‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 62 sur 121 · SA UE · texte numérisé non relu

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SERMON DU R, P, HAGE 143

Et ils sont l'avenir !

Que réserve cet avenir à la société catholique de votre nation ? Je ne sais. Voici que déjà le respect des choses saintes est moins vif dans vos cœurs. L'autorité du prêtre qui parle au nom du Christ est quelquefois méconnue, les privilèges de l'Eglise souvent discutés, l’obéissance plus difficile, la soumission plus rare. On dirait que la voix des pasteurs n’est plus assez forte pour se faire entendre, ou plutôt que le tumulte des passions est assez violent pour l’étoutffer, Et alors, par une conséquence fatale, les devoirs de la vie chrétienne sont oubliés ; les lois de la religion, de la famille, de la société sont ébranlées, la prière n'est plus en honneur, et l'édifice religieux, bâti par Jésus-Christ lui-même dans vos âmes:, éprouve de ces secousses qui font craindre un écroulement prochain. N'est-il pas vrai que plusieurs désertent le sanctuaire, dont l'ombre protectrice a abrité leur enfance ? N’est-il pas vrai que d’autres ont oublié le chemin qui conduit au banquet eucharistique, et ne veulent plus participer à nos agapes chrétiennes ? N'estil pas vrai que beaucoup remplissent leurs devoirs, poussés par je ne sais quelle force routinière, qui leur enlève toute initiative et presque tout mérite ?

Voilà, mes Frères, la réalité. Ayons le courage de la regarder en face et de la comparer aux réalités du passé. Où est cette foi saintement naïve de vos pères, qui voyaient Dieu en tout et partout, dans la conduite des hommes, comme dans le gouvernement des peuples, plaçant en lui toute leur confiance et ne cherchant qu'à lui plaire ? Oùest cette volonté ferme, ce soîin, j'allais dire, ce serupule, d'obéir aux préceptes de l'Eglise et de s'incliner devant ses décisions ? Nos pères croyaient simplement, et ils allaient ainsi pleins d'espoir : le passé

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assurait l'avenir, Voulons-nous avoir la même assurance et la même sécurité ? Ne donnons jamais la main à l’ennemi du dehors qui cherche à ravir notre foi, et conservons intactes les croyances religieuses que nous avons reçues,

Soyons fermes aussi contre les ennemis du dedans,

Ici, des craintes plus sérieuses peuvent à juste titre nous alarmer, Elles viennent d’abord de la division et du désaccord, qui, selon la parole divine, sont la cause de In ruine d’un royaume, L'union, mes Frères : quel mot et quelle chose ! Ki je pouvais le faire entendre, ce mot ! si je pouvais ia faire aimer, cette chose ! C'est l'union qui ‘assemble toutes les ressources d’un peuple pour les diriger vers un but commun et une commune gloire ; c’est elle qui place dans le trésor de tous, les biens de chacun, et centuple leur valeur; elle qui répartit avec équité les fonctions et les charges de l'Etat ; elle seule enfin qui fait la force, parce que seule elle est la justice, le droit et la vérité. Grâce à elle, le pays marche sans encombre vers ses immortelles destinées : plus petit que ses voisins, il est cependant plus puissant ; moins riche, il est cependant plus heureux. Il sait par expérience combien il est doux pour des frères d'habiter ensemble, ÆHabitare in unuwm ! Zn unum, les pensées, les désirs, les intentions ! Zn wrum, les affections, les sentiments, les amours ! Zn uno, les paroles et les actes ! Zn num, la défense et l'attaque, les revers et les triomphes, la vie et la mort !

Mais non: voici que ces joies, on ne veut pas les goûter ; cette force, on Paffaiblit ; cette union, on la brise, Alors que voit-on ? Unus ædificans, et'unus destruens. T1 yen un qui bâtit, et un autre qui détruit. Unus orans, el unus maledicens. IV y en a un qui prie, et un autre qui maudit. Et le résultat ? Le travail, la douleur, la tristesse et la honte. Quid prod st illis. nisi labor ! ?

1—Eccli., XX XIV, 5S, 29,

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