‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 70 sur 121 · CE QUE NOUS AVONS VOULU · texte numérisé non relu

CE QUE NOUS AVONS VOULU

Comprenant bien ces grandes vérités, la législature de Québec a établi, et c'est une des gloires de la patrie dont nous célébrons la fête, un système d'éducation où la relgion occupe une lrrge place, et où la famille a pour ses enfants l’école qui lui convient, Et nous nous proposons, dans ce grand concours du capital, de lintelligence, du travail et de l’industrie qui s'ouvrira pour le monde entier lan prochain sur les bords du lae Michigan, d'aller faire voir À tous ce que tous iunorent peut-ôtre, c'est-à-dire, que notre système d'édu ation est un merveilleux ensemble

dont nous sommes fiers à juste titre,

Nous avons voulu que, coneurremment avec les autorités oflicielies, un prêtre distingué, un suave et beau diseur, que Québec x connu, entendu et applaudi, se mit à la tête de ce mouvement, Je profite de cette occasion pour le remercier d’avoir bien voulu accepter eette tâche si

digne de son dévouement, et si à In hauteur de ses aspi-

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rations comme prêtre catholique. J'espère que toutes nos maisons d'éducation, nos collèces classiques sans exception, se donneront la main et nous aideront À} mener à bonne fin l’œuvre entreprise, Je compte sur la bonne volonté et le concours de tous, car il s’agit ici d’une œuvre éminemment patriotique, religieuse et nationale, à laquelle NN. $SS. les Evêques donnent leur puissant encouragement,

Entre tous les grands traits qui rayonneront là comme d’un foyer lumineux, il y en a un qui dominera tous les autres, et sur lequel je désire dès aujourd’hui attirer l'attention.

Nous prouverons au monde entier, à Chicago, que la province de Québec est anssi avancée et peut-être plus large et plus généreuse que tons les pays du monde. Nous y démontrerons surtout que la législature de Québec, lorsqu'elle a proposé nos lois d'éducation, a voulu respecter la pensée des pères de la Confédération. Ils dorment aujourd'hui pour la plupart sous la terre que nous avons mise sur leur tête, où à l'ombre des monuments que la patrie reconnaissante leur a élevés, mais il me semble qu'ils y parlent un muet langage qui est tout de reconnaissance pour ceux qui travaillent à consolider leur œuvre.

Li CONSEIL DE L'{NSTRUCTION PUBLIQUE

Nous avons ici un conseil de lnstruction Publique divisé en deux branches, Pune pour les écoles catholiques, l’autre pour les protestants : chacune & pour les écoles de sa croyance respective les pouvoirs absolus. Les écoles sont subventionnées par l'Etat, et cette subvention est ( partie au prorata du chittre de Ja population catholique ou protestante,

Les protestants forment À peu près un septième de la population. Or, ils reçoivent un peu plus d’un septième de l'octroi et ils l'emploient comme ils le désirent. Nous allons plus loin que cela encore. Pour les écoles normales et pour les institutions où se donnent linstruction -ux sourds-muets et aux aveugles, nous donnons aux protestants un tiers de l'argent voté, bien qu’à la rigueur ils n'aient droit qu'à un septième. Pourquoi cela? Parce que nous comprenons que les minorités doivent être protégées, et qu'il faut leur faire une part aussi large que possible, parce que nous sommes tous des frères, des enfants de la patrie commune, des membres ‘’nne même famille où les plus forts doivent aimer ie plus faibles et les protéger.

Ce n'est pas tout : au moment où l'attention des peuples dans le monde entier est fixée sur la question de Péducation, il fait bon de constater qu'ici, en exécution du principe que la famille à le choix de l'école pour Fenfant, nous laissons à chacun la liberté d'envoyer son enfant où il veut, et de ne pas contribuer pour le soutien des écoles qui répugnent à ses croyances,

Dans toutes nos paroisses où il y a des catholiques et des protestants, les catholiques soutiennent leurs écoles et en confient la régie à des instituteurs nommés par eux. Ni les protestants veulent avoir une école pour eux, ils n'ont qu'à le dire, et de suite ils élisent des syndies dissidents qui sont parfaitement indépendants des comluissaires catholiques : les protestants ne contribuent que pour le maintien de l’école protestante. Voilà ce que nous continuerons de faire dans cette province catholique

et française, où nous sommes en grande majorité,

Vous qui êtes habitués à ee spectacle et qui trouvez si naturel d’être grands et généreux, vous me direz peut-

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être : mais qu'y a-t-il de si beau, R-dedans? Ce qu'il y a de beau, c’est que nous n’imposons pas à nos concitoyens d’une autre origine et d’une autre croyance une obligation qui répugne aux droits sacrés de la famille. C’est que nous ne mettons pas nos amis de la minorité protestante dans la pénible nécessité de violenter leur conscience et leur liberté, c’est que nous ne voulons pas faire payer les protestants pour des écoles auxquelles leurs convictions leur défendent d'envoyer leurs enfants.

Que dirait de nous le monde civilisé, si, abusant de notre force, nous décrétions que les rotestants auront à

contribuer à J1 construction de no 3 catholiques ? Or, l'école, c’est l’église de Fenfan. Nos concitoyens

protestants ne voudraient pas plus envoyer leurs enfants à l’école catholique qu'ils voudraient aller eux-mêmes à nos églises. Toutes deux répugnent à leurs croyances, à leurs sentiments. Et nous respectons leurs opinions. Nous sommes convaincus qu'il serait aussi injuste de faire payer les protestants pour la construction de nos écoles et de nos églises, qu'il serait arbitraire de forcer par une loi un cultivateur de fournir de l'argent pour construire la maison de son voisin, Nous violerions par là le droit sacré de la propriété, nous sanctionnerions le principe qu'un homme n'a plus droit à l'argent qu'il a péniblement gagné à la sueur de son front, nous proclamerions qu'un homme n’a plus droit au fruit de son travail, et nous dirions au laboureur qu'il doit peiner sur sa propriété au bénéfice d'un autre, En un mot, nous rétablirions lPesclavage de ces siècles de ténèbres, où l'homme armé du fouet pouvait faire travailler son semblable, comme S'il était une bête de somme, Or, nous n’en sommes pas rendus là, dans la province de Québee, sur cette terre classique des vraies

libertés et de la réelle grandeur, et nous voulons que Île

monde le sache, pour qu’on cesse d'écrire et de dire que nous ne sommes qu'un peuple rétrograde.

Nous voulons qu'il soit connu que sur cette étendue de territoire dont Québec est la capitale et le centre historique, il y a place pour tout le monde, et que même les ‘ces proscrites, comme les Juifs par exemple, reçoivent la haute protection de nos lois pour employer comme elles l'entendent les sommes qu'elles paient pour Péducation, et pour instruire leurs enfants suivant leurs croyances et leur foi.

Nous ne tonchons pas À cet argent, car il n’est pas à nous. Quand même il n’y aurait rien à ce sujet dans nos statuts, nous comprendrions encore qu'il y à un droit éternel que la législation humaine ne peut pas violer, une loi que personne n’a vue ni lue, que Cicéron appelait ‘non scripta sed natu ler”, et que cette loi nous défend, au nom des principes éternels de justice qui régissent l'humanité, de nous emparer de ce qui appartient aux minorités, pour l’exploiter au bénéfice des majorités.

Grâce à ces idées sages, nous voyons le bonheur, la tranquilité et l'amitié régner entre tous les habitants de la province. Le jour des luttes sanglantes est passé. Nous avons décidé d'être bien réellement des frères, lorsque nous avons réuni dans la mort Wolfe et Montcalm et que nous leur avons élevé un monument commun. Nous convions à ce grand banquet de la fraternité tous ceux qui ont foi dans l'avenir de notre pays.

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