‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 4 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

toire, on soit revenu se renfermer dans cette étroite vallée d'Orizaba où la chaleur et la difficulté de s'approvisionner devaient bientôt démoraliser nos soldats.

En parlant des deux beaux faits d'armes de la Barranca Seca et du Cerro del Borrego, Santa-Anna disait : « Si l'armée d'Orizaba avait pris l'offensive après la déroutedu Cerro del Borrego, elle pouvait certainement occuper Puebla sans difficulté, et même la capitale, parce que la démoralisation qui se vit dans les forces mexicaines de la démagogie aurait amené un triomphe complet. Voilà deux actions heureuses dont on n'a pas su profiter. — Saint-Thomas, 16 août 1862. »

Il n'entre point dans le cadre de cette histoire de raconter les escarmouches, les combats glorieux, maissansimportance, ni les faits et gestes de notre petite armée et de ses nouveaux alliés. Aussi palpitants d'intérétqu'ils puissent être, ces événements n'avaient aucun résultat décisif, grâce à cette politique personnelle des chefs de l'expédition, politique d'indécision, de lenteur et de méfiance vis-à-vis des conservateurs mexicains pour lesquels on se battait, et dont les conseils n'étaient point recherchés ou suivis. Néanmoins, je dois dire quelques mots de cette affaire du Cerro del Borrego, citée dans la lettre de Santa-Anna, et qui pouvait avoir comme celle de Baranca Seca, des conséquences décisives pour la campagne, si l'on avait ensuite pris l'offensive, comme le dit l'ex-dictateur.

Après la bataille de la Barranca Seca, l'armée juariste, n'étant pas poursuivie au delà d'une lieue du théâtre de sa défaite, se réorganisa à Palmar, de l'autre côté desCumbres. Notre attitude réservée et les renseignements fournis par les espions engagea Zaragoza à concentrer toutes ses forces pour écraser la garnison d'Orizaba, réduite à trois mille hommes environ. A la tête de neuf mille hommes, suivant les documents mexicains, de quinze mille, selon les appré- • dations françaises, Zaragoza vint, le 12 juin, camper à près de six kilomètres d'Ingenio, village situé sur le revers d'une

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gorge très étroite qui défendait l'entrée d'Orizaba à huit kilomètres de cette ville, occupé par le brave colonel d'Hériller et son immortel 99 me . Le général Ortega avec un autre corps de cinq mille hommes, opérait un mouvement sur sa gauche et s'approchait à marches forcées sur les positions françaises. Zaragoza aurait dû attaquer de suite le colonel Hériller; mais il ne se mit à sa poursuite que lorsque le général Lorencez intima l'ordre au colonel de se replier sur Orizaba. Par suite d'une négligence ou d'un manque de connaissances stratégiques, le général Taboada, lieutenant de Marquez, laissa passer deux mille hommes d'Ortega qui allèrent avec leur général s'installer sur le plateau du Borrego. Le Cerro del Borrego est une montagne, presque à pic, qui domine Orizaba, et que nous avions négligé d'occuper. Ortega avait avec lui trois obusiers qu'il avait fait porter sur cette montagne par des Iudiens, en les maltraitant et les menaçant de les faire fusiller s'ils se refusaient à accomplir cette tâche surhumaine; cette menace ayant été suivie d'effet à l'égard de quelques-uns, les Indiens n'hésitèrent plus et transportèrent les obusiers, non sans de graves accidents.

Tandis que Zaragoza devait nous attaquer de front, avec son armée et sa nombreuse artillerie, Ortega devait faire pleuvoir sur nous une grêle de balles et de mitraille par un feu plongeant. La présence d'esprit du colonel L'Hériller et l'intrépidité proverbiale aujourd'hui de son régiment sauvèrent notre petite armée d'un vrai désastre. Ayant appris que le Borrego était moins inaccessible du côté du nord-ouest, il donna l'ordre à la 3"* compagnie du 1 er bataillon de son régiment, de gravir les pentes escarpées de la montagne, d'en chasser l'ennemi , dont il ignorait le nombre, et de s'y maintenir à tout prix. Le capitaine Détrie accomplit cette périlleuse ascension pendant la nuit, à la tête de sa compagnie. Arrivé près du sommet du plateau, il fut assailli par une vive fusillade. Loin d'en être ébranlé, il se précipita sur l'ennemi, lui enleva ses obusiers, et continua cette lutte incroyable de soixante hommes contre un corps d'armée. La

seconde compagnie du môme bataillon, commandée par le capitaine Leclerc, arriva à la rescousse, vers trois heures et demie du matin ; elle se composait de soixante-cinq hommes. Les deux capitaines organisèrent immédiatement leur colonne d'attaque et s'élancèrent à la baïonnette sur l'ennemi, aux cris de vive l'Empereur! Le combat fut terrible, mais l'audace et la bravoure de cette poignée de fantassins furent couronnées du succès le plus complet; l'armée d'Ortega céda le terrain, se précipita au bas du plateau et répandit la terreur parmi les troupes de la plaine. Deux cents cinquante Mexicains restèrent sur le champ de bataille, blessés ou tués; deux cents autres furent faits prisonniers; outre les trois obusiers, nous prîmes un drapeau et trois fanions.

Zaragoza, ignorant encore la défaite de son lieutenant, ouvrit le feu le 14 juin à cinq heures du matin. Quoique nos batteries n'eussent pas encore des parapets d'une épaisseur suffisante, nous y répondîmes de notre mieux. Pour accélérer ce travail, le général Douay, chargé de la défense de cette partie de la ville, imagina d'employer des balles de colon pour faire des épaulements et protéger ses troupes contre le feu de l'ennemi. Le lendemain, nous étions prêts à agir vigoureusement contre les batteries de Zaragoza ; mais le combat du Gerro del Borrego avait jeté la panique dans son armée, et le général profila de la nuit pour évacuer sa position et se sauver à la Canada de Iztapan au delà des Cumbres.

L'effet moral de notre succès fut immense dans tout le Mexique. Juarez comprit si bien quel coup funeste venait de recevoir le peu d'influence qui lui restait, que, cherchant à réagir le plus possible , il fit adresser aux gouverneurs de tous les États de la république, par le général Doblado, une circulaire dans laquelle il disait que l'armée venait d'éprouver devant Orizaba un échec dont le gouvernement ne se dissimulait pas la gravité ; mais que, loin de se laisser abattre par l'adversité, il fallait prendre des mesures vigoureuses ; qu'avant trois semaines les pertes seraient réparées et

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l'armée en état de reprendre l'offensive. Cette dépêche de M. Doblado corrobore la lettre de Santa-Anna, citée plus haut, et l'on doit regretter que l'armée française n'ait pas pris l'offensive immédiatement, car on le voit, il fallait au moins trois semaines au gouvernement de Juarez, avant de pouvoir reformer son armée, il est fâcheux qu'on lui ait donné le temps de le faire. Malheureusement, le général Lorencez ignorait, sans doute, une particularité concernant le soldat mexicain, mais qu'il aurait pu connaître, s'il avait consulté les généraux indigènes qui se trouvaient auprès de lui. Les troupes mexicaines se battent bien derrière des murs; en rase campagne, elles sont même excellentes pour l'attaque, surtout, quand on ne leur donne pas trop le temps de la réflexion; elles ont un moment d'élan incontestable, mais une fois en déroute, elles deviennent folles de terreur; la panique les rend complètement sourdes à la voix de leurs chefs, incapables d'un retour offensif. A ce sujet, je me rappelle qu'après la bataille de San Jacinto, pour ne citer qu'un • seul fait, l'armée mexicaine fuyait toujours, quoique non poursuivie; un général mexicain tâcha d'arrêter les fuyards à dix lieues du champ de bataille, en leur criant : « Mais arrêtez-vous donc, vous voyez que personne ne vous court après. » Paroles perdues, aucun n'osa retourner la tête. Après la victoire de la Barranca Seca, comme après celle du Borrego, nous n'aurions peut-être pas trouvé cinq cents hommes pour nous disputer la route de Mexico.

Le 18 mai, le général Almonte ne songeait point encore à composer le gouvernement issu du plan de Cordova, par crainte de compliquer la situation ; mais, lorsque le comte de Lorenccz lui eût dit, — ce qui, malheureusement, n'était que trop vrai, — qu'il n'avait pas des ressources suffisantes pour entretenir les troupes conservatrices alliés, le général Almonte se vit obligé de nommer un ministère pour organiser provisoirement les différentes branches de l'administration publique et se procurer les secours indispensables a l'entretien des troupes mexicaines, dont le nombre augmen-

tait à vue d'œil, par petits détachements qui arrivaient de tous les côtés. Ce ministère se composait de sous-secrétaires d'État, ayant les attributions suivantes : l'avocat D. Manuel Castellanos fut chargé de la justice et des affaires étrangères; D. Desiderio Samaniego fut chargé des finances et le colonel D. José Hipolito Gonzalez de la guerre. Pour faire face aux nécessités les plus urgentes, le gouvernement provisoire édicta plusieurs mesures financières, mais, comme il était très difficile de se procurer suffisamment de numéraire, le chef suprême intérimaire de la nation avait songé à mettre en circulation, dans les départements qui reconnaissaient son autorité, un certain nombre de billets qui seraient reçus en paiement des droits, dans les administrations et douanes maritimes, jusqu'à ce que, l'ordre étant rétabli, on pût les amortir graduellement. M. de Saligny s'opposa à cette mesure; alors le général Almonte se contenta de faire des contrats avec les marchands et les propriétaires d'haciendas pour donner aux troupes mexicaines des vivres, des vêtements et l'équipement dont elles avaient tant besoin.

Le plan de Cordova ayant été secondé à Vera-Cruz, Alvarado, l'île del Carmen et d'autres localités de l'intérieur, le général Almonte nomma M Serrano gouverneur du département de Vera-Cruz; le général Woll, commandant général de ce même département, et D. Tomas Marin, gouverneur et commandant général de l'île de Carmen. Il décréta d'autres mesures, dont plusieurs favorisaient l'intervention, dans la limite de ses faibles pouvoirs. Ce simulacre de gouvernement créé par le général Almonte, après l'échec de Puebla, était indispensable depuis que le comte Lorencez avait déclaré qu'il ne pouvait entretenir les troupes mexicaines. Tl fallait absolument recourir à ce moyen pour empêcher les soldats de Marquez de se débander. En outre, la création de ce gouvernement provisoire avait l'avantage de neutraliser l'arme puissante avec laquelle Juarez faisait la guerre à l'intervention, proclamant partout que la France voulait conquérir le Mexique et en faire une colonie.

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Aussi, c'est avec un étonnement facile à comprendre que les Mexicains virent le général Forey donner un coup mortel au parti conservateur mexicain, sur lequel il devait naturellement s'appuyer. Arrivé à Vera-Cruz, le 22 septembre 1862, ce général fit ses débuts dans la carrière politique, en destituant brusquement le général Almonte des pouvoirs qui lui avaient été conférés par le plan de Cordova et dont il n'usait qu'en vertu de l'impérieuse nécessité qui l'obligeait à trouver des secours pour les troupes mexicaines qui avaient montré à la Barranca Seca, l'utilité qu'on en pouvait tirer.

La lettre de l'empereur Napoléon au maréchal Forey étant un document, d'autant plus précieux, que, tout en traçant la ligne de conduite que devait observer le nouveau général en chef, elle donne en outre les motifs élevés qui ont décidé l'intervention, je dois publier cette lettre, -parce qu'elle montrera de quelle manière les ordres de Sa Majesté ont été interprétés et exécutés, au double point de vue politique et militaire.

« L'empereur au général Forey. — Fontainebleau, 3 juillet 1862. Mon cher général, au moment où vous allez partir pour le Mexique, chargé des pouvoirs politiques et militaires, je crois utile de bien vous faire connaître ma pensée.

« Voici la ligne de conduite que vous aurez h suivre : 1° faire, à votre arrivée, une proclamation dont les idées principales vous seront indiquées; 2° accueillir avec la plus grande bienveillance tous les Mexicains qui s'offriront à vous; 3° n'épouser la querelle d'aucun parti, déclarer que tout est provisoire tant que la nation mexicaine ne se sera pas prononcée; montrer une grande déférence pour la religion, mais rassurer en même temps les détenteurs de biens nationaux ; 4° nourrir, solder et armer, suivant vos moyens, les troupes mexicaines auxiliaires; leur faire jouer le rôle principal dans les combats; 5° maintenir parmi vos troupes, comme parmi les auxiliaires, la plus sévère discipline; réprimer vigoureusement tout acte, tout propos blessant pour

les Mexicains,, car il ne faut pas oublier la fierté de leur caractère, et il importe au succès de l'entreprise de se concilier avant tout l'esprit des populations.

« Quand nous serons parvenus à Mexico, il est à désirer que les personnes notables de toute nuance, qui auront embrassé notre cause, s'entendent avec vous pour organiser un gouvernement provisoire. Ce gouvernement soumettra au peuple mexicain la question du régime politique qui devra être définitivement établi. Une assemblée sera ensuite élue d'après les lois mexicaines.

« Vous aiderez le nouveau pouvoir à introduire dans l'administration, et surtout dans les finances, cette régularité dont la France offre le meilleur modèle. A cet effet, on lui enverra des hommes capables de seconder sa nouvelle organisation.

« Le but à. atteindre n'est pas d'imposer aux Mexicains une forme de gouvernement qui leur serait antipathique, mais de les aider dans leurs efforts pour établir, selon leur volonté, un gouvernement qui ait des chances de stabilité et puisse assurer à la France le redressement des griefs dont elle a à se plaindre.

« Il va sans dire que, s'ils préfèrent une monarchie, il est de l'intérêt de la France de les appuyer dans cette voie.

« Il ne manquera pas de gens qui vous demanderont pourquoi nous allons dépenser des nommes et de l'argent pour fonder un gouvernement régulier au Mexique.

« Dans l'état actuel de la civilisation du monde, la prospérité de l'Amérique n'est pas indifférente à l'Europe ; car c'est elle qui alimente nos fabriques et fait vivre notre commerce. Nous avons intérêt à ce que la république des États-Un ; s soit puissante et prospère, mais nous n'en avons aucun à ce qu'elle s'empare de tout le golfe du Mexique, domine, de là, les Antilles ainsi que l'Amérique du sud, et soit la seule dispensatrice des produits du nouveau monde. Nous voyons aujourd'hui, par une triste expérience, combien est précaire le sort d'une industrie qui est réduite à chercher sa matière

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première sur un marché unique, dont elle subit toutes les vicissitudes.

« Si, au contraire, le Mexique conserve son indépendance et maintient l'intégrité de son territoire, si un gouvernement stable s'y constitue avec l'assistance de la France, nous aurons rendu à la race latine, de l'autre côté de l'Océan, sa force et son prestige; nous aurons garanti leur sécurité à nos colonies des Antilles et a celles de l'Espagne; nous aurons établi notre influence bienfaisante au centre de l'Amérique ; et cette influence, en créant des débouchés immenses à notre commerce, nous procurera les matières indispensables à notre industrie.

« Le Mexique, ainsi régénéré, nous sera toujours favorable, non seulement par reconnaissance, mais aussi parce que ses intérêts seront d'accord avec les nôtres, et qu'il trouvera un point d'appui dans ses bons rapports avec les puissances européennes.

« Aujourd'hui donc, notre honneur militaire engagé, l'exigence de notre politique, l'intérêt de notre industrie et de notre commerce, tout nous fait un devoir de marcher sur Mexico, d'y planter hardiment notre drapeau, d'y établir, soit une monarchie, si elle n'est pas incompatible avec le sentiment national du pays, soit tout au moins un gouvernement qui promette quelque stabilité. — Napoléon. »

Dans cette lettre remarquable, on voit que l'empereur ordonnait de faire jouer le rôle principal dans les combats « aux troupes mexicaines, et de réprimer vigoureusement « tout acte, tout propos blessant pour les Mexicains, car... « il importe au succès de l'entreprise de se concilier avant « tout l'esprit des Mexicains. » Il est fâcheux que le général Forey ait oublié ces points essentiels de la lettre impériale, et qu'il ait agi en sens contraire de ses instructions. Non seulement, il détruisit tout ce qu'avait fait le général Almonte conformément au plan de Gordova, mais il confia des emplois importants à des personnes qu'il ne connaissait

pas. Il donna même les fonctions de « directeur politique » au commandant Billard qui n'avait peut-être jamais vu de sa vie un Mexicain ni lu une histoire du Mexique. Aussi cet officier dirigea-t-il la politique de telle sorte qu'entassant journellement bévues sur bévues, les Mexicains finirent par révéler à l'empereur le ridicule et le danger de cette nomination : un ordre impérial renvoya le directeur politique à ses occupations militaires.

Le général Almonte, en voyant le chemin que prenait le nouveau chef de l'expédition, comprit de suite qu'il allait soulever tous les conservateurs contre l'intervention. Pour éviter les conséquences funestes qui devaient résulter d'une semblable conduite il publia la proclamation suivante :

« Mexicains. — Il y a huit mois, je vous annonçais mon arrivée dans la république et le but de mon retour. Vous avez pu vous convaincre de la vérité de mes assertions, lorsque je vous disais que l'intervention européenne au Mexique n'avait d'autre objet que d'assurer notre indépendance, faire cesser la guerre civile et contribuer à l'établissement d'un gouvernement solide, d'ordre et de moralité, laissant aux Mexicains le choix de la forme qui leur convenait.

« Quelques-uns de nos compatriotes crurent que pour réaliser plus facilement une pensée si grandiose, il était opportun de créer un gouvernement provisoire qui servît de centre commun à tous les bons Mexicains, de n'importe quel parti, qui voudraient accepter l'intervention, et, dans ce but on proclama le plan de Cordova qui fut ensuite secondé par Orizaba, Vera-Cruz, l'Ile du Carmen et d'autres localités importantes. » Suit l'énumération des généraux et chefs de guérillas qui adhérèrent au plan de Cordova : les principaux étaient : Marquez avec son armée; Thomas Mejia, à Queretaro avec sa division ; Galvez, avec sa brigade; Miguel Lopez, avec son corps de cavalerie; Manuel Lozada, dans le Jalisco; Manuel Montafio, dans l'État de Puebla ; Felipe Chacon, avec sa brigade, dans celui de Mexico ; Galvan, à Milpa-Alta; Navarrete, au Monte de lasCruces; Ximenez, au Rio-Frio;

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Camano, Ruiz, Jésus Ramirez, Àrgûelles et Cosme Gonzalez, dans d'autres districts.

« Malheureusement, les ennemis irréconciliables du Mexique et de la France, ont trouvé dans le plan de Gordova et l'établissement du gouvernement provisoire qui en résulta, un prétexte pour censurer la conduite de S. M. l'empereur des Français, essayant de faire croire que ses troupes venaient dans la république, non pour donner aux Mexicains la liberté de se constituer comme ils l'entendraient, mais pour leur imposer un gouvernement par la force, ce qui est une fausseté, puisque le plan de Gordova disait qu'aussitôt que la capitale serait occupée, on convoquerait une assemblée nationale qui, prenant en considération le déplorable état du pays, déclarerait qu'elle serait la forme du gouver* nement la plus convenable p'our couper la racine de l'anarchie.

« Il était donc nécessaire pour enlever tout prétexte aux ennemis de la félicité des Mexicains, de faire disparaître ce gouvernement transitoire qui, n'ayant d'autre objet que celui / d'éviter la confusion et de donner une organisation provisoire aux États et aux populations qui adhéreraient à l'intervention, pouvait, néanmoins, compromettre dans ses relations extérieures le gouvernement qui, abandonné par ses alliés, était seul resté chargé de mener à bonne fin le projet proposé parla convention de Londres. Convaincu, comme je le suis, de la nécessité d'aplanir le chemin à l'intervention pour le bonheur de ma patrie, j'ai dû déposer le titre de chef suprême intérimaire de la nation, que le plan de Cordova m'avait conféré. C'est pourquoi je n'ai fait aucune objection à l'acte par lequel ce titre était méconnu du général en chef du corps expéditionnaire au Mexique. — Juan N. Almonte. — Orizaba, 12 janvier 1863. »

Ce manifeste calma les esprits jusqu'à un certain point, car beaucoup ne furent pas dupes des considérants imaginés par Almonte pour atténuer la gravité de la mesure du général Forey. Un homme d'un caractère moins ferme, moins

résolu que M. Almonte, ayant le sentiment du patriotisme moins enraciné, aurait pu, dans son indignation contre un pareil procédé, se retirer de l'intervention et laisser passer à l'ennemi toutes les troupes conservatrices; mais son abnégation lui fit faire litière de ses sentiments froissés, et il continua son concours à l'intervention, sachant que le salut de la patrie se trouvait dans les plis du drapeau français.

Aussitôt que le général Forey vint à Orizaba, M. Almonte alla au devant lui, mettre sa personne et les troupes qui le reconnaissaient toujours comme chef suprême, à la disposition du général français. Il lui offrit de continuer à marcher à côté de l'armée française, pour lui servir d'intermédiaire auprès des généraux mexicains et des personnages influents du pays. Si la diplomatie avait fait, a Vera-Cruz et à la Soledad, des fautes presque irréparables, la campagne militaire, à dater du 4 mai 1862, fut conduite de la manière la moins compréhensible et la plus opposée à la lettre impériale du 3 juillet. Nos officiers supérieurs ignoraient, naturellement, la situation morale, politique, stratégique et financière du pays dans lequel ils allaient opérer; néanmoins, leurs actes témoignent qu'ils prétendaient la connaître mieux que les Mexicains eux-mêmes.

Le général Almonte, M. Haro y Tamariz, le général Woll, dont la vieille expérience pouvait être si utile, étaient autant d'autorités qu'on avait constamment sous la main; on aurait dû les consulter souvent et suivre leurs conseils; mais on aima mieux écouter l'amour-propre personnel, des préjugés puérils et le codex militaire. Au lieu de mettre l'armée mexicaine en évidence, comme la saine politique et la lettre impériale du 3 juillet le commandaient, on l'efface tellement, on professe pour elle un si profond dédain, que nous prenons de suite une allure de conquérants et non d'une armée expédiée pour aider les Mexicains à établir librement la forme de gouvernement qu'ils jugeront propre à faire cesser l'anarchie et la guerre civile. Ce dédain pour les troupes mexicaines n'était point justifié, car nous n'allions point

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combattre des Titans; si les troupes conservatrices avaient des vêtements en lambeaux, de mauvaises armes, une mauvaise organisation, elles valaient les troupes de Juarez sous tous les rapports, leur vilaine tournure et leur équipement défectueux n'atteignaient en rien leur bravoure et leur bonne volonté. Un drapeau déchiré par les balles, usé par l'intempérie des saisons est-il moins honorable qu'un drapeau neuf?

Nous avons donc complètement oublié notre rôle, notre mission, notre but, malgré la lettre impériale qui nous traçait clairement la voie que nous devrions suivre ; nous avons traîné notre sabre vainqueur dans tout le Mexique, sans songer que le sabre blesse, tue, mais ne guérit pas et que nous n'allions dans ce pays que pour le guérir de ses maladies sociales. Cette allure de conquérants, nous l'avous conservée assez longtemps pour nous aliéner l'esprit des libéraux modérés et nous rendre suspects aux conservateurs qui nous avaient appelés. Si nos soldats n'étaient pas de si bons enfants, et si le Mexique, fatigué de ses éternelles révolutions, n'eût pas été si bien disposé à tendre les bras à quiconque lui promettait l'ordre et la paix, nous eussions été reçus à coups de fusil dans tout l'intérieur du pays au lieu de rencontrer l'accueil enthousiaste qui nous a suivis jusqu'à la fin de 1864.

Je trouve dans ma correspondance du mois de décembre 1862, quelques faits assez intéressants pour mériter d'être publiés. « On nous annonce, écrivait d'Orizaba un de mes amis, le 16 décembre, que Cobos sera sur le territoire mexicain dans quinze jours et qu'il se mettra à la tête de la guérilla espagnole, qui nous fait la guerre sur le chemin de Vera-Cruz. » Cette guérilla se composait des déserteurs de l'armée de Prim. « Le général D. Severo Castillo est descendu incognito à Puebla, mais il fut trahi au moment où il allait faire un mouvement — pronunciamiento — en notre faveur. Il a pu se sauver, mais cinq officiers tombèrent au pouvoir des autorités démagogues et furent fusillés. Le

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traître fut O'Horan qui fusilla lui-môme ces cinq malheureux qui s'étaient confiés à lui. » Cet O'Horan se fit ensuite impérialiste, trompa l'empereur maintes fois et finit par être fusillé eu 1867, par les troupes de Porfirio Diaz.

« ... Ayant .découvert dans les fonds du gouvernement — à Vera-Cruz — des vols importants attribués à D. Manuel Serrano qui fonctionnait comme gouverneur , ledit Serrano fit de l'opposition au général Marin qui commandait les troupes mexicaines de ce port, » — avant d'être envoyé à l'île de Carmen — « et ledit Serrano, s'étant soulevé contre l'autorité du général Àlmonte, puisqu'il désobéissait à ses ordres, permit la sortie de Vera-Cruz pour l'intérieur des marchandises, donnant ainsi des secours à Juarez, en contravention avec les ordres qu'il tenait du général Àlmonte. Ce général le déposa de ses fonctions et nomma à sa place le général Woll. Peu de jours après que le général Woll eut pris possession du commandement politique et militaire de Vera-Cruz, arriva le général Forey qui le destitua... et M. Serrano fut renommé. Ceci se fit grâce à l'immense appui que lui prêtait M. D., consul... à Vera-Cruz et qui, d'accord avec Serrano, faisait de grandes affaires de douanes. M. D. avait déjà envoyé un courrier extraordinaire pour demander que le commandement fût retiré au général Woll et laissé à Serrano, mais le général Almonte n'y consentit pas et laissa la question pendante pour qu'elle fût décidée par le général Forey à son arrivée à Vera-Cruz. Aussitôt arrivé M. D. alla le voir et le prévint contre le général Woll.

« A son arrivée à Vera-Cruz le général Forey commença par destituer le général et à dissoudre le gouvernement de M. Almonte. Ces mesures produisirent un si mauvais effet dans l'intérieur du pays que les forces qui combattaient Juarez se mirent sous ses ordres. Si le général Forey avait parlé à M. Almonte avant de dicter de semblables mesures, tout se serait aplani selon la volonté de Sa Majesté » — l'empereur Napoléon — « sans donner motif au mécontentement des Mexicains. A Cordova et Orizaba, le général

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Almonte a dû travailler avec énergie pour éviter que les populations ne devinssent ennemies de l'intervention, parce que les démagogues, exploitant la destitution d'Almonte, ont essayé de répandre l'idée que la guerre était nationale.

a Le général Forey , sans consulter M. Almonte ni M. de Saligny , a destitué toutes les autorités établies par M. Almonte, autorités qu'il était convenable de maintenir pour appuyer par leur influence le but de l'intervention. Le général Forey a nommé de nouvelles autorités qui ne donnent aucune garantie, parce qu'elles ne sont pas sincèrement dévouées au parti de l'ordre. Le parti démagogue, qui ne se repose jamais et qui a des agents de tous les côtés, à su faire arriver les siens jusqu'au commandant Billard , directeur politique du général Forey, qui se sont emparés de son esprit. M. Billard ne consulte ni le général Almonte ni M. de Saligny et ne prend aucun conseil d'eux ; il agit selon les inspirations des démagogues qui ont su le capter, et la politique qu'il suit est telle qu'elle dégoûte et décourage tous les partisans de l'ordre. Dieu sait ce qui va résulter de tout cela... Les démagogues qui se croyaient perdus, respirent déjà; ils font courir le bruit que les partisans de l'ordre sont partisans du clergé, ce qui produit son effet sur les Français et même sur l'esprit de M. Billard... On ne connaît pas le pays qui est extrêmement exceptionnel, et l'on ne veut pas consulter les personnes qui peuvent donner sur lui des renseignements exacts...

« Nous ne croyons pas être plus capables que les dignes généraux de l'empereur, mais nous croyons, qu'étant dans notre pays, nous le connaissons mieux qu'eux; nouscroyons aussi que nous pouvons mieux que personne leur donner des renseignements exacts, nécessaires, relatifs aux mouvements » — de troupes, — « aux personnes qui habitent les villes et villages occupés par l'ennemi et qui peuvent être utiles, ainsi qu'aux localités où l'on pourrait trouver des moyens de transport, etc. Mais on ne demande rien, on

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n'écoute rien ou l'on méprise ce que nous disons, ou bien on consulte des personnes ignorantes.

« L'empereur, avec sa haute pénétration et sa lucide intelligence, a compris l'influence morale qu'exercerait la vue de l'armée mexicaine à côté des Français, comme alliée. Il comprit si bien l'importance de cette armée qu'il ordonna qu'elle fût payée, entretenue, etc., pour éviter que cette réunion d'hommes, n'ayant rien à manger, ne se mît à voler et à commettre des excès';il a voulu qu'elle fût payée et entretenue pour utiliser ses services et châtier ceux qui tromperaient. M. Billard a eu le talent de rendre le résultat d'une mesure aussi sage, contraire aux vues de l'empereur, parce que la meilleure mesure, mal appliquée, produit des effets opposés à ceux qu'on attend. C'est ce qui a eu lieu, car la manière dont on paie l'armée, » — ayant l'air d'une aumône, — « a blessé non seulement l'officier, mais encore le soldat; ainsi quoiqu'il » — ce dernier — «reçoive deux réaux et demi par jour, qui est la paie mexicaine, il déserte, et la désertion estsi grande que lorsqu'on arrivera àPuebla, il n'y aura plus personne. Quant aux officiers, à commencer du général, la paie qu'on leur a assignée est si petite qu'elle ne suffît pas à leur dépense. Au général en activité de service, on lui donne 120 piastres ; à celui qui n'est pas en activité, — la moitié; a un colonel en activité 90 piastres et ainsi de suite. « Ces sommes misérables, » — pour le Mexique — « données de la manière dont on les donne, ont dégoûté tout le monde, car rien n'influence tant le Mexicain que ce qui blesse son amour-propre.

« Il semble que le génie de l'imprévoyance conseille en tout les chefs français et les met ainsi en contradiction avec les ordres et les vues de l'empereur. Au mois de décembre, les troupes françaises pouvaient être maîtresses de Puebla, si l'on avait déployé l'énergie que les circonstances exigeaient; mais comme on passe beaucoup de temps dans les dîners et les soirées, il est probable que le mois de décembre et celui de janvier passeront sans que l'on fasse le

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mouvement général. On perd ainsi un temps précieux; on donne à Juarez et à ses partisans le temps d'interrompre les communications, d'empêcher l'arrivée des vivres, d'interner tous les moyens de transport que l'armée française pourrait utiliser, et ce qui est pire, c'est que les agents des démagogues font déserter des Français pour les enrôler sous les bannières de Juarez, comme déjà il y a eu plusieurs cas, » — de désertion.

« Nos amis de l'intérieur et de Mexico se désespèrent de tous ces retards; les habitants des villes ou villages occupés parles Français meurent de faim; tout leur coûte 300 "/« de plus que ce qu'ils ont toujours payé, et, comme ils ne peuvent bouger, la misère est dans les familles et beaucoup maudissent l'intervention, au lieu de la bénir, parce qu'elle leur apporte la faim, la misère et la ruine, au lieu de la paix, de la tranquillité et du bonheur. Tout cela provient de la torpeur de ses mouvements, tant dans la politique qui se suit, que dans les opérations militaires qui devraient s'entreprendre. Lorsqu'on les fera, ils ne donneront plus les résultats qu'ils auraient donné. »

Cette phrase prophétique me dispense déjuger l'exactitude de ces détails, donnés d'Orizaba par un homme qui déplorait la conduite inconcevable de nos chefs, parce qu'elle usait, discréditait l'intervention, dans laquelle il espérait beaucoup pour son pays, et qui faillit renouveler au Mexique la guerre de la péninsule. Grâce à des ordres nouveaux, à des conseils qui furent enfin écoutés nous n'eûmes pas une seconde guerre de 1808, mais nous eûmes un second siège deSaragosse, et, vraiment, nous avons fait tout ce qu'il fallait pour l'avoir. Quant à ce qui concernait l'armée mexicaine, mon correspondant était si bien renseigné, en disant ce qu'il dit à ce sujet, que le 6 novembre, M. Billiard se crut obligé d'afficher la note suivante sur les murs d'Orizaba : « Le général en chef de l'armée française a donné l'ordre que l'armée mexicaine fut nourrie, vêtue et payée aux frais du trésor français. Cette disposition ne saurait être consi-

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