‹ Jubilé sacerdotale de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 2 sur 141 · LS · texte numérisé non relu

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religieuse, à la procession, au banquet, ete; et une foule innombrable de Canadiens-Français,—probablement plus de cinquante mille—accourus non seulement de toutesles parties du pays mais même des Etats-Unis, se sont associés aux citoyens de Québec pour manifester leur joie et leur allégresse à l'occasion des noces d'or du premier Pasteur de ce diocèse, [n'y à rien comme l'élément populaire pour donner de la vie et de Pentrain X une solennité : cela vaut encore mieux que tous les apparats officiels ; et quand les masses s'ébranlent, éprises d’enthousiasme pour une cause sacrée, pour la Religion, pour l'autorité religieuse, il se produit quelquefois des mani-

festations admirables. On la vu naguère, aux grandes

12 COUP D'ŒITS PRÉLIMINAIRE

fêtes de Rouen, où, par une inspiration analogue à celle qui a dirigé ici Son Eminence le cardinal Taschereau, Mgr l'archevêque Thomas avait uni dans une même solennité la célébration de son jubilé épiscopal et linauguration du monument de Jeanne d’Are : quelle merveilleuse union entre le clergé et le peuple, quelle harmonie de sentiments religieux et patriotiques parmi tant de cœurs français ! [y a longtemps qu'on avait été témoin d’un si réjouissant spectacle en France. Ici, nous sommes coutumiers du fait : grâce à Dieu, les mots Æeligion et Patrie, devise de la Saint-Jean-Baptiste, ne se séparent jamais dans nos fêtes nationales, et la plus douce harmonie règne généralement entre le peuple et son clergé. Les fêtes jubilaires de Son Eminence en ont donné un nouvel

exemple à jamais mémorable,

Dans un petit album, chef-d'œuvre d'art et de goût, envoyé par Mer l'archevêque de Cyrène, coadjuteur de Son Eminence, à tous les membres du clergé, comme invitation aux fêtes jubilaires, cet en même temps comme souvenir de ces fêtes, il y a six feuilles unies ensemble : sur la première, on voit un excellent portrait de Son Eminence le cardinal Taschereau, et sur la dernivre, ses armes, avec sa devise : Zn fide, spe et charitate certandum : ces deux feuilles, en ivorine, servent de couverture, La seconde feuilie de Falbum porte le titre : Jubilé SC rdotal de S. OR Le Card. E. A. T'uschereau.….…., avec quelques dates de la vie de Son Eminence ; la troisième : Noces d'Or de La Société Saint-Jean-Buptiste,

avec les lignes suivantes : La Société Saint-Jean-Baptiste

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a demandé comme une grande faveur de célébrer le cinquantième anniversaire de sa fondation, en même temps que le Jubilé Sacerdotal de $. E, le Cardinal Taschereau.”” Sur la quatrième feuille se trouve le programme de la fête Saint-Jean-Baptiste ; et enfin sur la cinquième,

celui des noces d’or de Son Eminence.

Ce magnifique programme-souvenir nous paraît un symbole de Punion qui existe entre le clergé et les fidèles de ce diocèse ; il est l’expression de la pensée qui a fait unir dans une même célébration et les fêtes jubilaires de Son Eminence et les noces d’or de la société Saint-Jean-Baptiste, de manière que tous les enfants de la même famille pussent s'associer dans une commune joie

avec leur Père et leur premier Pasteur.

Avant de donner les détails de ces fêtes, jetons un

instant les yeux sur la carrière de Son Eminence,

FL Aperçu biographique

Quatre dates résument cette admirable carrière, Les voici telles que gravées dans album que nous venons de décrire : Né à Sainte-Marie de la Beauce, le 17 février 1820 ; ordonné prêtre le 10 septembre 1842 ; consacré

évêque le 19 mars 1871 ; créé cardinal le 7 juin 1886.

Le cardinal Taschereau appartient à une ancienne famille de robe émigrée au Canada au commencement du siècle dernier, et originaire de la Touraine : famille Gans laquelle le sens légal paraît inné, et qui à fourni des sujets nombreux et distingués à la magistrature de

notre pays.

[ naquit À Sainte-Marie de la Beauce, village situé agréablement sur les bords de la rivière Chaudière. Les années de son enfance s'écoulèrent paisiblement à ombre du manoir seigneurial de son père, au milieu de charmants et gais paysages auxquels il s’attacha et qu'il eut toute

sa vie tant de plaisir à revoir.

Après avoir fait avec la plus grande distinction ses

études au Séminaire de Québec, il passa en Europe, et se

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APERÇU BIOGRAPITIQUE 1»

rendit à Rome, où il prit lhabit ecclésiastique, Il fut tonsuré dans la basilique de Kaint-Jean de Latran au printemps de 1837. Puis il revint au Canada faire ses

études théologiques. [m'avait que dix-sept ans.

Cinq ans et demi plus tard, le 10 septembre 1842, avait lieu l'heureux événement dont nous venons de célébrer le cinquantième anniversaire : le jeune lévite, prosterné au pied des autels dans léglise de sa paroisse natale, recevait l'onction du sacerdoce des mains de Mgr Turgeon, dont il devait être plus tard le deuxième successeur sur le siège

de Québec,

Puis il rentra au Séminaire pour y mener durant près de trente ans une vie toute de dévouement, d'assiduité et

d'abnégation.

“ Jusqu'à son élévation sur le siège archiépiscopal, dit un chroniqueur, il ne s'est jamais éloigné du Séminaire que temporairement et pour des raisons graves : la première fois, pour aller soigner les émigrés irlandais malades du typhus, à la Grosse-[sle, où il prit la fièvre et faillit mourir ; la seconde fois, pour aller étudier le droit canonique à

Rome, d'où il revint avec le diplôme de docteur 1, ”

I le disait lui-même en 1871 : # Ma vie sacerdotale de vingt-neuf ans, aussi heureuse qu'elle peut Pêtre dans cette vallée de larmes, s'est écoulée tout entière à l'abri de ces murs vénérables que Mer de Laval a élevés il y a

deux siècles,”

1—Le Canadien du 22 août.

16 APERÇU BIOGRAPHIQUE Dix

Tour à tour professeur, directeur, supérieur du Séminaire ‘4

de Québec, il a rendu à ectte institution et à l'Université-

Laval, dont ïl fut l’un des fondateurs, des services

À inoubliables, Il s'était attaché à l’œuvre si belle et si à méritoire du Séminaire ; et lorsqu'au printemps de 1871 R: il fallut s’en séparer pour une autre encore plus importante, ë.

ce ne fut pas sans de grands déchirements de cœur : É

J'avais, ditil, un beau jardin, que je cultivais avec

amour, en compagnie de frères dévoués ; nulle pensée étrangère ne pouvait m'en arracher ; j'aimais à m'y

promener ; j'aimais à suivre l'épanouissement de ces

fraîches roses que le retour de l’année scolaire faisait éclore,

et que le soleil de l’étude, avec la douce rosée de la piété,

mûrissait peu à pou et convertissait en fruits de bénédiction,

Un matin, on vint me dire : Votre jardin s'est agrandi,

il est devenu un vaste champ, un diocèse, toute une

province !

eee 4 . is Le 3 Pl & Et j'ai dit : Fiat voluntas ! mais mon cher petit jardin E ] dr. SR Ra: di sera toujours à moi, comme je serai toujours à lui. C’est r | à Nge É là que la divine Providence me plaça jadis, humble plante, 1 . . ; e pour m'y faire prendre racine et m'abreuver de sucs . . , . . » 1 bienfaisants ; je tiens à cette terre par trop de fibres pour Re £ ; ; v : Re 0 qu'on m'en arrache sans me faire mourir. Je consens, L . . , 1 e puisqu'il le faut, à devenirun grand arbre, qui ombragera ' + ; ; 19 toute une province, pourvu que mon cher pet: jardin sOIt Pr \ \ . pi de encore là, près de moi, protégé par mes branches et me à 5 4 pa

réjouissant toujours par ses fleurs et par ses fruits 1...

1—S, E, le Card, Taschercau, par Mgr Têtu.

ninaire versité- GTVICes le et si le 1871 tante,

is avec pensée à m'y de ces : éclore, la piété,

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C’est » plante, de sucs ‘es pour onsens, bragera rdin soit

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ALERÇU BIOGRAPHIQUE 17

Devenu archevêque de Québec, et consacré le 19 mars 1871, il se mit à cultiver avec un zèle infatigable le vaste champ confié à sa sollicitude ; et il apporta à ses nouvelles fonctions cet esprit d'ordre, de régularité, de sagesse et de lumière, qui brilla si vivement au Séminaire, dans tous

les emplois où il fut appelé.

“ Ce n’est pas le temps, écrivait naguère son vénéré coadjuteur, de raconter les œuvres opérées depuis un demi-sièele par Son Eminence le cardinal Taschereau, de parler de ses vertus, de ses éminentes qualités dans l'accomplissement de sa tâche, de sa modération dans le commandement, de son esprit de conciliation, de son amour pour ses prêtres et ses fidèles, enfin de son dévoue-

ment à l’Eglise et au Souverain Pontife 1...

Il est vrai que la sainte Ecriture semble défendre de louer personne avant sa mort : ante mortem me laudes hominem quemquam ?. Mais n'est-il pas possible de pressentir dès maintenant quel sera sur l'administration du cardinal Taschereau :e jugement de lIistoire ? Elle l’assimilera à celles des Laval, des Briand et des Plessis ; elle redira l'œuvre d'apaisement dans les esprits à laquelle il a tant contribué ; elle rappellera les institutions qu'il à fondées, celles qu'il a encouragées ou retirées du naufrage ; elle montrera cette longue liste de mandements, de lettres pastorales, de circulaires sur une foule de questions de discipline ou autres, un ordre merveilleux répandu

partout, la lumière faite sur un grand nombre de sujets,

1— Voir Appendice, No 14.

2—Eccli., XI, 30,

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