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DISCOURS DE M. WILFRID LAURIER 167 mél.uge de bien et de mal qui se trouve inévitablement dans toutes les œuvres humaines, le parlement canadien a encore droit au respect, ét je me joins cordialement au vœu exprimé par M. Vallée, qu'il saura en toute occasion rendre justice à chacun, suivant que justice est due à chacun, et qu'il saura toujours rester digne de son passé dans lequel se trouvent des pages d’une incomparable grandeur.
Messieurs, nous sommes réunis ce soir pour célébrer la cinquantième année de l'existence à Québec de la société Saint-Jean-Baptiste, pour célébrer la fête par excellence des Canadiens-Françus, La santé qui vous est proposée dans ce moment, ee n’est pas la santé de la législature de Québec, dela législature par excellence des Canadiens- Français, c’est la santé du parlement du Canada, de cette autre législature plus vaste, avec des pouvoirs plus étendus, dans laquelle se débattent les droits et les intérèts et des Canadiens-Francais et des Canadiens de toute origine, Dans ces simples rapprochements, il se trouve des considérations quisurgissent en foule etqui s'imposent tumultueusement à l'attention. Quel est pour nous, qui sommes d'origine française, le devoir du moment ? Quelle tâche se dresse devant nous ? Quelidéal appelle nos aspirations ? À ces questions je n'ai qu'une réponse : c'est en nous tournant vers le passé que nous trouverons la solution du problème pour Favenir,
Quand la société KSaint-Jean-Baptiste fut fondée à Québee, il y à maintenant cinquante ans, nous étions au début du régime de FUnion, au lendemain de linsurreetion de 1837, Une ère venait de se clore, une ère nouvelle allait s'ouvrir, Avec Père qui venait de se clore, allait disparaître l'influence politique de Fhomme qui fut sans contredit le plus éloquent champion de su race, et, maleré des fautes et des erreurs, la plus brillante incarnation de
la nationalité française ; car bien que M. Papineau soit revenu plus tard sur la scène politique, son rôle efficace comme homme d'état se termine avec la fin du régime de 1791. Avec la nouvelle ère, allait paraître un homme d'un prestige moins éclatant, mais dont l’inperturbable bon sens et la earrure d'idées étaient du génie, Ce qu'il ya le plus à admirer dans l’œuvre de M. Lafontaine, c'est la sureté de coup d'œil avec laquelle il sut tirer parti des événements, et faire entrer les Canadiens-Français dans Union tout en leur conservant leur caractère homogène, Je n'ai pas besoin de vous rappeler que la pensée qui avait inspiré l'acte d'Union était une pensée homicide, Le caleul avoué était que dans le nouveau régime l’idée française allait être noyée. L'Union fut accueillie avec stupeur, L'idée dominante parmi nous à cette époque était qu'il fallait s'isolcr, s'abstenir, se concentrer, faire bande à part. C'était là surtout l'opinion de M. Papineau qui, au retour de l'exil, attaqua le nouvel ordre de choses avec-toute la fougue de son tempérament. M. Lafontaine eut une inspiration plus haute, Il déclara avec force qu'il fallait entrer dans P'Ünion, qu'il fallait se joindre aux Canadiens d'origine britannique, qu'il fallait, avec eux et comime cux, prendre notre part des droits, des devoirs crées par le nouvel ordre de choses, qu'en devenant Canadiens dans la plus large, dins la plus complète acception du mot, était encore le meilleur moyen d'être Canadiens» Français.
Je n'ai pas besoin non plus de vous dire quel succès éminent a couronné cette haute politique. Des démonstrations comme celle d'aujourd'hui en sont Ja justification la plus éclatante, Nous avons la bonne fortune de compter ce soir à cette table... comment dirai-je ? j'aurais été embarrassé il y a quelques moments sur le choix d’une expression juste ; je n'aurais su si je devais dire des amis
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ou si je pouvais dire des cousins venus d’outremer. Après le discours de M, l'Amiral, je n'ai plus d'hésitation, et je vous rappelle que nous avons ce soir, À cette table, des frères venus d’outremer, [ls retrouvent partout sur cette terre d’allégeance britannique les couleurs de France, dans les rues, dans les églises, sur les places publiques, dans nos cœurs, dans nos cœurs surtout, Nos concitoyens d'origine anglaise comprennent que puisque le sang de la France coule dans nos veines, nous serions moinsque des hommes si l'amour de la France ne coulait pas aussi dans nos veines avee chaque goutte de ce sang, Et nous, d’un autre côté, nous n'hésitons pas à proclamer que nous aimons, que nous respectons cet autre drapeau, cette croix de Saint-Georges qui abrite tant de liberté, une tolérance si complète,
Nous avons conservé, maintenu toutes ces choses qui
nous sont chères, plus chères que la vie, Quel usage en ferons-nous ? Chaque heure nouvelle impose de nouveaux devoirs. Quel est'encore une fois le devoir de l'heure présente ? Il ne manque pas de gens aujourd’hui qui comme autrefois conseillent lisolement de la langue française. Je ne suis pas de ceux-1à. Kur ce point comme sur bien d’autres, je suis de la politique de M. Lafontaine. Par tradition, par inclination, par entraînement, je me sentirais porté vers la politique de M. Papineau. Par raison, par réflexion, par conviction, je me suis de plus en plus attaché à l’idée de M, Lafontaine, C’est dans cette idée féconde, à la fois brave et modérée, ferme et conciliante, que se trouve aujourd'hui comme autrefois linspiration souveraine, Mais les temps sont changés : une fois de plus nous sommes entrés dans une ère nouvelle. Dans cette nouvelle ère, ce qui domine, ce ne sont pas les questions politiques, bien que certes elles aient leur impor-
tance ; ce qui domine, ce sont les questions économiques.
Le cerele est agrandi et il faut se mouvoir dans ce cercle, Comme du temps de M. Fafontaine, il faut aller de l'avant et prendre place au rang le plus avancé, Laissezmoi maintenant vous le dire en toutes lettres : il faut marcher avee la civilisation de ce continent, ou «e résigner à marcher à la queue de cette civilisation, Je dis-la civilisation de ce continent, et je le dis À dessein, car d’un côté de Ja frontière comme de l'autre c'est In même civilisation qui domine, Cette civilisation est fondée sur la loi du travail, sur cette loi primordiale imposée à l'homme dès son origine par le Créateur, sur cette loi qui, dans cet âge et autour de nous, a été développée à un degré d'intensité inouïe par la race la plus active qui soit sur le globe, Cette civilisation, ce qui la caractérise par-dessus tout, c'est de multiplier et de perfectionner le travail pour l'appliquer à tous les besoins de lhomme : c'est de créer la richesse et répandre le bien-être dans toutes les classes de la société : c'est de construire des chemins de fer, d'améliorer lagriculture, d'ouvrir des canaux, d'exploiter des mines, d'exploiter des carrières, enfin, par tous les moyens possibles, detrouver du travail pour le plus grand nombre de bras. Cette civilisation, il faut y entrer, il faut y entrer résolument ; il faut devenir producteurs, où nous résigner à être manœuvres au ser-
vice des autres,
Messieurs, 11 faut bien le reconnaître, nous sommes sur ee point déplorablement en arrière, Il y a aux Etats- Unis huit cent mille de nos compatriotes, peut-être un million. Que nos compatriotes des Etats-Unis n'en soient pas offensés, c'est un malheur pour eux, car c'est toujours un malheur de quitter son pays natal: est une humiliation pour nous qui n'avons pas su ou qui n'avons pu leur donner le travail qu'ils sont allés demander à létranger.
On a sans cesse à la bouche Ie mot de patriotisme :
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nous n'avons pas le droit d'en parler, aussi longtemps que nous ne saurons pas garder les enfants de ce sol, sur ce soloùil y a place pour cent millions d’âmes, Les patriotes, les vrais, ce ne sont pas ceux qui parlent, je m'aceuse 1ei tout le premier, Les patriotes, les vrais, ce sont ceux qui agissent et qui travaillent, Les patriotes, les connaissezvous iei dans Saint-Roch ? Je vais vous les nommer, pas tous, quelques-uns seulement : Bresse, Migner, Pâquet, Laliberté, Rochette ! Bresse, qui a ouvert ici Pindustrie de la chaussure : malheureusement il n’est plus avec nous : Migner, son élève, qui a dépassé œuvre du maître : Pâquet, le vieillard toujours jeune, dont Pactivité augmente avec les années: Laliberté, qui est en train de révolutionner le commerce des pelleteries : Rochette, toute une famille de travailleurs.
La civilisation de ce continent est fondée sur le travail et la prévoyance, sur le travail qui produit, sur la prévoyance qui aceumule la production, Messieurs, je ne sais pas flatter, j'aime trop mes compatriotes pour ne pas savoir leur dire la vérité. Que ma langue s'attache à mon palais, si jamais elle devait déguiser les convictions de mon me ! Messieurs, il faut bien Pavouer,
jusqu'ici nous avons manqué de ces deux qualités
maîtresses, Il est rare parmi nous de trouver deux générations de travailleurs. Il est rare que le patrimoine acquis par le père ne soit pas dissipé par le fils. Voyez notre ancienne noblesse ; voyez le grand rôle qu’elle aurait pu jouer, avec son instruction et ses richesses : aujourd'hui éteinte, presque entièrement disparue,
Il est des exceptions sans doute, il en est une notable entre toutes, Quel est, à votre sens, le plus beau nom de la race française en Canada, Est-ce Papineau ? Est-ce Lafontaine ? Papineau et Lafontaine ont été comme des
imétéores dans la nuit ; mais il y a parmi nous une illustration perpétuelle qui pour moi a encore plus d'éclat. Le plus beau nom de la race française en Canada, c’est le nom de cette noble famille dans laquelle le talent, le caractère, l'honneur, la force, le travail sont héréditaires ; qui, à toutes les générations depuis cent ans, a fourni des patriotes et des travailleurs dont l'empreinte a été marquée sur les hommes et les choses de leur temps ; qui au début de ce siècle avait l'honneur de compter un martyr de la liberté dans les prisons du gouverneur Craig ;
archevêque à FEetise du Canada, un cardinal à l'Eglise l l l'Eet lu € | linal ne
qui à donné cinq juges à la magistrature, un
universelle ! Saluons, messieurs, ee glorieux nom de Taschereau ! saluons-le avec respect, non pas seulement parce que nous avons avee nous Ja plus illustre personnification de cette noble famille, mais parce que ce nom est le symbole de ces vertus viriles qui seules font
les grandes races etles grandes nations.
\Lessieurs, je suis trop bien connu ici, dans Saint-Roch, pour qu'il me faille vous rappeler que je suis un démocrate. J'appartiens à la roture, mais je laffirme avec la plus grande sincérité, c'est avec un regret toujours renaissant que je vois l'extinction gradue!le de ces vieilles familles, autrefois si illustres. Quand je vais dans mon pays natal, et que je vois le domaine séigneurial en ruine, les bois coupés, les jardins rasés, le pare devenu pâturage, le manoir occupé par un excellent homme, mais décidément par trop utilitaire, je me sens pris d’un invincible sentiment de tristesse, je voudrais encore voir le manoir aux mains de ses anciens maîtres, dans l'état d'aisance et de splendeur qui caractérisait jadis leur train de maison, Nous sommes dans un âge et dans un pays démocratiques : mais la démocratie idéale, la démocratie chrétienne telle
qu'elle doit exister sur ce continent n’est pas fondée sur
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US une d'éclat, c’estle lent, le hérédians, 4 reinte à temps ; pter un verneur ure, un l'Eglise nom de ulement illustre (1 que ce
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nocrate, la plus naissant tunilles, vs natal, les bois rage, le décidévincible manoir sance et maison, atiques :
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un sentiment vil; elle n'envie à qui que ce soit ni la grandeur du nom, ni l'éclat du rang, ni la splendeur de la fortune, L'idéal de la démocratie est de répandre le bien-être plus univer:ellemeut, plus profondément dans toutes les classes, et de mettre à la portée du plus humble ces dons du Créateur qui jadis étaient l'apanage exclusif des classes privilégiées,
Messieurs, je ne viens pas ici prêcher lévangile de l'égoïsme ; pardonnez-moi cet accouplement de mots échappé à la chaleur du moment, je ne viens pas, dis-je, prêcher Pégoïsme, mais permettez-moi de vous le rappeler, à mes chers compatriotes : si nous voulons être quelque
chose, si nous voulons nous souvenir un peu du rôle que
la France à joué en Europe, encore une fois permettezmoi de vous le rappeler, nous n'arriverons à rien que par le travail, l'énergie, la persévérance, l'économie, la frugaté ; et avant toutes choses il faut avoir la fierté de soimême, et la fierté de la grande nation dont nous sommes
les descendants,
No 9.
DISCOURS DE M. L. P, PELLETIER Messie uUTs,
Vous avez accueilli avec une faveur signalée le toast porté à la Législature de Québec. Avant été invité à y répondre, je m'acquitte de ce devoir avec plaisir en ma
qualité de député à l'Assemblée législative,
Je devrais peut-être me borner à vous parler de patriotisme en présence du spectacle qui nous est offert, dans cette salle dont le nom historique rappelle des souvenirs
qui nous sont chers, à cet endroit où viennent battre À l'unisson tant de cœurs pour lesquels la patrie est une vraie religion, M'inspirant de ces superbes décorations que je vois partout, puisant dans votre enthousiasme tout ce qu'il faut pour exalter l'âme et la ravir, il me semble que des paroles convaineues monteraient spontanément de mon eœur à mes lèvres si je voulais vous parler des grandes gloires du passé, de notre histoire, dont ui poëte a dit avec raison qu'elle est un écrin de perles ignorées,
et dont il voulait baiser avec amour les pages vénérées,
Mais pour cela, il faut pouvoir faire résonner à vos orcilles les notes les plus douces de cette grande musique qui s'appelle Féloquence, C’est pourquoi je laisserai ce soin aux Mozarts de lu parole que vous avez entendus avant moi, et à ceux qui me suivront : je me contenterai de vous dire combien toute la législature de Québec est heureuse de la paix et de harmonie qui règnent en cette province, entre toutes ses populations de race ou de croyance différentes, Les circonstances ayant voulu que j'aie eu à m'occuper un peu de la grande question de l'éducation de l'enfance, je voudrais vous dire un mot sur ce sujet, non pas pour vous faire de vains éloges, mais pour vous expliquer comment nous entendons donner une réponse éloquente et patriotique à ceux qui, nous connaissant mal où désirant nous diffamer, feignent de
voir dans notre système d'éducation une relique des âges
barbares,
En un jour glorieux comme celui-ci, dans cette fête de l'Eglise à laquelle la fête de la patrie se mêle, semblables toutes deux aux grands courants qui se rencontrent lorsqu'il est naturel pour eux de confondre leurs eaux limpides, si pures que l'œuvre de Dieu s'y réverbère avec toute sa merveilleuse beauté comme dans un miroir
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d'azur, il me semble que je ne fais pas un horsd'œuvre si je vous entretiens pendant quelques minutes du rôle que joue notre chère province au point de vue de l'éducation,