SPÉCULATION OU PLACEMENT
Les prodigieux mouvements de cours de certains titres de haute spéculation, dont j'ai d'ailleurs toujours conseillé à mes correspondants de se détourner, me valent de la part de ceux qui s'y sont laissé entraîner, de nombreuses demandes de renseignements. Mais autant je me trouve bien placé, bien outillé si je puis dire, pour donner satisfaction à ceux de mes lecteurs qui veulent bien me consulter au sujet de titres raisonnables, autant il m'est difficile de leur fournir des pronostics, dès qu'il s'agit d'actions autour desquelles s'ourdissent les complots des divers clans de spéculateurs.
J'exposais il y a quelque temps combien il était parfois malaisé d'obtenir de source officielle, c'est-à-dire par les administrateurs ou les directeurs, des informations sur
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la situation réelle des sociétés en dehors des périodes où [les publient leurs comptes et tiennent leurs assemblées. coi n'empêche pas de se produire des indiscrétions volon- .ires ayant pour but de provoquer des mouvements de ■ jurs dans un sens ou dans un autre. Il y a en ce moment ar le marché quelques titres qui sont ainsi travaillés dans ii3s buts intéressés que l'on ne peut démêler que lorsque le coup est fait. Le plus souvent, l'indiscrétion commise sciemment par un administrateur doit avoir pour effet de j )Ousser les titres à des cours qui lui permettent de vendre les siens à gros bénéfices. Il arrive assez souvent qu'une l)anque est dans la machination. Elle est plus dangereuse (juand l'administrateur répand à dessein des nouvelles (ié favorables destinées à amener la baisse qui lui permettra de rafler le titre dans les bas cours pour les revendre tîisuite avec de substantiels profits, lorsque sera publiée la bonne nouvelle ou démentie la mauvaise.
Ce sont là des mœurs qui ne sont point nouvelles dans le monde de la finance. Tels épisodes des romans financiers de Balzac, écrits il y a quatre-vingts ans, nous montrent, que les procédés ne se sont pas perfectionnés depuis. Toutefois la diffusion des journaux, le télégraphe et le téléphone, les énormes transformations politiques qui caractérisent notre époque, ont permis à la spéculation financière de prendre un aspect encore plus trépidant que jadis.