‹ Juarez et Maximilien histoire du MexiqueChapitre 9 sur 17 · III · texte numérisé non relu

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ments qu'il n'avait pas pu emporter à cause de sou départ précipité. S. est aux anges de voir son vieux père qui est bien souffrant depuis quelque temps. » — L'empereur trop faible ou trop indécis pour commander en maître, ou seulement affronter une discussion, profitait toujours de l'éloignement de ses opposants pour prendre ses décisions; c'est ainsi qu'il organisa son cabinet, installa la direction de la presse pendant l'absence de M. Eloin, qu'il fit battre monnaie à son effigie, lors du voyage au Yucatan de son ministre Ramirez qui, sous différents prétextes, empêchait le frappage des piastres à l'effigie de l'empereur; ce fut aussi pendant le séjour du commandant Loysel en France qu'il changea son cabinet en un simple secrétariat, sous la pression de ses ministres. Je clos la parenthèse et continue la lettre.

« L'esprit de la population, sur tout mon passage, est excellent et surtout dans ce moment-ci vraiment touchant. Ce qui me paraît de très bon augure, c'est le rapprochement très prononcé du clergé qui se montra dans toutes les villes et les villages que nous venons de traverser. Le curé d'ici a déjà demandé spontanément d'être payé par l'État, et un autre curé des environs me demanda le placet pour deux brefs du Saint-Père. Vous comprenez que tout fut immédiatement accordé.

« Vous pouvez donner connaissance de cette lettre à l'impératrice et au maréchal auquel vous direz bien d'amitiés de ma part. Les nouvelles que j'ai reçues d'Europe sont excellentes. — Maximilien. »

— « Jalapa, 1 er juin 1865.— Je vous envoie avec cette lettre le règlement que j'ai fait pour le service civil du cabinet. Faites-le traduire en français par le lieutenant S. et ensuite en espagnol, ajoutez y les dispositions nécessaires pour le service civil et envoyez-moi tout cela le plus tôt possible à Puebla, car je tiens beaucoup à ce que ce règlement soit bientôt mis en pratique. — Maximilien. »

— « Puebla, 19 juin 1865. — Je suis enchanté de l'extrait que vous avez fait du règlement du cabinet; arrangé de cette

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manière, on pourra le publier au Diaro officiel et le faire imprimer dans la collection des lois et règlements que j'ai ordonné, et qui a été commencé par le sous-secrétaire d'État. En attendant, je fais lithographier ici, à Puebla, le règlement détaillé qui sera mis en vigueur le 1 er juillet.

« Chaque membre du cabinet recevra un exemplaire de ce règlement pour la tâche qui le concerne, mais personne d'autres, pas même les ministres. Cependant j'ai fait la lecture aux ministres avant-hier de tout le travail et ils l'ont accepté sans le moindre changement, ils en paraissent même très contents.

« Le cabinet civil actuel qui, au fond, n'est rien autre qn'une agglomération d'hommes incapables et paresseux qui, sans règlements et sans ordres, ne savent trop pourquoi ils existent, sera complètement dissout le 30 de ce mois. La nouvelle organisation commencera le l* r du mois de juillet avec un nouveau personnel que je suis en train de choisir. De l'ancienne clique — sic — qui se nommait cabinet, ne restera que Duran pour le service des audiences et pétitions, le major Boleslawsky pour la direction de la bibliothèque et Blasio pour le service de Chapultepec et de voyage. J'ai donné l'ordre au secrétaire de l'intendance, M. Poliakowitz, de se vouer pendant le mois de juillet à l'introduction et direction de la branche du registre et de la formation définitive de l'archive. M. Poliakowitz connaît mes idées sur ces deux points et s'empressera de former des employés qui pourront, dès le 1 er août , continuer sans son aide leurs services.

« Ayez la bonté de faire préparer tout le relatif pour la publication au Diario et pour la dissolution du cabinet actuel. Les employés renvoyés devront être de nouveau placés dans les différents ministères, et il s'entend de soi-même que les employés du nouveau cabinet qui auront immensément à faire, devront être bien payés et pas traités comme jusqu'à présent par notre excellent Éloin! — Maximilien. »

— « Puebla, 21 juin 1865. — Je vous envoie ci-joint les

nouvelles nominations pour le cabinet civil ; les personnes nommées doivent entrer en fonction le 1 er juillet, mais elles ne sont nommées que provisoirement; après quelques mois de bons services on pourra donner des décrets définitifs... Vous aurez la bonté de préparer pour mon retour un plan de réduction considérable en locaux; les deux cabinets prennent beaucoup trop de place dans le palais. Le ci-devant appartement de M. Scherzeolechner devra être remis à ma disposition, devant servir à l'avenir pour mon archive et ma bibliothèque privée. — Maximilien. »

— « Chapultepec, 19 juillet 1865. — Le cabinet a pris fausse route du temps de ce pauvre Éloiu ; il se développa en gouvernement central, sans en avoir le droit ni les qualités; il a fallu le remettre à sa place, et cela s'est fait dans les dernières semaines.il commence à fonctionner parfaitement bien et nous voyons enfin de l'ordre et de la décence. En ce qui concerne le personnel du cabinet et surtout les chefs, ils devraient savoir s'accommoder à mon caractère; c'est la moindre demande que je puisse leur faire.

« Or, mon caractère n'est pas des plus heureux et entre autres défauts, j'ai un sentiment d'indépendance absolu, de manière que même l'impératrice, avec son tact tout spécial, ne vient jamais chez moi, ne dérange pas mon travail sans que je l'invite de venir. Elle connaît sur ce point ma faiblesse, et en s'y accommodant, jamais l'harmonie n'a été troublée. Pour ne pas être interrompu dans mes travaux j'ai inventé le style épistolaire pour correspondre avec les ministres et avec les chefs de mou cabinet, copiant en cela le sage exemple de mon beau-père, qu'il exagère peut-être, en correspondant même avec ses propres fils, qui se trouvent cependant sous le même toit.

«... Je vous avoue que je suis très étonné de voir les Français se plaindre. Si quelqu'un a le droit de se plaindre ce droit revient à moi. Mais mon caractère qui a ses fautes — défauts, — que j'ai franchement avouées a aussi une qualité, celle d'un profond sentiment d'équité, or moi je ne me

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plains pas contre les Français auxquels le Mexique doit tant de reconnaissance, mais je me plains amèrement et directement contre quelques Français qui servent mal leur empereur... si je ne me plains pas ouvertement... c'est par égard pour mon meilleur ami l'empereur Napoléon, par respect pour cette grande nation à laquelle nous devons tant. J'avale bien des injustices, bien des humiliations auxquelles je n'étais accoutumé de ma vie, par amour pour ma nouvelle patrie, par amitié pour la France... Du reste je me console de ne pas recevoir de rapport inexacts, » — Sa Majesté veut dire qu'Elle ne recevait pas de rapports sur la situation intérieure du Mexique et que lorsqu'Elle en recevait, ils étaient inexacts — « puisque le même malheur arrive, comme je viens de le savoir positivement, à l'empereur des Français. On se joue des deux empereurs, voilà la situation, mais elle ne durera pas longtemps, car les deux empereurs commencent à voir clairement... — Maximilien. »

L'empereur n'aimait recevoir des plaintes d'aucune sorte ; quand on lui en faisait, il se plaignait à son tour d'une situation qu'il s'était faite, qu'il ne voulait pas regarder en face et qu'il n'avouait pas. Dans une lettre datée de ce même jour et traitant différents sujets, on voit que l'impératrice ne se dissimulait pas les difficultés du gouvernement impérial.

« Mexico, 19 juillet 1865. — Je savais bien, dit-elle dans cette lettre, que vous n'étiez pas de ceux qui abandonnent la brèche au moment du péril ou qui quittent la partie lorsque l'écheveau est embrouillé. Une tâche entreprise par un mobile élevé doit faire trouver dans ce sentiment la force pour continuer à l'accomplir. Le bien triomphe tôt ou tard; c'est le grand phare au milieu des défaillances de ce monde et les droites intentions trouvent toujours leur récompense... Ce qui reste dans l'esprit de l'empereur n'est jamais perdu... Jamais ceux dont le hasard ou la séduction qu'il exerce sur les cœurs a placé la destinée sur le chemin de l'empereur n'ont eu à en souffrir. Et le jour de son avènement au trône, il n'était occupé qu'à flaire autant d'heureux qu'il avait eu

d'amis, et à songer à tous ceux qui dans toutes les parties du monde lui avaient adressé un mot affectueux ou donné une preuve d'intérêt.

« Vous dites n'avoir été excité à votre démarche par qui que ce soit; prenez y garde, vous êtes du sang de la vieille France, de la terre de la loyauté et de la fidélité séculaires, mais à la suite des bouleversements de la France moderne, il s'est fait plus d'un disciple de Machiavel, et on n'a pas toujours écrit sur son front qu'on appartient à cette école. Pour ce qui est de la fibre française et de tout ce qui la froisse ou lui plaît, je n'ai besoin que de consulter la moitfé de mon être pour m'en rendre complètement compte. — Charlotte. »

Voici d'autres lettres qui témoignent que si le personnel français du cabinet avait parfois des raisons de se plaindre, Leurs Majestés, d'autre part, n'étaient pas toujours satisfaites du personnel mexicain employé à la direction du télégraphe et des courriers. Ces extraits, peu importants en eux-mêmes ont, à mes yeux, l'intérêt historique de révéler le caractère intime de Leurs Majestés, peint par elles-mêmes, et c'est à ce titre que je les publie.

« Chapultepec, 27 juillet 1865. — Le service du télégraphe «lu cabinet devient pire chaque jour. On fait sur lui des plaintes innombrables et bien fondées. Ces jours-ci j'ai appelé à Chapultepec deux personnes très connues à Mexico, l'une reçut son appel urgent quatre jours après, et l'autre vingt- quatre heures plus tard. Il n'y a pas une seule dépêche dont l'orthographe soit bien mise; il y en a d'autres entièrement incompréhensibles. — Maximilien. »

— « Mexico, 28 juillet. — Le mieux est l'ennemi du bien ; je suis satisfaite de vos indicateurs et de leur contenu, et je ne désire pas davantage. Le modèle projeté n'est pas assez sérieux pour quelqu'un qui a le désir de travailler véritablement et de manière à se rendre utile, c'est plutôt un indicateur de salon et je trouverais cela humiliant pour mes faibles efforts. Je ne désire plus pour le moment aucune

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espèce d'idée lumineuse ni d'amélioration bienveillante. — C. »

— « Chapultepec, 28 juillet 1865. — Vous me parlez des chambres demandées par G., je vous dirai qu'elles sont maintenant de toute nécessité pour le service de l'impératrice, à cause des travaux qui doivent se faire encore pendant six semaines dans son appartement.

« Le palais est si mal disposé qu'il n'a pas une seule chambre disponible — pour le cabinet — et moi-même je devrai pendant ces six semaines me réduire à une seule chambre qui est l'unique à ma di|||osition dans tout le palais, mais le bon service de l'impératrice doit passer avant tout. — Maximilien. »

— «Chapultepec, 6 septembrel865 — Bien qu'on n'ait jamais envie de vous gronder, j'y étais un peu disposé ce matin, car vous avez envoyé hier un paquet d'orties, hermétiquement fermé et aussi indigeste que possible, au sujet duquel j'ai dû faire un « meâ culpâ » qui vous revenait de plein droit. Je ne sais pas non plus ce qui prend au cabinet civil; il y a des jours où les lettres pleuvent comme la manne du désert et d'autres où rien ne paraît. C'est complètement intermittent et peu encourageant pour ceux qui arrangent les dossiers : je suis loin d'en avoir fini, ayant pris de chez l'empereur les plis fermés que je lui avais remis, vu que le nombre avait paru effrayant. — Ch. »

— « Chapultepec, 12 septembre 1865. — Je crois qu'il y aurait lieu de présenter ù l'empereur un plan de réforme du télégraphe. J'ai vérifié ce matin qu'une dépêche pressée prend une heure et jusqu'à ce qu'on ait la réponse, une heure et demie. Autant vaudrait aller à pied. — C. »

Le service du nouveau cabinet finit par s'organiser de manière à satisfaire le but que l'Empereur s'était proposé en le refondant au mois de juin. Les lettres de Leurs Majestés concernant les différentes questions administratives, politiques et militaires du Mexique donnent raison aux communications que j'envoyais indirectement au ministère des

affaires étrangères à Paris au commencement de l'année 1865. Les événements ont depuis sanctionné la justesse et la droiture de mes appréciations. En voyant la conduite des ministres et des fonctionnaires, appelés par Maximilien I" à le seconder dans son œuvre de régénération, on dirait que leur tâche n'était pas de proposer, mais de s'opposer à l'établissement de toutes les institutions utiles au Mexique. Leur force d'inertie, hostile à tout progrès, laisse tout à l'état de décret ou de simple projet; tout vient échouer contre leur indifférence, leur mauvais vouloir et leur nullité. Ministres, généraux et préfets, presque tous trahissent l'Empereur par leur opposition active ou passive, ouverte ou cachée, aux désirs de Sa Majesté; la trahison prend toutes les formes, elle se révèle à toutes sortes de degrés, et se développe de mois en mois d'une manière ostensible. Chaque jour il arrivait à l'Empereur ties accusations contre les ministres, les généraux, les préfets et les hauts personnages; Sa Majesté repoussait ordinairement ces accusations et s'en montrait fort mécontente; d'autres fois elle y attachait une certaine importance et demandait des preuves écrites avant de se convaincre du fait. Sa correspondance à ce sujet, nous révèle des contrastes de caractère comme on verra dans toutes les autres questions, et mérite que j'en publie quelques extraits.

« Hacienda de Jalapilla, 13 mai 1868. — Ce que vous me dites dans votre dernière lettre, h propos du ministère de l'intérieur, est très juste. Cortez Esparza — le ministre — n'était qu'un essai, dans le temps vivement prôné par notre pauvre Scherzenlechner; l'essai a très' mal réussi. Cortez Esparza est beaucoup trop partisan enragé et en même temps paresseux.

« Ce qui concerne les préfectures et leur bonne direction, chose tellement — très — essentielle. Je viens de réunir mes six meilleurs préfets, tous hommes modérés et capables, pour leur donner le diapason et les engager à me proposer une liste de candidats pour les autres préfectures,

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leur faisant bien comprendre que je veux des hommes honorables et énergiques, qui ne soient ni d'un extrême, ni de l'autre ; je me flatte que cette liste réussira très bien. J'ai aussi donné à mes six hommes une direction sur la manière de traiter la presse. Le choix de leur chef est très difficile et très important, aussi n'ai-je nullement l'envie de trop me hâter. » — Peu de jours après, l'empereur prit pour leur chef, c'est à dire pour ministre de l'intérieur M. Esteva, préfet de Puebla, qui n'était guère connu que par ses poésies, en l'honneur des dames. Sa Majesté aurait bien fait de suivre sa première résolution de ne pas trop se hâter pour ce choix.

« Ce que vous me dites de Campillo — ministre des finances — est aussi bien vrai, mais il ne faut pas oublier que c'est M. Bonnefond qui l'a inventé et qui a montré dans ce choix comme dans maintes autres occasions une capacité assez médiocre. J'attends déjà depuis longtemps de la part de M. Bonuefond l'esquisse du budget provisoire , n'ayant pas de budget, nous marchons comme des aveugles, et il arrivera le moment où nous ne marcherons plus du tout. — Maximilien. »

Eu écoulant des étrangers qui ne connaissaient nullement le pays, l'empereur devait naturellement s'attendre à ce que les personnes présentées par ces étrangers pour remplir de hautes fonctions ne répondissent pas à ces espérances. Pourquoi, lorsqu'il avait un choix pareil à faire ne consultait-il pas les auciens membres de la régence, beaucoup plus compétents en cette matière que des Autrichiens et des Français?

h Hacienda de Jalapilla, 15 mai 1865. — Il est très facile de jeter dans le monde une accusation semblable, plus difficile et plus utile de le prouver. Il est aussi très facile de dire qu'il faut faire des enquêtes, qu'un souverain doit montrer de l'énergie et donner des exemples salutaires^ Montrer de l'énergie, et rien que le montrer sans pouvoir venir à bonne fin, c'est ridicule et très dangereux. Vous vous rendez

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odieux et faites croire à un caractère capricieux. Avec des documents en main on peut agir et alors vous ne me verrez jamais fléchir. Informez — exactement sur le fait, cherchez à trouver la source, et si malheureusement le fait serait vrai, procurez-moi des documents, puisque dans un si triste cas ce n'est que le conseil d'État et moi qui pourront juger le chef de mon ministère. — Maximilien. »

Il s'agissait ici de M. Ramirez; voici une autre lettre concernant d'autres fonctionnaires.

« Jalapa, 26 mai 1865. — Ce qui se dit relativement au préfet de Tlalpam est grave, et je ne déclinerai pas* sa faute; mais il est nécessaire qu'on m'envoie des preuves du fait. Je dis de même pour le préfet de Cuernavaca et le commandant militaire de S. Angel, parce qu'on ne peut permettre de tels délits a un employé. — Maximilien. »

En parlant du désordre des fonctionnaires l'empereur écrivait de Puebla, 18 juin 1865. — a Quant à la proposition d'acheter quinze mille fusils, je désire savoir d'une manière exacte ce qu'on a fait de la grande quantité d'armes prises à l'ennemi, déjà depuis plusieurs mois, dans les provinces du nord. Je n'ai jamais pu savoir ce qu'est devenue cette grande quantité de fusils et de canons. — Maximilien. »

M. Almonte écrivait, le 10 juillet, à l'un de mes amis, à propos des ministres... « Le ministère, composé de libéraux modérés, continue ses travaux avec plus de dissimulation que les exaltés; mais, heureusement, tant que le maréchal Bazaine restera ici avec son armée, il n'y a rien à craindre, nous devons seulement déplorer le temps qui se perd pour la pacification du pays. »

Le 28 juillet, il ajoutait: — « Les choses vont un peu plus mal que lorsque vous étiez ici, et cela parce qu'on veut faire un empire avec des républicains, au lieu de le consolider avec des monarchistes et des impérialistes. Dieu veuille que notre souverain ouvre les yeux, parce qu'en les tenant fermés tout va mal. — Almonte. »

Les ministres se vengeaient des accusations qui arrivaient

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contre eux, par l'entremise des Français, en en faisant à leur tour contre nous pour jeter du discrédit sur nos officiers. En voici des preuves dans une lettre de l'empereur.

« Chapultepec, 21 juillet 1865. — Faites préparer un écrit qui donne les ordres les plus sévères d'ouvrir, en présence de deux employés de l'État et de M. Poliakowitch, comme secrétaire de l'intendance, pendant deux mois, toutes les caisses qui arrivent sous mon adresse ou sous celle de l'impératrice. Le même ordre sévère, sans l'intervention naturellement de M. Poliakowitch, devra être donné pour toutes les caisses qui viennent pour l'armée française et celles du maréchal. J'ai reçu sur ce point des informations peu édifiantes. Je pense que le maréchal et les officiers français doivent être heureux de prouver, comme moi, au public que les calomnies qu'on fait circuler sont sans fondement. Les plaintes contre la contrebande qu'on fait sous le nom de l'armée française, ont donné lieu à une forte discussion au conseil des ministres. J'ai apaisé alors mon monde; mais, puisque je vois que les mêmes plaintes se font à présent à mou adresse, j'insiste pour qu'on use de la plus grande sévérité... — Maximilien. »

Le même jour, Sa Majesté vivement froissée par la publication de la lettre du préfet de Morelia, écrivait, en parlant du chef de police... « Si M. Galloni n'est pas plus habile pour les autres affaires que pour celle qui concerne la lettre du préfet de Morelia, il ne me donne pas une grande idée du système qu'il veut introduire. Je sais déjà depuis quinze jours le fait scandaleux de la circulation decette lettre, on me l'a apportée il y a huit jours de la rue même. Jl y a une semaine que j'ai donné l'ordre au ministre de l'intérieur de faire venir le préfet et de le mettre sous procès... — Maximilien. »

Voici cette lettre, dont M. Éloin me niait l'existence : — « Morelia, 30 juin 1865. — Sire, — la politique que Votre Majesté a bien voulu introduire dans son gouvernement n'a pas atteint le but élevé qu'Elle se proposait en

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l'adoptant. Bien au contraire, les populations ne l'ont vue qu'avec une grande méfiance, et la révolution — les libéraux — avec un dédain prononcé. Le feu de l'enthousiasme une fois éteint, les populations sont retombées dans l'indifférence d'où elles passeront bientôt à des sentiments de haine contre le gouvernement. Le parti révolutionnaire, après avoir vu ses titres reconnus d'une manière explicite par Votre Majesté, méprise les concessions, parce qu'il ne les considère, en bonne logique, que comme de justes réparations ; il avance vers son but; rien ne l'arrête, et sans doute, il triomphera dans ce département. Ce n'est pas qu'il soit fort par les armes; sa force consiste dans la faiblesse du gouvernement. Celui-ci n'a pas d'idée fixe; ses dispositions ne s'accordent pas entre elles; l'à-propos et l'unité d'action, font en tout défaut; en un mot, Sire, il y a désaccord entre l'intelligence supérieure qui dirige, la volonté ferme qui décide, et la main vigoureuse qui exécute. La conséquence inévitable de tout ceci, c'est le chaos, et tel est l'état du département de Michoacan.

« Je viens donc, Sire, offrir, pour la quatrième fois, ma démission de cette préfecture politique, et je sens qu'il est de mon devoir , comme autorité et comme gentilhomme loyal, d'exposer tout ceci, à Votre Majesté, avec une entière franchise.

« Je prie Votre Majesté de vouloir bien accepter ma démission, ne fût-ce que pour m'affranchir du ridicule qui est réservé aux fonctionnaires publics de ce malheureux départements. Veuillez, etc. — Antonio de Moral. »

Au lieu d'interner dans la capitale ce personnage influent, il eût été prudent d'écouter ses conseils; quand on en reconnut la sagesse il était trop tard pour les suivre. L'empereur n'aimait aucun genre d'accusation; il défendait aussi bien les Français que les Mexicains. Le chef de la police, M. Galloni, se fit beaucoup d'ennemis, et bientôt il fut accusé d'avoir ouvert des maisons de jeu qui lui rapportaient des bénéfices importants; son renvoi fut demandé par les

Mexicains et par le maréchal... « Quant à Galloni , écrivait Sa Majesté de Chapultepec le 27 juillet, j'ai donné de nouveau, hier, l'ordre précis de ne faire aucune démarche jusqu'à ce qu'où m'ait remis des preuves et documents constatant sa culpabilité, parce que j'ai aperçu dans le courant de celte affaire un peu d'intrigue et de vengeance... — Maximilien. »

L'empereur pourtant avait une contre-police, et les renseignements qu'elle lui donnait étaient mieux reçus que ceux qui lui venaient d'ailleurs. Cette confiance dans ses propres agents se révèle dans plusieurs lettres , comme ou le verra dans le cours de cette correspondance.

« Chapultepec, 28 juillet 1865. — J'ai su par mes agents, d'une manière digne de foi, que je célèbre chef de guérilleros Epitacio Huerta qui était prisonnier à P;iris et commande une troupe de dissidents, a envoyé ces jours-ci un courrier à Mexico, pour inviter quelques rouges à une assemblée secrète d'une grande importance. Ces personnes ont promis d'y aller. Vous donnerez des ordres pour que la police veille à ce fait aussi intéressant et m'en informe au plus tôt, m'envoyant les noms des personnes qui obéiront à cette invitation... — Maximilien. »

— « Palais de Mexico, 6 août 1865. — Mon cher ministre Kamirez, ayant reçu déjà depuis quelque temps des plaintes répétées, provenant d'étrangers et de Mexicains, sur la difficulté devoir mes ministres, je désire qu'il se publie au plus tôt dans le journal officiel et autres journaux, les jours et les heures, très clairement indiqués, auxquels chaque ministre sera à la disposition du public... — Maximilien. »

— a Palais impérial de Mexico, 23 août 1865.— Sire.— J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Majesté le rapport de la police. Le signe *** s'applique au ministre de la justice; U m'est venu d'autre part des renseignements compromettants au sujet de ce fonctionnaire, et l'on assurait qu'il devait demander à Votre Majesté un congé pour se rendre à son hacienda, afin de se trouver absent au moment où des

événements propres à le compromettre pourraient se passer.

« Le maréchal transmet un rapport du colonel d'Ornano sur les affaires de Tehuacan, et demande que le sous-préfet de la Romaua qui a lâchement abandonné son poste, soit traduit devant un conseil de guerre, ce qui est parfaitement justifié par l'état de guerre... — Cabinet de Sa Majesté. »

— « Tulancingo, 31 août 1865.— J'ai vu la liste des personnes arrêtées à Mexico. Une fois que le maréchal a fait le premier pas, il ne doit pas se montrer faible maintenant; c'est pour cela que l'idée d'une amnistie le 16— septembre— ne me paraît pas heureuse.

« Ceux qui ont conspiré ou tenu des correspondances d'une manière traîtreuse avec les dissidents... devront être envoyés sous escorte au Michoacan pour être remis à Arteaga,... ce qui me paraît, sans doute, le meilleur châtiment, ou devront aller à l'étranger par ordre de l'autorité militaire, comme le disait le maréchal, le jour où il a dîné avec nous.

« Ceux qui sont entièrement innocents, et qu'on n'aurait jamais dû emprisonner, devront être mis immédiatement en liberté, si c'est possible, avant mon retour. — Maximilien,»

— « Chapultepec, 9 septembre 1865.— J'ai lu le rapport de la police du 7 et du 8 ; il sera nécessaire de continuer à surveiller avec beaucoup de secret la maison F... et me mettre toujours immédiatement au courant de ce qui se passe. J'ai moi-même sur cette affaire, d'un autre côté,. des renseignements, mais pas très clairs. — Maximilien. »

— Rapport de la contre-police de Sa Majesté. — « Sire, — Mes agents affirment qu'à la tête de la conspiration se trouvent l'archevêque de Mexico et Zuloaga. Je fais surveiller leurs maisons... Un général, appelé Silverio Ramirez, vient d'être nommé à un poste... qu'il serait dangereux de lui voir occuper. Zuloaga compte sur les troupes de Guadalajara.

— Rapport de la police du 12 au 14 septembre 1865.— « Chez M. F... toujours nombreuses allées et venues... À cinq heures est venue en voiture une dame qui a fait demander très im-

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périeusement une personne de la maison, disant que c'était très important. Il est alors descendu un vieux monsieur ù tête blanche... accompagné d'un tout jeune homme très brun. Ils sont montés en voiture auprès lie la dame et partis dans la direction de la place d'Armes.

« De onze heures à midi, F... est resté au ministère de l'intérieur et de là à celui de la justice... M. Campero, chambellan de l'Empereur, est allé chez F... à cinq heures.

« On me signale comme se livrant au transport des dépèches, entre les dissidents du Michoacan et leurs adhérents à Mexico, un nommé D. Orquisos, propriétaire d'une hacienda dans le Michoacan. Il serait aidé par un domestique qui lui est très dévoué... Ils sont ici actuellement. Luis Ocampo se livrerait aux mêmes manœuvres par l'entremise des conducteurs de diligence.

« A l'archevêché, hier, nombreuse réunion, depuis neuf heures du matin jusqu'à deux heures. Il — l'archevêque — a reçu plusieurs visites, entre autres celle de Navaro, sorti avec une liasse de papiers. Ce personnage tient à sa porte un domestique en vedette.

« Fidencio Villagran, signalé depuis le 21 août, est venu à Pachuca dans l'a nuit du 11 au 12, arranger ce qu'il appelle les affaires de la guerre; puis, jusque près de Mexico, d'où, par un courrier, il a envoyé une lettre qui a été reçue par F. Paz Gomez. Cette lettre a pour but de faire partir par la route de S. Gosme cette nuit même tous les hommes engagés pour l'hacienda du Lion, d'où ils iront à Popotla où se trouvent Fidencio Villagran, Leybas, Fragoso avec 1,700 so4r dats de cavalerie et d'infanterie. Ces différents chefs sont eu relation avec Horan, Viceute, Martiuez, etc. Leur agent est Ignacio Villaloros parti de Mexico le 6 de ce mois, ne reviendra pas. »

Les autres rapports de la police et de la contre-police deviennent plus explicites vers la fin de l'année, ou voit que les chefs des deux partis extrêmes se donnaient la main pour conspirer contre l'empire. Des ministres et d'autres

Mexicains de l'entourage de l'empereur sont compromis dans les dénonciations et réussissent à enlever quelques prouves matérielles de leur complicité et de leur trahison. Un ancien agent de police des États-Unis était en relation avec tous ces messieurs. Les rapports du 8 et du 9 décembre nous apprennent que l'on fomentait ouvertement à Temascnltepec et dans d'autres villes la révolution du Michoacan.

« L'autorité, disent ces rapports, devrait surveiller les frères Gonzalez, D. Manuel Arebal, l'ex-général Gamano et Mateo, frère du payeur Rivas Palacio;tous ces individus sont ennemis de l'empire et de l'intervention.

« On me signale le licencié Sanchez Solis, comme étant parti pour Puebla le 6 courant. Il emportait avec lui une caisse de papiers. Je le fais surveiller dans cette ville parce qu'il a beaucoup de relations principalement avec Ignacio et Rafaël Cueillar, chef juaristes.

« D'après les renseignements que j'ai reçus, il serait urgent de faire une enquête auprès du ministre des travaux publics sur les sommes reçues par la maison E... pour les droits du chemin de fer de Vera Cruz, depuis 1855 jusqu'à ce jour, et de constater après cette enquête le montant des sommes reçues par le gouvernement pour ses droits. Dernièrement M***, alors officier supérieur dans ce ministère voulut établir ce compte, soupçonnant des fraudes. Pour étouffer l'enquête qu'il désirait faire, on s'est empressé de mettre un frein 5 son zèle, en l'envoyant au Yucatan.

« Hier, une dame s'est présentée — à la prison de Belen — pour visiter un prêtre détenu, à qui il était défendu de communiquer avec qui que ce soit. Pour une gratification donnée à l'employé de service, ils ont pu causer librement dans une chambre à part. Il se trouve actuellement dans la prison un nommé Montes Yoca, condamné à mort, qui a proposé à mon agent — sergent de garde— une forte somme d'argent, s'il voulait le laisser évader. Il lui a promis, en outre de lui faciliter les moyens de rejoindre Porfirio Diaz ou Riva Palacio, et de lui faire obtenir le grade de colonel

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dans l'armée de l'un de ces messieurs. Ce prisonnier est celui pour lequel on a le plus d'égards dans la prison; il est presque continuellement en rapport avec l'agent principal qui pourrait parfaitement lui faciliter une évasion. »

Aces dernières communications, l'empereur répondit le 10 décembre : — « Du rapport que je vous renvoie, il résulte qu'il est très important de faire un changement prompt et radical dans la direction et les principes qui régissent la prison de Belen, nommant d'autres personnes et faisant un règlement énergique et clair. Il serait également important de trouver une personne énergique et dévouée a mon gouvernement pour l'envoyer, au moins pour quelque temps à Toluca, pour réparer avec tact le mal de la situation, le commissaire H. même s'est beaucoup plaint auprès de moi de la mauvaise influence de cette ville sur les districts qui l'entourent. — Maximilien. »

On a vu, par ces documents, contrairement à ce que disait M. Gutierrez de Estra la, en 1866, dans les journaux français, que les conspirations et la trahison se montraient au Mexique en 1865, sous bien des formes. Après avoir révélé celte déplorable situation dans la politique générale et le personnel des fonctionnaires impérialistes., je dois l'examiner aussi dans les finances et l'administration. Cette revue, par ordre de matières, de l'année 1865, année décisive pour la vie ou la mort de l'empire, aura l'avantage d'éclairer l'opinion publique sur chaque question particulière, à l'aide de documents inédits.

Je ne relèverai pas ici les inexactitudes et les appréciations hostiles et non motivées de M. de Kératry contre le gouvernement français, à côté des documents qu'il cite sur la créance Jecker. Dans les lettres de l'empereur Maximilien, datées de 1865, dans lesquelles il est question des réclamations françaises et des travaux des malheureux agents financiers que nous avons envoyés à Mexico, je ne vois pas une seule fois le nom de Jecker. Je crois donc que la créance Jecker, devenue créance française à cause des intérêts fran-

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