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No 836 DISCOURS DE M. L'ABBÉ CHARLES TRUDELLE Chapelain de l'Hôpital du Sacré-Cœur ÆEminence, Messeigneurs, Mesdames et Messieurs,
Celui qui a été comme l'âme de l’organisation des fêtes auxquelles nous assistons m'a dit un jour : ‘ Il convient, ét il faut que, en votre qualité d'un des plus anciens membres du clergé du, diocèse, et aussi comme chapelain de l'Hôpital du Sacré-Cœur, vous adressiez la parole au public dans cette circonstance solennelle, Vous évoquerez quelques-uns des souvenirs des années passées au Séminaire de Québee avec l'éminent Prélat dont nous célébrons les noces d'Or, et vous direz quelques mots de l'hospice si cher à son cœur d'évêque et auquel il s'agit de redonner la vie, ?—C'était mon canevas,
J'ai tout d'abord hésité à accepter cette tâche honorable. Quoi, me disais-je, monter sur le théâtre agrandi du Séminaire après un laps de plus de cinquante ans d'absence! Dans ce concert d’éloges méritis, aussi éloquemment que délicatement distribués, qui va se faire entendre alors : au milieu de ces chants d'allégresse et de ces mélodieuses symphonies que devront prodiguer nos plus habiles virtuoses, mêler les sons de ma voix de septuagé-
naire ! Mais vraiment ce serait m'exposer à tout gâter,
Toutefois pour m’encourager dans ma témérité, je me suis dit: Dans tout concert il y a des voix et des instruments qui donnent les notes dominantes, que l'oreille écoute et suit avec plaisir, et aussi des voix et des instruments de basse, ou d'accompagnement, dont les sons et le bourdonnement, moins remarqués, seraient
ennuyeux s'ils étaient seuls, mais dont l'effet cependant
est excellent et nécessaire même pour que l'harmonie soit parfaite.
Eh bien, me suis-je dit, la partie du programme de cette fête que je remplirai sera comme le bourdonnement ou le faux-bourdon de ce concert, et tout sera bien,
Je dois done d'abord parler de souvenirs, et ils se présentent en foule à ma mémoire, en ce moment, ces souvenirs du passé : car s’il est vrai de dire avec un poète qu'il “ est un Âge dans la vie où l’Âme recueillie a besoin de se souvenir,” c’est bien assurément à l’époque ou près de l’époque des noces d'Or, parce qu'alors, plus que jamais, tout rappelle qu'on descend depuis longtemps le versant occidental de la vie, et qu'on le descend avec une vitesse qui semble s'accélérer de jour en jour.
A cet âge, l'âme se complaît dans les réminiscences d'un temps auquel on voudrait se rattacher, mais qui fuit et s'éloigne toujours de plus en plus, comme l'Italie devant Enée. Une des plus grandes jouissances de l'âme et du cœur, alors, est de rencontrer quelques-uns des bons amis d'autrefois ; et ce plaisir est d'autant plus grand qu'ils deviennent plus rares de jour en jour, ÆRari nantes in qurgite vasto,
Mais venez donc ici, joyeux confrères de classe qui terminiez le cours de vos études au Séminaire de Québec en 1836, au nombre de treize.
Venez mous parler un instant du plus jeune d’entre vous ; venez mois cntretenir de ses talents transcendants, de son assitl an travail, de sa sagesse et de sa soumissi | piété tendre et éclairée. Venez nous
mment, chargé des palmes qu’il
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recueillait à la fin de chaque année il a pu parcourir avec tant de rapidité et d'éclat la carrière de ses études classiques, et la terminer à l'âge prématuré de seize ans et quelques mois,
Dites-nous s'il est bien vrai que ce Benjamin de votre classe, sous un extérieur en apparence dès lors sérieux et sévère, cachait un cœur sensible et plein de cette bonté et de cette charité qui n’ont fait que se développer avec l’âge et ont été comme les qualités dominantes de toute sa vie,
Pourquoi donc, lui externe, préférait-il quelquefois venir passer la récréation avec ses confrères pensionnaires, plutôt que de jouir de cette liberté d'action qu’on aime tant lorsqu'on est jeune ?
Comme il nous paraissait sage et vraiment philosophe, à nous, cadets badins et tapageurs de la salle de récréation des grands !
Mais quoi !
personne ne répond à l’appel !.…. Tous sont partis pour le grand voyage qui n’a point de retour ! Un seul sur treize a pu échapper aux coups redoublés de
la mort.
Nous avons au moins une grande preuve que ce nombre de treize n’est pas aussi fatal qu’on veut bien le croire quelquefois, puisque aujourd’hui, après cinquante-six ans, nous voyons avec bonheur et un légitime orgueil, au milieu de nous ce même treizième écolier de sa elasse— par l’âge—revêtu de la pourpre romaine et élevé au rang sublime de Prince de l'Eglise universelle.
Mais puisque personne ne se présente, et que l’Ecriture nous défend de louer les vertus de quelqu'un avant sa mort, il faut bien aujourd’hui se contenter d'admirer ses vertus dans un respectueux silence, et attendre, pour en
écouter le récit, qu'il ait plu au souverain Maître d’en accorder la récompense. Espérons cependant que cette attente se prolongera jusqu’au delà des Noces de Diamant.
Vous veniez done de terminer vos études, Eminence, dans l'été de 1836, et quelque temps après vous preniez pour la première fois le chemin de Rome, sous la conduite d’un aimable mentor, alors notre préfet des études, M. Holmes, cet intéressant causeur, ce brillant orateur, dont le regard plein d'intelligence, la figure spirituellement sympathique et la voix de sirène charmaient tellement, qu'on aurait pu dire de lui qu'il était les délices de la jeunesse studieuse et de la classe instruite de la société.
Partir pour Rome, dans ce temps reculé, c'était entreprendre un voyage bien extraordinaire ; et nous allâmes, nous pensionnaires, vous reconduire jusqu'au quai près duquel était le vaisseau qui devait vous recevoir. 11 me semble entendre encore M. Holmes nous dire, avec ce timbre de voix particulier qui plaisait tant aux oreilles : ‘ Au revoir, mes amis.”
Au revoir !,
sage et éclairé, sors l'égide duquel vous étiez, où plutôt
… Cependant, sans l'opposition de ce guide
sans cette Providence qui règle tout, le Canada ne vous aurait pas revu et n'aurait pas eu le bonheur et la gloire de saluer en vous le premier Cardinal canadien, Ecoutant en effet vos goûts pour l'étude et la vie solitaire, vous avez été, dit-on, sur le point de céder aux sollicitations du célèbre abbé Dom Guéranger, alors à Rome, et de le suivre dans sa solitude de Solesme. Ieureusement pour nous le bon Dieu avait d'autres vues sur vous,
De retour au pays lannée suivante, revêtu d'une soutane qui depuis a changé deux fois de couleur, il vous a fallu, Kminence, à raison de votre jeune âge, la porter longtemps avant d'atteindre l'époque fixée par l'Eglise
tre d'en que cette Diamant.
iminence, 18 preniez à conduite tudes, M.
teur, dont uellement tellement, ices de la la société.
tait entreis allâmes, quai près ir, Il me », aveu ce oreilles :
le ce guide ou plutôt à ne vous t la gloire . Ecoutant faire, vous licitations e, et de Île ment pour
vêtu d'une eur, il vous , la porter al l'Eglise
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pour recevoir l’ordination dont nous célébrons le cinquantième anniversaire, Mais enfin ce jour arriva.
C'était le samedi, 10 septembre 1842, grand jour de fête pour toute votre paroisse natale de Sainte-Marie de la Beauce, où se fit la cérémonie ; mais il y avait joie et bonheur surtout au manoir seigneurial de la famille réunie pour le repas des noces sacerdotales, présidé par votre vénérable mère et auquel j'ai eu l'honneur d'assister ainsi que Mgr de Sherbrooke, les deux seuls survivants des convives ecclésiastiques. Comme toujours en pareille circonstance il y eut réjouissance, mais une de ces réjouissances religieuses et respectueuses que le cœur goûte en paix, comme celle que durent éprouver sans doute les convives des noces de Cana.
Devenu prêtre, vous avez été, Eminence, durant plusieurs années le doyen de cette pléiade de jeunes professeurs du Séminaire de Québec dont j'étais un, si heureux de travailler ensemble avec l’ardeur de notre jeune À Françoi
ge à l’œuvre de la maison bénie du vénérable s de Laval, notre Alma Mater, toujours si chèr” à nos cœurs,
Le souvenir des rapports amicaux que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous alors, Éminence, me touche plus que jamais dans ce jour de vos noces d'Or, car l'amitié, selon lEcriture (Eccl., IX, 15), est comme le vin, qui est d'autant plus délicieux qu’il est plus ancien.
Jose en prendre à témoin Sa Grandeur Mer de Sherbrooke, que je suis heureux de voir ici ce soir, ce vieil ami d'enfance, avee qui je pourrais célébrer, si c'était
l'usage, les noces de diamant d’une amitié sans nuage ct
sans éclipse, qui à pris racine il y a soixante ans au presbytère de Charlesbourg.
Temps heureux du jeune âge ! il y a longtemps qu’il a fallu vous dire adieu, sans pouvoir ajouter : au revoir.
‘ Quand on est si bien ensemble, dit un chant connu des écoliers, et dont nous avons souvent répété le refrain, devrait-on jamais se quitter ? ” Non, certainement, on ne devrait jamais se quitter si nous n’étions sur la terre que pour jouir, nous récréer et goûter le Quam bonum et quai Jucundum habitare fratres in unum de Ecriture, le bonheur et le plaisir de vivre ensemble comme des frères ; mais la Providence, qui à ses desseins sur chacun de nous, nous appelle souvent à changer de position et à quitter ce qui nous est le plus cher pour aller jouer ailleurs le rôle plus ou moins modeste ou plus ou moins important de notre vie : et le prêtre surtout doit obéir à cette voix. Nous avons done laissé le séminaire lun après Pantre, au nombre de six, auxquels seul je survis pour rappeler ici ce souvenir.
Quant À vous, Eminence, vous êtes resté constant au poste que le bon Dieu vous avait tout d’abord assigné, prodiguant à votre Alma Mater les trésors de science et de vertu que vous avez acquis, jusqu'au moment où cette même Providence, par la voix du vicaire infaillible de Jésus-Christ, vous à appelé à monter sur le trône archiépiscopal de Québec, que vous occupez si avantageusement pour le bien de vos ouailles,
Vos rapports avec le Séminaire et l'Université ont dû changer 2lors : de membre dévoué ‘+ ces deux institutions, vous en êtes devenu le puissant protecteur, ne cessant de leur accorder votre appui avec un dévouement que les difficultés sans cesse renaissantes n'ont pu ni ralentir ni épuiser,
qu'il voir.
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Mais, triste sort de notre nature, si le conrage reste le même, il n’en est pas malheureusement toujours ainsi de la vigueur et de la santé du corps, que le travail et le poids des années finissent par affaiblir. Heureusement pour vous, Eminence, que le Saint-Siège, obtempérant à vos vœux, a bien voulu consentir À vous donner dans la personne de Sa Grandeur Mgr l'archevêque de Cyrène, et cela aux applaudissements de tout le diocèse, un aide et un appui des plus sûrs et des plus solides, avec lequel, Dieu le voulant, vous pourrez prolonger votre carrière jusqu'aux extrêmes limites de la vie.
Si je n'avais pas craint de fatiguer l'attention qu’on veut bien me donner, j’aurais pu parler iei avec un peu de détails de nos amusements, de nos fêtes religieuses et littéraires, et en particulier de ces joyeuses vacances passées au Château Belle-Vue du Petit-Cap de Saint-Joachim, si agréablement variées par nos excursions dignes des hauts faits de nos devanciers écoliers en vacance,
Mieux que bien d’autres aussi, je comprends pourquoi, Eminence, voulant à bon droit prendre chaque année quelques jours d’un repos nécessaire, vous avez toujours aimé à vous transporter dans ces lieux enchanteurs, à vous agenouiller dans cette pieuse chapelle de langélique saint Louis de Gonzague, quisemble toujours embaumée des prières et des vœux ardents des prêtres, des lévites et des élèves en vacance, et à parcourir les deux poétiques allées de la Wellington et de la Waterloo, décorées de charmants oratoires, et serpentant sous un verdoyant feuillage aussi propre à réjouir la vue, que le chant des oiseaux qui le peuplent sait plaire à l'oreille,
Mais je ne dois pas oublier qu’il me faut dire quelques mots de l'Hôpital du Sacré-Cœur, de cette institution de
charité si fortement éprouvée, mais qui peut aujourd’hui répéter avec reconnaissance ces paroles du roi prophète : Propter nomen tuun, Domine, vivificabis me (Ps. 142, 11). Oui, si la vie m'est donnée une seconde fois, c'est grâce au respect, à la reconnaissance et à l’amour que votre nom inspire, Eminence, car c’est l'Hôpital du Sacré-Cœur en effet qui va bénéficier de la partie la plus substantielle de ces démonstrations en votre honneur.
Le jeune et actif Prélat que vous avez si justement honoré de votre confiance, Eminence, en le créant votre Vicaire Général, a eu une heureuse inspiration lorsqu'il a émis l’idée de demarder au clergé et aux laïques de ce grand diocèse une bourse bien remplie pour l’offrir à Votre Eminence, afin de lui donner le moyen de racheter un asile important dex misères de notre pauvre humanité ; car rien ne pouvait vous être plus agréable et en même temps être mieux compris aans la circonstance actuelle,
Qu'il me soit permis de donner ïci à Mgr Marois un témoignage de la reconnaissance que lui doit l'hospice de la charité dont je suis le chapelain. Témoin particulier depuis plus d'un an de Phabileté, du dévouement et de l'activité avec lesquels il a constamment travaillé à surmonter les plus grandes difficultés pour sauver cette maison d’un naufrage imminent—grande opus— j'ai dû admirer le courage avec lequel il a entrepris cette tâche, hérissée de difficultés en apparence insurmontables, et au succès de laquelle il n’a pas hésité à sacrifier souvent le soin de sa faible santé, Joïgnant toujours les deux conditions voulues pour le succès de toute entreprise, une volonté forte et persévérante—fortiter in re—àù une politesse de langage et À une délicatesse de procédés qui lui sont propres et ne se démentent jamais—suaniter in modo —il a pu mener à aussi bonne fin que possible jusqu’à présent l’œuvre dont il a bien voulu se charger.
d'hui hète :
LELY grâce votre Cœur itielle
‘ment votre qu'il a de ce Votre er un Lé ; car temps
Marois 108pice iculier et de à surr cette ai dû tâche, s, et au vent le iX Conse, une e poliqui lui in modo jusqu'à
Aussi la communauté actuelle de l'Hôtel-Dieu du Sacré- Jœur de Jésus de Québec se promet bien de ne jamais oublier dans ses prières—la seule monnaie avec laquelle elle peut payer les bienfaits recus—ce protecteurinfatigable dans ses jours d'épreuves, temps le plus propre pour recon-
A . \ naître les amis sincères,
La même communauté ne pourra pas non plus oublier les nombreux et généreux bienfuiteurs qui sont venus à son secours, et dont les noms, conservés dans ses archives, seront de plus, sans doute, inscrits en lettres d’or dans le livre de vie tenu là-haut par Celui qui a dit : Date et dabitur vobis, donnez et on vous donnera ; oui, on vous donnera cent pour cent, centuplum, un trône, une couronne, un royaume, #2ensurain bonam.
D'autres voix plus autorisées que la mienne adresseront sans doute plus tard à ces amis des pauvres et des orphelins ce mot du cœur que ne peuvent remplacer les plus beaux efforts de l'esprit : le mot Merci,
Mais qu'on me permette au moins de proclamer devant cet auditoire sympathique et distingué le mérite particulier de ces Dames de la plus haute société de notre bonne ville de Québec qui, rivalisant d'une légitime ambition, n’ont rien épargné pour provoquer les secours abondants, sous la direction et l'inspiration d’une autre Dame, au dévouement sans borne, je devrais dire héroïque, et dont le zèle pour les bonnes œuvres n’a d’égal que le patriotisme épuré de cet éminent magistrat, aussi éloquent orateur qu'aimable écrivain, qu'elle peut appeler son époux avec autant d'orgueil que d'amour,
Le succès des efforts de ces dames, et de tous ceux qui les ont secondées dans cette circonstance, est tel, qu'on sera peut-être tenté de dire que si, dans ces dernières années,
on à eu une nouvelle preuve de la vérité de cette parole
du Sauveur, que “ les enfants du siècle sont plus sages dans la conduite le leurs affaires que ne le sont les enfants de lumière” (Luce, XVI. 8) ; si on a oublié de joindre la prudence du serpent à la simplicité de la colombe ; si enfin on à fait une faute quelque part, on sera tenté, dis-je, de s’écrier avec l'Eglise : O felir culpa ! O heureuse faute, qui a été si bien réparée !
Dans tous les cas, c’est bien le temps d'appliquer le proverbe : “ A quelque chose malheur est bon ; ” car il est à croire que le courant de la charité qui se dirige depuis plusieurs mois vers l'Hôpital du Sacré-Cœur ne s'arrêtera pas tout à coup, et que cette pluie abondante, ou plutôt cette averse de dons généreux, produira les mêmes effets qu'on remarqne après les gros orages, je veux dire, ces petits ruisseaux qui coulent longtemps encore pour égoutter les terres trop arrosées.
Les nombreuses et puissantes sympathies acquises depuis quelque temps à l’hospice du Sacré-Cœur sont une garantie que ect espoir ne sera pas perdu.
Outre les infirmes, les vicillards et les malades passants que reçoit l'Hôpital du Sacré-Cœur, tout le monde sait que les deux œuvres principales de cette maison sont les soins donnés aux enfants trouvés et aux épileptiques ; et ce ne sera pas une des moindres gloires de votre épiscopat, Eminence, avoir contribué si puissamment à la fondation de cette institution de charité.
Le nombre des enfants trouvés qu’on apporte à l'Hôpital du Sacré-Cœur est en moyenne d'environ cent cinquante par année, et les mères de fantlle seules peuvent comprendre ce qu’il faut de dévouement pour donner À ces enfants les soins du jour et de la nuit que leur Âge tendre
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DISCOURS DE M. L'ABBËÉ CHARLES TRUDELLE
réclame, ‘ Qui peut voir sans pitié ”, a dit un poète chrétien !, “ Ces enfants délaissés que la honte a proscrits ? De leur mère jamais il n'auront un souris ; Ils n'auront point leur part aux caresses d'un père ; Loin d'eux ces noms si doux et de sœur et de frère, Condamnés en naissant dans leur triste abandon, Ils ont reçu le jour sans recevoir un nom.
Un dénuement complet est leur seul héritage.
Votre pitié, voilà leur unique partage !
Que dis-je? à leur naissance, incertains d’un berceau, D'une goutte de lait, d'un abri, d'un lambeau, Qui de leurs membres nus écarte la froidure, Ah! que la pitié parle où se tait la nature! ”
Oui, poète sensible et compatissant, la pitié parlera, ct soyez sans inquiétude, car ce n’est pas dans un diocèse comme celui de Québec qu'on laissera périr l’orphelin délaissé. Les Îmes charitables feront des prodiges de sacrifices pour sauver le berceau commun de tous ces enfants et la demeure des anges de bonté qui donnent à ces petites ct frêles créatures les soins que leur âge requiert.
La plupart des enfants trouvés viennent de la Miséricorde, autre excellente maison de charité qui sauve honneur de bien des familles et aussi la vie de beaucoup d'enfants. Ces orphelins ne sont apportés qu'après avoir reçu le baptême et sont toujours présentés dans un état convenable.
Quant à ecux qui viennent d’ailleurs, en quel triste état ils sont quelquetois déposés !
On en a trouvé sur des perrons, enveloppés dans des chiffons de linge ou de papier, et même une fois dans un
peu de paille. Il ne faut pas être surpris si ces pauvres
1—Delille, Poème de la Patrice.
petits enfants, ainsi maltraitésà leur entrée dans le monde, se hâtent de le quitter en grand nombre pour une demeure plus hospitalière, Is s'envolent avec l’agilité des anges, et vont y prier sans doute pour les bienfaiteurs et les bienfaitrices auxquels ils doivent le bonheur de jouir des splendeurs de la céleste patrie,
Quant à ceux qui survivent, le bon Dieu inspire à des personnes charitables la pensée de les adopter comme leurs enfants, En attendant le jour de cette adoption, et suivant le désir de Votre Eminence, on conduit tous les jours quelques-uns de ces orphelins dans la petite chapelle de l'hôpital, au pied de Celui qui a dit: # Laissez venir à moi les petits enfants,” La courte prière qu'ils balbutient en jouant, monte au ciel, n’en doutons point, comme un encens d'aussi agréable odeur à Dieu que celui qu'offrent les innocentes victimes de la cruauté d'Hérode, que l Eglise appelle les fleurs des martyrs, et qu'elle nous représente jouant avec leurs palmes et leurs couronnes devant le trône de l'Eternel.
Que de choses touchantes il y aurait à dire sur cette œuvre des enfants trouvés mais il faut qne je me hâte de terminer, et je ne veux pas qu'on nr'applique cette sentence de Boileau :
‘ Qui ne suüt se borner, ne sut jamais écrire, * * +
Cependant il faut bien que je dise quelques mots d’une autre œuvre non moins importante de l'Hôpital du Sacré- Cœur : le soin des épileptiques.
Quelle triste maladie que Fépilepsie ! d'autant plus triste que jusqu'à présent la science médicale n’a pu en saisir le secret, malgré les effets terribles et effrayants qu'elle fait subir aux corps des malheureux qui en sont atteints : d’autant plus triste, par conséquent, qu’on n'y
ionde, meure anges, et les ir des
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apporte aucun remède et qu'il n’y a presque pas espoir de guérison, Mais aussi quelle belle œuvre que celle qui pourvoit au soulagement de cette classe d’infortunés !
Pauvre épileptique ! On le fuit dans le monde, on cherche à l’éloigner et à s’en débarrasser, Il est comme banni de la société, où sa présence est regardée comme un danger, L'entrée même de l'église lui est souvent refusée, etilne peut y aller prier qu'en secret et comme sil n'était pas digne d'y paraître avec les autres membres de la famille chrétienne. Frappé dans son corps, humilié dans son Ame, sans sympathies dans le monde, qui le redoute, et souvent sans protection, il lui faut rester à l'écart de tout ce qu'on peut le plus aimer à voir où à entendre.
# Cher lecteur, écrivait quelqu'un, avez-vous eu la bonne fortune de visiter lôpital du Sacré Cœur? Avez-vous traversé les deux salles d’épileptiques qu'il renferme ? Vous êtes-vous arrêté une minute devant les victimes de la plus cruelle des infirmités ? Les avez-vous vus se tordre dans de terribles convulsions qui brisent le corps et ébranlent le cerveau ? Et pendant ces scènes lugubres, vous a-t:1 été donné de contempler une femme forte penchée sur le pauvre misérable, et lui prodiguant les soins que suggère la tendresse maternelle ? Ah ! si vous avez vu cela, vous avez compris quel héroïque dévouement il faut à ces femmes, et combien l'œuvre qu'elle font est grande ct admirable !?
Oui, ajouterai-je en finissant, avec la conviction d'un témoin oculaire de chaque jour, ces œuvres de PITôpital du Sacré-Cœur sont grandes et admirables ; mais aussi, disons-le, grande est la gloire devant les hommes, et grand est le mérite devant Dieu, de toutes les personnes qui, ne se contentant pas d'admirer ces œuvres, les favorisent et les encouragent de tout leur pouvoir.
266 POÉSIE DE M. L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS
POÈME DE M. L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS, FE. D
L'ÉCIO DES CŒURS
J'aime les grands soleils couchants,
Ils baignent le ciel et la terre
D'une mélancolie austère
Qui rend leurs charmes plus touchants,
Et leur lumière est si sereine!
Leurs calmes ravons sont si doux !
Mille voix chantent dans la plaine:
Soleils divins, réchauffez-nous!
Longtemps méme avant qu'il s'incline Pour disparaître à l'horizon,
Le vieux soleil sur la colline
Fait tressaillir chaque buisson,
Tout être en effet se rappelle Qu'il tient de lui ses bonheurs.
La fleur lui dit : Si je suis belle, Jete dois mes riches coulours.
Le lac reprend : Si ma surface A reflété les feux du ciel, Soleil béni, je t'en rends grâces, Je suis ton miroir éternel.
Le chêne à son tour lui murmure : Mu sève est le sang du soleil :
Sur la harpe de ma ramure
Je pleure à ton déclin vermeil,
La nature en chantant l’astre qui la féconde, La nature voudrait consoler son amant,
Elle dit au soleil : Ravonne sur le monde, Répands la vie ici, la joie au firmament,
POÉSIE DE M, L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS
Ainsi du grand prélat que la patrie acelame, L'astreftoujours aimé penche vers son couchant, Vers lui plus que jamais se retourne chaque âme : Car l'approche du soir rend lastre plus touchant,
Oui, chaque âme vers lui se retourne : on devine Quel murmure d'amour va rendre chaque voix.
J'écoute... et pour bénir cet astre qui s'incline, Voiei Les mille échos qui chantent à la fois.
Des collèges battus, tourmentés par l'orage, Pleins d'espoir maintenant, redisent au vieillard : Si nous avons été préservés du naufrage,
C'est toi qui dissipas les horreurs du brouillard.
L'Eglise et la Patric! Elles sont sœurs jumelles ; Elles doivent marcher dans un même chemin.
Grâce à toi, Taschereau, grâce à toi, chantent-elles, Si nous marchons d'accord et Ia main dans la main.
Dans nos grandes forêts cent paroisses nouvelles,
Ecloses sur le sol au souftle du prélat,
Le cœur plein de son nom, chantent dans leurs chapelles : Gloire à lui ! gloire à son ardent apostolat :
El est venu bénir notre foyer rustique,
[L est venu sécher la sucur sur notre front.
Pour son oreille émue, ah! ja sainte musique, C'était, sous nos grands bois, la hache du colon!
[l'avait cet accent qui relève et console :
“ Fiers enfants du travail, oh! vous avez souffert..." fl nous ennoblissait de cette autre parole :
* Le premier laboureur fut mon ancêtre Hébert.”
Mais, muse, pourrais-tu, dans un ingrat silence, Oubliant l'éternel honneur de ce pasteur,
Taire cet hôpital qu'il créa pour l'enfance, Qu'il fit sortir du sol, ou plutôt de son cœur ?
D'un millier d'orphelins j'entends la plainte amère : Anges de pureté, la honte est sur leur front ;
[ls demandent les bras et le nom de leur mère :
A leur appel plaintif nul écho ne répond.
POÉSIE DE M, L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS
Et voici que ces voix, sur l'aile de la brise, Jettent à tous les cieux la note du bonheur : A toi tout notre amour, à prince de l'Eglise : Nous'te devons la vie, et la joie, et l'honneur !
Tu nous as recueillis dans un berceau sublime ; . Et quand les flots du Nil allaient nous submerger,
En laissant rayvonner ta fête sur l’'abime,
Tu viens contre la mort, ce soir, nous protéger,
Ton fidèle clergé voulait chômer ta fête, Ton Jubilé sacerdotal,
On voulait couronner ta vénérable tête D'un diadème triomphal,
Humble comme un enfant, mais voyant la détresse Qui nous jetait sur les chemins,
Tu leur dis :
Réchauffe mes chers orphelins !
Fôtez moi ; mais que cette allégrosse
Le diocèse entier veut au pied de ton trône Répandre l'or à pleines mains,
# Merci, merei pour moi. Mais, si l’on veut, qu'on donne Pour sauver mes chers orphelins ! ”
Ite faudra subir-—pour toi dur sacrifice—
Le feu des encensoirs et des brûlants refrains.
* Eh bien, jesubirai, s'il le faut, ce supplice : Mais je veux avant tout sauver mes orphelins ! ”
Et du sein de la tombe—ou plutôt du ciel même— A ce chant d'orphelins d’autres voix font écho.
Pauvres pestiférés, à votre heure suprême, N'avez-vous pas béni le nom de Taschereuu,
Quand, loin du ciel natal, sans famille et sans prêtre,
Perdus sur ce grand fleuve, avec la fièvre à bord,
Joyeux, comme un ami, vous l'avez vu paraître ?
Pour vous, pauvres mourants, il affrontait la mort !
Qu'on célèbre à l’envi les héros de la guerre ; Mais qu'on n'ignore pas ceux de la charité :
Cet homme, il a bravé la mort, et pour son frère :
C’est un héros de plus pour la postérité.
POÉSIE DE M, L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS
Qu'on exulte bien haut toute sublime audace ;
Qu'à Short et qu'à Wallick on dresse un monument : Mais quand un prêtre aussi brave la mort en face, Qu'on le salue au moins d'un applaudissement !
Le fléau l'a blessé : mais il n'a pu létreindre..…. Pur son règne fécond tout s'explique aujourd'hui : La mort, en Le frappant, ne pouvait pas l'éteindre ; Car le bon Dieu lui-même avait besoin de lui !
[L en avait besoin, pour Le mettre à la tête
D'un grand clergé qu'allait tourmenter l'aquilon. L'Eglise allait doubler son cap de ln tempête.
Et lui, nouveau Gama, devait être au timon.
Aujourd'hui, voyez-le, ee calme et beau navire, Balançgant sur les flots sa riche cargaison,
Fier de son amiral, l'équipage l'admire,
Et pour lui tous Les cœurs battent à l'unisson.
Sous un ciel étoilé comme à travers la brume, [l voit de loin l'écueilrocher noir ou corail.
n donne Que la vague sommeille où que la vague écume, On sent qu'un bras d'acier tient là le gouvernail.
Et ce soir, officiers, passagers, simples mousses, Groupés autour de lui pendant qu'il est à bord, Entonnent sur Le pont leurs chansons les plus douces, Tous l'acelament longtemps avant qu'il entre au port.
Son sièele n'attend pas qu'à la tombe il descende,
Devançant les décrets de la postérité, Il dépose déjà sur son front la guirlande, Dont la fleur croît aux champs de l'immortalité.
Les héros presque tous sont héros d'un autre âge. [1 faut que la légende—une fée aux doigts d’or— Colore lentement le magique nuage
Qui sera, dans cent ans, leur immortel décor.
Mais il s'est rencontré mûr pour l’apothéose,
Un homme que son siècle a consacré déjà.
Avant que ce mortel dans Ia tombe repose,
Un peuple entier s'éerie : I est grand, ce prélat !
270 POÉSIE DE M. L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS Ah ! lui peut se passer des effets du mirage. On l'admire de loin, on le chérit de près.
La légende eût plutôt terni sa noble image :
Aux regards de son siècle il a tous les reflets. 9
Il nous apparaît tel que le verra l’histoire. Ce grand contemporain, son siècle l'a compris.
Chose rare : Si l'œil analyse sa gloire,
L'ombre qu'on y croit voir en rehausse le prix.
Voyez cette montagne aux allures géantes :
Imposante et sévère elle apparaît là-bas.
S Mais approchez ; marchez sous ses voûtes riantes : Des eaux vives, des chants, des fleurs à chaque pas.
La montagne, il est vrai, de neiges se couronne : Mais son flanc généreux recèle un feu latent, Qu'importe si la foudre à son heure y résonne :
Tous les oiseaux du ciel y vivent en chantant.
Ainsi nous apparaît ce Cardinal austère :
Pour détruire le mal, il tient la foudre en mains :
Pour les mystiques fleurs de son divin parterre,
Pour chaque âme, il devient le plus doux des humains,
Je sonde sa carrière, et tout écho me crie :
Le travail n'eut ‘amais d’'amants plus indomptés. Car dans un demi-sièele, il a vécu la vie
De vingt lutteurs choisis parmi les mieux trempés.
Un pays s'oriente à son intelligence,
Dans la lutte, il se fait respecter des plus forts. Mais qu'il ouvre son cœur à la naïve enfance, Les enfants, qu'il chérit, l’'aiment avec transport.
Car cet homme rigide, à l’œil un peu sévère, Il a de ces élans dont on demeure épris :
Fort comme un diamant, tendre comme ure mère, Il règne sur les cœurs comme sur les esprits,
Muis silence : il est temps, grand temps que je finisse L'éloge qu’en tremblant ma muse à bégayé.
Je ne veux pas clouer mon évêque au supplice :
Je sais trop que l’encens l'a toujours fatigué.