‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 61 sur 121 · VOL · texte numérisé non relu

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une dernière preuve ? Elle est en même temps la plus palpable. Autrefois, quand l'Eglise avait pénétré dans un pays abandonné jusque-là, elle plaçait à la tête du nouveau troupeau un nouveau pasteur, et la création d’un siège épiscopal devenait ainsi la preuve la plus forte de son extension.

Aujourd'hui, cette preuve n’a rien perdu de sa force.

Or, comptez tous les diocèses érigé

gés depuis un demisiècle, Je ne puis les nommer tous. Rappelons-nous seulement Ottawa, Saint - Hyacinthe, Trois - Rivières, Hamilton, London, Rimouski, Sherbrooke, Chicoutimi, Nicolet, Valleyfield. Elles se lèvent, ces Eglises, parées de leur première beauté et encore remplies d’une sève toute jeune, elles se lèvent, grandissent, se développent sous la vigilante direction de leurs pasteurs, et elles témoignent hautement de la vitalité de la foi canadienne.

Vous avez done aimé l'Eglise, mes Frères, puisque vous lui avez donné des Âmes et accru son empire.

Mais aussi, disons-le par reconnaissance, l'Eglise vous

a toujours aimés. Elle a eu pour vous une prédilection . 1 A . A D

particulière, et vos évêques peuvent vous dire si à Rome on aime le Canada. Et puisque la fête de ce jour n’est que l'aurore d’une fête plus belle encore, pourquoi ne rappellerais-je pas ici cette marque suprême de maternel amour que l'Eglise vous a donnée, en faisant descendre la pourpre romaine sur Fun de vos enfants ?

Eminence, d'autres voix célèbreront demain les vertus et les mérites d’un demi-siècle de sacerdoce. Laissez-nous vous dire aujourd'hui qu'en vous le Canada catholique peut s'admirer et se réjouir, qu'en vous il trouve la récompense de son zèle pour la gloire de l'Eglise, qu’en vous et avec vous il peut chanter Phymne de l’action de

SERMON DU R, P, HAGE

grâces : Magnificat anima mea Dominum, quia fecit mihi magna, qui polens est. Mon âme bénit le Seigneur, car le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses,

Oui, nation ceanadienne-francçaise, vous avez fait de grandes choses, et vous-même vous êtes grande, V gré f ses, Ot vous-meimc vous etcs grace. ous À 12 LV: 10 êtes grande, parce que vous avez aidé l'Eglise, défendu l'Eglise, aimé l'Eglise. Vous êtes grande, parce que vous avez conservé les traditions de vos pères, et que vous pouvez prononcer sans rougir les noiïns de vos ancôtres.

Vous êtes grande..., et cependant...

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Après la gloire, les craintes.

Mes Frères, que ce motne vous étonne pas. La lutte du mal contre le bien n’est pas d'aujourd'hui. Toujours il y a eu à côté et à l'encontre des vaillants défenseurs de la vérité, les tenants opiniâtres de l'erreur ; à côté et à l'encontre des féaux chevaliers de la vertu, les malheureux serfs du viceet du péché, Cette lutte est nécessaire : commencée à l'heure de la première faute, elle ne finira qu’à l'heure du triomphe suprême, En face de cet antagonisme de tous les jours, nous avons le devoir, comme on l’a si bien dit, non pas de vaincre, mais de combattre. Combattre, c’est tout l’homme. L'homme doit combattre pour conserver sa vie matérielle et physique à l'abri de tous les dangers qui la menacent : il doit combattre pour garder sa vie morale contre les secousses du dedans et les surprises du dehors ; il doit combattre enfin pour assurer sa vie politique et religieuse contre les ennemis qui veulent la détruire, Et ainsi l’homme trouvant partout et toujours des ennemis, doit, malgré les résultats du passé, craindre pour l’avenir.

Or, mes Frères, quels sont les ennemis de votre vie reli-

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SERMON DU R, P, HAGE 141

gieuse, et par conséquent quelles sont les craintes de l'Eglise ?

Nous l'avons vu, mes Frères, et je vous le répète : il est impossible'de séparer la nation canadienne-française de la religion catholique : dès lors, le premier ennemi que vous avez à craindre, c’est l'ennemi de votre foi ; c’est l'indifférence, plus que ccla, c’est le blasphème et l'impiété.

Cet ennemi, je le sais, vient du dehors ; il n’est pas né au milieu de vous, mais il a passé vos frontières, il est entré dans la place, et devient pour l'avenir un sérieux sujet de erainte.

Etcomment ne le eraindriez-vous pas ? Comment ne le craindrions-nous pas pour vous, cet ennemi, qui, à notre époque, semble posséder une puissance colossale et vouloir étouffer, s’il était possible, vos plus fermes croyances ? [l s'appelle légion, et il parcourt le monde, son programme à la main et le mensonge sur les lèvres,

Son programme ? Je vous le dirai, car après tout, vous

le connaissez : Dieu n'est qu'une hypothèse. Le dogme nouveau, éliminant définitivement toutes les volontés surnaturelles connues sous le nom de Dieu, d'ange, de Providence, montre que tout obéit à des lois naturelles. — Toute intervention miraculeuse est une radicale impossibilité.—Les vérités religieuses sont affaire de sentiment ; utiles à plusieurs, il y a plus de force à s'en passer entièrement,—[L'îme nest que lensemble des fonctions du cerveau et de la moelle épinière, une machine aussi inathématiquement construite qu'une montre, la résultante

de l'organisme qui périt avec lui, comme Fharmonie d'une

lvre périt avec la Iyre.—La liberté se réduit à l'activité cérébrale : le vice etla vertu sont des produits comme le

vitriol et le sucre, —Jésus Christ était tout simpléaient un

142 SERMON DU R, P, HAGE moraliste exalté, qui aimait les honneurs parce que les honneurs servaient à son but ; qui jouait le rôle de thaumaturge, bien qu'il sentît la vanité de l'opinion à cet égard ; qui a, en un mot, constitué sa royauté sur une grande équivoque : son évangile à fait son temps ; son Eglise tombe en ruine : le christianisme est condamné en principe comme contraire aux résultats de la science acquise depuis un siècle,

Voilà l'ennemi et son programme.

Ce programme, mes Frères, je me hâte de le dire, est loin d'être le vôtre, et j'aime à constater qu’il a été vaillamment combattu. Mais, n'y eût-l qu'un seul homme pour le publier, n'y eût-il qu'un seul livre pourle défendre, l ce serait assez pour justifier mes appréhensions et les appréhensions de l'Eglise. Or, il'en est venu jusqu'ici de h ces hommes qui ont parlé le langage du siècle, vous ont ; appris les doctrines du siècle, vous ont fait goûter aux ; | fausses joies du siècle, IT en est venu jusqu'ici de ces livres, jusqu'au seuil de vos portes et jusque dans vos ; mains, grâce à ces rapides communications qui relient un : 0]

continent À un autre. Plus de distance, s'écrie-t-on de toutes parts. Hélas ! non, plus de distance pour le mal :

{ et l’on voit s'abattre sur un pays, comme autant d'oiseaux j de proie, ces auteurs de livrés, de revues, qui ne parlent 3 de religion que pour s'en railler, et de l'Eglise que pour li 4 la décrier. Que dis-je ? Non seulement ces auteurs P À viennent À vous, mais il en est parmi vous qui vont q à x k « è À jusqu'à eux. Ils partent, ceux-là, avec l'intention louable, dl : je le veux bien, d'entrer plus avant dans les secrets de la D à science, Hélas ! qu'apprennent-ils, et que sontals au lt . retour ? La foi de leur mère survit à peine au naufrage d ’ de leur vertu, et leurslèvres autrefois habituées à la prière S l ne savent plus murmurer le nom de Dieu, pl k 4!

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