‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 1 sur 121 · NOCES D'OR · texte numérisé non relu

NOCES D'OR

DE

Coup d'œil préliminaire

En annonçant, il y a quelques années, à ses diocésains, le Jubilé sucerdotal de Sa Sainteté le Pape Léon XIII !, Son Eminence le cardinal Taschereau disait : “ La sainte Eglise catholique est une grande famille, dont les innombrables énfants sont répandus sur la terre entière ; et quand le Père de cette famille, après avoir exercé les sublimes fonctions du sacerdoce pendant un demi-sicle, doit rendre de solennelles actions de grâces à Dieu, n'est-il pas juste que nous nous réjouissions avec lui et que nous lui témoignions notre respect et notre amour ? ? ”

1—Léon XIIT fut ordonné prâtre le 31 décembre 1837, et célébra son jubilé sacerdotal Le 31 décembre 1887,

2—Mandement du 6 janvier 1887.

Et plus tard, rendant compte des noces d’or du saintpère : “ Le jubilé sacerdotal de Notre Saint-Père le Pape Léon XII, disait-il aux fidèles de son diocèse, a été pour toute l'Eglise catholique l’occasion d'une joie tout à fait extraordinaire. De toutes les parties du monde, même des missions les plus éloignées, les plus nouvelles et les plus pauvres, ont été envoyés à Rome des témoignages de foi et d'union au Chef de l'Eglise, et partout l'hymne d'actions de grâces s’est fait entendre. Jamais depuis sa

fondation l'Eglise n’a vu rien de semblable !,...

À son tour, le Chef vénéré de l'Eglise de Québec, qui n’est qu’une petite partie, mais une partie intéressante, nous allions dire privilégiée, de la grande famille catholique, a eu le bonheur de célébrer cette année son jubilé sacerdotal. Avec quels transports de joie et d'affection, avec quel enthousiasme ses enfants sont accourus auprès de lui pour le féliciter de la noble et longue carrière qu’il a parcourue, pour lui apporter l'hommage de leurs vœux, de leur reconnaissance, de leur admiration, et lui dire du fond du cœur : Ap murros ANNOS ! Nous sommes tous encore sous le coup de l'émotion douce et touchante que nous avons éprouvée à la vue de tout un peuple acclamant les hautes qualités et la sainteté de vie de son premier Pasteur, à la vue de tout un clergé lui donnant les preuves les plus éclatantes de son amour et de son dévouement. Tacite a dit quelque part que ce sont les époques les plus fécondes en vertus qui sont aussi les plus aptes à les

apprécier—virtutes tisdem temporibus optime æstimantur

1—Mandement du 15 avril 1888.

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quibus facillime gignuntur. A ce compte, les fêtes jubilaires de Son Eminence le cardinal Taschereau font le plus bel éloge du clergé et des fidèles confiésà ses soins : elles ont été à la hauteur des grandes solennités par lesquelles le peuple canadien célébra il y à quelques années lélévation de Son Eminence à la dignité de Ja pourpre romaine !, En fait de jubilé sacerdotal, on peut dire que “ jamais depuis sa fondation l'Eglise du Canada n'a vu rien de semblable.”

Il y a près de deux siècles, et presque à la même date que Son Eminence le cardinal Taschereau, au commencement de septembre 1697, le vénérable fondateur de cette Eglise, Mgr de Laval, célébrait lui aussi À Québec son jubilé sacerdotal 2. A cette occasion, il officia solennellement dans cette cathédrale qu’il avait consacrée trente ans aupsravant. Certes, ce dut être un spectacle bien touchant, de voir ce noble descendant des premiers

barons chrétiens de la vieille France, ce saint vieillard âcé ? [=]

de plus de soixante et quinze ans, agenouillé au pied des

autels pour renouveler devant le Seigneur le sacrifice de sa vie, pour le remercier des grâces reçues durant cinquante années de sacerdoce presque toutes dépensées au service de la Nouvelle-France, réveiller en lui l’ardeur de ses jeunes années—renovabitur ut aquilæ juventus tua 3— et s'animer à poursuivre courageusement sa course jus-

1—Le Premier Cardinal Cunaudien ; Québec, 1886.

2—Le fait est consigné dans une lettre du P. Gravier, de la Compagnie de Jésus, à Mrr de Laval, datée de Montréal le 17

septembre 1697, 3—Ps. CIT, 5.

qu’au bout, afin d’y saisir, suivant l’énergique expression de saint Paul, la vie éternelle—«pprehende vitam æternam 1, Toute la colonie, sans doute, s’associa À la joie des fêtes jubilaires de Mgr de Laval : on accourut de Montréal, des Trois-Rivières et de toutes parts pour le féliciter : le clergé, surtout, qui lui était si attaché, les prêtres de son Séminaire de Québec étaient là, formant autour de lui

comme une couronne de dévouement et de vénération 2.

Mais ce clergé était encore peu nombreux : à vrai dire, c'était bien le pusillus grex de l'Evangile. Et la colonie elle-même, qu’était-elle ? une poignée de Français dispersés ça et là sur un territoire immense, On avait peu de ressources pour célébrer un jubilé sacerdotal. La scène sublime et touchante que nous venons de décrire se passait, pour ainsi dire, au milieu de la forêt, comme autrefois ces mystères religieux solennisés dans les bois sacrés

des Gaules ou de la Germanie.

Quant aux autres prédécesseurs de Son Eminence le “ardinal Taschereau, plusieurs—au moins cinq ou six * —ont atteint leur cinquantième année de prêtrise et purent par conséquent célébrer leur jubilé sacerdotal. Malheureusement rien n’est consigné à ce sujet dans nos

Fos reg ee Ë M tee ar archives ecclésiastiques, soit que l’on ait négligé de décrire 1—1 Tim., VI, 12.

2—Mgr de Laval fut bien près de célébrer ses noces d’or épiscepales. Il mourut huit mois seulement avant le cinquantième anniversaire de son sacre.

3—Nos $S$S. Dosquet, Briand, Desglis, Panet (grand-oncle de $. E, le card. Taschereau), Turgeon, et peut-être Mgr de Saint- Vallier. Mer Dosquet put même célébrer ses noces d’or comme évéque, car 11 mourut après cinquante-deux années d’épiscopat. Mais il était retiré en France depuis longtemps.

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