dans toutes les localités abandonnées par les autorités juaristes. Le lendemain, 18 avril, je l'ai dit, Àlmonte fut reconnu, par le plan Gordova, chef suprême de la nation. On se rappelle que ce même jour, le général Lorencez recevait la lettre menaçante de Zaragoza qui interrompit son mouvement rétrograde sur Paso-Anclio et le fit revenir sur ses pas à marche forcée, pour arriver à Orizaba, avant le massacre de nos malades. Dans l'après-midi de ce jour il y eut unô petite rencontre entre une vingtaine de chasseurs d'Afrique et une centaine de cavaliers, qui furent mis en déroute. Les fugitifs arrivèrent au galop à Orizaba et répandirent l'épouvante dans la division de Zaragoza. Celui-ci, saisi de terreur, apprenant le retour de nos soldats, évacua la ville pendant la nuit, et se retira, sans les attendre, dans la direction des Cumbres d'Aculcingo.

Le gros de l'armée française campa la nuit à l'hacienda de Cuahutlapan et continua sa marche le lendemain. Arrivée à Orizaba , elle trouva la ville désertée par les troupes mexicaines, et nos malades barricadés dans le couvent qui leur servait d'hôpital ; tous ceux qui pouvaient porter un fusil étaient armés et prêts à vendre chèrement leur vie. Les habitants, heureux, pour la plupart, d'être débarrassés de ceux qui les opprimaient, sous prétexte de les défendre, secondèrent, le même jour, le pronunciamiento de Gordova en faveur d' Almonte. Ce général, après avoir nommé les au-

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torités de Cordova et organisé rapidement une garde nationale, se rendit à son tour à Orizaba. Là, il nomma pareillement les autorités civiles et militaires qui devaient maintenir l'ordre, en dehors de toute ingérence française, puis il écrivit aux généraux Zuloaga, Marquez et Cobos, pour leur annoncer le prochain mouvement du général Lorencez vers Puebla et les engager à s'avancer pour contribuer à la prise de cette ville.

Aussitôt que le plan de Cordova fut connu, quelques chefs, y compris le général Galvez, qui escorta jusqu'à Vera-Cruz l'amiral Jurien, vinrent à Orizaba avec leurs troupes se mettre aux ordres du général Almonte, prêtant ainsi leurs services à l'intervention. Ils furent spécialement chargés de maintenir ouvertes les communications entre Orizaba et Vera-Cruz.

Après quelques jours de repos, l'armée française marcha sur Puebla, le 26 avril, et campa, la première nuit, à l'hacienda de Tecamaluca. Le jour suivant, elle rencontra les troupes deZaragoza, aux Cumbresd'Aculcingo; elles tentèrent de lui interdire le passage de cette formidable position. En cet endroit, la vallée se ferme, les montagnes du nord et du sud se réjoignent et forment une immense muraille qu'il faut gravir par des voies périlleuses dessinant une multitude de zigzags ; c'est ce qu'on appelle — les grandes Cumbres. — Je ne sais comment les Français ont pu déloger les juaristes qui défendaient ces hauteurs; l'idée seule de tenter le passage parait insensée. Les Mexicains avaient fait sauter une partie de la route; mais ni les difficultés de l'escalade, ni le nombre des défenseurs n'arrêtèrent nos soldats, ils passèrent. Les chasseurs à pied du 7 rae bataillon, et le 3 me zouave grimpèrent à droite et à gauche des Mexicains, et les attaquèrent avec tant d'impétuosité, tandis que la colonne du centre les prenait de front, que l'ennemi se dispersa, laissant plusieurs pièces de campagne entre nos mains. Juarez s'était flatté de nous anéantir aux grandes Cumbres; nous n'eûmes que quelques hommes tués et trente blessés. Disons,

en passant, que le brave 99 me fit des prodiges de valeur, dans cette brillante affaire.

L'armée passa la nuit, à Puente Colorado, entre les grandes et les petites Cumbres, puis elle continua sa route jusqu'à Puebla, sans être inquiétée par les Juaristes. Elle arriva, le 4 mai, à Amozoc, petite ville éloignée seulement de quinze kilomètres de Puebla. Le soir de son arrivée, le général Lorencez convoqua un conseil de guerre, composé de tous les officiers supérieurs de l'armée française ; le général Almonte et D. Antonio Haro y Tamariz qui, on se le rappelle, avait été le chef de la révolution contre Comonfort en 1856, furent invités à y assister. L'objet de cette réunion était de résoudre le meilleur moyen d'attaquer Puebla et de s'emparer de la ville, défendue par deux petits forts situés sur les deux collines de Loreto et de Guadalupe. Il ne faut pas oublier que la colline de Guadalupe est plus élevée que celle de Loreto, et que les rues de Puebla étaient barricadées et coupées par des fossés.

M. Haro y Tamariz ayant personnellement pris et défendu deux fois Puebla à la tête d'une division mexicaine qui, souvent, n'équivaut pas à un de nos régiments pour le nombre d'hommes sous les armes, il était naturel que son avis fût demandé en premier lieu. Le général Almonte n'était pas moins compétent dans cette question, à cause de sa longue carrière politique et militaire dans son pays. Aussi, le général Lorencez ayant consulté ces deux personnages, ils répondirent également qu'il fallait attaquer la ville, en s'empara nt d'abord du couvent des carmes situé du côté opposé à celui des deux forts, dont les feux ne pouvaient atteindre ce couvent. M. Haro y Tamariz ajouta que l'expérience du passé prouvait que Puebla s'était rendue immédiatement toutes les fois qu'elle avait été attaquée par le couvent des Carmes, parce que c'était le côté le plus faible, et qu'une fois la ville prise, les forts devaient nécessairement capituler, n'étant que des fortins dépourvus de pièces de gros calibres, d'eau et de vivres. En outre, ces deux messieurs affirmèrent qu'on

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pouvait marcher rapidement sur Mexico, sans s'occuper de Puebla, parce que la capitale n'avait presque plus de troupes, et qu'il s'y préparait en faveur de l'intervention un pronunciamiento qui éclaterait à l'approche de l'armée française.

Le colonel Valazé, chef d'état-major, répondit, au sujet de Puebla, que pareille attaque était contraire aux règles de l'art militaire, parce que la ville ne devait pas rester sous les feux des forts qui la dominaient, et qu'il fallait avant de songer à Puebla prendre le fort de Guadalupe, comme étant le plus élevé, pour s'assurer du triomphe. Quant à marcher sur Mexico, passant en vue de Puebla, et laissant derrière soi cette ville, lui paraissait également une manœuvre antistratégique qui pouvait exposer l'armée française à un désastre.

MM. Almonte et Haro y Tamariz répliquèrent qu'il n'était nullement question de savoir si l'attaque qu'ils proposaient était conforme ou non aux règles de l'art; ils disaient seulement que leur conseil était motivé par bien des années d'expérience et une connaissance parfaite de la situation. Quant à la marche sur Mexico, ils ne parlaient pas non plus de savoir si elle était conforme ou contraire aux règles de l'art, mais de savoir si elle était opportune et facile en vertu des circonstances qui la favorisaient ; il ajoutèrent qu'ils avaient la conviction d'un succès complet, parce que l'opinion publique s'étant prononcée en faveur de l'intervention, il était évident qu'on devait profiter d'une occasion aussi favorable pour ne pas donner le temps au gouvernement de Juarez d'organiser une armée, de modifier l'opinion par ses manœuvres, et enfin, parce que Zaragoza ne sortirait pas de Puebla, sachant qu'en rase campagne il ne pouvait résister à l'impétuosité française comme le lui avaient prouvé les deux affaires du Fortin et des Gumbres d'Aculcingo.

Le conseil se sépara, sans avoir rien conclu, ostensiblement, et le lendemain matin, 5 mai, les troupes se mirent en marche de fort bonne heure pour Puebla. Le colonel Lopez avec son escadron s'incorpora, à Amozoc, aux cavaliers mexi-

cains qui accompagnaient le général Almonte et nos soldats. En passant par le Canada de Izlapan, Palmar, Quecholac, Acatzingo et Amozoc, le général Almonte avait nommé les autorités civiles de ces différentes localités, en vertu des facultés que lui avait concédées le plan de Gordova; il avait pareillement nommé les chefs de la milice nationale pour organiser le plus promptement possible, dans toutes ces petites villes, des forces capables de suffire à la sécurité des communications jusqu'à Orizaba.

Le 5 mai 1862, à onze heures du matin, l'armée française arriva à l'hacienda de los Alamos, en vue de Puebla. Après une grande halte, pendant laquelle les troupes déjeunèrent et se reposèrent un peu, les chefs mexicains apprirent avec stupeur que le général Lorencez voulait prendre Puebla ce même jour, en commençant par attaquer le fort de Guadalupe : « Je dis, m'avoua l'un d'eux, que nous apprîmes cette détermination avec stupeur, parce que le général en chef n'avait pas eu le temps de faire une reconnaissance exacte des positions ennemies, ni des chemins qui conduisaient à Puebla, ni des accidents du terrain, ni d'acquérir les notions indispensables pour attaquer un point dans lequel l'ennemi faisait consister sa principale défense. »

Je ne sais si cette manière de procéder était conforme aux règles de l'art militaire, mais elle manquait certainement de prudence. Pour comble de malheur, l'artillerie avec laquelle on attaqua le fort n'était pas d'un calibre suffisant pour ouvrir une brèche dans les murs et permettre l'assaut; dès les premiers coups de canon, nous pûmes nous en convaincre. Les Mexicains, en outre, avaient creusé un fossé, tout autour du fort; les Français l'ignoraient ou n'en tinrent pas compte. Nos soldats, une fois lancés, se conduisirent en héros; malgré le feu plongeant des Mexicains qui tiraient derrière les murailles, ils montaient, montaient toujours, jonchant la colline de leurs cadavres ; mais il fallait sauter dans le fossé, puis escalader des murailles; puis... il fallait l'impossible. Les deux colonnes d'assaut firent des prodiges

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de valeur j on vit des zouaves atteindre le haut des parapets, malgré la mitraille et la fusillade à bout portant; on vit des faits d'armes, comme l'histoire en enregistre rarement; mais la force humaine a des bornes. Les éléments mêmes conspirèrent contre nous; un de ces orages comme les tropiques seuls en produisent vint s'abatttre sur nos colonnes. Le général Lorencez dut faire sonner la retraite. Peut-être alors pensa-t-il que dans les pays lointains, exceptionnels, il vaut mieux agir exceptionnellement, afin d'obtenir un succès, lors même qu'il serait en dehors des règles de l'art, que d'éprouver un échec par amour pour le codex militaire. La théorie a certainement sa valeur, mais l'expérience n'est point à dédaigner. Cet échec n'aurait pas été éprouvé, si l'on avait attaqué Puebla par le Carmen, comme le conseillaient les Mexicains qui avaient maintes fois pris, repris, vu prendre ou reprendre cette ville.

La blessure faite au cœur du général en chef n'était pourtant pas dépourvue d'un certain baume. Si nos troupes n'avaient pu pénétrer dans le fort , elles avaient triomphé partout ailleurs. La cavalerie juariste avait essayé de battre un bataillon du 99 e qui protégeait l'assaut; l'attitude de ce bataillon l'obligea à se retirer sans rien tenter contre lui. En se retirant elle aperçut deux compagnies de chasseurs à pied, dont l'effectif ne dépassait pas cent cinquante hommes, qui gardaient le flanc gauche d'une de nos colonnes et répondaient au feu de quelques compagnies qui nous inquiétaient. La cavalerie ennemie chargea nos chasseurs, les enveloppa; un instant on crut qu'ils étaient massacrés ou prisonniers; ils étaient vainqueurs. Lorsque la fumée du combat fut dissipée on vit nos hommes debout, immobiles, la cavalerie juariste fuyant à toute bride , et laissant deux cents cadavres des siens sur le champ de bataille. Tous les corps se distinguèrent par des faits particuliers qui montraient autant de sang-froid que de bravoure et frappèrent d'étonnement et d'admiration l'ennemi lui-même. Les Mexicains furent tellement surpris de leur triomphe qu'ils res-

tèrent deux jours sans revenir de leur étonneraient ; ils n'osèrent s'aprocher de nos colonnes qu'en voyant s'opérer notre retraite.

Le général Lorencez ne fut pas moins complètement désorienté par cet échec, auquel il ne s'attendait pas. Il résolut de se retirer à Vera-Cruz pour attendre des ordres, des renforts ou un changement de situation dans les affaires mexicaines; il fallut les protestations les plus énergiques de M. de Saligny, au nom de l'empereur, pour le déterminer à attendre à Orizaba les résolutions de son souverain. Le généréral Lorencez attribua son insuccès, en grande partie, à l'absence des forces conservatrices, et sur les rapports constants qui lui avaient été faits que nos troupes à Puebla seraient couronnées de fleurs. Il me semble qu'un peu de mauvaise humeur entrait pour beaucoup dans ces assertions du brave général, dont personne n'a jamais contesté les talents militaires ni les hautes qualités personnelles, car ce n'était pas au fort de Guadalupe qu'il espérait trouver des fleurs pour ses soldats; s'ils devaient en recevoir à Puebla, il fallait naturellement commencer par entrer dans la ville. Le comte de Lorencez pouvait-il s'attendre à ce que les habitants quittassent leurs demeures et vinssent sur le chemin de Puebla, lui porter des bouquets, s'exposant ainsi à devenir victimes de la cruauté de Zaragoza et de ses satellites?

Quant aux troupes mexicaines conservatrices, tout prouve, dans cette campagne qu'on ne comptait en rien sur elles. N'eut-ce été qu'à titre de guides ou d'explorateurs on aurait bien pu se servir de celles qui nous accompagnaient, au moins depuis Amozoc, et qui connaissaient parfaitement le pays; pourtant on ne le fit pas. Je crois que le général Lorencez, dont le noble caractère lui a valu l'estime de tous ceux qui étaient désintéressés dans cette question, aurait été plus juste s'il avait rejeté la faute de son insuccès sur les conseils du colonel Valazé et sur l'art militaire appliqué mal à propos. Néanmoins, on devait, en effet, s'étonner de ne pas voir arriver avec leurs troupes les généraux Zuloaga,

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Marquez et Cobos, dont la présence aurait été très utile à la petite armée française. Il était probable qu'une ou plusieurs lettres d'Almonte, quoique roulées en forme de cigarettes, et adressées à ces généraux, étaient tombées entre les mains des Juaristes, mais on l'ignorait. M. Almonte et le P. Miranda ne savaient à quoi attribuer cette absence; ils ne savaient si la faute en était à la saisie de ces lettres ou bien à quelque mouvement des forces ennemies pour empêcher les conservateurs de se réunir aux troupes françaises. En repassant par Amozoc, en route pour Orizaba, l'énigme fut expliquée.

Dans la nuit du 8 mai, le général D. Florentino Lopez arrivait à Amozoc, après s'être échappé de la division commandée par le général espagnol Cobos. Lopez dit au général Almonte que le commandement de l'armée conservatrice avait été enlevé au général Marquez, par Zuloaga qui prétendait être président de la république, en vertu de l'ancien plan de Tacubaya. Ce commandement avait été remis au général Cobos qui, par une convention secrète signée avec le général Doblado, d'accord avec le comte de Reus, s'était engagé, moyennant un million de francs offert par le gouvernement de Juarez, à conserver la neutralité vis-à-vis de l'intervention. Le général Prim avait donc raison de dire à la conférence du 9 avril, que des généraux conservateurs trahissaient Almonte; mais il oublia de dire qu'il était en correspondance avec ces généraux.

Aussitôt que le général Almonte eut acquis la certitude de cette infâme intrigue, il envoya de suite l'ordre à Marquez de prendre le commandement de l'armée, de méconnaître l'autorité des généraux Zuloaga et Cobos et de venir sans perdre de temps. Afin que ces ordres arrivassent plus sûrement à leur destination, ils furent roulés en cigarettes et envoyés en duplicata par deux courriers de confiance, l'un, directement à Marquez, et l'autre au général Herran, qui se trouvait à Allixco avec toute la cavalerie et un corps d'infanterie ; celui-ci devait envoyer ces ordres à Marquez et se

mettre immédiatement à sa disposition. Voici ce que contenaient ces cigarettes :

« Amozoc, 9 mai 1862. Au général D. Leonardo Marquez.

« Mon cher ami. — Après vous avoir attendu quatre jours devant la colline de Guadalupe, voyant que non seulement vous ne veniez pas, mais encore que vous ne m'envoyiez aucun courrier, lorsque je vous en avais envoyé dix, nous nous sommes retirés ici pensant qu'il vous serait plus facile de venir nous y rejoindre. Maintenant l'énigme est découverte, et nous connaissons la conduite de Zuloaga ; mais il est encore temps de sauver le pays. Il ne s'agit pas ici d'une question de personnes, vous le comprenez bien; il s'agit du salut de la patrie, de la chute de ce parti de sang, de trahison et de vandalisme qui est aujourd'hui au pouvoir, et je ne crois pas qu'aucun de vous qui avez tant travaillé pour le détruire, vous deveniez neutres et paraissiez devant les bons Mexicains, comme indignes d'être estimés, maintenant qu'une nation puissante nous tend une main protectrice. Moi qui sais ce que vous valez, je n'hésite pas à vous dire de prendre immédiatement le commandement de l'armée comme général en chef et de venir vous incorporer à nous, m'avertissant de votre arrivée et de vos besoins, afin de tout vous préparer d'avance.

« Je ne doute pas un seul instant que, comprenant nos vrais sentiments, vous ne fassiez ce que je vous demande, rendant ainsi un nouveau service à la cause que vous défendez et au pays en général ; que le ridicule tombe sur celui qui a manqué à ses engagements, sur l'imbécile Zuloaga.

« Nous continuons notre marche jusqu'aux Cumbres d'Aculcingo et Orizaba, pour attendre les renforts qui sont en chemin; je crois donc que vous pouvez nous rejoindre en route ou en venant par Tehuacan. — J. N. Almonte.

« Au général D. Leonardo Marquez... Je n'ai rien à ajouter à ce que vous dit le général Almonte. Vous qui n'avez aucune ambition particulière et qui avez donné tant de preuves de patriotisme, vous pouvez sauver aujourd'hui la patrie,

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comprenant comme vous avez compris que les Français ne viennent pas nous dominer mais protéger notre cause. Mettez-vous à la tête de toutes vos forces et venez à celui qui aura le plaisir de vous voir, etc. — Francisco Javier Miranda. »

Ces cigarettes arrivèrent à leur adresse. Le général Marquez se rendit à Atlixco, et fut reconnu général en chef de l'armée. Les troupes restées à Izucar sous les ordres de Zuloaga et de Cobos vinrent se placer sous le commandement de Marquez, et, toutes réunies, se mirent en marche pour Orizaba, où elles arrivèrent presque en même temps que celles du général Lorencez. L'armée française opérait son mouvement avec lenteur comme pour engager Zaragoza à quitter ses fortifications et venir l'attaquer en rase campagne, mais il n'osa rien tenter contre notre retraite, appelée la « marche des lions » par les Indiens. Elle arriva le 17 mai à Orizaba. En route le général Almonte apprit que la garnison du fort de Perote s'était prononcée en faveur de l'intervention; mais le colonel Figuerero, à la nouvelle de l'échec de Puebla, avait abandonné la forteresse pour venir à Orizaba. En chemin, il fut attaqué et. mis en déroute par Carvajal et sa guérilla.

Le 18 mai, les troupes conservatrices arrivèrent également à Orizaba ; le général Marquez, les laissant un peu en arrière, prit l'avance et vint se présenter à celui que le plan de Cordova avait élu chef suprême intérimaire du Mexique. Il confirma le rapport du général D. Florentino Lopez, concernant la conduite des généraux Zuloaga et Cobos. Ce dernier se présenta au général Almonte pour lui donner des explications qui, loin d'être satisfaisantes, aggravèrent davantage le caractère odieux de ses intelligences avec son compatriote le comte deReus et le général Doblado. Croyant se venger de ses complices, il montra au général Almonte deux traites sur le trésor des États-Unis, pour la somme de deux cent mille piastres, un million de francs, que Juarez lui avait envoyées pour adhérer à son parti : « ce que je n'ai

82 HISTOIRE DU MEX1QUB.

pas voulu faire, » ajouta Cobos, espérant donner ainsi des preuves de sa sincérité.

Le général Àlmonte, indigné des procédés des généraux Zuloaga et Cobos leur signifia que le meilleur parti qu'ils avaient à prendre était de quitter le territoire de la république. C'est ce qu'ils firent, et tous les deux s'embarquèrent à Vera-Cruz pour la Havane. Cobos partit ensuite pour les États-Unis dans l'intention de se faire payer ses traites, mais la convention de M. Convia , par laquelle les États-Unis s'engageaient à prêter onze millions de piastres à Juarez, n'ayant pas été ratifiée par le sénat américain, Cobos ne put recevoir le prix de son infamie; il revint à la Havane et fini par être fusillé à Matamoros.

Je trouve dans la correspondance de Santa-Anna, quelques appréciations sur les événements des mois de mars et d'avril 1862, qui méritent d'être citées, quoique concernant des faits déjà connus... « Prim, écrivait l'ex-dictateur au général Woll, de Saint-Thomas, le 30 avril, devra abandonner son commandement, parce qu'il n'a pas su se conduire au Mexique, ni comme vaillant général, ni comme habile diplomate , de sorte que même les Espagnols sont dégoûtés de lui ; mais le général Lorencez se conduit très bien. Je m'embarquerai probablement par le prochain paquebot pour Vera- Cruz. » Le 30 mai, il disait dans une autre lettre au même général : « Comme la conduite observée par Prim était favorable aux démagogues mexicains, sa dernière résolution l'ayant manifesté clairement, il m'a paru prudent de rester en expectative des événements. Ce général espagnol, selon les dernières nouvelles arrivées par le paquebot anglais, est retourné à la Havane avec sou corps d'armée, mettant ainsi son gouvernement en conflit avec celui de la France, et révélant de la sorte ses tendances... Certainement, le gouvernement de Madrid n'approuvera pas la conduite du marquis de los Castillejos qui l'a représenté au Mexique d'une manière aussi déplorale.

« Le général Almonte a été nommé président par les po-

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pulations de Vera-Cruz, de Cordova, d'Orizaba et d'autres de l'État de Puebla. Enfin, on verra donc établi au Mexique un gouvernement composé d'hommes de bons principes, tels qu'on les désire tant là-bas, etc. — A L. de Santa-Anna. »

En effet; en dehors des autorités civiles nommées à Vera- Cruz , par le général Almonte au mois d'avril, il y eut, le 2 mai, dans cette ville, une assemblée de notables civils et militaires qui proclamèrent un plan par lequel l'autorité de Juarez était méconnue, le général Almonte nommé chef suprême de la république et recevait des pouvoirs extraordinaires pour s'entendre avec les forces alliées et convoquer l'assemblée des notables qui devait, à Mexico, déclarer quelle serait la meilleure forme de gouvernement pour faire cesser l'anarchie. Parmi les cent quarante-cinq signatures apposées au bas de ce plan, on voit celles de Manuel Serrano, José Sanchez Facio, Carlos Miramon, Miguel Mosquera, S. Teulet, Manuel Lopez de Santa-Anna, etc. Ce plan avait le même but que ceux de Cordova et d'Orizaba.

Le comte de Lorencez accueillit Marquez avec beaucoup de courtoisie. L'arrivée de ce général prouvait évidemment la bonne foi de M. Almonte, lorsqu'il affirmait que l'intervention avait les sympathies du peuple mexicain, et que l'armée conservatrice viendrait la soutenir dans ses combats contre les troupes de Juarez, La bataille de la Barranca- Seca vint mettre encore plus en relief les promesses du président intérimaire. Aussi, voit-on avec quelque surprise, le comte de Lorencez, répéter dans son rapport sur cette bataille, en s'adressant à ses soldats... » On vous avait cent fois répété que la ville de Puebla vous appelait de tous ses vœux et que la population se presserait sur vos pas pour vous couvrir de fleurs.

« C'est avec la confiance inspirée par ces assurances trompeuses que nous nous sommes présentés devant Puebla... »

Cette bataille de Barranca-Seca, dans laquelle l'armée de Zaragoza fut mise en déroute est trop importante, comme fait d'armes, et par les conséquences qu'elle aurait dû avoir,

pour ne pas citer quelques extraits du rapport de Marquez, datéd'Orizaba, 23 mai 1862.— « Le général en chef de l'armée mexicaine, au général D. Juan N. Almonte, chef suprême de la nation.

« ... Dès Tecamaluca j'avais prévenu le général Herran qu'aussitôt qu'il aurait réuni toutes ses forces, il devrait continuer sa marche... Mais comme je pensais que l'ennemi qui occupait les Gumbres d'Àculcingo, ferait tous ses efforts pour empêcher ce mouvement exécuté par ma cavalerie ou pour la couper, je sortis dans la matinée du 18, pour aller à sa rencontre et voir par moi-même ce qu'il conviendrait d'ordonner.

« Je m'aperçus bientôt que je ne m'étais point trompé, car un de mes aides de camp vint m'avertir en route que l'ennemi se trouvait en présence de ma cavalerie. Je doublai le pas, et en arrivant à Barranca-Seca... je trouvai les deux armées en ordre de bataille, à portée de mousquet* l'une de l'autre... Le général D José Domingo Herran, qui commandait la droite de la ligne, couvrait le pont, sur lequel passe la route, avec une cinquantaine d'hommes et avait derrière sa ligne de tirailleurs, — placée en avant du corps d'armée — deux colonnes sous les ordres des vaillants colonels D. Antonio Salas et D. Doroteo Vera. Le général D. Juan Vicario occupait avec sa division le centre, et à l'ar* rière-garde de ses tirailleurs il avait également deux colonnes. Le colonel D. José Campos formait la gauche avec sa brigade, maintenant aussi une colonne derrière ses tirailleurs.

« Je dois donner ici un juste tribut d'éloges aux généraux D. José Domingo Herran et D. Juan Vicario, ainsi qu'au colo* nel Campos, pour avoir établi leur ligne de telle sorte, que tout en contenant l'ennemi ils couvraient la marche de leurs forces qui débouchaient encore des montagnes... La plus grande partie de la journée se passa dans cette situation, sans que les deux lignes ennemies bougeassent de kur poste... Environ vers cinq heures du soir, nous vîmes arri*

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ver dans le camp ennemi de nouvelles troupes d'infanterie et de cavalerie, qui se trouvaient cachées depuis longtemps dans des accidents de terrain... Alors, se voyant assurées de la victoire, les trois colonnes — ennemies — se précipitèrent sur mon centre avec tant d'impétuosité qu'elles l'entamèrent. » Suivent les détails sur le combat, sur l'arrivée du bataillon du 99 e , commandé par le commandant Lefèvre, et sur la déroute de l'armée juariste, qui laissa douze cents prisonniers entre nos mains, un drapeau, des fanions, des armes et des chevaux en quantité. Marquez parle de nos soldats dans des termes tellement élogieux qu'on voit qu'»' n'avait encore jamais vu courir au feu et se battre de cette manière ; il vante également la bravoure du général Herran qui paraît être de tous les officiers supérieurs mexicains qui se trouvaient à cette action, celui qui a montré le plus de talents militaires, de bravoure et de sang-froid. « Il me reste à dire à Votre Excellence, ajoute Marquez, en terminant, que tous les braves qui ont combattu dans cette affaire, ont remplileur devoir, infligeantpendant cette journée, une leçon sévère aux chefs Zaragoza, Tapia, Negrete et Alvarez : le premier, en se préparant à verser le sang de ses frères; le second, en exécutant ses ordres; le troisième, en lui servant de second, et le quatrième, en commandant la cavalerie. »

Si le comte de Lorencez avait profité de cette déroute, en lançant les troupes de Marquez, soutenues par un millier de nos soldats, à la poursuite de l'armée vaincue, il est certain qu'on serait entré dans Puebla, et qu'on aurait pu marcher ensuite sur Mexico, sans donner le temps à Juarez de lever des impôts forcés pour avoir de nouvelles troupes, comme il le fit aussitôt qu'il fut revenu de la consternation dans laquelle le plongea la défaite de Zaragoza. Peut-être, n'étaîtil pas convenable qu'un général mexicain vengeât l'échec du 5 mai ; peut-être aussi, le comte de Lorencez craignait-il d'exposer ses troupes par cette marche hardie qui pouvait lui ouvrir les portes de la capitale. Quoi qu'il en soit, il est très fâcheux qu'au lieu de profiter de celte importante vic-

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