Justification de ce trésor
Cette union des satisfactions de la sainte Vierge et des saints à celles du Christ lui-même, n'est qu'une suite logique du dogme de la communion des saints.
''Credo communionem sanctorun", "je crois la communion lies saints", lisons-nous dans le Symbole que nous ont transmis les apôtres, c'est-à-dire, à l'union parfaite de tous les membres triomphants, souffrants et militants de la vraie Eglise de Jésus-Christ, union si intime, qu'elle est comparée par saint Paul à l'union des membres d'un même corps entre eux et à leur chef. Or, dit saint Thomas, c'est une loi que la communion des biens dans un composé, dépend de la perfection de son unité.
L'unité dans l'Eglise étant une unité consommée, " consummati in unum ", S. Jean, XVII, 25, la communication des biens y est donc parfaite également.
Donc, en vertn de cette union :
a. Tous les membres vivants de l'Eglise, c'est-à-dire, les membres unis au Christ par la charité, participent immédiatement et directement à tous les biens spirituels, lesquels forment comme le patrimoine de V Eglise, leur mère : saintes messes, sacrements, offices divins, et-., c'est ce qu'exprime saint Paul quand il dit (Kph., Ill, 6) : " Il a ramassé les nations en un seul corps, afin qu'elles " participent aux mêmes biens."
b. Toutes les bonnes œuvres de chaque membre profitent à chacun des autres membres et enrichisse! ;t le trésor commun. — "De même que dans notre corps, dit saint Thomas, opusc. 7, "l'action de chaque membre contriliue " au bien-être de tous les corps, ainsi dans l'Eglise, laquelle
122 RfcSUMË DE l'enseignement CATHOLIQUE
" est lin corps mystique formé de tous les fidèles, les biens " de l'un sont communiqués aux autres." — C'est du reste ce qu'exprime encore clairement saint Paul quand il dit : " Nous soriLines les raerahres Vun de Vautre." — " Si un membre souffre, tous souffrent avec lui. " — " Si un membre est glorifié, tous se réjouissent avec lui," — Rom., XII, 5; I Cor., XII, 26.
r. Les membres de l'Eglise peavent satisfaire les nns pour les autres. Cette troisième conclu.sion est contenue déjà dans la précédente. Mais comme elle a [)lus directement rapport au sujet des indulgences, nous voulons la mettre ]jhis en relief, en l'appuyant d'une courte explication et d'une bonne preuve.
Chacune de nos bonnes œuvres, renferme une partie méritoire proportionnée à la valeur intrinsèque de la bonne œuvre ; cette partie méritoire est inaliénable et nous assure une augmentation de grâce sanctifiante et de gloire éternelle. Conc. Tria., sess. V, c. 16 et 26.
Outre cette partie méritoire, chaque bonne œuvre, en tant que pénible, renferme aussi une valeur satisfactoire. Telle est la doctrine des Pères et de l'Ecriture : — S. Cyprien : "Les œuvres -de pénitence obtiennent le " pardon et la couronne ". — Eccle., III, 33 : " L'aumône résiste au péché,"
Or cette satisfaction, laquelle est l'acquittement, le paiement d'une dette, peut se communiquer aux autres et letourno dans le trésor de l'Kglise, quand elle n'est pas appliquée. En effet :
Catéch. Bom. "Nous ne saurions exalter et remercier assez l'ineffable bonté de Dieu qui, ayant égard à l'infirmité des hommes, leur a donné le pouvoir de satisfaire les uns pour les autres et de solder, de la sorte, la dette qui lui est due,
L'Eglise enseigne la même chose dès lespremiers siècles, en remettant ]iar les évoques, aux pécheurs publics pénitents, le reste de leurs expiations, à la prière des martyrs et en considération de leurs souffrances.
sui; i-Ks ini>ul(;i;nl'I':s 123
Cent auntii ce qu'enseu/ue S. l'aal, (jUiiiid il iliL, (Jul. 1, 24 : " Ji' me réjouis au milieu de mes souftVances pour vous, " parce ([Uc, par là, je coniitlète ce qui mamiue aux souf- " iVauces du Christ jxnir son corps (pii est l'Ej^lise." C'est-à-dire, selon l'explication de /S. Amj. et de ti. Tltonms, " J'oftVe mes souffrances pour les membres de l'Eglise."
Ainsi s'explique comment les souffrances de Marie et des saints peuvent s'unir à celles de Notre-Seigneur, pour former le riche trésor de l'Eglise. Jl les laisse comme un héritage à leur Mère, pour que celle-ci les distribue à leurs frères militants et souffrants, eu vertu du ])ouvoir des clefs, duquel nous allons l)ieutôt jiarlei'.
1I2T* o" Explications supplémentaires.
1. Les sdtisfartions de la sainte Vierge et des saints, quoique finies, coopèrent toujoui's avec celles du Christ dans chaque indulgence que l'Eglise nous accorde, parce que l'Eglise regarde le Christ tel qu'il est, c'est-à-dire, uni à son corps mystique. De même qu'en accordant une indulgence, Elle ne distingue pas entre les mérites de l'enfance, de la vie publique et de la passion de Notre- Seigneur, ainsi ne distingue-t-ellepas entre les satisfactions personnelles du Christ et celles de son corps mystique ; elle les prend dans leur ensemble quand elle nous accorde ces indulgences. Ainsi, il y a toujours une part des satisfactions des saints dans chaque indulgence que nous gagnons, et les satisfactions des saints sont inépuisables à cause de leur union aux satisfactions infinies du Sauveur. — Lehmkidd, S. Fœn., IV, a. 11, note.
2. Cette union des satisfactions des saints et de Notre- Seigneur ne fait pas injure au Christ. Luther et le Conciliabule de Pistoie, qui le maintenaient, ont été condamnés par Léon X et Fie VJ. Toute la gloire, en effet, en revient au Christ ; ce n'est que dans ses propres mérites que les œuvres des saints puisent leur valeur satisfactoire, en sorte que les satisfactions des saints sont les satisfactions du Christ dans ses membres mystiques.
124 KfcsuMf: DE l'enseignement catholique
3. ^ont exclus de la communion des saints : ceux qui ont perdu la foi ou l'union aux chefs de l'Eglise, les excunnnuniés, les hérétiques, les schisinatiques et les infidèles. Quant a/ax pécheurs, ils n'en sont pas complètement exclus ; les prières et les bonnes œuvres des autres inclinent la miséricorde divine à leur accorder la grâce d'une sincère conversion. Ces prières sont comme une planche de salut que les autres membres leur jettent pour les aider à rexenir au ]jort.
III. - "R^iuiKMioii qu'elle iiuiih oelroie eu vertu «lu poiivoii' «leH elerH. pnnr une Juate oautte."
lâ^i. 1" L'Eglise peut accorder des indulgences.
a. Cette proposition est de foi. — Conc. Trid., sess'.
b. Son pouvoir est clairement indiqué dans la S. Ecriture, Matth., XYI, 19: "Je vous donnerai les clefs du " royaume des cieux. Tout ce que vous lierez sur terre " sera lié au ciel comme sur terre ; tout ce que vous délierez " sur terre, sera délié au ciel comme sur terre."
Donc, l'Eglise a reçu un pouvoir général d'écarler tous les obstacles qui peuvent nous empêcher d'entrer au ciel et de nous unir parfaitement à Dieu ; donc, le pouvoir de jjardoimer les péchés, nun seulement quant à la coulpe et la ]»eine éternelle, mais aussi quant à la peine temporelle, jjuisque le ciel nous sera fermé tant que nous n'aurons pas payé, jusqu'à la dernière obole, notre dette à la justice divine.
Ce pouvoir ne peut être limité que par la nature de l'indulgence ou les paroles de Jésus-Christ. Or, du côté de l'indulgence, rien ne s'oppose à ce que l'Eglise remette les peines temporelles en dehors du sacrement de pénitence, puisque nous pouvons satisfaire l'un poui- l'autre par nos bonnes œuvres. Jésus-Christ n'a pas non plus exempté le pouvoir de remettre la peine temporelle du péché, pour le motif doimé plus haut.
L'Kglise ])eut donc, avec autorité, dispenser aux fidèles le trésor des satisfactions dont elle est dépositaire.
SUR LKS INDULCKNCFS 125
c. Toute la tradition u, du reste, toujours uiusi compris et jjratiqué la parole de Notre-Seigneur ; car ce furent de vraies indulgences (^n'accordèrent, en vertu de leur autorité, *S'. Puni, à l'incestueux de Coriuthe, (^t les évê([ues des premiers siècles, en al)règeant, à la supplication des martyrs, les peines des pécheurs publics (jui donnaient ])reuve d'une pénitence sincère.
Comme on le sait, les premiers chrétiens qui, sons la pression (les menaces et des tortures, avaient eu le malheur de trahir la foi, ctîiient condamnés à de longues pénitences canoniques. Ils allaient alors trouver les martyrs en prison ou dans les niines, obtenaient d'eux une lettre de recommandation, et les évêques, |x>nr honorer la constance des martyrs, leur remettait une partie de leur pénitence canonique. "Ceux des pécheurs qui n'ont pas " encore obtenu cette paix dans rEglise,dit TertuUien,a.n II'' siècle, " ont coutume de s'adresser aux martyrs et de les prier afin qu'elle " leur foit accordée."
Enfin, on sait combien Vusage de ce droit s'est accentué dans l'Eglise avec le cours des siècles.
Si une reine dans son royaume, une mère dans sa famille peut faire une faveur, pourquoi l'Eglise ne pourraitelle pas en faire autant envers ses enfants, user à leur égard de ses propres trésors ? —
13tl. 2" En qui réside ce pouvoir dans l'Eglise.
a. Le Souverain Pontife "jouissant seul d'une juridic- " tion universelle, c'est-à-dire, étant seul pasteur et juge " de tous les fidèles et administrateur souverain des trésors '• de l'Eglise, peut seul accorder des indulgences pour, tout '• l'univers catholique, ainsi que toutes sortes d'indulgences " pour les vivants et pour les morts ".
h. Le Concile général n'a ce même pouvoir qu'avec le Pape et par lui.
c. Les évêques successeurs des Apôtres ont le pouvoir d'accorder des indulgences à leurs diocésains. — Jusqu'en 1215, ils exercèrent ce droit sans limites; mais le Conc. de Latran, à cause de certains abus, régla que dans la suite, ils ne poun'aient accorder d'autres indulgences que les suivantes : Un ai}, au jour de la dédicace ou de la
126 RÉSUMÉ iJK i/exseignement catiiolk^ue
couséciatiou d'une église et quarante jours dans les antres temps. 11 régla aussi que ces indulgences ne seraient valables que dans leurs diocèses et seulement pour les vivants.
d. Les archevêques ont le même pouvoir éi)iscopal pour tout leur archidiocèse,
e. Les vicaires généraux et autres dignitaires ecclésiastiques ne peuvent accorder aucune indulgence sans délégation spéciale.
/. Les cardinaux, même ceux qui ne sont pas prêtres, peuvent accorder cent jours dans leurs églises titulaires, lorsqu'ils assistent aux fonctions ecclésiastiques les jours de fête.
g. Les nonces reçoivent pouvoir d'accorder certaines indulgences en dessous d'un an.
A ce propos, remarquons que le pouvoir de donner des indulgences, ne requiert pas nécessairement le pouvoir de l'ordre, parce que, accorder une indulgence est un acte, non d'ordre, mais de simple juridiction, lequel peut conséquemnient être exercé par délégation.
l*SO. o" Quand peuvent-ils en user ?
Quand il y a une juste cause. — Tous les théologiens sonc d'accord sur ce j>oinl, — La raison en est que le Pape et les évêques ne sont que les dispensateurs du trésor de l'Eglise et non les propriétaires absolus. Tous les auteurs requièrent une cause suffisante sous peine d'invalidité. *S'. Alph., VI, 582. Ils ajoutent que, lorsqu'au jugement de celui qui a le pouvoir d'accorder une indulgence, il y a une cause suffisante, l'indulgence est censée légitimement accordée et conséquemment valable. C'est aux supérieurs à juger de cette cause; nous devons, entièrement nous soumettre ù leur jugement.
i:il. 4" Manière de l'appliquer.
1. La sainte Eglise peut appliquer ses indulgences, non seulement aux vivants mais aussi aux fidèles défunts. — , Léon X a condamné la proposition de Luther soutenant
StK 1,KS INHULOKNCKS 127
l'iiiulilitû t-lfs iiululgeuces pour les morts, coiuiuu " fausse " et injurieuM à la pratique et aux sentiinents de " l'Eglise universelle ".
Ce pouvoir de l'Eglise est une conséquence logique de la communion des saints. Puisque les âuies du Purgatoire restent unies i\ rp^glise uiilitaute par la foi et la charité, elles ont droit au trésor social, aux biens communs de leur mère, et puisqu'il est certain, d'autre part, que les bonnes œuvres des Hdèles aident les âmes du Purgatoire, il n'y a pas de raison, dit S. Thomas, pour refuser à l'Eglise le pouvoir de leur appliquer les satisfactions de son trésor.
Aussi, voit-on déjà an IX*" siècle des indulgences appliquées par l'Eglise anx fidèles trépassés.
Mais l'application des indulgences ne se fait pas de la même manière aux défunts et aux vivants.
2. L'Eglise les applique aux vivants par manière d' absolution juridique, parce qu'elle a juridiction directe sur eux. — Par exemple, un fidèle doit à la justice divine autant de peine temporelle — l'Eglise prend dans son trésor un paiement strictement équivalent à sa dette, elle l'offre à Dieu et prononce en même temps la libération de ce fidèle à l'égard de la justice divine, et sa sentence étant celle d'un juge autorisé, est infailliblement ratifiée par Dieu. Le pécheur est dûment et directement libéré de sa dette.
L'indulgence appliquée aux vivants est donc la remise directe et infaillible d'une partie ou delà totalité des peines temporelles en vertu d'une absolution juridique.
3. Aux défunts, l'Eglise applique les indulgences par manière de suffrage, de simple solution.
N'ayant pas de juridiction directe sur eux, pour leur appliquer une indulgence, elle prend dans ses trésors une partie des satisfactions du Christ et des Saints, et elle les présente à Dieu en lui demandant de vouloir bien les accepter comme paiement de la dette temporelle dont ils sont redevables à sa divine Justice. Elle auit comme un roi
i28 KÉSUMÉ DE l'eNSKIGNEMENT CATHOLIQUE
qui voudrait racheter un de ses sujets captifs. — 11 n'a plus le pouvoir de prononcer sur lui une sentence de liberté, mais il peut offrir une rançon convenable à celui qui le détient et lui demander de vouloir échanger son prisonnier contie telle rançon. L'Eglise fait de même. L'application d"une indulgence est de sa part plus qu'une prière, c'est une prière accompagnée de paiement, et de la paît de Dieu, l'acceptation d'une indulgence est plus qu'une simple miséricorde, c'est une remise de la dette en vertu d'un digne paiement tiré du trésor de l'Eglise.
La'pplication des indulgences aux défunts peut se faire à des défunts en particulier. Les âmes d'une part n'y mettent aucun obstacle et d'autre part, on n'a pas de raison de ci'oire que Dieu ne respecte pas, du moins en principe, l'intention de celui qui gagne l'indulgence. Pour qu'une indulgence soit applicable aux défunts en général ou à l'un ou l'autre en particulier, il faut, outre la volonté de l'Eglise, l'intention au moins habituelle, c'est-à-dire non rétractée de celui qui la gagne.
Comme on ne sait rien de la manière dont Dieu applique nos suffrages, nous devons nous efforcer de gagner le plus d'indulgences possible pour ks pauvres âmes. Notre charité ne perdra pas sa récompense.
13â. 5° Espèces d'indulgences que l'Eglise accorde.
L'Eglise accorde des indulgences partielles et des indulgences plénières.
a. L'indulgence plénière est celle qui remet toutes les peines temporelles dues à la justice divine pour les péchés pardonnes. — L'indulgence plénière gagnée dans sa totalité (car elle peut l'être partiellement) exempte complètement du Purgatoire, La principale de toutes est celle du Jubilé.
h. L'indulgence partielle remet une certaine portion de la peine temporelle. Elle serait indulgence plénière pour celui qui n'aurait pas une plus grande dette de peine temporelle, que celle remise par l'indulgence gagnée. L'Eglise donne des indulgences partielles de 100 jours, un an, etc.. Son intention n'est pas d'abréger notre Purgatoire
SUK LKS INDULGENCES 129
du nieine nombre de jours, mais d'accorder la rémission de la peine (qu'aurait aucienneiuent rachetée, devant Dieu, une
pénitence canonique de 100 jours, un an Quand l'K-
glise accortle par exemple 7 ans ef 7 quarantaines d'indulgences, elle accorde la rémission des peines du Purgatoire correspondante à celle qu'aurait remise une pénitence de 7 ans et 7 quarantaines de jours, faite avec la plus grande ferveur et selon la loi rigoureuse de lu primitive Eglise.
c. Ces diverses indulgences prennent différents noms selon les diverses conditions de leur concession f5eri'/?(/er). Elles s'appellent:
Locales quand elles sont attachées à nu lieu ;
Personnelles ou universelles, selon qu'elles sont accordées à tous ou à des particuliers ;
Réelles, quand elles sont appliquées aux objets de dévotion ;
Temporaires, quand elles sont accordées pour un temps déterminé ;
" Toties quoties," quand on peut les gagner le même jour autant de fois qu'on en pose les conditions.