‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 7 sur 17 · III · texte numérisé non relu

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un concordat qui réglât cette affaire. Sans cet accord préalable l'empire était mort-né, car le jour où l'on sut au Mexique que cet accord n'existait pas, l'empereur eut encore des amis, mais l'empire n'en avait plus, et l'année ne se passa pas, sans voir commencer son agonie. En Europe, la question des biens nationalisés pouvait se limiter à une mesure financière plus ou moins grave; au Mexique c'était une question de vie ou de mort; il est donc étrange que le parti réactionnaire, ultra-catholique, représenté par M. Gutierrez et monseigneur Labastida, n'ait point insisté sur la nécessité de résoudre cette question, avant de partir pour le Mexique.

En voyant la composition de l'entourage de l'empereur sur la Novara, tous ces hommes appelés à diriger ses conseils, qui divisaient — sans savoir pourquoi — le Mexique, en départements et par classes, on devait s'attendre à tous les gâchis administratifs et politiques qui ont précipité la chute de l'empire au lieu de le consolider. Pour un pays s'affaissant sous le poids des dettes, ne présentant plus qu'un monceau de ruines sociales, économiques, industrielles et commerciales, on préparait des décrets pour la préséance dans les cérémonies publiques, l'institution d'un nouvel ordre, de nouvelles médailles, une garde palatine, une cour dispendieuse; les routes faisaient défaut, on manquait de ressources, et loin de songer à faire des routes, à se créer des ressources, on s'occupait d'habits brodés, de" créer au palais, en faveur des étrangers qui suivaient l'empereur, des fonctions importantes et bien rétribuées. On voyait se renouveler sur la Novara l'histoire de ce Français qui voulant établir dans les déserts de l'Amérique un magasin de marchandises à l'usage des Peaux Rouges, composait son stock de plumeaux, de toiles d'Irlande, de porcelaines fines et de services de thé! Entre de telles mains, quelles pouvaient être les destinées de l'empire ? Saigné à blanc par les conseillers de l'empereur, il devait être étouffé par ses ministres.

Le 24 avril, la Novara s'arrêta à^Gibraltar; ses "hôtes furent

fêtés par les autorités anglaises qui dînèrent à bord. Le 27, elle se remit en route, et arriva le 16 mai à la Martinique. L'empereur, toujours bon avec les malheureux, donna la liberté à plusieurs officiers mexicains prisonniers et une somme de mille francs à ceux qui devaient attendre le décret d'amnistie. Le 28 mai, à six heures du matin, la Thémis jeta l'ancre à Vera-Cruz, annonçant que l'empereur arrivait, et dans l'après-midi de ce même jour la Novara vint à son tour s'ancrer entre le fort Saint-Jean d'Uloa et Sacrificios.

La nouvelle du départ de Leurs Majestés de Miramar était arrivée au Mexique, le 15 mai. Ce jour-là, le général Almonte prit les rênes du pouvoir comme lieutenant de l'empereur. Avant de se dissoudre, la régence, dans un manifeste à la nation , rendit compte de la situation actuelle du Mexique, et de celle dans laquelle la régence l'avait trouvée au mois de juillet 1863. Ce manifeste, trop long pour être cité, contient des passages que l'empereur aurait bien dû méditer avant d'inaugurer une politique contraire à celle des régents, il y aurait trouvé des enseignements utiles. « Un gouvernement, est-il dit dans ce document, qui devait son existence à l'action combinée des intérêts nationaux et de la France magnanime et civilisatrice, devait refléter dans sa conduite, les éléments auxquels il devait son origine... Le gouvernement provisoire n'a pas trouvé un seul employé dans aucune des branches de l'administration ; les archives les plus importantes étaient dispersées ou mutilées... Le trésor public, sans un seul centime, les ressources qui devaient l'alimenter entièrement desséchées, non seulement par l'imprudence et l'incapacité, mais encore par le système vraiment criminel du gouvernement déchu qui avait dépeuplé les villes et les campagnes, annihilé l'agriculture, tué l'industrie et le commerce, et détruit partout la sécurité, la paix et la confiance... Sans revenus, sans employés ni archives... sans organisation politique, militaire et judiciaire, sans rien, en un mot, pour aider le gouvernement provisoire, il lui aurait été impossible de faire un pas, sans la coopération efficace des

hommes et de la politique de l'intervention... Le gouvernement a mis à la tête des différents emplois politiques des hommes, dont le patriotisme et la probité les rendaient dignes d'être les collaborateurs et les interprètes du gouvernement. » Après avoir parlé de ce qu'avait fait la régence, malgré la modicité de ses ressources, pour le bien-être du pays, l'instruction publique et les sciences, le manifeste ajoute : « Le gouvernement provisoire a la satisfaction d'annoncer que, pendant son existence, le Mexique a vu, comme un phénomène, payer religieusement tous les employés et les marchés du service public. »

Dans la soirée du 28 mai, le général Almonte se rendit à bord de la Novara et remit ses pouvoirs à l'empereur qui le nomma grand maréchal du palais , fonction équivalente à une retraite de la direction.politique du pays. Ce même jour, • l'on afficha, dans Vera-Cruz, la proclamation suivante de l'empereur :

— « Mexicains. — Vous m'avez désiré. Votre noble nation, par une majorité spontanée , m'a désigné pour veiller, à partir d'aujourd'hui, sur l'avenir de vos destinées. Je m'empresse de répondre avec joie à cet appel.

« Quoiqu'il m'ait été pénible de dire adieu pour jamais à mon pays et aux miens, je l'ai fait cependant, persuadé que la Providence m'a assigné, par votre vote, la noble mission de consacrer mon cœur et toute mon énergie à un peuple qui, fatigué des luttes désastreuses, désire sincèrement la paix et le bien-être, à un peuple qui, ayant reconquis son indépendance, veut goûter enfin les fruits de la civilisation et du vrai progrès.

« La confiance dont nous sommes mutuellement animés sera couronnée d'un glorieux succès si nous demeurons constamment unis pour la défense des grands principes, uniques fondements durables des États modernes, les principes d'inviolable et d'immuable justice, d'égalité devant la loi, du chemin ouvert à tous pour toute carrière et toute position sociale, la complète liberté des personnes résu-

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mant en elle la protection de l'individu et celle de la propriété, le développement de la richesse nationale, les améliorations de l'agriculture, des mines et de l'industrie, l'établissement de voies de communication pour un commerce étendu, enfin le libre essor de l'intelligence dans toutes ses relations avec l'intérêt public.

« Les bénédictions du ciel, et avec elles le progrès et la liberté, ne nous manqueront pas si tous les partis, se ralliant à un gouvernement fort et loyal, marchent de concert au but que je viens d'indiquer et si nous sommes toujours animés du sentiment religieux, cachet distinctif de notre belle patrie, même aux époques les plus malheureuses.

« Le drapeau civilisateur de la France, élevé si haut par son noble empereur, auquel vous devez la résurrection de l'ordre et de la paix, représente les mêmes principes. C'est là ce que vous disait, dans un langage sincère et désintéressé, il y a quelques mois, le chef des troupes françaises, prophète en quelque sorte d'une nouvelle ère de félicité : tout pays qui désire un avenir parviendra à être grand et fort en suivant cette voie. Unis, loyaux et fermes, Dieu nous donnera la force d'atteindre le degré de prospérité que nous ambitionnons.

« Mexicains, l'avenir de votre beau pays est en vos mains. Quant à moi, je vous offre la volonté sincère, la loyauté et la ferme intention de respecter vos lois et de les faire respecter avec une autorité inébranlable. Dieu et votre confiance constituent ma force. Le pavillon de l'indépendance est mon symbole. Ma devise, vous la connaissez : Impartialité dans la justice. J'y serai fidèle toute ma vie. A moi de tenir le sceptre avec confiance, l'épée de l'honneur avec fermeté. A l'Impératrice est dévolue la tâche, digne d'envie, de consacrer au pays tous les nobles sentiments d'une fervente chrétienne et la tendresse d'une mère dévouée.

« Unissons-nous donc pour atteindre le but commun. Oublions un sombre passé. Ensevelissons les haines de partis, et l'aurore de la paix et d'une félicité méritée se lèvera

radieuse sur le nouvel empire. — Maximilien. — Vera-Cruz, 28 mai. »

Le lendemain matin, dimanche 29 mai, Leurs Majestés après avoir entendu la messe à bord, débarquèrent à Vera- Cruz, vers six heures, reçurent les clefs de la ville, et partirent pour la Soledad où elles arrivèrent à neuf heures du matin. Les journaux de Vera-Cruz de cette époque, sont remplis de poésies en l'honneur des jeunes souverains, poésies entourées de fleurs, placées aux portes et aux balcons des maisons, recueillies et publiées par la presse locale; tous disent que la réception fut enthousiaste et brillante ; des lettres particulières affirment qu'elle fut plus brillante qu'enthousiaste. C'est possible. Leurs Majestés ne faisant que traverser cette ville à une heure aussi matinale, l'accueil qu'on leur fit dut se ressentir de cette double circonstance; puis, il ne faut pas oublier que le désordre et les révolutions enrichissaient les négociants des ports mexicains; et qu'un gouvernement régulier devait les effrayer.

A la Soledad eut lieu un déjeuner auquel assistèrent les principaux personnages de la suite de Leurs Majestés, et ceux qui devaient les accompagner jusqu'à Loma-Alta où s'arrêtait alors le chemin de fer. A Loma-Alta, les souverains montèrent en voiture, escortés d'un escadron commandé par le colonel D. Miguel Lopez et de cent lanciers du général Galvez. Entre le Paraje et le Cerro del Chiquihuite, un essieu de la voiture impériale se rompit pendant l'obscurité de la nuit, et comme il n'y avait aucun moyen de la réparer, Leurs Majestés continuèrent la route dans la voiture occupée par les généraux de Maussion et Galvez. Le vent se leva avec tant de force, et la pluie tomba en telle abondance que les torches portées par l'escorte s'éteignirent avant d'atteindre Paraje nuevo. Heureusement, des Indiens envoyés de Cordova, arrivèrent peu de temps après, leurs cris de joie et la lumière de leurs innombrables torches, changèrent le lugubre de la situation en une vraie fête. Le cortège impérial arriva à deux heures et demie du matin à

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Cordova, et trouva la ville illuminée et remplie de spectateurs.

De Cordova à Mexico, le voyage de Leurs Majestés ne fut qu'une série ininterrompue d'ovations les plus frénétiques.

Le dimanche 12 juin 1864, après avoir entendu la messe à Notre-Dame de Guadalupe, Leurs Majestés montèrent en chemin de fer à neuf heures du matin et arrivèrent à Mexico un quart d'heure après. Des voitures les attendaient pour les conduire à la cathédrale où fut chanté un Te Deum. La ville était pavoisée, ornée de fleurs, encombrée d'arcs de triomphe; une multitude en délire acclamait les souverains. Presque tous les États s'étaient fait représenter à cette solennité par des députations. Les fêtes durèrent trois jours. Depuis l'entrée du duc d'Alburquerque, jamais Mexico n'avait vu pareille 'réjouissance; depuis celle d'Iturbide, en 1821, on n'avait jamais vu semblable enthousiasme.

L'impératrice, née à Bruxelles le 7 juin 1840, avait vingtquatre ans et cinq jours ; l'empereur né le 6 juillet 1832 au palais de Schœnbrunn, avait trente-deux ans. Ils étaient bien jeunes pour créer un empire ! Avant d'esquisser les mesures prises par l'empereur pour consolider son pouvoir et régénérer le Mexique, je dois dire dans quelle situation il trouva le pays au mois de juin 1864. A cet effet je me servirai d'une lettre de M. Zamacona, ministre de Juarez; elle donne des détails très importants sur les faits et gestes des troupes juaristes et sur la situation faite au Mexique par la sage administration de la régence, et l'impulsion donnée aux opérations militaires par le général Bazaine. Ces détails ne paraîtront pas suspects, venant d'une telle source; ils corroborent ce que j'ai déjà dit et prouvé sur l'opportunité d'une intervention européenne au Mexique et sur la popularité de cette intervention tant désirée, et si impatiemment attendue du peuple mexicain. Voici les principaux extraits de cette longue lettre.

« Très secrète. — M. le président de la république, avocat D. Benoit Juarez. — Saltillo, 16 juin 1864. — Mon très cher

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ami et respectable monsieur. — Un incident qui vient de se passer me décide à rompre le silence, que j'ai gardé depuis longtemps avec vous, sur la marche des affaires publiques et principalement sur les faits qui ont eu lieu dans cette ville. Au coin de la rue où se trouve la « commandance militaire, » l'officier qui présidait une commission de la leva — recrutement forcé — est venu jusqu'à moi secouant son fouet d'un air menaçant, parce que je voulais lui prouver qu'un malheureux qu'il venait de prendre — pour l'armée — était un domestique honorable ayant une nombreuse famille.

« Ce n'est pas ce fait qui est le motif déterminant de cette lettre... mais ce qui vient de se passer m'a fait comprendre au vif l'impression produite par ce genre d'excès sur les populations, et m'engage à considérer les résultats, qui, dans l'opinion publique, doivent donner ce ferment odieux de haine qui s'introduit dans le sein d'une infinité de familles comme un mauvais levain. La multitude de faits semblables qui se sont passés sous mes yeux ces jours-ci, m'ont fait beaucoup réfléchir. Aujourd'hui même, le président de la municipalité m'a confié un enfant de quatorze ans, dont le père, un pauvre artisan ayant cinq enfants en bas âge et infirme, a été enlevé ces jours-ci pour l'armée. Sa femme fit plusieurs démarches pour le délivrer et quelques visites au quartier, accompagnée de sa fille aînée qui fut séduite par un mauvais sujet du même bataillon dans lequel son père venait d'être incorporée. Arrachée des bras de sa mère, cette petite fille fut retenue plusieurs jours dans cette même caserne, et, lorsqu'elle put s'échapper, elle a souffert de tels traitements et sa mère de telles menaces que l'autorité politique a dû chercher une maison qui pût servir de refuge et de garantie à la jeune fille. Quelles peuvent être les dispositions de cette population si l'on en doit juger par celles de cette mère de famille, plongée dans la misère avec cinq enfants, craignant de perdre son mari, dont la maladie ne lui permettra pas de résister aux fatigues de la marche et ayant sous ses yeux le

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spectacle d'une fille déshonorée et perdue? Je déduis de ce cas les impressions dominantes parmi le peuple, parce que, je le répète, les cas de ce genre sont très nombreux. Les excès de toutes les sortes et les actes de violence ont pris de telles proportions depuis que ces troupes ont reçu Tordre de quitter la ville que l'autorité politique s'est vue obligée d'autoriser les citoyens à faire feu sur les commissions de recrutement, puis elle a donné avis de cette mesure à la commandance militaire.

« Cette commandance part demain avec ses troupes; il serait donc inutile de parler du mal une fois que le remède est donné, mais, monsieur le président, ce que je viens de vous raconter n'est pas le mal, mais un de ses symptômes. Le mal est plus profond; il a ses racines dans les conseils du gouvernement et se lie à l'espèce de politique qui se développe depuis très longtemps.

« Permettez-moi de vous dire deux mots à ce sujet. Vous savez que je n'ai jamais péché par intrusion, et que depuis longtemps je ne vous ai pas parlé des affaires publiques; mais la crise actuelle est arrivée à un point où nous voyons que les Mexicains n'auront plus de patrie, quoique cette époque ne soit pas encore très rapprochée. Me recueillant en moimême pour voir ce qu'on pourrait contre un tel malheur, j'ai reconnu que tous mes efforts se limitaient à communiquer mes pauvres idées, mais bien intentionnées, à celui qui est chargé de nous sauver... Je crois avoir plus de raison que l'apôtre, en m'adressant à vous, et en criant, comme lui « Seigneur, sauvez-nous, » parce que je sens comme lui que les vagues viennent de plus en plus pour nous engloutir, qu'il nous manque même la superficie — du terrain — que nous foulons, et je ne puis attendre, comme lui, notre salut d'un prodige surnaturel, mais de l'appui commun des forces humaines. En effet, monsieur, les flots de l'invasion progressent sans digue, ni résistance, et ces confins du pays oit ces flots ne sont point encore arrivés, cèdent sous nos pieds et se changent en terrain non sûr et ennemi.

« Ces idées ne sont point celles d'un esprit assombri ; depuis longtemps je les entends formuler par la bouche de tout le monde. Aussi, les amis du gouvernement qui résident ici avaient pensé de vous les exposer dans une lettre confidentielle, et quoiqu'ils ne soient pas encore d'accord sur la forme qu'ils doivent lui donner, et sur le plus ou le moins de convenance d'un tel acte collectif, tous, s'accordent à juger la situation politique comme moi. Je ne crois pas, monsieur le président, que tous les citoyens qui ont suivi le gouvernement et tous ceux qui lui ont donné des preuves de loyal patriotisme puissent être taxés de panique.

« Ils ne peuvent moins faire de s'impressionner en voyant devenir une réalité les plans et les espérances de l'intervention qui, il y a un an, provoquaient nos rires et que nous appellions chimères. Comment l'envahisseur s'est-il étendu dans le pays, établissant d'immenses lignes militaires non interrompues? Comment a-t-il eu la tranquillité nécessaire pour s'occuper de travaux propres aux temps éminemment pacifiques? Comment a-t-il pu rétablir la ligne télégraphique depuis Queretaro jusqu'à Vera-Cruz, la reliant à Chalchicomula par une autre ligne? Comment a-t-il fait arriver jusqu'à Paso Ancho les travaux du chemin de fer? Comment a-t-il régularisé le service des postes? Comment a-t-il rétabli la sécurité sur les principales routes? Comment a-t-il pu séduire certaines populations? Comment a-t-il capté la confiance du public qui met en ses mains des convois d'argent comme on ne l'avait pas vu depuis longtemps? Comment attire-t-il à lui des membres du parti indépendant? Comment gagne-t-il du terrain parmi les cours étrangères et le crédit financier, jusqu'au point que le frère de l'empereur d'Autriche se décide à occuper le trône élevé au Mexique par l'intervention, et que même le sage roi des Belges induit sa fille à ceindre la couronne mexicaine, et enfin que les banquiers de Paris et de Londres ouvriront au nouvel empire leurs coffres pour la réalisation d'un emprunt? L'impression est encore plus profonde lorsque le tableau qui précède se com-

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pare à celui que présente le gouvernement national. Dans le courant de cette année nous sommes tombés du piédestal glorieux sur lequel nous avaient élevés Zaragoza et les vaillants défenseurs de Puebla. Voilà longtemps que la presse étrangère ne parle plus des défenseurs de notre indépendance dans les termes de respect et de sympathie qu'elle employait même après notre départ de la capitale. Jusqu'au ministre des États-Unis qui a abandonné le pays et que l'on dise ou croie ce que l'on voudra, je suis sûr qu'il est parti avec des impressions défavorables sur la situation du gouvernement.

« A l'intérieur, nous avons perdu presque tous les centres de population importants, et le pire est que l'ennemi a fait la conquête matérielle de toutes ces localités, sans avoir empêché les esprits de lui faciliter la conquête morale à laquelle il aspire, et, qu'il a réussi, par un système sage, sinon à captiver les sympathies des Mexicains au moins à les refroidir pour la défense nationale. Notre gouvernement se trouve dans un coin du pays ignoré des populations les plus reculées qui, parce motif, se sont jetées, comme le Yucatan, dans lès bras de l'intervention et n'ont pas seulement relâché les rênes du pouvoir jusqu'à s'en affranchir, mais encore elles ignorent ce que font et se proposent de faire dans ces districts éloignés ses délégués politiques et ses généraux. La défense nationale n'étant point sujette à faction du gouvernement, elle a pris un caractère anarchique et destructeur, fécond seulement en ruines et mauvais renom. Dans cette dernière moitié de l'année nous n'avons rien fait contre l'ennemi, mais nous avons beaucoup laissé faire contre le pays et ses habitants. La politique paraît limitée, d'après l'organe officiel du gouvernement, à l'attente des fruits que peuvent produire les erreurs et les embarras de nos adversaires... La nation, instruite par l'expérience de cette année ne veut pas qu'on livre son existence et son avenir au hasard des complications qui pourraient surgir dans la politique européenne, au triomphe du gouvernement fédéral des États-Unis et aux

embarras éventuels qui pourraient embourber l'intervention. En vue des progrès incroyables qu'elle a pu faire dans le courant de cette année, il est à craindre que les envahisseurs et leurs auxiliaires arrivent, faute d'obstacles suscités par nous autres, à dominer toutes les difficultés et réaliser les plans les plus absurdes, sic; et le gouvernement, d'autre part, devrait penser que lorsqu'un pouvoir ne s'exerçant plus, tombe dans l'oubli ou le discrédit, il ne se conserve pas, mais il se suicide... etc. — M. M. de Zamacona. »

Lorsqu'un ministre de Juarez parle de son gouvernement de cette manière, n'ai-je pas raison de déplorer l'ignorance ou la mauvaise foi des écrivains et des orateurs qui font Téloge de ce gouvernement, en ne s'inspirant que de leurs intérêts mesquins ou de leurs petites rancunes? Heureusement pour la vérité, les rancunes des partis et les passions privées passent avec ceux qui les ont nourris, et l'histoire reste avec son implacable logique des faits, pour faire justice de tous ces plaidoyers vénéneux et mensongers, publiés contre les intérêts généraux de la patrie.

Une autre lettre d'un ancien directeur de la douane de Matamoros me donne sur la situation des frontières du Rio-Grande des détails connus de l'empereur, lorsque Sa Majesté donna le commandement d'une brigade au général Cortina. — Nouvelle-Orléans, 5 juin 1864. — a Sous la férule du bandit Cortina qui commande ici, on ne peut plus vivre en sûreté dans son intérieur domestique. En une heure, on vous enlève la nuit de votre lit, et vous êtes fusillé, sous la moindre dénonciation de ses satellites et cela sans vérification, ni information. Dans l'espérance que les frontières seraient bientôt occupées par les troupes franco-mexicaines, je me réfugiai à Brownsville, mais un acte infâme des Yankees, commis sur la personne de Manuel Baron, secrétaire de Vidaurri, qu'ils livrèrent à la demande de Cortina, me fit comprendre le danger de rester en cet endroit et je partis pour la Nouvelle- Orléans, en route pour la Havane.

« Vous qui connaissez la frontière vous devriez montrer

la nécessité de sa prompte occupation. Les ressources de la douane de Matamoros sont considérables maintenant, à cause de cotons, et sont les seules qui soutiennent le gouvernement moribond de Juarez.

« Les Américains unionistes ne pouvant lui donner une protection déclarée, le secourent de toutes les manières possibles et l'encouragent à continuer la résistance, malgré les protestations qu'ils font au Français de ne se mêler de rien. Nous devons occuper immédiatement la frontière, pour payer cette canaille — sic — avec la même monnaie, et protéger les confédérés, dont la séparation définitive du nord nous intéresse tant. Cette séparation est d'une grande importance pour l'empire mexicain, parce que si cet ennemi colossal et naturel de notre race, ne se détruis pas luimême, nous aurons au moins deux républiques faibles et incapables, chacune de son côté, d'empêcher la consolidation de la paix et de l'ordre que nous nous proposons d'établir.— C. M. »

L'empereur , en arrivant à Mexico , n'entama aucune transaction provisoire avec le clergé, relativement aux biens ecclésiastiques ; il mit à la porte du ministère, des préfectures, en un mot, de toutes les administrations importantes, presque tous les impérialistes, et les remplaça par des juaristes ou des fédéraux, c'est à dire, ses ennemis politiques naturels. Au ministère des affaires étrangères, il nomma même M. Fernando Ramirez, républicain ardent, connu par son antipathie pour l'intervention, et qui n'avait pas voulu faire partie de l'assemblée des notables en 4863. En inaugurant cette politique funeste, contraire aux notions les plus élémentaires de la politique qu'il devait suivre, complètement opposée à celle que le bon sens devait lui inspirer et qui avait été suivie jusqu'alors avec tant de succès par la régence, l'empereur se suicidait; il enlevait les quelques chances de vitalité que pouvait avoir l'empire, et ressuscitait le parti juariste écrasé par la direction donnée aux affaires du Mexique par le général Almonte et le général Bazaine.

L'empereur s'imaginait se rendre populaire, en montrant de la confiance aux ennemis du régime monarchique et de l'intervention ; mais pour réussir dans cette voie, il eût fallu que l'intervention et le régime monarchique n'eussent pas eu les sympathies de la nation, et c'est justement parce que l'immense majorité du peuple mexicain voulait l'intervention et la monarchie que l'impopularité de l'empereur devint générale dès les premiers mois de son séjour au Mexique. Le choix de ses ministres, de ses conseillers et de ses préfets ne pouvait être plus malheureux pour la consolidation de l'empire, car, on n'a jamais vu des républicains créer une monarchie. Aussi, n'est-il pas étonnant de voir les partisans du clergé faire, dès lors, une opposition sourde au gouvernement impérial, les conservateurs se tenir à l'écart et déplorer la conduite de l'empereur qui repoussait le pays vers l'abîme, les libéraux relever la tête, conspirer contre l'empire et notre armée, enfin voir commencer ce fâcheux désaccord entre le général Bazaine et le gouvernement impérial. D'après la correspondance publiée parM. de Keratry, on voit que ce désaccord commença dès les premiers jours de juillet 1864, qu'il s'accentue fortement dans la lettre du maréchal adressée à l'impératrice, le 24 septembre de la même année, et qu'il ne fait qu'augmenter jusqu'à l'arrivée du général Castelneau, quoique les rapports personnels de l'empereur et du maréchal fussent naturellement toujours courtois.

L'organisation de l'armée mexicaine devait être, après l'arrangement des biens nationalisés, la première occupation de l'empereur. Une organisation économique et provisoire, faite dans le but de pacifier le pays, devait précéder une organisation définitive et plus en rapport avec la dignité d'un empire. En effet, il était d'une bonne politique de mettre toujours l'armée mexicaine en avant, afin que les balles étrangères fissent couler le moins possible le sang mexicain. Nous devions multiplier dans les capitales de province nos garnisons, de manière à les rendre comme un centre au-

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tour duquel pivotaient les troupes impériales. De la sorte, les Français restaient dans leur rôle de soutien; d'aide, ils appuyaient les troupes mexicaines qui auraient elles-mêmes, sous notre direction et soutenues par nous, pacifié leur pays; on les aguerrissait ainsi, on les moralisait, au lieu de les laisser s'effacer et s'anéantir derrière nous.. Pour arriver à cette pacification, nous avons dû adopter le système des colonnes mobiles, abandonner des villes que nous occupions momentanément, les livrer ensuite aux vengeances des juaristes et mécontenter tout le monde. Aussi, la pacification, qui était un fait accompli en 1864, ne l'était plus à la fin de 1865, où les troupes juaristes ne parcouraient plus le pays par guérillas, mais par corps d'armée.

L'organisation économique et provisoire de l'armée mexicaine devait se faire d'abord au moyen de recrutement en usage dans le pays, mais qu'on aurait modifié pour lui enlever le caractère odieux qu'il a. Ce mode vicieux aurait été changé plus tard contre celui proclamé parSanta-Anna, mais en attendant, on pouvait en faire usage. On pouvait également enrôler, sans crainte de défection, les officiers et les soldats de l'armée juariste, car, bien payés, bien nourris et bien vêtus, les Mexicains se battent fidèlement pour ceux qui les paient, quels qu'ils soient.

Les généraux D. Augustin Ziris et Joaquin de Castro se seraient volontiers chargés d'instruire l'infanterie. Le gé- 'néral D. Miguel Andrade se serait pareillement chargé de l'instruction de la cavalerie, et le général D. Martin Carrera aurait organisé l'artillerie. Ces généraux, à peu près nuls en campagne, étaient d'excellents instructeurs. Chaque brigade d'infanterie devait être formée de trois bataillons et de six pièces de campagnes, et chaque brigade de cavalerie, de trois" régiments et d'une batterie montée de quatre obusiers de douze. Pour cette organisation, il fallait laisser de côté toutes nos idées européennes et ne voir que l'économie, les nécessités du moment et les habitudes du pays en cette matière. Quant au service des transports, on devait commencer

par des contrats pour des chariots et mulets de bagage ; l'expérience ayant prouvé que, lorsque le gouvernement achetait les mulets et les chariots, les frais étaient plus considérables et le service mal fait. Deux brigades d'infanterie, une de cavalerie et une batterie supplémentaire de six obusiers de campagne auraient formé une division légère de 4,800 fantassins, 1,000 cavaliers et 200 artilleurs, en tout 6,000 hommes, sans comprendre le dépôt.

Au général Marquez, on pouvait en toute sûreté confier le commandement d'une de ces divisions. Homme actif, ayant l'habitude de la guerre, un nom redouté des libéraux et une bravoure incontestable, Marquez pouvait en une seule campagne doubler le nombre de ses troupes. Sachant se faire obéir et craindre, il aurait seulement fallu l'habituer luimême à obéir, ce qui n'aurait pas été difficile. Le général de brigade D. Severo Cantillo pouvait également commander une division. Honnête, instruit, intelligent et brave, ce général n'avait qu'un défaut, celui d'être sourd. Quant aux généraux de brigade, on pouvait choisir parmi D. Manuel Diaz de la Vega, D. Silverio Ramirez, D. Gregorio del Gallejo, D. Felicio Liceaga, D. Elisio Ruelas, Marin, Chacon, Tavera et autres. Marquez et Castillo auraient opéré, l'un au centre sur Queretaro, Guanajuato, Léon, Aguas-Calientes et Zacatecas ; l'autre à l'ouest, sur Morelia, Guadalajara, Golima, Tepic et San-Blas. Le général Vicario, brave soldat, redouté dans le sud, par Alvarez lui-même, se serait chargé de la pacification du sud de Mexico, en le laissant recruter son monde et se battre un peu à la cosaque, tout en lui donnant les fonds nécessaires a son entreprise, et remettant à plus tard le soin de régulariser son armée. Quant à Thomas Mejia, dont on connaissait déjà les exploits, qui avait battu, le 27 décembre dernier, Negrete, à San Luis Potosi , lui faisant 845 prisonniers, lui prenant 1,500 fusils, toute son artillerie, un drapeau et lui tuant un nombre considérable de soldats; Mejia qui venait récemment, — au mois de mai, — de concert avec le colonel Aymard, de mettre en déroute Doblado

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et son armée à Matehuala, lui faisant plus de 1,200 prisonniers, lui prenant 36 canons, onze obusiers, un drapeau et une quantité considérable de munitions de guerre ; Mejia, peut-être nommé trop tôt, par Miramon, général de division, aurait eu bien vite, avec un bon chef d'état-major, pacifié le Cohahuila, le Nuevo-Leon et le Taumalipas, par sa bravoure et son intelligence indienne.

L'infortuné Maximilien, ne connaissant ni les hommes, ni les choses du Mexique, et ne consultant que ses théories, chargea, le 7 juillet 1864, le général Bazaine d'élaborer un projet de réorganisation de l'armée mexicaine; il ht reviser les brevets des officiers supérieurs; puis, oubliant le projet de réorganisation, ne tenant aucun compte du rapport de la commission chargée de la révision des brevets, il élimina presque tous les officiers interventionistes et conservateurs, mettant les uns à la retraite, envoyant les autres en mission hors du Mexique. Marquez et Miramon devinrent suspects à l'Empereur, vers la fin de 1864. Je crois que ce n'était pas à tort, ces deux officiers, influencés par la politique suivie par l'Empereur et le parti du clergé dont ils étaient les deux principaux défenseurs, étaient forts mécontents. Afin que ce mécontentement ne se traduisît pas par une révolte ouverte, l'Empereur envoya le premier à Jérusalem et le second à Berlin.

Voici quelques lettres adressées au général Woll et qui feront connaître la situation de l'armée mexicaine, et comment s'opérait sa prétendue réorganisation.

« S. Luis Potosi, 28 juillet 1864. — Mon ami et cher compagnon. — Aujourd'hui mes troupes partiront pour Victoria ; je les rejoindrai demain ; mais avant de partir je vais vous ennuyer.

« Au commencement de cette année, ma division se trouvait en campagne, du Venado à Matehuala, complètement nue. Le froid de la saison rendit malade mes soldats, et dans cette situation j'eus recours au général en chef de l'armée franco-mexicaine, lui demandant des vêtements. Il m'auto-

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