‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 6 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

solde, sans rations, sans vêtements; misérables au dernier degré, ils présentent le plus odieux contraste avec leurs officiers supérieurs, qui, chamarrés d'or et d'argent, vivent dans le luxe le plus insolent

« Le gouvernement actuel, à en juger par les derniers événements, devrait se trouver dans une situation satisfaisante pour ce qui concerne ses ressources pécuniaires. Il a perçu jusqu'à l'occupation de Vera-Crux par les Espagnols le produit des douanes des deux mers ; il dispose de tous les revenus de l'intérieur; il est maître de tous les biens du clergé s'élevant à la somme fabuleuse de cent millions de piastres; il s'est approprié, en outre, les biens et les capitaux appartenant à l'instruction publique et aux établissements de bienfaisance; il a décrété une suspension générale de tous les paiements, même de ceux stipulés par les conventions, de sorte que les dépôts entrent dans le trésor de la nation ; la mémoire nous manque pour énumérer les impôts et contributions qu'il a créés , et qu'il fait payer par anticipation en menaçant de la prison et de l'exil les récalcitrants; il dispose à son gré des terrains vagues et des mines abandonnées, et pour combler la mesure il a déclaré biens uationaux tous les biens particuliers... Un peu plus d'une année a suffi pour dissiper d'aussi immenses ressources, sans qu'un seul insiant les auteurs d'un gaspillage aussi inqualifiable aient eu en vue le bien public. Orphelins et pensionnaires, employés et militaires, tous sont réduits a la mendicité. Si au moins ils avaient l'espoir de trouver un refuge dans un de ces nombreux hospices que la charité chrétienne a consacrés aux malheureux! Mais les ressources des établissements pieux ont été engouffrées par la caisse sans fond du trésor, et les édificesconvertis en hôtels ou distribués en lots pour satisfaire au luxe d'infâmes spéculateurs.

« Tel est l'état des choses auquel viennent se joindre les innombrables maux dont j'ai parlé et qui forment, pour ainsi dire, le fond du tableau de nos prospérités. Il est inutile d'ajouter que par suite de ces circonstances le commerce est

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paralysé, l'industrie en décadence, que l'agriculture est ruinée et manque de bras, que toutes les professions chôment, que débiteurs et créanciers sont en état de faillite; à tout cela vient se joindre le manque des objets de première nécessité, la cherté des prix ; en un mot tout est ruine et désolation... »

A ces causes déjà si puissantes pour faire désirer un nouveau gouvernement, je dois ajouter d'autres faits omis pour ne point interrompre ma narration. Dès le commencement de 1862, les dix principaux États du Mexique furent mis en état de siège; puis vinrent les réclamations du ministre de Prusse, M. Wagner, contre l'impôt forcé de 2 % sur les capitaux; la saisie des capitaux destinés par legs aux établissements pieux, l'anticipation des contributions, la suspension des garanties individuelles, le subside extraordinaire de guerre, le doublement des droits et des impôts, la contribution forcée de 500 francs par personne pour réunir la somme de 4 millions, les contributions extraordinaires sur les propriétés urbaines, la suppression des chapitres ecclésiastiques et la défense de porter l'habit ecclésiastique, le travail forcé aux fortifications de Mexico pour tous les hommes de seize à soixante ans, sauf à payer trois réaux par jour pour se faire exempter, la protestation de M. Wagner contre l'impôt de 1 % sur les meubles et immeubles décrété le 12 septembre, l'expulsion des Français de Mexico, le nouveau subside de guerre de 762,000 francs, l'impôt de 1 % par mois et d'un quart les autres mois sur tous les capitaux au dessus de vingt-cinq piastres, la vente des communautés religieuses de Puebla et la défense aux religieuses de se réunir dans des maisons particulières, l'élévation de 10 % des droits d'essai et autres sur l'argent, la vente des biens des personnes soupçonnées de favoriser l'intervention, l'impôt forcé de 1 % sur les capitaux de mille piastres et au dessus, l'élévation du droit de timbre et l'impôt de 1 % sur toutes les factures et écritures publiques ou privées, la suppression des communautés religieuses dans toute la répu-

blique, la retraite du ministre de Prusse, enfin le 30 mai 1863, la dissolution du gouvernement dé Juarez et sa fuite vers San Luis Potosi.

Comprend-on maintenant pourquoi le gouvernement de Juarez était exécré partout où s'étendait sa lourde tyrannie et sa soif insatiable d'or, et pourquoi l'intervention fut franchement accueillie avec enthousiasme? Pouvait-il en être autrement?

Les écrivains qui ont fait de la politique de parti auraient bien dû étudier l'histoire du Mexique avant de la dénaturer d'une manière aussi absurde, pour dénigrer le gouvernement français et donner de ridicules louanges à Juarez, dont on ne connaissait aucun de ses actes. .

A peine Juarez fut-il parti de Mexico, qu'un mouvement en faveur de l'intervention éclata le 1 er juin dans la capitale. Le général D. Bruno Aguilar en était le chef; il envoya au général Forey un acte, couvert de mille signatures, demandant la convocation d'une assemblée de notables, dans laquelle se trouveraient réunis des représentants de toutes les classes de la société pour nommer un gouvernement provisoire, d'accord avec le général Almonte. En attendant l'arrivée des troupes françaises, les étrangers s'armèrent pour maintenir l'ordre, et le général D. Mariano Salas fut chargé du commandement politique et militaire de la place. Il n'eut qu'à préparer la fête du 10 juin, en l'honneur de l'entrée solennelle du général Forey et de ses alliés. Le 16 juin, le commandant en chef le corps expéditionnaire, lança le décret suivant :

« Considérant qu'il est urgent d'organiser les pouvoirs publics qui doivent remplacer l'intervention dans la direction des affaires du Mexique;

« D'après les informations du ministre de l'empereur, je décrète ce qui suit :

Art. 1 er . Un décret spécial, présenté par le ministre de l'empereur, désignera trente-cinq citoyens mexicains qui formeront un conseil supérieur de gouvernement.

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Art. 2. Ce conseil se réunira dans le local qui lui sera désigné, deux jours après le décret de sa nomination.

Art. 3. La séance d'installation sera présidée par le plus ancien d'âge, assisté des deux membres les plus jeunes en qualité de secrétaires.

Art. 4. Le conseil supérieur procédera, dans cette première séance, à la nomination du président et de ses secrétaires. L'élection ne sera valide que lorsque les candidats élus auront obtenu la moitié, plus un des votes donnés.

Art. 5. L'installation des dignitaires élus aura lieu dans la même séance.

Art. 6. Le conseil procédera ensuite à la nomination de trois citoyens mexicains, qui seront chargés du pouvoir exécutif et de deux suppléants pour ces hautes fonctions. L'élection ne sera valide que lorsque les candidats auront obtenu la moitié, plus un des votes donnés.

Art. 7. Aussitôt que les membres du pouvoir exécutif seront élus, ils recevront la direction des affaires du Mexique.

Art. 8. Le conseil supérieur désignera les honoraires que doivent recevoir les membres du gouvernement provisoire.

Art. 9.... Il sera convoqué en assemblée générale par son président, pour traiter les affaires les plus importantes, quand le demandera le pouvoir exécutif.

Art. 10. Le conseil supérieur s'adjoindra pour former l'assemblée des notables, 215 membres choisis parmi les citoyens mexicains, sans distinction de rang ni de classe.

Art. 11. Pour appartenir à l'assemblée des notables, il sera nécessaire d'avoir vingt-cinq ans accomplis et de n'être point inhabile pour aucune faute politique ou civile.

Art. 12. Les réunions de l'assemblée des notables s'effectueront immédiatement après la constitution de ce corps.

Art. 13. La première séance sera destinée à l'élection du président et de deux secrétaires qui seront installés immédiatement par le bureau provisoire, composé du plus ancien d'âge et des deux membres les plus jeunes.

Art. 14. L'assemblée des notables s'occupera avant tout de la forme du gouvernement définitif du Mexique.

Le vote sur cette question devra réunir au moins les deux tiers des suffrages exprimés.

Art. 15. Dans le cas où cette majorité de deux tiers ne serait pas obtenue, après trois jours de scrutin, le pouvoir exécutif dissoudra l'assemblée des notables, et le conseil supérieur procédera, sans délai, à la formation d'une nouvelle assemblée.

Art. 16. Les membres de l'assemblée précédente pourront être réélus.

Art. 17. L'assemblée des notables, après avoir déterminé la forme du gouvernement définitif, s'occupera des questions qui lui seront présentées par le pouvoir exécutif.

Art. 18. Les secrétaires du conseil supérieur et de ses diverses sections, ainsi que ceux de l'assemblée des notables, rédigeront le procès-verbal des séances; ils signeront, avec les présidents, les résolutions votées par ces corps, qui se transmettront au pouvoir exécutif.

Art. 19. Les séances du conseil supérieur et de ses sections, de même que celles de l'assemblée des notables ne seront pas publiques. Les actes officiels pourront être publiés dans les journaux, toutes les fois qu'ils leur seront remis par les secrétaires avec l'autorisation des présidents respectifs.

Art. 20. Les membres du conseil supérieur et ceux de l'assemblée des notables n'auront aucun honoraire.

Art. 21. Les membres du pouvoir exécutif se partageront les six ministères ; ils nommeront individuellement leurs em- . ployés pour toutes les fonctions dépendant de leurs ministères respectifs ; ils auront aussi la faculté de les destituer.

Art. 22. Le pouvoir exécutif recevra , pour être promulguées comme décrets, les résolutions de l'assemblée des notables. Il aura le droit de veto absolu sur ces résolutions. Les projets de loi préparés par le conseil supérieur se transmettront par son canal à l'assemblée des notables.

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Art. 23. Les fonctions du pouvoir exécutif cesseront dès le moment de l'installation du gouvernement définitif, proclamé par l'assemblée des notables.

Art. 24. Le ministre de l'empereur reste chargé de l'exécution du présent décret qui sera inséré dans le Bulletin des actes officiels de ï intervention.

« Donné à Mexico, le 16 juin 1863. Le général de division, sénateur , commandant en chef le corps expéditionnaire au Mexique, — Forey. »

Le 18 juin, les trente-cinq membres du conseil supérieur furent nommés. Leur installation eut lieu le 22 juin. Le pouvoir exécutif élu par ce conseil se composait du général D. Juan N. Alinonte, de Mgr D. Pelagio Antonio de Labastida, archevêque de Mexico, et du général de division D. Mariano Salas. Le premier suppléant était D. Juan B. de Ormaechea, évêque élu de Tulancwigo, et le second, D. Ignacio Pavon, président de la suprême cour de justice.

Ce triumvirat était une combinaison fâcheuse, mais nécessaire alors. Il parut utile de faire représenter le clergé au gouvernement provisoire, pour rassurer lés masses vis-àvis de l'intervention française. La France passant aux yeux des populations d'origine espagnole, trop libérale en politique et pas assez catholique en religion, la nomination de monseigneur Labastida devenait, pour le peuple mexicain, une garantie de notre respect pour sa foi religieuse. Le général Salas, ancien président, homme très honorable et très respecté, représentait le parti militaire. Le général Almonte, qu'on pourrait appeler le Monck du Mexique, représentant la politique libérale, intelligente et eonciliatrice de la France, servait de trait d'union entre les partis. Cette combinaison était donc fort sage en apparence, mais elle ne répondit pas à ce qu'on avait espéré.

Le 27 juin, le triumvirat nomma des sous-secrétaires d'État pour composer son ministère. D. J. M. Arroyo fut chargé des affaires étrangères ; D. José Ignacio Amevas eut le portefeuille de l'intérieur; D. Felipe Raygosa, celui de la

justice, des cultes et de l'instruction publique ; D. José Saïazar Ilarregui, celui des travaux publics; D. Juan de Peza, celui de la guerre et de la marine, et D. Martin de Castillo y Cos, celui des finances.

Deux jours après la nomination officielle des ministres , le pouvoir exécutif publia, sous forme de décret, la liste des notables élus par le conseil supérieur. Les deux tiers de ces notables étaient des propriétaires ; l'armée, l'Église, la diplomatie, la magistrature, le barreau , le commerce et l'industrie fournissait l'autre tiers, dans lequel on voyait d'anciens employés de toutes les branches de l'administration, d'anciens fonctionnaires, des professeurs de science et des arts libéraux, un lithographe, un ingénieur, un tisserand, deux cordonniers, deux peintres et deux orfèvres. Ces deux cents quinze représentants de la nation appartenaient à toutes les provinces du Mexique. Celle de Mexico fournit 75 membres ; celle de Vera-Cruz, 22; celle de Puebla, 16; celle du Jalisco, 14; celle de Queretaro, 13; celle de Guanajuato9; celle de Oajaca, 8; celle de Michoacan, 6; celle de Durango, 6; celle d'Aguas Calientes, 6; celle de Zacatecas, 5 ; celle de San-Luis Potosi, 5; celle de Tlaxcala, 5; celle de la Sonora, 4; celle du Sinaloa, 4; celle du Tamaulipas, 3 ; celle du Yucatan, 3; celle de Chiapas, 3; celle du Nuevo Léon, 3 ; celle de Tabasco, 2 ; celle du Chihuahua, 2 et celle de la Basse-Californie, 1.

A la réunion préparatoire qui eut lieu le 7 juillet, trentequatre membres firent défaut, pour cause de maladie, d'affaires ou de refus de faire partie de l'assemblée. Les membres qui refusèrent étaient au nombre de sept; je les cite parce qu'on les verra plus tard servir ou conspirer contre l'empire, ce sont : MM. Luis Cuevas, Fonseca, Morales, Olloqui, Orozco y Berra, Fernando Ramirez et Rio de la Loza. Le 8 juillet, jour de l'installation solennelle de cette assemblée, D. Teodosio Lares, président; D. José Maria Andrade et D. Alejandro Arango y Escandon, secrétaire du conseil supérieur, furent nommés dans ces mêmes quali-

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tés à l'assemblée des notables. A cette séance l'assemblée nomma pareillement une commission composée de MM. Ignacio Aguilar y Marocho, Joaquin Velazquez de Léon, le général D. Santiago Blanco, Cayetano Orozco et D. Teofilo Marin pour statuer sur la forme du gouvernement qu'on adopterait pour le Mexique.

Le 10 juillet, cette commission lut à l'assemblée un rapport, par lequel elle concluait en faveur de la monarchie. Ce rapport commence par une historique abrégé de toutes les révolutions qui ont bouleversé de fond en comble le Mexique, ruiné, démembré le pays et démoralisé ses habitants; il s'étend sur les causes et les conséquences de ces révolutions ; démontre que depuis le curé Hidalgo, c'est à dire depuis 1810, le parti monarchique s'est toujours montré, toujours révélé, et qu'en différentes circonstances les monarchistes faillirent réussir à changer la forme d'un gouvernement qui avait amené la ruine de la patrie et qui était si opposé aux mœurs, aux coutumes, aux goûts de la nation et les remplacer par la monarchie à laquelle était habitué le peuple mexicain depuis des siècles. Voici les conclusions de ce rapport :

« Résumant donc brièvement ce qui vient d'être exposé, la commission croit avoir démontré de la manière la plus satisfaisante :

« 1° Que le système républicain, soit sous la forme fédérative, soit sous celle de la plus énergique centralisation du pouvoir, a été depuis l'époque où il a été mis en pratique la source de tous les maux de notre patrie, et que le bon sens et l'expérience politique ne permettent pas d'espérer qu'on puisse les faire cesser autrement qu'en extirpant l'unique cause qui les a produits;

« 2° Que l'institution de la monarchie est la seule convenable pour le Mexique, surtout dans les circonstances présentes, parce que combinant en elle l'ordre avec la liberté, et la force avec la justice, elle parvient presque toujours à vaincre l'anarchie, à refréner la démagogie immorale et désorganisatrice par sa propre nature;

« 3° Que pour fonder ce trône il n'est pas possible de choisir un'souverain parmi les enfants du pays, — bien qu'il renferme des hommes d'un mérite éminent — par ce motif que les qualités essentielles pour constituer un monarque sont de celles qui ne s'improvisent pas, qu'il n'est pas donné à un simple particulier de posséder ut de réunir, et qui bien moins encore s'obtiennent au moyen du vote populaire;

4° Que parmi les princes brillant autant par la splendeur d'une naissance illustre que par l'éclat des qualités personnelles, l'archiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche, est désigné au choix de la nation pour régir ses destinées, comme un des rejetons les plus éminents de la race royale, autant par ses qualités personnelles, sa haute instruction, son intelligence élevée que par son aptitude au gouvernement.

« En conséquence, la commission soumet à la délibération souveraine de cette respectable assemblée les propositions suivantes :

1° La nation mexicaine adopte pour forme de gouvernement la monarchie tempérée et héréditaire sous un prince catholique;

2° Le souverain prendra le titre d'empereur du Mexique;

3° La couronne impériale du Mexique sera offerte à S. A. I. et R. le prince Ferdinand-Maximilien d'Autriche pour lui et ses descendants;

4° Dans le cas où , par des circonstances qu'on ne peut prévoir, l'archiduc Ferdinand-Maximilien ne prendrait pas possession du trône qui lui est offert, la nation mexicaine s'en remet à la bienveillance de S. M. Napoléon III, empereur des Français, pour qu'il indique un autre prince catholique à qui la couronne sera offerte.

— « Mexico, 10 juillet 1863. — Aguilar. — Velazquez de Léon. — Orozco. — Marin. — Blanco. »

La lecture de ce rapport, dit le procès-verbal de cette séance, fut fréquemment interrompue par des applaudissements enthousiastes et prolongés. Les propositions de la commission furent acceptées à l'unanimité par les deux cent

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trente membres présents à la séance. Le lendemain elles furent publiées sous forme de décret. Danslaséancedu 11 juillet, l'assemblée adopta une proposition, faite par un grand nombre de ses membres, de remercier.au nom de la nation, MM. le général Forey, les officiers supérieurs de l'armée française, M. de Saligny, le général Almonte, M. Gutierrez de Estrada et quelques autres personnages. Elle déclara, en outre, que jusqu'à l'arrivée du souverain, le gouvernement provisoire exercerait ses fonctions avec le caractère de régence. Peu de jours après, la régence nomma une commission pour porter à l'archiduc Maximilien le décret de l'assemblée des notables et lui offrir la couronne du Mexique. Voici la lettre par laquelle le pouvoir exécutif annonce ces événements à l'archiduc.

« A Son Altesse impériale et royale apostolique, monseigneur l'Archiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche, empereur élu du Mexique. — Palais impérial de Mexico, le 12 juillet 1863. — Monseigneur.

« En attendant que la commission qui doit se rendre le plus tôt possible auprès de Votre Altesse impériale et royale apostolique ait pu lui transmettre officiellement les vœux de la nation mexicaine représentée, conformément au droit public et aux usages traditionnels de notre pays, par une assemblée des notables, nous croyons devoir l'informer que la dite assemblée des notables, dans sa séance du 10 courant, a pris les résolutions, fait les déclarations suivantes, lesquelles ont été sur-le-champ promulguées et publiées par le pouvoir exécutif, au milieu d'une allégresse universelle.

« L'assemblée constituante des notables, représentant la nation mexicaine, déclare : — suivent les quatre décrets cités à la page précédente.

« Cela fait, l'assemblée procéda à l'organisation du gouvernement chargé d'administrer le pays, pendant l'absence et jusqu'à l'arrivée du souverain. Elle décida que les membres*du gouvernement provisoire prendraient le titre de régents et continueraient à exercer l'autorité suprême, au nom

UISTOIRE DU MEXIQUE.

de Votre Altesse impériale et royale apostolique, empereur élu du Mexique.

« Nous avons la conviction que Votre Altesse impériale et royale apostolique ne refusera pas de servir de souverain et de père à un malheureux peuple, épuisé depuis cinquante ans par tous les maux, auquel aucune épreuve douloureuse n'a été épargnée. Nous avons compté sur le grand cœur et les hautes qualités qui distinguent Votre Altesse impériale et royale apostoliqu e et l'ont désignée à nos suffrages . Nous avons compté sur le droit que nous avions presque de demander un prince à la race de nos premiers souverains catholiques, pour décider Votre Altesse impériale et royale à se consacrer à la grande œuvre de la régénération de la nation mexicaine, devenue possible par la généreuse intervention de la France et de son glorieux empereur.

« Heureux de voir notre patrie bien-aimée, sauvée de l'abîme où s'engloutissaient son indépendance, son territoire et jusqu'à son honneur, ne voulant pas douter que Votre Altesse impériale et royale apostolique n'accepte la noble et pénible tâche que lui imposent nos vœux enthousiastes, et pour laquelle elle aura le concours de tout un peuple reconnaissant, nous sommes fiers de nous dire les premiers et dès aujourd'hui, au nom de la patrie entière, — Sire,— de Votre Majesté, — les très bumbles, très obéissants et très fidèles serviteurs. — Les président et membres de la régence : — le général de division, Juan N. Almonte. — le général de division, J. Mariano de Salas. — Docteur Juan B. Ormaechea, évêque de Tulancingo. »

La commission chargée de porter à l'archiduc Maximilien le décret officiel de l'assemblée des notablès se composait de D. José M. Gutierrez de Estrada, D. José Hidalgo, D. Antonio Escandon, D. Tomas Murphy, le général D. Adrien Woll, D. Ignacio Aguilar, D. Joaquin Velasquez de Léon, D.Francisco-XavierMiranda, etD. AngeMglesias comme secrétaire. Les quatre premiers se trouvaient en Europe, les autres s'embarquèrent à Vera-Cruz le 16 août pour Saint-

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Nazaire. Le 3 octobre 1863, la députation fut reçue officiellement par l'archiduc à son palais de Miramar. Voici les .' extraits les plus saillants du discours prononcé à cette occasion par le président, M. Gutierrez.

« Prince, — à peine rendue à la liberté par la puissante main d'un monarque magnanime, la nation mexicaine nous a envoyés vers Votre Altesse impériale, objet aujourd'hui de ses vœux les plus chers, comme aussi de ses plus chères espérances.

« Nous ne nous appesantirons pas aujourd'hui sur les longues tribulations que le Mexique a souffertes; cruelles infortunes, connues de tous, et qui ont fini par en faire un théâtre de désolation et de ruines!

« ... Maître, une fois encore, de ses destinées, instruit de ses erreurs par ses maux, le Mexique fait, en ce moment, un suprême effort pour les réparer... Le Mexique attend beaucoup des institutions qui l'ont régi pendant trois siècles, et qui lui avaient, même en s'effacant, légué un splendide héritage que nous n'avons pas su conserver sous la république démocratique

« Interprètes des aspirations et des intimes souhaits de la patrie, nous venons, en son nom, vous offrir, monseigneur, la couronne du Mexique, qu'un décret solennel de l'assemblée des notables, déjà consacré par l'adhésion de tant de provinces, et qui le sera bientôt, tout l'annonce, par la nation entière, vous décerne librement et spontanément »

A ces paroles, l'archiduc Maximilien répondit :

« Messieurs, — je suis vivement touché du vœu émis par l'assemblée des notables à Mexico, dans sa séance du 10 juillet, et que vous êtes chargés de me communiquer.

« Il est flatteur pour notre maison que les regards de vos compatriotes se soient tournés vers la famille de Charles- Quint, dès que le mot de monarchie a été prononcé.

« Quelque noble que soit la tâche d'assurer l'indépendance et la prospérité du Mexique, sous l'égide d'institutions à la fois stables et libres, je n'en reconnais pas moins, en com-

plet accord avec S. M. l'empereur des Français, dont la glorieuse initiative a rendu possible la régénération de votre belle patrie, que la monarchie ne saurait y être établie sur ' une base légitime et parfaitement solide que si la nation tout entière, exprimant librement sa volonté, vient ratifier le vœu de la capitale. C'est donc du résultat des votes de la généralité du pays que je dois faire dépendre, en premier lieu, l'acceptation du trône qui m'est offert.

«D'un autre côté, comprenant les devoirs sacrés- d'un souverain, il faut que j'exige en faveur de l'empire qu'il s'agit de reconstituer, les garanties indispensables pour le mettre à l'abri des dangers qui menaceraient son intégrité et son indépendance.

« Dans le cas où ces gages d'un avenir assuré seraient obtenus, et où le choix du noble peuple mexicain, pris dans son ensemble, se porterait sur moi, fort de l'assentiment de l'auguste chef de ma famille, et confiant dans l'appui du Tout-Puissant, je serais prêt à accepter la couronne.... »

En attendant les résultats du suffrage général, réclamé par l'archiduc, la commission se sépara pour ne se réunir officiellement que le 10 avril 1864. La dépêche de M. Drouyn de Lhuys au général Bazaine, datée du 17 août 1863, témoigne que le cabinet des Tuileries, de même que l'archiduc considérait le décret de l'assemblée des notables insuffisant pour ressusciter la monarchie au Mexique...

« Nous avons accueilli avec plaisir, dit M. Drouyn de Lhuys dans cette dépêche, comme un symptôme de favorable augure, la manifestation de l'assemblée des notables de Mexico, en faveur de l'établissement d'une monarchie et le nom du prince appelé à l'empire. Cependant, ainsi que je vous l'indique dans une précédente dépêche, nous ne saurions considérer les votes de cette assemblée que comme un premier indice des dispositions du pays. Avec toute l'autorité qui s'attache aux hommes qui la composent, l'assemblée recommande à ses concitoyens l'adoption d'institutions monarchiques, et elle désigne un prince à ses suffrages.

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« Il appartient maintenant au gouvernement provisoire de recueillir ces suffrages de manière qu'il ne puisse planer aucun doute sur l'expression de la volonté du pays. Je n'ai pas à vous indiquer le mode à adopter pour que ce résultat indispensable soit complètement atteint : c'est dans les institutions et les habitudes locales qu'il faut le chercher. Soit que les municipalités doivent être appelées à se prononcer dans les diverses provinces, à mesure qu'elles auront reconquis la disposition d'elles-mêmes, ou que les listes soient ouvertes par leurs soins pour recueillir les votes, le mode le meilleur sera celui qui assurera la plus large manifestation des vœux des populations dans les meilleures conditions d'indépendance et de sincérité. L'empereur, général, recommande particulièrement ce point essentiel à toute votre attention... »

Laissons de côté tout commentaire sur la manière dont fut appréciée la manifestation de l'assemblée des notables par l'archiduc Maximilien et le gouvernement français. Tandis que la commission de cette assemblée se promenait en Europe, des événements importants se passaient au Mexique. Je vais citer les principaux d'après des lettres intimes. La première est de Santa-Anna.

« — Saint-Thomas, 18 juillet 1863. — ... Je suis très heureux devoir qu'il y existe dans la capitale un gouvernement national composé d'hommes honnêtes qui organiseront avec intelligence les différentes branches de l'administration publique. Je serais également très heureux d'apprendre que le pays s'est constitué au plus tôt à la satisfaction de tous les bons Mexicains.

« Il y a déjà longtemps que je me serais présenté dans ce pays pour mettre mon grain de sable à cette œuvre de régénération politique, mais quelques amis de Vera-Cruz m'ayant dit qu'il y avait des ordres du général Forey pour m'en interdire l'entrée* j'ai envoyé mon fils Angel, afin qu'il vît ce qu'il pouvait y avoir de vrai en cela.

« Arrivé à Vera-Cruz, le 27 du mois dernier par le pa-

quebot anglais, Angel eut une entrevue avec le commandant militaire et comprit que, s'il n'y avait pas une prohibition à ma rentrée, elle devait être précédée d'un manifeste public dans lequel je jurerai de soutenir l'intervention française. Ensuite, on exigea d'Angel qu'il le fît immédiatement; ce qu'il refusa, en disant : « Que, si son père acceptait la for- « mule indiquée, il n'y aurait de sa part aucun inconvénient « à faire de même. » Le chef militajre ne fut pas satisfait et sans attendre d'autres raisons, il le fit consigner sur un navire de guerre, où il resta jusqu'au retour du paquebot anglais.

« Vous pouvez juger de mon étonnement, en apprenant ces faits. Aussi, je suspendis mon voyage que j'allais effectuer, parce qu'il ne m'était plus possible de me présenter dans mon pays, sous d'aussi défavorables auspices.

« Il paraît que l'alarme du commandant de Vera-Cruz provint d'un article que mon fils Pepe écrivit et publia à la Havane, pour démentir un journal espagnol dans lequel on avait pris la liberté d'annoncer que « j'irai promptement à « Vera-Cruz pour munir aux envahisseurs du Mexique, et « combattre mes compatriotes. » Mon fils Pepe agit motu proprio, animé d'un zèle naturel en faveur de son père et assura qu'en écrivant ainsi, il le faisait autorisé par lui. Sa conduite ne pouvait pas être plus noble; mais comme en politique, il est le plus souvent maladroit de parler avant le temps, je lui ai manifesté le chagrin que m'avait causé son article, parce que j'en prévoyais les fâcheuses conséquences. — A. L. de Santa-Auna. »

Je crois qu'Angel avait mal compris le commandant de Vera-Cruz, car il y avait des ordres pour laisser pleine liberté à Santa-Anna de rentrer quand il voudrait. Le manifeste que son fils prétendait lui être demandé, était, au contraire, des plus inutiles, depuis que le Mexique avait un gouvernement régulier ; Santa-Anna, n'étant pas rentré dans sa patrie avant le 16 juin, ne pouvait plus y rentrer que comme simple citoyen, et loin d'exiger de lui une proclamation, on ne pouvait exiger que son silence.

INTERVENTION FRANÇAISB.

Le 1 er août, M. Hidalgo, nommé depuis, ministre du Mexique, à Paris, écrivait à l'un des membres du conseil supérieur: «Les bonnes nouvelles se suivent maintenant, comme autrefois les mauvaises. Nous sommes ici très contents et très satisfaits de ce qui se fait au Mexique. Il est très important que non seulement la capitale, mais encore les départements, et même les villages, produisent des actes demandant l'archiduc, parce que je crains, et avec raison, que s'il reçoit seulement l'adhésion de la capitale, l'archiduc ne retarde son voyage. — Hidalgo. »

Une autre lettre d'un de mes amis m'apprend que de tous côtés on suscitait des embarras à la régence. Le 17 août, il écrivait : « On a célébré la fête de notre protecteur l'empereur Napoléon avec un Te Deum, une revue, des courses de taureaux et des feux d'artifice, de sorte que le maréchal Forey est enchanté. Nous restons dans la même position au point de vue des opérations militaires. Les exigences deviennent tous les jours plus grandes; tout le monde demande de l'argent et murmure quand on n'en donne pas. Tous veulent être servis les premiers, quoique ils n'aient rien fait que de rester dans leurs maisons à Mexico, tandis que nous travaillions. Marquez continue la guerre. On ne veut pas croire que Miramon soit de bonne foi, néanmoins le maréchal Forey a ordonné qu'on lui paie sa solde. Des dissidents se présentent tous les jours, et donnent leur adhésion au nouvel état de choses. Doblado a signifié à Juarez de changer sa politique, son ministère, et de lui donner des facultés de toutes sortes. Les populations de l'intérieur demandent avec avidité qu'on leur envoie des troupes pour les sauver. »

Le rappel en France de M. de Saligny paraît avoir causé un certain émoi parmi bon nombre de Mexicains, qui n'oubliaient point les services rendus à leur cause par ce diplomate : « Les municipalités de Mexico, Puebla, Cholula et Vera-Cruz, écrivait M. Almonte, le 25 août 1863, au général Woll, alors à Paris, envoient des exposés à S. M. l'empereur m. 9

Napoléon pour le prier de ne pas rappeler M. de Saligny, parce que son changement aurait de très mauvais résultats pour le pays. Étant sur le terrain, vous pourriez les appuyer, soit auprès de l'empereur Napoléon, soit auprès du nôtre, et faire comprendre combien il est important que M. de Saligny ne quitte pas cette légation. — J. Almonte. »

Le 27 août, le général Santiago Blanco écrivait également au même personnage : — « Par le dernier paquebot nous est arrivé la nouvelle que le ministre de France, M. le comte Dubois de Saligny était rappelé. Vous le connaissez et savez que ses talents, la connaissance qu'il a des personnes et la grande confiance qu'il inspire au parti conservateur le font considérér comme l'âme de tout ce que nous avons vu contre la démagogie et en faveur de l'ordre et de l'empire. De sorte que le départ de M. de Saligny est, pour les bons 3ïexicains, un puissant motif de découragement; et, pour les démagogues, le retour en Europe de cet habile diplomate, est une victoire. — S. Blanco. »

La conduite de M. de Saligny au Mexique a beaucoup été critiquée. J'ai eu des preuves que la calomnie la plus noire était au fond de toutes ces critiques. Si M. de Saligny avait imité la plupart des ministres étrangers et quelques-uns des nôtres, il aurait quitté le Mexique avec des millions au lieu de revenir pauvre.

Une lettre de Marquez, datée du 2 septembre, tout en donnant des détails sur la situation du pays, fait des allusions à des mesures coercitives ordonnées par la régence ou le général Forey ; elles furent blâmées à Paris et retirées ensuite. Voici, du reste, le contenu de celte lettre. — « Les derniers événements qui ont eu lieu ces jours-ci sont d'une importance relative, considérant la situation du pays. L'attention générale est absorbée par la détention et la déportation de Payno, Morales, Puente del Rio et quelques autres personnages du parti démagogique. Leurs manœuvres ostensibles en faveur de ce qu'ils appellent la liberté, ont enfin trouvé un arrêt. Cet ignominieux parti palpe déjà son impuissance,

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et à mesure qu'il s'évanouit, il pense pouvoir renouveler ses efforts et s'agite toujours.

« Les journaux vous auront appris les mesures prises dans toutes les branches de l'administration. Les résultats de quelques-unes ne seront pas immédiats, mais sûrs. Les affaires les plus importantes ne sont pas encore soulevées, parce qu'on attend l'arrivée de l'empereur pour les arranger et les résoudre

« A l'intérieur il y a quelques mouvements ; il y a des désirs d'aller en avant, et l'on aurait déjà fait davantage, si les armes aidant l'opinion, l'on eût vérifié la promenade militaire que l'on prépare seulement.

« L'on travaille à moraliser les classes qui servent la nation. Ce point est délicat, parce que toute la difficulté consiste dans le choix du personnel. Néanmoins, vous pouvez être sûr que nous allons bien. Vous connaissez les éléments sur lesquels le pays compte, et c'est pourquoi vous comprendrez combien il est important que l'empereur arrive. C'est à lui qu'est réservée l'impulsion qu'il doit donner à la machine, nous conduisant à l'apogée et à la grandeur que nous attendons. — L. Marquez. »

Au sujet des décorations distribuées par le général Forey aux officiers mexicains, plusieurs choix furent vivement critiqués par les Mexicains mêmes. Je ne sais si toutes ces croix récompensaient des faits de bravoure, mais il me semble que l'étoile d'honneur ne devait briller que sur des poitrines honorables, et l'on sait qu'elles ne l'étaient pas toutes. Le 10 septembre, un officier qui n'était pas parmi les élus me disait dans une lettre : « Demain seront décorés les généraux Marquez, Ziris, Andrade, Lozada, Monténégro, Taboada, Facio » — celui qui passa peu de temps après par un conseil de guerre pour affaires de détournements dans les contrats Marquez — « et Gutierrez, les colonels Mendez, Torres, Lopez » — celui qui trahit son souverain à Queretaro — « et un sous-lieutenant d'artillerie , tous amis de Marquez; le général Almonte n'a rien reçu, parce qu'il n'a

rien demandé. » Ce système de se tenir toujours à l'écart des faveurs et de ne rien demander pour lui ou pour ses amis devint très nuisible au général Almonte et lui suscita beaucoup d'ennemis.

Ce même général, dans une lettre du H septembre adressée à l'un de ses compagnons d'arme, disait : « Notre empire gagne du terrain de jour en jour, et l'opinion se fortifie en sa faveur. Nous comptons déjà les départements suivants qui, en entiers, reconnaissent l'empereur : Carmen, Tabasco, \ehuantepec, Vera-Cruz, Puebla, Tlaxcala et Mexico. Nous avons des troupes dans les suivants : Queretaro, Guerrero, Tamaulipas, Aguas-Calientes, Jalisco, Durango, Oajaca, Chiapas et Yucatan. Aussitôt que la colonne d'opérations marchera, ces départements reconnaîtront en entier le gouvernement et proclameront l'empire. »

Puis, il ajoute, en parlant du retard de nos opérations militaires : « Il se perd ainsi un temps précieux, néanmoins, il se présente continuellement des chefs démagogues qui déposent les armes et prêtent serment à l'empire. Doblado a pris enfin les rênes du ministère juariste. Comonfort a le département de la guerre de ce même ministère qui ne vivra que le temps que mettront nos troupes à arriver à San-Luis Potosi, où l'opinion publique se manifeste contre ces messieurs, comme partout où ils vont et dont les excès les font connaître de plus près. — J. Almonte. »

Au mois de septembre 1863, on apprit que le général Forey, par un décret du 2 juillet, était no umé maréchal, rappelé en France et remplacé au Mexique par le général Bazaine. Un ordre du jour, daté du 30 septembre, annonça que le général Bazaine preudrait le commandement des troupes le 1 er octobre. Dans sa proclamation le nouveau chef de l'expédition déclara que sa mission était de veiller strictement à l'exécution du manifeste du général Forey. Il ne pouvait en être autrement. Notre programme était évidemment libéral, sage et devait satisfaire la majorité des intéressés ; monseigneur Labastida et monseigneur Munjia

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firent tous leurs efforts pour faire avorter ce programme; ils oublièrent que Jésus-Christ était né pauvre, aimait et prêchait la pauvreté; ils bouleversèrent tout le pays pour faire rendre les biens du clergé. Les généraux Almonte et Salas ne songeaient qu'au bien de la patrie; monseigneur Labastida ne voyait que les intérêts matériels du clergé ; le général Bazaine ne connaissait que ses ordres. Un conflit était inévitable entre ces différents personnages et ne tarda pas à éclater.

Parmi mes documents du mois d'octobre, je trouve un journal intime, racontant les faits qui se passaient alors, jour par jour. En voici des extraits... « 15 octobre. Le courrier a apporté au général Almonte une lettre de notre empereur F. Maximilien. Cette lettre a fait fureur. Le général avait ouvert les salons du palais pour recevoir ses amis tous les jeudis, depuis la semaine dernière. Cette nuit fut la seconde réception... une multitude de dames envahit les salons; on ouvrit le piano et l'on improvisa un bal. La lettre de notre empereur Maximilien passait de main en main. Français et Mexicains, dames, etc., tous voulaient la voir; c'était un délire... Vous connaissez le caractère mexicain, impressionnable et facile à tourner au bien ou au mal; aussi maintenant que le gouvernement est tout moralité, la société commence à se réformer; c'est un enthousiasme immense.

« Lundi 19. Hier l'archevêque a prêté serment et commence aujourd'hui ses fonctions dans la régence.

« 25. Je crains beaucoup une rupture entre l'archevêque et le général Bazaine, parce que le premier est intransigible dans certaines choses, et aujourd'hui pour bien aller, la politique conciliatrice du général Almonte est nécessaire. »

La lettre de l'archiduc Maximilien qui produisit tant d'enthousiasme dans les salons du palais national, lors de la soirée du 15 octobre, était la réponse à la dépêche du 12 juillet, envoyée par la régence à l'archiduc pour lui notifier les décrets de l'assemblée des notables. Elle est écrite en fran-

çais, de la main de l'archiduc, et adressée au général Almonte. La voici textuellement :

— « Mon cher général. — Par une adresse en date du 12 juillet, la régence que vous présidez a bien voulu m'informer des résolutions adoptées par l'assemblée des notables de Mexico, dans sa séance du 11 du même mois, tendant à substituer au régime républicain une monarchie tempérée, sous un chef ayant le titre d'empereur, et à m'offrir la couronne du nouvel empire.

« En attendant l'arrivée de la députation chargée de me soumettre les vœux de l'assemblée à cet égard, je ne veux pas tarder de vous exprimer, général, à vous et aux deux autres membres de la régence, tous mes remercîments de la communication dont il s'agit, et de vous dire, que je suis vivement touché de ce qu'au moment où, grâce aux généreux efforts de S. M. l'empereur des Français, les souffrances du Mexique semblent toucher à leur terme, la pensée de sa principale commune se soit portée sur moi pour me déférer la noble tâche d'inaugurer parmi vous des institutions qui concilient le progrès avec l'ordre et la morale.

« Si les votes du pays tout entier viennent ratifier le vœu de la capitale, et si les autres conditions dont dépend l'accomplissement de ce vœu se réalisent, je n'hésiterai pas devant les difficultés de cette grande et belle entreprise.

« Quoi qu'il arrive, vous, mon cher général, qui pendant plus de deux ans, avez eu à lutter contre des obstacles de tout genre avant d'arriver au point favorable où les choses sont placées, aujourd'hui pour l'avenir du Mexique, vous • aurez bien mérité de la pairie, et tout bon Mexicain devra rendre hommage à votre courageux dévoûment. La reconnaissance du pays vous récompensera sans doute aussi, de même que vos collègues, du zèle éclairé avec lequel vous vous acquittez delà mission difficile imposée à la régence.

« En recommandant l'empire mexicain à la protection du Tout-Puissant, et en espérant qu'une heureuse solution des questions encore pendantes me ménagera le plaisir de vous

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revoir bientôt, je suis, mon cher général, — votre tout affectionné, — Ferdinand Maximilien. — Miramar, 3 septembre 1863. »

Dans la correspondance qui s'établit alors entre le président de la régence et l'archiduc Maximilien, on voit que des personnes mal intentionnées faisaient courir le bruit que l'archiduc ne viendrait pas. C'est pour démentir ces bruits et paralyser les fâcheux résultats qu'ils avaient que le président de la régence, pressait l'archiduc de hâter son départ. Ces lettres, du reste, sont trop intéressantes pour ne pas en publier quelques-unes.

« A Sa Majesté Ferdinand Maximilien I er , empereur du Mexique. — Mexico, le 21 septembre 1863. — Sire. — «Les deux lettres que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'adresser en date du 6 juillet et du 5 août, me sont exactement parvenues.

« Les nouvelles qui sont arrivées a Votre Majesté depuis lors ont confirmé toutes mes prévisions. Le mouvement en faveur de l'empire et de l'empereur, élu par la volonté nationale, se propage de jour en jour et éclate spontanément partout où les malfaiteurs, auxquels la cause juariste sert de prétexte pour dévaster le pays , se retirent. Il suffit de marcher en avant, je ne saurais trop le redire à Votre Majesté pour voir tomber ce fantôme de résistance. Ce qui est arrivé a Mexico se répétera dans l'intérieur. Le maréchal Forey remet le commandement au général Bazaine à partir du premier octobre. D'après les idées hautement manifestées par ce dernier depuis longtemps, nous pouvons espérer qu'à cette date, les opérations militaires entreront enfin dans une phase d'activité qui leur donnera une solution aussi certaine que rapide.

« Je pense que le jour où cette lettre sera dans les mains de Votre Majesté, l'autorité impériale sera reconnue sur la grande majorité du territoire. Les populations attendent avec impatience la marche de l'armée pdur secouer le joug odieux qui les opprime, et la sincérité de leurs vœux pourra

d'autant moins être mise en doute, que plusieurs d'entre elles n'attendent même pas la force libératrice pour se prononcer.

« Plus que jamais j'ose espérer que Votre Majesté ne laissera pas retarder son départ et, après avoir rendu vaines toutes les intrigues et les manœuvres faites pour empêcher son acceptation, réduira au même sort toutes celles faites pour retarder son arrivée et sa prise de possession. Prolonger l'interrègne est aujourd'hui l'unique et dernier espoir des ennemis du pays; Votre Majesté ne voudra pas le leur laisser. Ainsi que les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous adresser, Sire, je terminerai donc celle-ci, en suppliant Votre Majesté de venir aussi promptement que possible prendre les rênes du gouvernement de son empire et de ne pas croire à une résistance qui n'existe que dans les journaux, comme résistance politique, et qui, en réalité, n'a pour auteurs, dès à présent, que des gens plus dignes de la poursuite des gendarmes, que de l'attaque d'une armée comme celle qui va les disperser.

« Plein de gratitude pour l'approbation et les bonnes paroles que contenaient pour moi les lettres de Votre Majesté, j'ai l'honneur d'être, avec le plus profond et le plus respectueux dévoûment, etc., — Juan N. Almonte. »

Voici la réponse à cette lettre, écrite également en français : — « Mon cher général. — Au moment où ces lignes vous parviendront, les troupes franco-mexicaines auront, ainsi que le fait espérer votre bonne lettre du 27 septembre, pu reprendre leur marche libératrice vers les provinces encore soumises au pouvoir des terroristes et mettre les populations de ces provinces à même de se prononcer librement sur le régime politique qu'elles désirent se donner. Si comme vous croyez pouvoir me l'assurer d'avance et comme semblent l'indiquer les manifestations partielles qui vous arrivaient déjà de ces contrées, les vœux de la grande majorité de la nation m'appellent au trône, l'une des conditions essentielles de mon acceptation se trouvera remplie.

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« J'espère que d'ici là, grâce aux démarches que s'apprêtent à faire en ce moment plusieurs membres de la députation à Paris, Londres et Madrid, on pourra compter sur la réalisation de l'autre condition, celle que vous avez si bien définie vous-même, en réclamant un traité de garantie entre le Mexique et les puissances signataires de la convention du 31 octobre 1861.

« Tenez pour certain, mon cher général, que je n'hésite en aucune façon ; ma résolution est bien prise et, depuis mon discours du 3 octobre, elle est proclamée à la face du Mexique et du monde; je n'attends, pour prendre les rênes du gouvernement, que l'accomplissement des conditions que non seulement ma dignité , mais l'intérêt bien entendu de votre patrie elle-même m'ont obligé de poser. Cette assurance, je vous l'ai déjà donnée dans ma lettre du 10 octobre, et je me plais à la renouveler ici; vous pouvez en faire tel usage qui vous paraîtra utile pour dissiper les doutes qui pourraient encore subsister au Mexique.

« L'archiduchesse et moi nous nous réjouissons d'avance de la consolation que vous aurez de voir bientôt votre l'amille, et je suis, mon cher général, avec une estime sincère, — votre très affectionné — Ferdinand Maximilien. — Miramar, 4 novembre 1863. »

Voici cette lettre du 10 octobre, dont l'archiduc parle dans la précédente; elle est pareillement en français et je la publie textuellement.

« Mon cher général. — C'est avec bien du plaisir que j'ai reçu votre bonne lettre du 19 juillet dernier, dont le contenu me semble d'une grande importance.

« Et d'abord, on ne saurait nier que vos motifs pour renoncer à votre projet de voyage en Europe ont été des plus justes et des plus fondés. Toute grande qu'eût été l'utilité de votre présence ici, elle était, nul doute, plus nécessaire à Mexico dans ces graves conjonctures. Avec votre tact et votre prévoyance habituelle, vous avez préféré rester à votre

poste dont l'influence est si grande, et votre patriotisme ne doit avoir qu'à s'en louer.

« Parlons maintenant des divers points qui auraient dû être le sujet de nos entretiens si nous vous avions possédé ici pendant quelques jours. Vous commencez par vous rendre l'interprète des vœux qui m'appellent dans le pays. La franche déclaration que j'ai faite, le 3 de ce mois, à la députation mexicaine est déjà connue de toute l'Europe et ne tardera pas à l'être du Mexique. J'ai donc accepté la couronne avec un amour égal à celui avec lequel elle m'a été offerte, mais celte acceptation n'a pas été pleine et absolue, et elle ne pouvait pas l'être. Vous connaissez mes conditions depuis longtemps : conditions nécessaires pour la dignité de ma Maison, pour le respect que je me dois à moi même, et non moins indispensables pour le bonheur du nouvel empire. C'est du pays que je me plais à considérer dès à présent comme mon autre patrie, qu'il dépend désormais en grande partie de rendre mon acceptation complète. Qu'il parle par la généralité de ses enfants, et c'est moi-même qui tiendrai à honneur de lui porter ma réponse, dès que les conditions auxquelles le succès est subordonné en Europe se seront réalisées. Mais, je le répète, il faut qu'ils parlent.

« Je reconnais avec vous, mon cher général, la gravité des autres questions traitées dans votre lettre avec autant de discernement que d'à-propos. Et c'est justement ce qui m'a confirmé dans mon intention de conférer avec la députation envoyée près de moi et dont le patriotisme et les lumières m'étaient pleinement garantis par la confiance dont la régence leur accordait un si éclatant témoignage. Les points 2, 3, 4 et 5 de votre lettre et quelques autres que j'ai cru devoir proposer ont été examinés en ma présence par plusieurs membres de la députation, et le résultat de la discussion sérieuse et approfondie dont elles ont été l'objet se trouve consigné dans un rapport qui va être adressé à Votre Excellence par M. J. M. Gutierrez de Estrada. Je m'en rapporte à la teneur de ce document. Vous y trouverez tout ce

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qu'il me serait possible à moi-même de répondre à tous les points que vous avez bien voulu me soumettre, surtout si vous fixez votre attention sur ma réponse à la députation lorsqu'elle se présenta à moi le S de ce mois.

« La question qui, selon moi, a la plus haute importance est celle qui est relative aux moyens de ramener les trois puissances signataires de la convention du 31 octobre 1861, a cette base légale, si essentielle pour placer la nouvelle monarchie dans des conditions qui garantissent sa sécurité, son indépendance et l'intégrité de son territoire. J'ai vivement apprécié le loyal patriotisme avec lequel Votre Excellence insiste sur ce point capital.

« Il en est un autre sur lequel je dois aussi appuyer tout particulièrement; c'est la prompte pacification des principaux départements de l'intérieur, afin qu'il soit rendu possible à la généralité de la nation d'exprimer librement et clairement ses vœux. C'est là la base indispensable de l'édifice qu'il s'agit d'élever sur des principes solides et stables. C'est pour moi le point de départ dont je ne saurais absolument me passer, comme il vous sera facile de le comprendre. Pendant que l'on travaillera à obtenir ce résultat au Mexique, on s'occupera activement de la solution des graves questions pendantes en Europe.

« Vous me faciliteriez grandement, général, cette dernière tâche en m'envoyant, comme je vous prie de me le faire, régulièrement, par les bateaux de Southampton et de Saint-Nazaire, des rapports détaillés où vous m'exposeriez avec une entière franchise la situation du pays.

« Veuillez me croire toujours, cher et honorable général, — votre très affectionné — Ferdinand-iMaximilien. — Miramar, 10 octobre 1863. »

Dans une lettre du président de la régence, et datée du 8 octobre, le général Almonte envoyait à l'archiduc le plan de Chapultepec pour qu'il indiquât les changements à opérer dans ce château et l'approprier à sa nouvelle destination de résidence impériale. Le général ajoute qu'en attendant, Leurs

Majestés pourraient habiter le palais occupé par le maréchal Forey jusqu'à son départ. Il dit ensuite que la campagne militaire ne peut tarder à s'ouvrir, les mouvements préparatoires étant commencés. Il répète les assertions déjà faites dans sa lettre du 27 septembre, sur la prompte pacification du pays ; il prie l'archiduc d'arriver au Mexique à la fin de décembre, et termine en le suppliant de nouveau de hâter son départ.

Pour bien comprendre l'esprit comme le contenu de cette correspondance, il est nécessaire de donner ici quelques explications. Les craintes de voir l'archiduc ne pas accepter le trône du Mexique, même après l'acceptation conditionnelle du 3 octobre , étaient parfaitement justifiées. L'archiduc se trouvait entre des courants contradictoires qui prolongeaient ses hésitations. M. Jésus Teran, dont on a vu la signature au bas des préliminaires de la Soledad, comme secrétaire de Juarez, était allé à Miramar et faisait tous ses efforts auprès de l'archiduc, comme auprès de son secrétaire, M. le baron de Pont , pour dissuader le prince d'aller au Mexique. D'autre part, M. Gutierrez de Estrada, le P. Miranda et leurs amis, tout en pressant l'archiduc de partir, voulaient le persuader de proclamer une politique conforme à leurs idées.

Des points importants restaient encore à résoudre. L'archiduc aurait pu imiter les présidents signataires des traités de Guadalupe, de la Mesilla, et Mac-Lane en cédant une parlie du territoire mexicain, soit pour obtenir l'argent nécessaire à la réorganisation du Mexique, soit pour dédommager la Fi ance dans ses réclamations, et les sacrifices qui lui restaient à faire. Dans le public il fut même question de l'abandon de la Sonora et du Sinaloa à cet effet ; mais un pareil abandon ne pouvait que jeter un voile défavorable sur le nouvel empire; l'archiduc devait donc maintenir l'intégrité du territoire mexicain; il n'eut aucune peine à la maintenir. Quant aux garanties qu'il demandait des trois puissances cosignataires de la convention de Londres, il ne

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pouvait obtenir de l'Espagne et de l'Angleterre que leur appui moral, et ces puissances s'empressèrent de reconnaître le souverain du Mexique aussitôt que l'empire devint un fait accompli.

Restait la question des finances. Pour la résoudre, l'archiduc recourut à un emprunt. Tous les traités rompus, les engagements contractés et non remplis, en un mot, tout le passé du Mexique devait rendre cet emprunt laborieux. L'argent n'est ni poétique, ni sentimental; aussi, malgré les beaux horizons, malgré les sympathies qui se présentaient en face de la régénération probable de la patrie des Moctezuma, l'emprunt mexicain de 1863-1864 eut un reflet des anciens emprunts contractés par la république, depuis celui de Victoria, jusqu'à ceux de Juarez. L'agiotage, les conditions onéreuses, les commissions exagérées qui enrichissent en vingt-quatre heures quelques individus, tous ces procédés financiers, qui se renouvellent plus ou moins dans tous les emprunts étrangers, rendirent les emprunts mexicains insuffisants et ruineux. Néanmoins, il est absurde de mettre, comme on l'a mis, la créance de Jecker, dans la cause déterminante de l'intervention et des emprunts mexicains. Que M. Jecker et d'autres intéressés au paiement de sa créance aient pris tous les moyens, même des moyens injustifiables, pour faire payer cette dette, c'est possible; mais, je le répète, cette créance qui n'avait rien à faire avec la triple intervention, n'avait rien à faire non plus avec les emprunts mexicains. Laissons donc les petits esprits et les petites passions ne voir que de petites choses dans les événements les plus importants de l'histoire d'un peuple.

Les conseillers que l'archiduc avait dans les membres de la commission, pour éclairer sa conscience sur les besoins politiques, financiers, administratifs et sociaux du Mexique laissaient beaucoup à désirer. Il les a tous consultés et n'a suivi les conseils d'aucun. Voici pourquoi. Le général Woll, pouvait renseigner le mieux l'archiduc sur les hommes et les choses du Mexique qu'il connaissait depuis quarante ans;

étranger et militaire avant tout, le général était, sinon indifférend à toutes ces luttes des partis extrêmes, au moins juge impartial et sincèrement dévoué au bonheur de sa patrie adoplive; mais sa qualité d'étranger et son âge, loin de plaider en sa faveur, furent les causes principales qui ne firent accepter ses conseils que sous bénéfice d'inventaire.

M. Hidalgo, éloigné du Mexique depuis 1848, l'avait à peu près oublié. Il était, du reste, d'une incompétence remarquable en tout ce qui concernait la politique et l'organisation administrative de son pays. Quant à M. Velazquez de Léon, dont l'archiduc fit un ministre d'État, on se rappelle le mot du général Tornel : — « Des deux frères Velazquez de Léon, je n'ai jamais pu faire un homme. » Le père Miranda, homme d'une valeur incontestable et plus souple que monseigneur Labastida et monseigneur Munjia, n'en était pas moins un clérical rétrograde, incapable de céder à la civilisation moderne, et à l'apaisement des partis les droits caduques du clergé mexicain. Il est inutile de parler des autres membres de la commission ; ils n'ont jamais brillé par leurs capacités politiques ou leur désintéressement.

M. Gutierrez, président de la commission, apôtre-martyr de la monarchie mexicaine, mort de douleur en apprenant la chute de l'empire, était de tout autre trempe que ses collègues. Il sut sacrifier et sa fortune et sa vie au principe monarchique. On l'avu,dansle courant de cette histoire, exposer ses jours ou sa liberté, en manifestant ses idées à des heures inopportunes. Je ne crois pas qu'il soit jugé parla postérité aussi, j'allais dire drôlement, que le jugeait l'impétrice Charlotte dans une lettre, à propos d'une propriété qu'il voulait vendre : « M. Gutierrez de Estrada, disait-elle, par l'entremise de M. Ulibarri son ami, voudrait que l'État lui achetât deux haciendas, si je ne me trompe, sises dans le département de Tula, et qui ont souffert, sous Juarez, un dommage estimé à 100,000 piastres, pour une somme de 182,000, valeur, assure-t-on, desdites haciendas. Maintenant, il y a à considérer que M. Gutierrez de Estrada est,

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non pas le père, mais le grand-père de l'empire mexicain, qui, l'année de ma naissance, s'est fait expulser pour avoir demandé qu'on mît la république à la porte, et qu'enfin il a présidé toutes les députations mexicaines qui ont offert la couronne à l'empereur. Son caractère et toute sa vie ont été des plus honorables; il est fortement cangrejo, »— éerevisse, rétrograde, — mais à son âge, loin de son pays, c'est pardonnable. Il vit dans les souvenirs de la monarchie espar gnole, et ne s'aperçoit pas que le monde a tourné depuis lors. On ne saurait lui en vouloir pour cela. — Caiiota. »

M. Gutierrez partageait pourtant les antipathies de ses compatriotes à l'égard des Espagnols, comme à l'égard de tous les étrangers; il était ultrà-catholique, mais pas aussi rétrograde que le dit l'impératrice Charlotte dans sa lettre. Quoi qu'il en soit, à part M. Gutierrez et le général Woll, la commission parut assez mal choisie pour laisser croire qu'elle avait été imposée à la régence par la situation. L'archiduc en eut une très médiocre opinion, dès la première conversation qu'il eut avec chacun de ses membres en particulier, car presque tous dans le tête-à-tête, critiquèrent leurs collègues et le président de la régence, qui fut défendu loyalement par le général Woll ; pour devenir ministres, ils se faisaient un piédestal de chaque compatriote qu'ils déchiraient.

Malgré l'envie sérieuse et solennellement manifestée d'accepter le trône du Mexique, l'archiduc avait donc encore, pendant l'automne de 1863, bien des motifs d'hésitation; pourtant, il n'attendait pour partir que le vote général du Mexique, l'accord de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne sur les garanties qu'on donnerait au nouvel empire, et finalement la réussite de l'emprunt franco-anglais qui devait subvenir à ses premières nécessités. Ces nécessités auraient été considérablement amoindries , si l'archiduc avait connu le Mexique, s'il avait consulté des hommes compétents et n'appartenant à aucun des deux partis extrêmes, sur les besoins et les ressources de sa nouvelle patrie, sur

les moyens de la réorganiser provisoirement d'une manière économique et sur les écueils politiques ou financiers qu'il fallait éviter. Malheureusement, l'archiduc avait sur ce pays des idées très erronées ; il considéra son empire en artiste, en monarque idéaliste, et ne sut prendre aucune mesure utile pour le Mexique.

Si les échos de Miramar ne promettaient guère des jours de bonheur pour le Mexique et son futur souverain, l'horizon s'assombrissait également à Mexico. Aussitôt que la régence se fut constituée, elle se partagea les ministères pour faciliter sa tâche administrative. Le général Almonte avait la direction du ministère des finances et de celui des affaires étrangères ; monseigneur Labastida se chargea de ceux de l'intérieur et de la justice, et le général Salas eut ceux de la guerre et des travaux publics. Par économie, comme pour expédier plus promptement les affaires, ces différents ministères étaient confiés à des sous -secrétaires d'État. Dès que monseigneur Labastida vint à Mexico, il prit possession de son poste, provisoirement occupé par monseigneur Ormaechea, suppléant. Monseigneur Labastida voulait rappeler tous les décrets contre les biens de mainmorte et faire restituer au clergé les propriétés vendues en vertu des lois de désamortisseraent. Ayant sous sa juridiction les ministères de la justice et de l'intérieur, il défendit aux juges de reconnaître la validité des pagarès, de statuer sur les causes concernant les biens du clergé, et voulait que les loyers fussent payés aux anciens propriétaires ecclésiastiques et non aux adjudicataires. Dans les délibérations privées de la régence, il insistait pour que les deux régents suivissent sa politique. Le général Almonte lui répondait que jamais la France ne consentirait à soutenir des lois, en opposition avec ce qu'elle avait sanctionné chez elle depuis 1789, avec les proclamations des généraux Forey etBazaine, et les ordres de Napoléon III, prescrivant le maintien du statu quo jusqu'à l'arrivée de l'empereur Maxim i lien. Il ajoutait que les locataires ne pouvaient se substituer au ministère public pour statuer sur

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la légalité de la vente des propriétés qu'ils occupaient, et que, sans préjuger de l'avenir, ils devaient payer le loyer à ceux qui leur avaient loué la propriété, et non à d'autres.

Mgr Labastida répétait que maintenir la validité des pagarès et laisser payer les loyers des biens nationalisés aux nouveaux propriétaires, c'était reconnaître et par conséquent approuver les décrets de Gomonfort et de Juarez. Ce raisonnement était faux, parce que le gouvernement provisoire n'avait pas la faculté de trancher cette question réservée pour sa solution à l'empereur Maximilien. Il était pénible de voir le premier prélat d'une nation de huit millions d'âmes compromettre le repos de sa patrie pour une question d'argent, si contraire aux préceptes évangéliques. Je ne parlerai pas des précédents dont Mgr Labastida pouvait se prévaloir pour garder le silence dans cette triste affaire; je dirai pourtant que le clergé français vaut, comme esprit patriotique et comme science théologique, le clergé mexicain; néanmoins n'a-t-il pas accepté la nationalisation de ses biens? Le pape Pie IX, en revenant de Gaëte , n'a-t-il pas accepté la validité du papier monnaie mis en circulation par le triumvirat romain? Reconnaissait-il par là les spoliations et les décrets de MazziniîNon, mais il subissait les faits accomplis pour ne pas jeter la perturbation dans ses Étals, en lésant dans leurs intérêts tous ceux qui, bon gré, mal î;ré, possédaient ce papier. Mgr Labastida dira-t-il que le Pape est moins catholique et moins théologien que lui? Mgr Munjia, plus violent ou plus intéressé encore que son collègue, disait : — « Eh bien, perdons tout; il vaut mieux tout perdre que de transiger. » Ce raisonnement inqualifiable était bon pour ces messieurs, qui avaient de fortes sommes placées sur les banquiers de l'Europe, et pouvaient vivre tranquillement hors de leurs diocèses, sans souffrir des besoins matériels de la vie, mais les milliers d'invididus qui devaient, par nécessité, rester au Mexique, pouvaient-ils subir les exigences de l'épiscopat mexicain? On doit le dire, à la honte de ces prélats, la susceptibilité de leur conscience

était exagérée, quand il s'agissait de leur fortune privée et des questions d'argent; elle était, malheureusement, trop élastique lorsqu'il s'agissait des intérêts de Dieu, de la religion et du peuple.

Lçs ordres de Mgr Labastida portèrent immédiatement leurs fruits. Le généra! Almonte, de concert avec le général Salas, constituant la majorité de la régence, publia, les 23 et 24 octobre, des communiqués dont voici des extraits : « Le gouvernement est informé que les détenteurs de pagarès éprouvent des difficultés à en obtenir le paiement aux échéances. Les débiteurs se fondent, dit-on, pour ajourner leur libération, sur des ordres donnés par l'autorité supérieure à la justice du pays de ne pas connaître des causes de l'espèce qui seraient portées devant les tribunaux. De pareils bruits ne peuvent être répandus que par les ennemis du gouvernement, et leur but est évidemment de produire le désordre et la désaffection en paralysant les affaires, en prêtant à la régence des intentions qui préjugeraient une question importante.

« Le gouvernement est informé que les locataires des biens nationalisés refusent le paiement de leurs loyers, en se fondant sur ce que la régence aurait interdit aux tribunaux de connaître de l'espèce qui leur en serait déféré... Le gouvernement proteste contre ces calomnies... Le manifeste du général en chef doit être et sera la règle du gouvernement de la nation, qui doit trop à la magnanimité de l'empereur Napoléon III pour s'écarter de ses intentions. Or, ce manifeste dit que : les ventes régulières seront confirmées et que les transactions frauduleuses seules seront sujettes à la révision. »

Le 9 novembre le sous-secrétaire d'État envoyait aux préfets la circulaire suivante : « La régence de l'empire ayant été informée que, malgré les communiqués publiés dans le n° 41 de la Gazette officielle, dont un exemplaire est joint à la présente, plusieurs juges s'abstiennent de connaître des affaires concernant les pagarès et les locations de propriétés

INTERVENTION FRANÇAISE

ayant appartenu au clergé, me charge de faire savoir à Votre Seigneurie que, conformément aux susdits communiqués, les juges et tribunaux ont été et sont dans l'obligation de connaître de toutes les affaires dont il est question. »

Ces communiqués, publiés malgré monseigneur Labastida, rendirent l'archevêque plus cassant et plus irrité. Pour ne pas être soupçonné de seconder secrètement les exigences de monseigneur Labastida, les généraux Almonte et Salas durent rompre avec lui. Voici sur cette rupture des détails donnés par une lettre intime.

« Mexico, 17 novembre 1863. — « ... Le général Bazaine ayant exigé que l'on retirât le décret de séquestre, » — sur les propriétés des dissidents — « cela se fit ; on revisa l'ancien » — décret — « qui rendait responsable, avec leurs propriétés, ceux qui font la guerre au gouvernement à main armée; le général Bazaine demanda que ce décret fût pareillement abrogé, que l'on décrétât la circulation des pagarès des biens du clergé et que les juges fissent des poursuites, sur la demande des adjudicataires, contre ceux qui ne payaient pas les loyers des maisons adjugées. L'archevêque a refusé de signer ces décrets. Le général Bazaine l'exigeait. • Les généraux Almonte et Salas ont dû les signer pour éviter le scandale qu'aurait pu donner le général Bazaine de dissoudre la régence. L'archevêque, irrité, a protesté et s'est retiré chez lui, sans pour cela vouloir renoncer à la régence.

« On a publié clandestinement des excommunications contre ceux qui demeurent dans des maisons adjugées. MM... échauffent l'archevêque et catéchisent les juges pour qu'ils se démettent de leurs fonctions. En présence de ces faits le général Bazaine diffère sou départ pour l'intérieur et ne veut pas l'effectuer jusqu'à ce que l'archevêque se retire; celui-ci ne veut pas... et dit que passer par où veut le général Bazaine, serait la même chose qu'approuver les lois de réforme, tandis qu'en acceptant les faits tels que les a trouvés la régence, laissant leur solution à notre empereur quand il

viendra, on ne fait qu'écarter cette grave question. Voilà les conséquences d'avoir nommé trois régents au lieu d'un seul comme nous le voulions.

« L'archevêque ne sort plus de son palais où tous les mécontents entrent et sortent, bavardent, etc., et tiennent le public dans un état insupportable... Vous figurez-vous la position du général Almonte tâchant de contenir le torrent du clergé pour qu'il ne se heurte avec le général Bazaine? L'archevêque dit qu'il ne veut pas renoncer à ses fonctions, parce qu'il doit remplir ses engagements contractés avec notre empereur et celui des Français, qu'il ne se mêle pas des actes de la régence parce qu'il ne veut pas les sanctionner, et que n'assistant pas à ses délibérations, tout ce que signent les deux autres régents est nul... Il n'y a ni jugement, ni désintéressement ici ; on ne sacrifie rien à la patrie ni au bien-être général.

« Marquez vient de partir pour Morelia : il a dû laisser ici son quartier-maître, le colonel Facio, que l'on est en train de juger, à cause d'un déficit d'équipement dans sa division pour une somme de 60,000 piastres, — 300,000 francs. — Cette affaire est mauvaise, et Facio est dans de mauvais draps. Le plus clair de tout cela est que Marquez l'a abandonné à son, sort. Ce sont des Français qui le jugent. Vous savez que Facio a reçu des mains du maréchal Forey la croix de la Légion d'honneur pour avoir le mérite de ne pas s'être battu et d'être un voleur!

« 18. Le général Bazaine part aujourd'hui pour l'intérieur et l'archevêque se retire de la régence. »

L'auteur de la brochure la Cour de Rome, etc., dit, pag. 20 et 25, que la régence fut obligée de dissoudre la cour suprême le 2 janvier 1863. Or, la régence n'ayant été établie qu'au mois de juin, comment pouvait-elle, cinq mois avant son existence, destituer les juges de celte cour? Mais j'aurais trop à faire s'il me fallait rectifier toutes les erreurs débitées sur le Mexique par ceux qui en ont parlé sans connaître son histoire. Avant de publier la lettre adressée par la

régence à l'archiduc sur cet incident, je dois, pour ne pas pas interrompre l'ordre des dates, en citer une de l'archiduc, adressée au général Almonte, dont voici la teneur :

« Mon cher général. — Votre obligeante lettre du 10 novembre me donne des nouvelles généralement satisfaisantes sur le progrès des opérations militaires destinées à affranchir les provinces de l'intérieur d'un pouvoir qui semble leur être antipathique. Presque en même temps que votre lettre, m'est parvenu l'avis télégraphique de l'entrée du général Mejia à Queretaro.

« Lorsque les vœux librement émis des États de Morelia, S. Luis Potosi , Guanajuato et Guadalajara seront venus s'ajouter à ceux des États qui ont déjà ratifié le vote des notables de Mexico, et qu'ainsi les provinces les plus centrales, les plus riches et les plus peuplées se seront prononcées pour l'empire, je serai en droit d'espérer que le mouvement monarchique continuant sous l'impulsion du parti de l'ordre, le pays tout entier ne tardera pas a suivre le même exemple.

« Je pourrai, par conséquent, accepter, en ce cas, définitivement la couronne, puisqu'il est probable que d'ici la, toutes choses pourront être réglées en Europe. Veuillez donc faire en sorte, cher général, qu'aussitôt que la régence connaîtra les adhésions susmentionnées, elle les transmette au président de la députation qui alors, accompagné de ceux des délégués qui se trouveront en Europe à cette époque, aurait à se rendre sans délai à Miramar pour venir me les présenter.

« Soyez persuadé qu'à partir du moment de mon acceptation définitive, je m'efforcerai, autant que possible, de rapprocher le terme de mon départ pour ma nouvelle patrie.

« Le temps qui se passera jusqu'au jour de mon arrivée sur le sol mexicain sera pour vous, mon cher général, un temps d'épreuves de tout genre ; mais je ne doute pas qu'en maintenant cette attitude calme et prudente que vous avez observée jusqu'à présent, et en ayant soin de conserver à votre tâche son caractère essentiellement provisoire, vous

ne veniez à bout des nombreuses difficultés dont elle est entourée.

« Je charge le baron de Pont de vous faire connaître mes vues sur plusieurs poiuts de détails, et je suis, cher général, avec une estime sincère — votre très affectionné — Maximilien. — Miràmar ce 26 décembre 1863. »

Le 27 novembre, le général Almonte rendait compte à l'archiduc de l'affaire de monseigneur Labastida dans les termes suivants. Pour ne point me répéter je retrancherai de cette lettre les détails déjà connus.

« Mexico, le 27 novembre 1863. — Sire... — Les pièces que j'envoie ci-jointe à Votre Majesté — en copie depuis le n° 1 jusqu'au n° 21 — la mettront au courant d'une sorte de petite crise que mes deux dernières lettres pouvaient lui faire pressentir. Cette crise a été amenée, d'un côté par les exigences du général français pour le paiement des pagarès et des loyers de propriétés ecclésiastiques entre les mains des détenteurs actuels, et les exigences contraires impérieusement manifestées, au nom du clergé, par monseigneur l'archevêque de Mexico.

« ... Sauf le pénible sujet dont je viens d'entretenir Votre Majesté tout marche vite et bien : Queretaro a été occupé le 17 courant parle général Mejia; l'armée franco-mexicaine est accueillie avec un enthousiasme comparable à celui de son entrée à Mexico; au moment où je vous écris, j'attends d'heure en heure la nouvelle de l'entrée du général Bazaine à Guanajuato, et du général Marquez à Morelia. A part des escarmouches amenées par hasard, dans l'une desquelles a péri le général Comonfort qui commandait en chef la soidisante armée de Juarez, on ne peut joindre personne.. Ainsi que je n'ai cessé de le répéter a Votre Majesté, nulle résistance n'est possible en présence de l'hostilité des populations contre le régime dont nous venons les délivrer.

« Aux États que nous possédions déjà il faut joindre, dès aujourd'hui, Queretaro, Michoacan, Morelia, Guanajuato et, quand cette lettre sera aux mains de Votre Majesté, Aguas-

INTERVENTION FRANÇAISE

Calientes, Zacatecas et San-Luis Potosi. La ville de Guadalajara n'attend que notre approche pour faire son mouvement. Tovar et Lozada, maître de presque tout le reste de l'État de Jalisco, sont aux portes, prêts à entrer au premier ordre. Sur les huit millions d'habitants auxquels est aujourd'hui réduite la population, plus de six millions ont adhéré à l'empire à l'heure où Votre Majesté lit cette lettre, et le reste aspire à une délivrance que les distances seules retardent, et non pas une force réelle appartenant à l'ennemi.

« Vidaurri vient de me faire savoir par le retour de l'agent que je lui avais envoyé, non seulement que les détails rapportés dans la lettre de M. S*** — ci-jointe en copie sous le n° 22 — étaient exacts et qu'il ne permettrait pas aux débris juaristes de se réfugier sur son territoire pour y amener leur triste cortège d'exactions et de brigandage, mais encore qu'il allait réunir le congrès de ses deux États de Nuevo-Leon et Cohahuila pour soumettre à leur vote l'adhésion à l'empire. Il se charge, en outre, de pacifier tout le nord, Durango, Chihuahua, Basse-Californie, Sonora et Sinaloa. Votre Majesté se rendra facilement compte de l'importance de l'adhésion de Vidaurri qui nous délivre de la besogne difficile, mais surtout longue, qui restait à faire sur toute la frontière du nord, où la population, rare et disséminée, pouvait être maintenue longtemps dans une erreur préjudiciable à l'entière pacification de l'empire, les dissidents étant sûrs des sympathies et du concours occulte, mais actif, des Yankees.

« Plus que jamais, en présence du grand mouvement d'opinion qui se déclare partout, de l'adhésion des États les plus riches, les plus peuplés, les plus importants, je considère l'empire comme un fait accompli, et j'aspire à le remettre aux mains de Votre Majesté.

« La famille de Juarez a quitté S. Luis Potosi ; il ne tardera pas à la suivre, la marche de l'armée franco-mexicaine ayant provoqué, non pas une retraite , mais une fuite générale, une véritable déroute. Si, comme je n'en doute pas,

Vidaurri tient ses engagements, Juarez et les siens n'ont plus d'autres ressources que de quitter le pays; ils n'y posséderont plus dans un mois, ni un élément de défense, ni un refuge.

« Dès, aujourd'hui, Sire, les conditions posées par Votre Majesté sont remplies, et le vœu de l'immense majorité du territoire et de la population ne peut plus être révoqué en doute : Mexico, Puebla, Tlascala, Vera-Cruz, Carmen, Yucatan, — insoumis depuis trente ans, — Tabasco, Chiapas, Tamaulipas, Queretaro, Guanajuato, Michoacan, Aguas-Calientes, Zacatecas, S. Luis Potosi, presque tout le Jalisco, une partie de Oajara et de Guerrero, ou sont à nous ou vont y être dans un bref délai ; l'ennemi se retire de partout et en toute hâte; c'est une question de marche, rien de plus. Or ces États comprennent les trois quarts du territoire et plus des quatre cinquièmes de la population totale de l'empire ; en outre , l'adhésion de Vidaurri ne laisse plus aux dissidents qu'une partie de Oajaca et de Guerrero.

« En présence d'une telle situation qui réalise complète tement ce que j'avais annoncé à Votre Majesté, quand la résistance ne consiste plus que dans des actes isolés de brigandage, commis par les bandes organisées ad hoc, et dont la destruction est une affaire de police et de gendarmerie, non plus affaire de guerre, je me crois autorisé à supplier Votre Majesté de ne pas retarder davantage son départ. Tous les doutes aujourd'hui sont levés et les dernières difficultés disparaîtront en votre présence. Ces difficultés, du reste, sont toutes du genre de celle dont je rends compte à Votre Majesté au début de cette lettre, et, contre elles, vous seul, Sire, pouvez être tout-puissant.

« Je ne doute pas que les lettres du général Bazaine à l'empereur Napoléon ne soient conformes à mes assertions, et sur la question militaire, et sur l'adhésion enthousiaste donnée par le pays à mesure que notre marche élargit le cercle de la zone délivrée.

« J'espère, en conséquence, Sire, apprendre bientôt que

INTERVENTION FRANÇAISE. 157

Votre Majesté, confiante dans les dispositions de tout un peuple qui l'attend avec impatience et le montre avec une ardente activité, hâtera le plus possible son arrivée parmi nous et viendra commencer personnellement l'œuvre de réorganisation qui doit nous régénérer et montrer au monde un grand souverain à la téte d'un grand peuple, là où le monde était accoutumé à voir et à plaindre un malheureux pays voué jusqu'à présent à une pitié dédaigneuse.

« J'ai l'honneur d'être, etc. — J. N. Almonte. »

A cette lettre, l'archiduc répondit par la suivante :

« Mon cher général. — Vos communications du 27 novembre dernier m'ont informé des détails de la crise que venait de traverser la régence et qui s'est terminée par la retraite de monseigneur Labastida.

« A la distance où je me trouve encore du théâtre des événements , je ne prétends pas prononcer sur la question qui a donné naissance à cette crise , mais tout me porte à croire, dès à présent, que vous avez bien fait d'éviter un conflit avec l'autorité française, en laissant subsister provisoirement le statu quo, tout comme je suis d'avis que la patrie devra vous être reconnaissante de la persévérance et de l'abnégation dont vous avez fait preuve depuis l'origine de l'intervention.

« Je vous remercie, cher général, des bonnes nouvelles que vous me donnez du progrès des opérations militaires dans l'intérieur du pays: elles permettent d'espérer que, d'ici à peu de semaines, nous connaîtrons les votes du reste de la nation au sujet de ses futures destinées.

« L'adhésion de Vidaurri me parait, comme à vous, un fait d'une haute importance.

« Ma résolution , je le répète, est prise depuis le 3 octobre, et aussitôt que les négociations relatives aux garanties indispensables à obtenir pour la nouvelle monarchie auront abouti, ce qui, j'en ai l'espoir, ne va pas larder, je suis prêt à me rendre aux désirs des Mexicains.

« Croyez, mon cher général, aux sentiments de haute

estime avec lesquels je suis — votre très affectueux — Maximilien. — Miramar, ce 10 janvier 1864. »

Pour terminer ici l'incident de monseigneur Labastida , j'ajouterai quelques extraits d'une lettre de M. Gutierrez de Estrada qui prouvent que la question des biens du clergé n'avait point été résolue entre les Mexicains de la députation et l'archiduc... « Il est très désirable, dit M. Gutierrez dans cette lettre, datée de Paris, 8 décembre, qu'en attendant que l'archiduc se décide à partir, les difficultés ne s'aggravent pas... au point de produire une rupture absolue entre la régence et le parti catholico-monarchique... Si l'on doit introniser les principes de Juarez, dérouté et fugitif, à quoi auront servi tant de sacrifices faits par nous et par nos protecteurs et alliés?

« Demain, MM. Aguilar et Velazquez de Léon, vont partir pour voir s'ils pourront obtenir de l'archiduc ce oui tant désiré. »

M. Gutierrez appelait à tort catholico-monarchique, ce parti qui ne voulait rien sacrifier à la patrie ni à la monarchie, mais les conservateurs progressistes et monarchistes, représentés par M. Al monte étaient- ils donc protestants et républicains? En maintenant lo statu quo trouvé par l'intervention et par la régence, la régence et l'intervention n'intronisaient rien. Il fallait que le parti réactionnaire eût réellement bien peu profité des leçons du passé, pour vouloir qu'on ne tînt pas compte de la situation nouvelle faite par les lois de réforme mises en vigueur depuis plusieurs années.

Les événements justifiaient pleinement les assertions du général Almonte, contenues dans ses lettres à l'archiduc. Le général Bazaine, parti de Mexico, le 18 novembre, se trouvait le 27 du même mois à Acambaro avec la division Castagny et celle de Marquez. A Maravatio seulement, le commandant Billot rencontra, le 21 novembre, cent cinquante lanciers dissidents, qui laissèrent dix des leurs tués dans cette rencontre. Ce fut le 12 de ce mois que le com-

INTERVENTION FRANÇAISE

mandant Àguirre de la division Mejia, avec cent hommes, tua Comonfort et plusieurs officiers de son détachement. Une autre version affirma que la troupe de la division Mejia qui surprit Comonfort, était commandée par les deux frères Troncoso. Ces deux jeunes gens, après avoir servi longtemps sous Doblado, se déclarèrent contre lui, lors de l'exécution de leur frère aîné, ordonnée par Doblado, et se mirent au service du général Mejia pour venger leur frère. Le général Bazaine envoya la division Marquez, accompagnée de la brigade Berlhier, à Morelia, où elle arriva le 30 novembre. Le 2 décembre, le général Berthier, laissant Marquez seul dans le Michoacan, se mit en route pour rejoindre le général Bazaine et la division Douay qui arrivait de son côté par la route de Queretaro, sans avoir tiré un coup de fusil. Le 4 décembre, le général Douay, précédé de la division Mejia, laissa Celaya, et marcha sur Guanajuato, qui fut occupé le 8, sans coup férir. Le général Bazaine, avec la cavalerie, se dirigea pareillement vers le nord pour continuer les opérations. Partout, affirment nos soldats, les journaux et les correspondances du Mexique de cette époque , l'armée franco-mexicaine fut accueillie avec de grandes démonstrations de joie. Le 16 décembre, le général Bazaine, arrivé à Lajjos, poursuivant Doblado qui fuyait en toute hâte, organise une colonne légère pour l'atteindre plus facilement, mais c'est en vain, l'ennemi fuit à marches forcées, et finit par se disperser.

Voici d'autres lettres qui confirment l'exactitude de ces renseignements. La première est du général Marquez au général Woll.

« Morelia, 4 décembre 1863. — Mon cher ami et compagnon. — Dans toutes mes précédentes lettres je vous annonçais que les populations seraient occupées, — militairement — sans un grand effort; aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous écrire de cette ville qui m'a reçu parfaitement, sans que dans les localités traversées de la capitale ici, nous ayons eu la moindre chose à faire, ni le moindre embarras;

tout au contraire, partout nous avons trouvé une grande décision pour notre cause et les démonstrations de confiance et de joie ont été très grandes.

« L'ennemi, sans tirer un coup, se retire à l'approche de nos troupes, et cherche quelquefois à pousser les habitants au crime, les obligeant a assassiner les nôtres; mais il ne réussit pas même en cela; parce que la grande différence qui existe entre la conduite inique des juaristes, de leurs partisans et celle de nos troupes et de nos autorités qui garantissent par leur moralité et leur politique conciliatrice, la vie et les intérêts des particuliers, désarme complètement «;eux qui, trompés par les grossières calomnies des partisans de la licence, ont quelques préventions contre les nôtres.

« Nous occupons déjà les principaux départements de l'empire, et lorsque vous recevrez cette lettre, vous pouvez être sûr que nous occuperons aussi ceux de S. Luis Potosi, Jalisco et Zacatecas, ne restant plus que les frontières qui de fait seront soumises à l'ordre dès qu'on le voudra.

« Je suis très heureux de vous apprendre tout cela, parce que c'est la preuve la plus irréfragable que notre cause est nationale, que notre forme de gouvernement adoptée est la désirée, que l'élection du prince Maximilien est approuvée par la majorité, et qu'on espère trouver dans son auguste personne la félicité tant désirée pour notre patrie.

« Les désirs de l'empereur sont donc réalisés ; il nous larde de l'avoir au plus tôt dans le pays; parce que la complète pacification, par la destruction des guérillas, ne pourra s'effectuer que par une augmentation de nos troupes, ce qui ne peut avoir lieu sans une mesure extraordinaire pour le recrutement. Maintenant on ne peut établir la conscription employée en Europe sous différents noms, et le système de la leva — enrôlement forcé — étant prohibé, il est indispensable de suppléer par une mesure quelconque à ce mode de * recrutement. L'empereur seul pourra le décréter, etc. — L. Marquez. »

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En voici une autre de M. Almonte, adressée pareillement au même général :

« Mexico, 9 décembre 1863. — Mon cher ami et compagnon. — Les nouvelles apportées aujourd'hui par ce courrier ne sauraient être plus satisfaisantes. Tout le district de Morelia est occupé; Queretaro, Celaya, Léon, aujourd'hui Guanajuato, le sont par les généraux Douay et Mejia; Silao l'est également par le général Bazaine, comme il me le dit dans une lettre que je viens de recevoir. Doblado a demandé une entrevue au. général Bazaine, mais comme celui-ci connaissait déjà sa duplicité, il lui répondit qu'il n'y voyait aucun inconvénient et que pour cela il se rendait a Guanajuato avec ses troupes. Doblado alors abandonna la ville et se rendit a Silao. Bazaine partit pour cette ville, mais à son arrivée les troupes démagogues s'étaient déjà retirées dans l'intérieur. S. Luis Potosi et Guadalajara seront bientôt en notre pouvoir. Vidaurri reconnaîtra l'empire dans le Nuevo Léon, et alors les conditions de notre empereur seront remplies, etc. — J. Almonte. »

Le 8 novembre Cortina écrivait à Juarez qu'il avait fait fusillé la veille à Matamoros le général espagnol Cobos; qui voulait, disait-il, dans sa proclamation aux habitants des frontières, les soustraire à la tyrannie insupportable sous laquelle ils gémissaient, soumis « au caprice et à la discrétion de quelques hommes qui, ici comme dans quelques autres États, absorbent comme des sangsues les fonds publics et le fruit de vos travaux.» Après avoir trahi les conservateurs pour un million qui ne lui fut pas payé, il trahit les juaristes qui le fusillèrent!

Le 16 novembre, Uraga, Doblado, Negrete, Tapia, Iglesias, Berriozabal, Régules, Alvarez, Miranda, Camano et d'autres généraux vinrent, à la tête de plus de huit mille hommes et d'une nombreuse artillerie, attaquer Morelia. L'attaque fut si violente que pendant deux heures les juaristes se maintinrent au milieu de la ville dans la journée du 21 au 22. Les généraux Marquez, Monténégro et Gutierrez payèrent vail-

lemment de leurs personnes, et par de prodigieux efforts de bravoure parvinrent à repousser les assaillants qui se retirèrent dans la soirée du 22. Au moment où les juaristes opéraient leur retraite, le général Marquez monta sur la terrasse de sa maison pour observer leurs mouvements, et fut grièvement blessé par une balle de fusil, dans la joue droite. Les.journaux et les lettres de Mexico du 24 novembre disent en parlant de ces faits : — « Marquez, avec 2,000 hommes, est à Morelia où il a été attaqué par Uraga, qui avait avec lui plus de 8,000 hommes et quarante pièces d'artillerie. Uraga, battu, perdit onze pièces, 200 hommes tués et 1,500 prisonniers. Berriozabal, Uraga et Tapia ont été blessés. Marquez a reçu une blessure au visage. Juarez a quitté S. Luis Potosi pour se sauver à Monterey, sans consulter ses ministres. »

Le 26 décembre, M. Almonte écrivait à l'un des membres de la députation alors à Paris : — « Je ne crois pas qu'il y ait maintenant aucun motif pour retarder l'arrivée de notre souverain. Queretaro, Morelia, Celaya, Salamanca, S. Miguel, Léon, Irapuato, Guanajuato et Lagos ont déjà proclamé l'empire', et leurs déclarations partiront par le prochain paquebot. Celles des premières populations sont parties avant hier. Le général Mejia doit occuper S. Luis Potosi, après avoir mis en déroute Negrete. Deux seules rencontres ont eu lieu, — celle de Negrete et celle d'Uraga — et la victoire nous est restée. Juarez, en apprenant ces nouvelles, est parti clandestinement pour Monterey. Doblado, convaincu qu'il ne pourra tromper le général fiazaine, fuit du côté de Zacatecas. Les villes, les villages et les ranchos par où passent nos troupes les reçoivent avec un enthousiasme sans égal. Ces nouvelles convaincront sans doute notre souverain qu'il est désiré, et accéléreront, je l'espère, son voyage, parce que sa présence dans le pays est la seule chose qui manque pour achever de compléter l'empire.

« M. de Saligny est parti hier pour s'embarquer à Vera- Cruz. Il s'est marié le jour antérieur, et l'archevêque a dû le dispenser des frais de bans, etc., parce que malgré tout ce

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qu'on a dit, le pauvre homme s'en va plus pauvre qu'on no saurait le croire. J'espère que dans ses jours de malheur, ses amis ne l'abandonneront pas et lui montreront leur gratitude qu'il mérite, pour les services qu'il a rendus à la patrie.

« Quant à la question religieuse, elle reste dans le statu quo, pour être résolue par notre souverain, lorsqu'il viendra. Malgré les exigences des deux partis, j'ai voulu que cette question restât comme nous l'avons trouvée à notre arrivée dans la capitale. En cela, je n'ai fait que suivre les instructions données par notre protecteur l'empereur Napoléon au général en chef, etc. — J. Almonte. »

Le général Oouay, à la poursuite d'Uraga, finit par atteindre son arrière-garde. Dans cette rencontre, le général Uraga perdit un matériel considérable, destiné au forage des canons, au frappage de la monnaie, des lingots de cuivre et cent quarante-trois mulets chargés d'avoine et de munitions. Serré de près, le général mexicain ne trouva d'autres moyens d'empêcher tout son parc de tomber entre nos mains que de le livrer aux flammes. Le 5 janvier, le général Bazaine entra dans Guadalajara, sans coup férir. A cette date, les assertions du président de la régence étaient justifiées ; l'empire était un fait accompli ; il ne lui manquait plus que l'empereur.

On se rappelle la lettre de Santa-Anna, envoyée le 45 octobre 1861, de Saint-Thomas, à M. Gutierrez de Estrada, publiée par les journaux et dans laquelle il disait en parlant des maux du Mexique : « Le seul remède est de substituer un empire constitutionnel à cette farce appelée république. » On se rappelle également que dans une autre lettre datée du 30 novembre de la même année et adressée au même personnage, il approuvait le choix de l'archiduc Maximilienpour le trône du Mexique et disait : « Persuadé que le moment d'agir est venu, je suis disposé à me présenter le plus tôt possible sur le sol de ma patrie, décidé à travailler de toutes mes forces à la réussite de l'affaire. Par le paquebot pro-

chain, du 17 décembre, je vous donnerai avis du jour de mon départ de cette île, etc. » Le 22 décembre 1863, voyant que l'empire mexicain se constituait, il écrivit une lettre à l'archiduc, dans laquelle il lui disait entre autres choses... « Oui, monseigneur, en saluant Votre Altesse Impériale comme empereur du Mexique, en accédant au vœu de mes compatriotes, en vous offrant respectueusement mes faibles services, je puis vous assurer, sans flatterie, que mon adhésion à Votre auguste personne n'a pas de bornes... Je puis également assurer à Votre Altesse impériale, que la voix qui s'est élevée dans le Mexique pour proclamer votre nom, n'est pas celle d'un parti. L'immense majorité aspire à rétablir l'empire des Moctezuma avec Votre Altes>e Impériale à sa tête, persuadé que c'est l'unique remède pour guérir les maux de la société, la dernière ancre de salut. »

Santa-Anna ne put voir d'un œil impassible le nouvel empire se créer sans lui ; son amour-propre se révolta à l'idée que son pays, dont il avait si longtemps présidé les destinées, s'organiserait sans son concours. Il vint à Vera-Cruz et lança une proclamation dans laquelle il rappelait au peuple mexicain ses services rendus et ses gloires politiques et militaires; il l'engage ensuite à montrer sa reconnaissance « envers le monarque magnanime qui a étendu sa main puissante et généreuse sur lui et sans le secours duquel la nation gémirait encore sous le joug oppressif et barbare d'une anarchie sans frein. » Puis, il termine en déplorant ses erreurs de jeunesse qui lui firent soutenir le système républicain auquel la patrie doit tous ses malheurs et dit : « La dernière parole de ma conscience et de mes convictions, c'est la monarchie constitutionnelle. » Mais cette proclamation fut jugée inopportune par nos autorités militaires; on le pria de se rembarquer pour la Havane. Il ne voulait pas se résigner, comme Miramon le fit, à rester simple général de division, avec ou sans commandement. Dans une lettre datée de la Havane, 4 avril 1864, il exhale son ressentiment dans ces termes :

INTERVENTION FRANÇAISE

« ... Avec la méfiance naturelle qu'inspire la chute de nos illusions, je m'étais enfin décidé à répondre à l'appel de mes amis, — il y avait mis plus de deux ans, — et je me mis en route pour Vera-Cruz... Mais, comme vous l'avez appris par la presse étrangère, je fus à la fin victime de l'envie la plus noire et des passions les plus misérables... L'organe sublime de la presse périodique a voulu justifier l'acte arbitraire dont j'ai été l'objet. Jamais je n'aurais cru me heurter dans ma vie politique contre un événement de telle nature, et croyez qu'il a fallu employer toute ma philosophie pour surmonter une vicissitude aussi amère... Si notre empereur Ferdinand Maximilien m'envoie quelque honorable souvenir et m'ordonne de revenir sur le sol de la patrie, j'y retournerai, parce que je n'ai jamais cessé de désirer mourir où je suis né. Je vais, dès aujourd'hui dans ma résidence de Saint- Thomas , attendre la régénération de ma patrie, etc. — A. L. de Santa-Anna. — P. S. Pensant que le bateau, qui conduit S. M. l'Empereur, passera par ici, pour faire du charbon, je m'arrête encore ici, à cause de cette circonstance. »

L'empereur ne passa pas par la Havane, et n'eut jamais de sympathie pour Santa-Anna, dont le caractère remuant et tergiversatif lui déplaisait.

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SECOND EMPIRE

L'année 1864 commençait très mal pour le second empire. Tandis que l'armée franco-mexicaine poursuivait ses triomphes faciles, tandis que nos généraux parcouraient le Mexique à la recherche d'un ennemi qui fuyait toujours, la régence était obligée, le 2 janvier 1864, de destituer les magistrats de la cour suprême nommés par le décret du 15 juillet 1863. Le décret de destitution suivait une proclamation dans laquelle, après avoir fait l'apologie de l'intervention française et de sa politique libérale et conciliatrice, que la régence devait imiter, il était dit : « La cour suprême, qui devait être lé guide naturel des juridictions inférieures, n'a rien oublié, mais n'a rien appris. Les magistrats du passé qui ont été investis de notre confiance ont apporté dans le sanctuaire de leurs délibérations l'esprit de parti qui exclut la justice, favorise les mauvaises passions et entretient la haine et la discorde.

« Après avoir épuisé tous les moyens de persuasion à l'égard de ces magistrats d'une époque dont le retour est

impossible; persuadés que le salut du pays est dans l'adoption des mesures libérales qui nous sont indiquées par la nation généreuse qui nous prodigue son sang et son or... nous avons dû nous résigner au pénible devoir d'écarter des fonctions publiques les magistrats de la cour suprême qui nous ont refusé leur concours... Le cours de la justice ne sera pas interrompu; lorsque se feront les nouvelles nominations de ceux qui seront chargés de l'administrer, nous ne leur demanderons pas à quel parti ils ont appartenu, mais nous exigerons d'eux qu'ils maintiennent la balance égale pour tous, sans distinction d'opinion, etc. »

Dans le premier « considérant » du décret de destitution il est dit : « Attendu que le tribunal suprême, par la représentation adressée à la régence de l'empire le 31 décembre dernier, s'est mis en état de rébellion contre le gouvernement légitime, en déclarant que jamais il ne s'associerait par ses actes ou ses décisions à l'exécution des circulaires et communiqués officiels publiés ou qui se publieraient par ordre de la régence touchant les biens dits du clergé, à moins que ces dispositions ne consacrent formellement le principe de leur restitution simple au clergé. »

Suivent deux autres « considérants » et le décret qui prouvent l'influence de monseigneur Labastida sur les juges et le parti ultra-clérical. Je doute que l'archevêque de Mexico se réjouisse aujourd'hui de l'opposition qu'il a faite alors à la politique de l'intervention, puis à l'empire. Le même colonel qui m'avait donné des détails si curieux sur les événements qui se passaient à la Havane à la fin du mois de décembre 1861, écrivait de nouvelles phrases prophétiques, à propos des embarras de la régence... « Ici, disait-il dans une lettre datée du 5 janvier 1864, nous sommes devenus la cible des démagogues et des partisans du clergé; ce qui nous manque maintenant, c'est qu'à l'arrivée de notre empereur, nous soyons mis de côté. Si cela arrive, cela ne m'étonnera pas; ainsi va le monde. » Gela ne manqua .pas, en effet. Eu parlant de la députation, il ajoute : « Je ne sais pourquoi ces

SECOND EMPIRE

messieurs qui sont à Paris paraissent très hostiles au général AJmonte, et à nous autres. Il eût été bon qu'ils fussent venus exposer ici leur poitrine, quand on avait besoin d'hommes pour le faire... Le P. Miranda n'est pas encore arrivé, — à Mexico. — Que Dieu nous sorte de ses mains; quand il viendra, et verra ce qui s'est fait, il ne sera guère content. »

Une lettre du général Almonte , datée du 9 janvier 1864, nous donne des renseignements d'un grand intérêt sur les faits que je viens de citer. « Le résultat de la campagne dans Hntérieur, dit-il dans celte lettre, ne pouvait être meilleur; nous n'avons rien à désirer sur ce sujet. Il n'en est pas de même de nos affaires politiques dans cette capitale. Nos amis, ou pour mieux dire ceux qui devraient l'être et devraient aider le gouvernement dans tout, lui créent, par leurs exigences, de telles difficultés, qu'on a dû y mettre un arrêt, pour éviter de plus grands maux. Je fais allusion aux magistrats de la cour suprême, à ceux qu'il a fallu destituer parce qu'ils voulaient faire la loi à la régence, ne lui obéissaient pas, et lui faisaient des représentations pour l'obliger à prendre des résolutions en faveur du clergé.

« Vous n'ignorez pas que dès que le gouvernement fut établi, je me proposai de ne toucher en rien à la questioo si délicate des biens du clergé, et de la laisser comme nous l'avons trouvée, pour que notre empereur la tranchât à son arrivée. Le clergé, peu satisfait de cette décision, fit tant, que le général Bazaine déclara à la régence qu'il avait des ordres pour que tout restât dans le même état qu'avant. Eu premier lieu, comme je vous l'ai dit, c'était mon programme; secondemeut, dans le cas où il ne l'aurait pas été, ce n'était ni politique, ni rationnel de se mettre en lutte avec le général Bazaine, et moins encore au moment d'ouvrir la campagne de l'intérieur; mais le clergé n'a pas voulu le comprendre ainsi; il s'est déclaré en lutte ouverte avec le général, et la suprême cour fit de même, opposant à tout son inertie et sa résistance. En vain, je fis appel à la patience, à

la tolérance et à la conciliation. La tolérance et le désir d'éviter un scandale furent pris pour de la faiblesse. La suprême cour, non satisfaite de désobéir et d'être tolérée, fit, par écrit, une pétition à la régence dans laquelle elle se révoltait, et l'on fut obligé de faire un exemple. La régence a destitué tous les magistrats et en a nommé d'autres. Ce pas était très pénible à faire, mais indispensable pour établir l'accord entre la régence et ses subordonnés, et leur faire comprendre que le temps est fini où tout individu imposait sa volonté au gouvernement. Il est d'une absolue nécessité de respecter ses ordres et d'oublier la mauvaise habitude des années passées, etc. — J. Almonte.

P. S. A la dernière heure. Arramberri, Ampudia et Parrodi, généraux de Juarez, se sont présentés, à San Luis Potosi, au général Mejia et ont prêté serment à l'empire, ainsi que l'ancien ministre des finances et plusieurs autres fonctionnaires de Juarez. Doblado cherche un port sur le Pacifique pour s'embarquer. »

Ce même jour, 9 janvier, le général Almonte écrivit à l'archiduc Maximilien qui lui répondit la lettre suivante : — « Mon cher général. — Les nouvelles que me donne votre lettre du 9 janvier sont on ne peut plus satisfaisantes, au point de vue militaire. Les actes d'adhésion, reçus en dernier lieu par M. Gutierrez semblent hâter le moment où nous connaîtrons les vœux de la grande majorité du pays.

« De mon côté, j'ai cru utile, pour activer les négociations que nous poursuivons en Europe, de me rendre à Bruxelles, où je suis plus rapproché du centre de ces négociations et où il m'est possible de recueillir directement les sages conseils du roi mon beau-père. J'ai aussi invité plusieurs notabilités mexicaines à rester ici auprès de moi, pour m'éclairer de leurs avis patriotiques.

« Lorsque les bases essentielles de nos engagements seront posées, je compte aller faire une visite à Paris et à Londres, et recevoir ensuite, dans la dernière quinzaine du mois prochain, à Miramar, la députation qui, d'ici là, sera sans

doute en possession des documents constatant les votes des provinces plus éloignées.

« L'archiduchesse me charge de vous dire mille choses aimables et je suis, mon cher général, avec une estime sincère, — Votre très affectionné, — Maximilien. — Bruxelles, palais du roi, 27 février 1864. »

MM. Gutierrez de Estrada, Velasquez de Léon et quelques autres Mexicains, appelés comme conseillers auprès de l'archiduc, étaient renommés dans leur patrie pour l'exagération de leurs idées réactionnaires,' politiques et religieuses et leur antipathie contre tout élément étranger. Ils firent chorus avec les partisans de l'archevêque qui accusaient la régence de faiblesse vis-à-vis de l'intervention et disposèrent l'archiduc à suivre une politique différente de celle du général Almonte, pour ne pas paraître agir sous la tutelle de la France. L'archiduc y était personnellement disposé, mais on verra qu'en se séparant brusquement de la politique conciliatrice et sage de la régence, il tourna le dos aux conservateurs, aux impérialistes et se jeta dans les bras des juaristes et des fédéraux. A la fin de février, lorsque l'archiduc se trouvait à Bruxelles, il était enfin décidé à partir pour le Mexique, l'emprunt franco-anglais était à peu près conclu; toutes les garanties qu'il demandait avaient été accordées; il voulut donner à son acceptation de la couronne, toute la solennité possible, et chargea M. Velazquez de Léon d'écrire au général Woll la lettre suivante, qui est trop étrange pour ne pas être publiée en entier :

« Bruxelles, 29 février 1864. — Mon ami très apprécié, — Je suis chargé par S. A. l'archiduc de vous écrire pour vous direqu'Elle désirerait que les généraux prisonniers qui ont fait adhésion à son auguste personne, et que vous jugerez dignes, se rendent à Miramar; mais que ceci se fasse sans qu'ils sachent que l'archiduc le désire, et comme un acte volontaire de leur part, pour assister à l'acceptation solennelle de la couronne du Mexique qui se fera à Miramar en présence de notre commission et de plusieurs Mexicains,

Ht HISTOIRE DU MEXIQUE.

invités à cet effet, lorsque arriveront les actes — les votes — qui manquent. Vous présenterez ces généraux, et Son Altesse espère que pour cela vous vous mettrez d'accord avec M. Escandon, parce qu'on lui a recommandé plusieurs prisonniers, parmi lesquels il y a un ou plusieurs officiers indiens; l'archiduc désire que ces derniers assistent aussi à la solennité, à Miramar.

« L'archiduc désire, en outre, à cause de la connaissance que vous avez de l'armée mexicaine, que vous proposiez, si vous les rencontrez à votre satisfaction, un ou plusieurs anciens officiers qui pourraient, par leurs connaissances particulières des armes et leurs capacités, choisir et recevoir l'armement que l'on doit acheter ici, sinon l'on nommera ici les commissionnés — pour ces achats. — J. Vélazquez de Léon. »

L'archiduc et l'archiduchesse se rendirent à Paris dans les premiers jours de mars, et furent reçus aux Tuileries avec toute la distinction qui leur était due. Le dimanche 6 mars, ils assistèrent à la messe, dans la chapelle du palais, à côté de Leurs Majestés. Le projet du traité de Miramar, qui ne devait être signé qu'après l'acceptation officielle de la couronne, fut paraphé dans le courant de la semaine. Le vendredi 11, eut lieu, dans les salons de l'ambassade d'Autriche, une réception exclusivement réservée aux Mexicains résidant à Paris. M. Gutierrez de Estrada présentait à Leurs Altesses les dames, et M. Hidalgo, destiné à la légation de Paris, présentait les messieurs. Au nombre de ces derniers figuraient plusieurs généraux prisonniers devenus impérialistes. Le 12, à sept heures du soir, Leurs Altesses partirent pour Londres où des appartements leur avaient été retenus d'avance à l'hôtel Clarendon. Après avoir rendu visite à la reine d'Angleterre, aux membres de la famille royale et à la reine Amélie, Leurs Altesses revinrent à Bruxelles, se rendirent ensuite à Vienne et retournèrent à Miramar faire leurs préparatifs de départ pour le Mexique.

Le 9 avril, l'empereur d'Autriche vint à Miramar faire

SECOND EMPIRE

signer à son frère l'acte appelé Pacte de famille, portant renonciation absolue à tous les droits lui appartenant du chef de son titre d'agnat d'Autriche. L'archiduc désirait maintenir intact son titre d'agnat, tout en se déclarant prêt à prendre l'engagemeut de u'en invoquer le bénéfice qu'en cas de l'extinction totale des agnats appelés à la succession. Dans l'article 1 er du Pacte de famille signé par l'archiduc on lit : « L'archiduc Ferdinand Maximilien renonce, pour son auguste personne et ses descendants, à la succession de l'empire d'Autriche, etc. Art. 3. Dans les cas néanmoins, ce qu'à Dieu ne plaise! où il arriverait que tous les autres illustrissimes archiducs et leurs descendants mâles... viendraient à s'éteindre, Son Altesse impériale conserve formellement et de plein droit, pour ce cas-la, tant pour son auguste personne que pour sa descendance mâle... tous les droits mentionnés de succession..., de sorte que, pour ce cas, la renonciation prononcée par l'art. 1 er ne devra porter préjudice ni à Son Altesse impériale ni à ses descendants, etc. » L'empereur d'Autriche repartit de suite pour Vienne, après la signature de ce pacte. Il était utile de parler de cet incident, car, avant la fin de* l'année, l'empereur Maximilien protesta contre cet acte.

Le 10 avril, à 10 heures du matin, le contre-amiral, comte Hadick, chambellan de service, auprès de l'archiduc, alla chercher la députation, logée à la maison consistoriale de Trieste. Quatre carosses de gala amenèrent la députation à Miramar; elle était suivie d'un certain nombre de personnages mexicains, étrangers, de ministres, généraux, officiers en grand uniforme. A midi, le comte Zichy, grand-maître de la maison de l'archiduc, suivi du marquis Corio, grandmaître des cérémonies, conduisit la députation mexicaine à la salle des réceptions. L'archiduc debout l'attendait devant une table, sur laquelle se trouvaient les actes d'adhésion à l'empire; il avait à sa gauche l'archiduchesse Charlotte; à eôté etderrière Leurs Altesses on voyait le général Frossard, aide de camp de l'empereur Napoléon, M. Herbet, délégué

impérial, la princesse de Metternich, la marquise de Ville, les comtesses Zichy, Collonitz, le ministre belge près la cour d'Autriche, M. Monier, commandant de la frégate Themis et d'autres personnages.

Vingt Mexicains formaient un demi-cercle autour du président de la commission, M. Gutierrez de Estrada qui prononça un discours dans lequel il déplorait les malheurs de son pays, « sous lesquels, disait-il, il aurait succombé sans le secours de l'un des plus grands empires de l'Europe, et sans l'abnégation de Votre Altesse impériale... Honneur et gratitude... à la nation glorieuse, qui à la voix de son souverain, n'a pas hésité à verser son sang pour notre rédemption politique, créant de cette manière, entre les deux continents, une nouvelle confraternité... Honneur et gratitude à cet empereur aussi grand que généreux qui, faisant un intérêt français de tous les intérêts du monde, eut la gloire d'arborer, en quelques années et malgré les obstacles, le pavillon de la France, toujours craint, mais toujours sympathique, sur les confins de l'empire chinois et sur les extrémités lointaines de l'empire mexicain. » M. Gutierrez insiste ensuite sur les principes 'catholique et monarchique sur lesquels il faut s'appuyer pour faire le bonheur du Mexique ; il termine par des espérances sur la prospérité de l'empire.

L'archiduc dans sa réponse dit que le vote de l'assemblée des notables lui paraît ratifié par l'immense majorité des Mexicains. « Ainsi, ajoute-t-il, est accomplie la première condition formulée dans ma réponse du 3 octobre dernier. L'autre aussi que je vous indiquais alors, concernant les garanties nécessaires pour que l'empire naissant pût se consacrer avec calme à établir son indépendance et son bienêtre. Nous comptons aujourd'hui sur ces sécurités, grâce à la magnanimité de l'empereur des Français qui, dans lë cours des négociations qui ont eu lieu à ce sujet, s'est constamment montré animé d'un esprit de loyauté et de bienveillance dont je conserverai toujours le souvenir.

SECOND EMPIRE

« D'autre part, l'auguste chef de ma famille a consenti a ce que je prenne possession du trône qui m'est offert.

« Aujourd'hui je puis donc tenir la promesse conditionnelle que je vous fis, il y a six mois, et déclarer ici, comme je le déclare solennellement, que j'accepte, avec l'aide du Tout-Puissant, des mains de la nation mexicaine la couronne qu'elle m'offre... J'accepte le pouvoir constituant que la nation, dont vous êtes les organes, veut bien me conférer, mais je le conserverai seulement le temps nécessaire pour créer au Mexique un ordre de choses régulier et établir des institutions sagement libérales

« L'entreprise qui m'est confiée est grande, mais je ne doute pas de la mener à bonne fin, me confiant dans le secours divin et la coopération de tous les bons Mexicains.

« Je terminerai, messieurs, assurant de nouveau, que mon gouvernement n'oubliera jamais la reconnaissance qu'il doit au monarque illustre, dont l'amical concours a rendu possible la régénération de notre beau pays... »

M. Gutierrez de Estrada, suivant alors la coutume espagnole, mit un genou en terre, baisa la main de l'empereur, en signe d'hommage et cria : Salut à S. M. Maximilien I er , empereur du Mexique! Les Mexicains répétèrent ces cris. Les mêmes hommages et les mêmes cris furent adressés à l'impératrice. Ensuite l'abbé de Lacroma, la mitre sur la tète et la crosse à la main, assisté de l'aumônier et d'un prêtre mexicain, s'approcha de l'empereur qui prêta sur les Évangiles le serment suivant : « Moi, Maximilien, empereur du Mexique, je jure à Dieu. par les saints Évangiles, de procurer par tous les moyens en mon pouvoir, le bien être et la prospérité de la nation, de défendre son indépendance et de conserver l'intégrité de son territoire. »

En ce moment, le pavillon mexicain fut hissé sur la tour du palais et salué de vingt et un coups de canon par la frégate autrichienne Bellona et la frégate française Themis. Le Te Deum fut ensuite chanté dans la chapelle du palais. Puis, M. Velazquez de Léon, ministre d'État, le général Woil,

aide de camp de l'empereur, et M. Iglesias, secrétaire du cabinet, prêtèrent serment entre les mains de Sa Majesté. Ce même jour, l'empereur envoya un décret à Mexico pour dissoudre la régence, et nommer le général Almonte lieutenant de l'empire jusqu'à l'arrivée de Leurs Majestés sur le territoire mexicain. L'impératrice, par un autre décret, fut nommée régente, en cas de mort de l'empereur ou pour tout autre motif qui l'empêcherait de gouverner. Des nominations dans l'ordre de la Guadalupe, rétabli par la régence et confirmé le 10 avril 1864, par l'empereur, furent également faites, ainsi que les nominations aux ambassades de Paris, Vienne, Rome, Bruxelles, Londres et Madrid.

Voici la teneur du traité de Miramar signé pareillement ce même jour.

« Napoléon par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des Français, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

« Une convention, suivie d'articles additionnels secrets, ayant été conclue le 10 avril 1864, entre la France et le Mexique, pour régler les conditions du séjour des troupes françaises au Mexique ; convention et articles additionnels secrets dont la teneur suit :

« Le gouvernement de S. M. l'empereur des Français et celui de S. M. l'empereur du Mexique, animés d'un désir égal d'assurer le rétablissement de l'ordre au Mexique et de consolider le nouvel empire, ont résolu de régler par une convention les conditions du séjour des troupes françaises dans ce pays, et ont nommé à cet effet, savoir : S. M. l'empereur des Français, M. Charles François Édouard Herbet, ministre plénipotentiaire de première classe, etc., et S. M. l'empereur du Mexique, M. Joaquin Velazquez de Léon, son ministre d'État sans portefeuille, etc. Lesquels après s'être communiqués leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :

« Art. 1 er . Les troupes françaises qui se trouvent actuelle-

SECOND EMPIRE

ment au Mexique, seront réduites le plus tôt possible à un corps de 25,000 hommes, y compris la légion étrangère.

« Ce corps pour sauvegarder les intérêts qui ont motivé l'intervention restera temporairement au Mexique dans les conditions réglées par les articles suivants.

« Art. 2. Les troupes françaises évacueront le Mexique au fur et à mesure que S. M. l'empereur du Mexique pourra organiser les troupes nécessaires pour les remplacer.

« Art. 3. La légion étrangère au service de la France, composée de 8,000 hommes, demeurera néanmoins encore pendant six années au Mexique, après que toutes les autres forces françaises auront été rappelées conformément à l'article 2. A dater de ce moment, ladite légion passera au service et à la solde du gouvernement mexicain. Le gouvernement mexicain se réserve la faculté d'abréger la durée de l'emploi au Mexique de la légion étrangère.

« Art. 4. Les points du territoire à occuper par les troupes françaises, ainsi que les expéditions militaires deces troupes, s'il y a lieu, seront déterminés de commun accord et directement entre S. M. l'empereur du Mexique et le commandant en chef du corps français.

« Art. 5. Sur tous les points où la garnison ne sera pas exclusivement composée de troupes mexicaines, le commandement militaire sera dévolu au commandant français.

« En cas d'expéditions combinées de troupes françaises et mexicaines, le commandement supérieur de ces troupes appartiendra également au commandant français.

ce Art. 6. Les commandants français ne pourront intervenir dans aucune branche de l'administration mexicaine.

« Art. 7. Tant que les besoins du corps d'armée français nécessiteront, tous les deux mois, un service de transports entre la France et le port de Vera-Cruz, les frais de ce service, fixés à la somme de 400,000 francs par voyage — aller et retour, — seront supportés par le gouvernement mexicain et payés à Mexico.

« Art. 8. Les stations navales que la France entretieat dans

les Antilles et dans l'océan Pacifique, enverront souvent des navires montrer le drapeau français dans les ports du Mexique.

« Art. 9. Les frais de l'expédition française au Mexique à rembourser par le gouvernement mexicain sont fixés à la somme de 270 millions pour tout le temps de la durée de cette expédition jusqu'au 1 er juillet 1864. Cette somme sera productive d'intérêts à raison de 3 % par an.

« Art. 10. L'indemnité à payer à la France par le gouvernement mexicain, pour dépenses de solde, nourriture et entretien des troupes du corps d'armée, à partir du 1 er juillet 1864, demeure fixée à la somme de mille francs par homme et par an.

« Aut. 11. Le gouvernement mexicain remettra immédiatement au gouvernement français la somme de 66 millions en titres de l'emprunt au taux d'émission, savoir : 54 millions en déduction de la dette mentionnée dans l'article 9, et 12 millions comme acompte sur les indemnités dues à des Français, en vertu de l'article 14 de la présente convention.

« Art. 12. Pour le paiement du surplus des frais de guerre et pour l'acquittement des charges mentionnées dans les articles 7, 10 et 14, le gouvernement mexicain s'engage à payer annuellement à la France la somme de 25 millions en numéraire. Cette somme sera imputée : 1° sur les sommes dues . en vertu desdits articles 7 et 10 ; 2° sur le montant en intérêts et principal de la somme fixée dans l'article 9; 3° sur les indemnités qui resteront dues à des sujets français, en vertu des articles 14 et suivants.

« Art. 13. Le gouvernement mexicain versera, le dernier jour de chaque mois à Mexico, entre les mains du payeur général de l'armée, ce qu'il devra pour couvrir les dépenses des troupes françaises restées au Mexique, conformément à l'article 10.

« Art. 14. Le gouvernement mexicain s'engage à indemniser les sujets français des préjudices qu'ils ont indûment soufferts et qui ont motivé l'expédition.

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« Art. 15. Une commission mixte, composée de trois Français et de trois Mexicains nommés par leurs gouvernements respectifs, se réunira à Mexico dans un délai de trois mois, pour examiner et régler ces réclamations.

« Art. 16. Une commission de révision, composée de deux Français et de deux Mexicains désignés de la même manière, siégeant à Paris, procédera à la liquidation définitive des réclamations déjà admises par la commission désignée dans l'article précédent et statuera sur celles dont la décision lui sera réservée.

« Art. 17. Le gouvernement français remettra en liberté tous les prisonniers de guerre mexicains, dès que S. M. l'empereur du Mexique sera rentré dans ses États.

« Art. 18. La présente convention sera ratifiée et les ratifications en seront échangées le plus tôt que faire se pourra.

« Fait au château de Miramar le 10 avril 1864. — Herbet. — Velazquez.

« Articles additionnels secrets. — Suivent les préambules ordinaires.

« Art. 1 er . S. M. l'empereur du Mexique, approuvant les principes et les promesses énoncés dans la proclamation de M. le général Forey, en date du 12 juin 1863, ainsi que les mesures prises par la régence et par le général en chef français, conformément à cette déclaration, a résolu de faire connaître à son peuple, par un manifeste, ses intentions à cet égard.

« Art. 2. De son côté, S. M. l'empereur des Français déclare que l'effectif actuel du corps français de 38,000 hommes rie sera réduit que graduellement, et d'année en année de telle sorte que les troupes françaises restant au Mexique, seront, en y comprenant la légion étrangère, de 28,000 hommes en 1865; de 25,000 en 1866; de 20,000 en 1867.

« Aivr. 3. Lorsque la légion étrangère, aux termes de l'article 3 de la susdite convention, passera au service et à la solde du Mexique, comme elle n'en continuera pas moins à servir une cause qui intéresse la France, le général et les

officiers qui en font partie conserveront leur qualité de Français et leurs titres à l'avancement dans l'armée française conformément à la loi.

« Fait au château de Miramar, le 10 avril 1864. — Herbet Velazquez. »

Dans la journée du 14 avril, l'empereur et l'impératrice s'embarquèrent à bord de la Novara suivie de la Thémis qui devait escorter Leurs Majestés jusqu'à Vera-Cruz. Le 18, dans l'après-midi, les deux frégates arrivaient à Civita-Vecchia. Le même soir, à 6 heures, Leurs Majestés entraient à Rome, saluées par le canon du château Saint-Ange, et allaient se reposer au palais Marescotti, résidence ordinaire de M. Gutierrez de Estrada. Le roi de Naples et le cardinal Antonelli firent immédiatement une visite aux nouveaux souverains. Le lendemain, Leurs Majestés eurent une entrevue avec Sa Sainteté; l'empereur alla causer ensuite avec le cardinal Antonelli, tandis que l'impératrice visitait le Vatican. Le 20,HCèlTrs~Tïïajestés entendirent la messe au Vatican, reçurent la communion des mains du souverain pontife, et retournèrent au palais de Marescotti pour recevoir la visite de Pie IX, qui vint les voir à midi. A quatre heures du soir, Leurs Majestés quittaient Rome; elles s'embarquaient à neuf heures à Civita-Vecchia, et une demi-heure après, la Novara et la Thémis mettaient le cap sur Gibraltar.

L'auteur de la brochure La Cour de Rome et l'Empereur Maximilien ne se fondait que sur des probabilités, lorsqu'il disait que l'empereur se rendit à Rome « pour obtenir les concessions indispensables pour Tordre et la tranquillité dans son empire. » Il ne passa à Rome que pour demander la bénédiction du Saint-Père ; les documents, dont l'auteur ne cite qu'une partie, prouvent que l'empereur, pendant son court séjour à Rome, comme l'affirme le cardinal Antonelli dans sa lettre du 9 mars 1865, n'a entamé « aucune négociation relative aux affaires religieuses du Mexique. » Si le pape n'a pas signé de concordai, c'est qu'on ne lui en a point demandé. L'auteur de cette brochure l'ignorait sans doute.

SECOND EMPIRE

Sans ce concordat l'empire du Mexique devait avorter, et, tous ceux qui connaissent ce pays, son histoire et les mœurs de ses habitants diront que l'empire a été lué par l'ignorance ou le dédain de l'empereur à l'égard de la situation politique et religieuse de sa patrie adoptive. N'en déplaise au singulier avocat du maréchal Bazaine, la situation financière du Mexique pouvait accélérer ou prolonger l'agonie de l'empire, le tuer ou le sauver à jamais. L'empereur en arrivant au Mexique, pour ne pas devenir un gouvernement étranger et par conséquent antipathique à toute la nation, devait s'appuyer sur la propriété, sur le travail, sur les forces vitales, c'est à dire sur le parti conservateur. Le parti libéral lui étant naturellement hostile, l'empereur pouvait espérer le contenir, l'empêcher de troubler le repos public, mais se le concilier, ce n'était possible qu'après de longues années de paix et de prospérité. Pour s'appuyer sur le parti conservateur, il fallait connaître ce qu'il était au Mexique, préparer la solution des affaires religieuses, des biens nationalisés et ne quitter Rome qu'avec un concordat. Ce concordat n'eût pas été difficile à obtenir, car si « la cour de Rome, comme l'a dit M. Thiers, ne peut pas prendre l'initiative à cet égard, — la nationalisation des biens de mainmorte, — elle peut consacrer le fait, comme elle l'a consacré en France, quand une fois il a été accompli. »

Le projet, proclamé plus tard par l'empereur était sage; de même que l'on doit sauver d'une incendie tout ce que les flammes n'ont pas dévoré, il fallait sauver des transactions opérées à la suite des décrets juaristes toutes les ventes illégales ; il s'agissait de dire aux délenteurs de bonne foi : Vous ne serez point inquiétés et de dire au clergé : modérez vos prétentions, acceptez une transaction, faites la part du feu; Pie IX l'a bien faite, à son retour de Gaëte, en acceptant le papier-monnaie de Mazzini. Il était donc possible de s'entendre avec Rome; les conseillers de l'archiduc, à Miramar comme à Bruxelles, auraient dû lui en montrer l'absolue nécessité, et Maximilien ne devait pas venir au Mexique sans

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