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I fallait un homme de science, ayant puisé longuement aux sources les plus pures de la philosophie, du droit, de la théologie, et capable d'imprimer aux’ classes supérieures et dirigeantes de la société, notamment au clergé, un vigoureux élan dans les sphères intellectuelles, I] fallait un homme d'expérience, brisé à la pratique des personnes et des choses, d'un commerce doux et facile, fertile en ressources, actif, laborieux, patient et dévoué, I fallait de plus une intelligence puissante et élevée, sereine et modératrice, alliant au souci des nobles progrès une fidélité inviolable aux traditions les plus vénérées, d'un jugement assez éclairé pour comprendre tous les besoins de notre état social et d'une trempe assez ferme pour ne jamais rien sacrifier des droits impreseriptibles de l'Eglise, Il fallait enfin (et ce n'est pas la moindre condition) une âme toute pénétrée de l'esprit de Jéans- Christ, un cœur droit, d'une foi vive, d'une : ardente, pouvant donner au peuple l'exemple d’un & sainte et faire fleurir partout, dans le champ bén Seigneur, par diverses fondations pieuses et toutes sortes d'œuvres salutaires, les grandes vertus du christianisme, Cet homme, ce savant, cet habile administrateur, cet esprit pondéré, ferme et doux à la fois, ce prêtre et ce pasteur modèle, Dieu nous la donné. Aï-je besoin de le nommer ? son nom est sur toutes les lèvres, son éloge dans tous les eœurs, Cinquante années de sacerdoce proclament ses vertus ; plus de vingt années, consumées dans leslabeurs d’un fécond épiscopat, ont tressé autour de son front une immortelle couronne,
Ah ! que n'a-t-il pas fait, cet auguste vieillard, pour le bien de son Eglise et de la société canadienne ! Grâce à lui, les études classiques, philosophiques et théologiques
ont accompli de réels progrès, et c’est en obéissant à sa haute impulsion, ainsi qu'à celle de Léon XITT, que l'Uni-
nersité. Laval adoptait naguère dans ses cours les méthodes si remarquables de saint Thomas d'Aquin. Cette jeune institution, dont il fut l’un des fondateurs et dont il a su remplir avec un égal succès les charges de recteur, de visiteur et de chancelier apostolique, au travers Ges phases diverses qui en ont retardé la marche, lui doit en grande partie de s'être maintenue et de pouvoir aujourd'hui, de ses deux sièges de Québec et de Montréai, sous la puissante égide de Romeet de l’épiscopat, tourner avec confiance les veux vers l'avenir. Grâce à lui, des sociétés de colonisation se sont formées et ont prospéré ; et ce sera l’une des gloires les plus consolantes de son règne d’avoir pu bénir de sa main tant de nouvelles églises, d’avoir donné l'onetion sainte aux fondateurs de plusieurs diocèses, et d'avoir vu dans la province ecclésiastique de Québec l'érection canonique de deux nouveaux sièges métropolitains. Que dire de son zèle pour la création vu le soutien des maisons religieuses qui ornent de tous côt's son vaste diocèse ? Que dire du nombre prodigieux de lettres et de mandements émanés de sa plume ou plutôt de son cœur, pour nourrir la piété, pour ranimer dans les âmes le culte de Notre Seigneur et l’amour de la sainte Eglise? Que dire enfin de l'autorité de ses enseignements dont les lumières doctrinales ont éclairei tant de points obscurs et permis de dirimer tant de controverses ? Ce n’est pas le lieu de juger des questions que l’obéissance, l'esprit de foi et de charité doivent tenir pour toujours ensevelies dans le passé ; mais dn moins nous ne pouvons taire ce que tous avoueront sans peine, à savoir que les vues larges cet élevées Gu plus haut représentant de Jésus-Christ dans ce pays ont épargné au peuple canadien des divisions profondes et la prolongation de trop cruelles épreuves. Ce qu'a été Léon XIII, ce grand docteur des temps modernes, pour l Eglise universelle, l'éminentissime Car-
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dinal archevêque de Québec nous semble l’avoir été, sur
un théâtre plus restreint, pour l'Eglise du Canada.
Le mérite d’un tel homme, ses vertus ct ses œuvres, pardessus tout, son attachement inébranlable au Saint-Siège, appelaient sur sa tête les honneur; les plus éclatants. Le jour vint où le Pape, voulant récompenser ce fidèle serviteur et donner en sa personne à toute l’Église canadienne son digne couronnement, l'investit so:ennellement des insignes de la pourpre romaine, Ce jour-là, un tressaillement indicible de joie courut dans toutes les îmes, et le Canada entier, sans distinction de race ni même de religion, n'eut qu'une voix pour acclamer ce fils illustre entre tous, l’orgueil de notre patrie,
Quelques années déja nous séparent de ces fêtes, et, depuis, les travaux ont blanchi cette tête vénérée que nous honorions alors ; mais, disons le bien haut, sa gloire
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n'a pas vieilli et elle revêt à nos yeux un charme partieulier en ee jour d'universelle jubilation.
Combien de fois, M. F,, ne vous est-il pas arrivé, par un beau soir d'été, de contempler et d'admirer les magnifiques effets du coucher du soleil dans nos latitudes boréales ! L'astre du jour, sur le point de disparaître, rase longtemps l'horizon ; il baigne de ses feux les vallées, les lacs, les collines, les montagnes : il projette au loin ses reflets sur les nuages du ciel, leur donnant une teinte de pourpre, et son éclat persiste encore, lorsque déjà d’autres astres qui lui doivent leur propre lumière montent au firmament. L’éminentissime cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau laissera dans l'histoire du Canada et dans toute l'Amérique un nom impérissable, L'auréole de ce nom marquera aux yeux des peuples la période d’épanouissement de la foi catholique sur cette partie du ecntinent ; et bien loin de s'éteindre avec les années elle
ira au contraire grandissant d'âge en âge, avec les œuvres dont ce prince chrétien a été le promoteur, le protecteur et le soutien. .
C’est pourquoi, M. F., à genoux au pied des autels, bénissons aujourd’hui du plus profond de nos âmes le Diéu de toute bonté dont l’aimable providence a veillé sur notre pays avec un soin si jaloux et à daigné lui ménager tant de faveurs et tant de gloire : % Ærultate Deo adjutori nostro : jubilate De> Jarob.”
Remercions-le d'avoir conservé si longtemps à notre estime, à notre vénération et à notre amour celui dont la parole pèse encore d’un si grand poids dans la balance de nos destinées, mais dont la seule présence serait déjà pour nous un gage précieux d'avenir, Remercions-le d'avoir permis qu'en ce jour de ses noces d’or, notre bien-aimé ardinal ait pu voir réunis autour de son trône, comme une couronne de gloire, d'un côté, d'illustres prélats, lesquels, pour un grand nombre, reçurent de ses mains le bienfait de leur consécration, de l’autre, avee un fils !éminent de la vicille France, de cette France catholique que nous sommes toujours fiers d'appeler notre mère, les dépositaires les plus distingués de l'autorité civile, puis tant de membres du elergé du diocèse de Québec et même des autres diocèses accourus pour saluer en la personne de Son Eminence un prince, un pasteur, un bienfaiteur, un père, puis enfin cette foule de fidèles si pieuse et si recueillie, représentant 12 peuple canadien, auquel Son Eminence ne cessa de témoigner la plus touchante affection,
L'anniversaire que nous célébrons n’est pas seulement la fête de l’éminentissime cardinal Taschereau ; il est
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aussi, et par cela même, la fôte de toute l'Eglise et de toute la population canadienne.
Il me semble, M, F. qu'en voyant cette Nouvelle France, jadis si dénuée de toutes ressources humaines et aujourd'hui si Horissante, formant la senle nation catholique vre'ment compacte de toute l'Amérique, peut-être inême du monde entier, il me semble, dis-je, qu'à cette vue et au spectacle de ce qui se déroule en ce moment SOUS 110$ Yeux, les évêques dont les cendres reposent sous les dalles de cette basilique, le vénérable Francois de Laval et tous ses successeurs, tresaillent dans leurs tombes, Il me semble que leurs cœurs glacés, retrouvant un reste de vie, se reprennent À aimer cette Eglise pour laquelle ils surent tant travailler, tant lutter, tant souffrir, et qu'ils s'unissent À vous, Archevêques et Evêques, à Vous surtout, Eminentissime Prince, dans la bénédiction solennelle que vous allez répandre sur ce clergé et tous
ces fidèles,
Eminence, bénissez co peuple qui vous admire, qui vous vénère et qui vous aime. Bénissez ce clergé, ces come munautés, ces institutions qui vous sont toujours si chères. Que cette bénédiction de votre cœur généreux tranchisse l'enceinte de cette basilique, qu'elle franchisse les limites de cette cité, de ce diocèse, J'ajouterai de cette province, pour aller se répandre au loin, comme une rosée bienfaisante, sur le clergé et les fidèles du Canada tout entier,
À Votre Eminence, longue vie, prospérité et bonheur ! C'est le vœu de tout un peuple prosterné à vos pieds : c'est le souhait le plus ardent de l'Eglise, de l'Etat, de ln patrie canadienne.