‹ Jubilé sacerdotale de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 78 sur 141 · DISCOURS DE M, THOMAS CHAPAIS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M, THOMAS CHAPAIS

taire avant d’avoir, moi aussi, laissé déborder les sentiments qui remuent mon âme en vous voyant avec nous dans ce grand jour, et avant de vous avoir dit quelques mots qui partent de mon cœur pour aller à votre cœur. Amiral, lorsque vous aurez terminé votre visite aux ports de Québec et de Montréal, lorsque vous aurez terminé votre croisière, vous allez retourner vers cette patrie où vous avez laissé tout ce qui vous est cher,

Dites-lui que nous avons conservé son cher souvenir, et les nobles traditions qu’elle nous a laissées autrefois. Dites-lui que nous l’aïmons toujours, tout en étant fermement loyaux à notre nouvelle allégeance. Dites-lui que nous gardons comme un dépôt sacré sa langue harmonieuse et incomparable, la langue de la civilisation universelle : car lorsqu'on parle français on est compris d'un bout du monde à lautre. Dites-lui que nous sommes prêts à défendre cette langue contre les attaques des proscripteurs au petit pied et contre les entreprises utopiques des fusionnistes de races. Dites-lui que vous avez rencontré sur la terre d'Amérique une nouvelle France, ce doux nom que nos premiers historiens ont inscrit au frontispice de leurs œuvres. Dites-lui, enfin, que vous avez trouvé au Canada, une fois de plus, la confirmation vivante de ce vers admirable d’un de vos plus grands poètes :

Tout homme a deux pays: le sien, ct puis la France,

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No 11

Président de la société Saint Jean-Baptiste

Mesdames ct Messieurs,

[IT y æ cinquante ans, au premier banquet n.ional tenu à ‘l'Hôtel de lu Cité”, Maute-Ville, feu le Dr Pierre- Martial Bardy, fondateur et premier président de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec, disait : ‘ Puisse la société Saint-Jean-Baptiste de Québec, non seulement consolider

les liens qui existent déjà entre les Canadiens, mais encore

ouvrir une ère nouvelle dans les relations qui doivent

désormais exister entre eux, et contribuer à faire naître

entre les Canadiens-Français et les autres classes de Ta

population une noble émulation dans la voie de lintelli.

gence, de l’industrie et des vertus publiques !”?

Ces paroles, inspirées par le plus pur patriotisme, nous

disent combien noble était le but que se proposaient le Dr Bardy et les autres patriotes de 1842 en jetant les bases de la société Saint-Jean-Baptiste de Québee,

Cette société, bien que fondée à une époque où la langue

et les droits religieux et nationaux des Canadiens-Français

étuent sans cesse menacés, m'est pas le fruit de l'insurrec-

hon de 1837, condamntée par les autorités religieuse et

civile ; mais elle est née d’un sentiment généreux qui

visait à rétablir l'harmonie entre les différentes races qui

habitaient ee beau et vaste pays, découvert et eivilisé, il

est vrai, par notre mère patrie, la France, mais cédé à

l'Angleterre par nos pères, après la dernière et glorieuse

victoire remportée par Lévis, sur les plaines d'Abraham.

Pourtant, la fondation de cette Société ne manqua pas d'exciter la surprise et la colère des ennemis de notre

race ; mais cette colère fut bientôt désarmée par la sagesse de ceux qui dirigeaient notre Société, parmi lesquels— pour n'en citer que cinq—, se trouvaient le Dr Bardy, MM. J.-P. Rhéaume, René Caron, Joseph Cauchon et P.-J.-0. Chauveau : ils furent secondés par d’autres citoyens vertueux, comme les deux seuls qui survivent à cette époque, et que nous avons le plaisir d’avoir au milieu de nous ce soir, le Dr P. Tourangeau et M. Jacques Sauviat.

Le clergé, qui voyait le bien opéré par la société Saint-Jean-Baptiste de Québec ne tarda pas de lui accorder sa confiance et son appui; et son attitude dissipa les préjugés que certaines gens, à l'âme pusillanime, avaient entretenus contre elle.

Peu à peu, des relations étroites s'établirent entre les Canadiens et les Anglais qui s'étaient considérés jusque-là

comme des ennemis, et de ces relations naquit une fière

émulation dans “la voie de l'intelligence, de l'industrie

et des vertus publiques. ?

Quand Dbrillait à l'horizon le jour de la Saint-Jean- Baptiste, l'on voyait les Anglais prendre place dans la procession à la suite du vieux drapeau de Carillon, comme si cette vieille relique, si chère à nos cœurs, ne

leur rappelait aucun souvenir désagréable...

patrie ; et la même annéeelle inaugurait, avec une pompe

}5 Le fanatisme semblait done éteint dans ette ville où « tt désormais tous les citoyens pouvaient manitester libre- € 1 ment, à l'ombre du drapeau anglais, leurs croyances reli- 1 | gieuses et nationales, ] À En 1855, prenant un nouvel essor, la société Saint-Jean. ; 4 Baptiste de Québec décidait d’ériger des monuments à la c | mémoire des Canadiens-Français qui ont bien mérité de la

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DISCOURS DE M, CAOUETTE 195 extraordinaire, sur le plateau Sainte-Foye, le monument des Braves.

L'hiver dernier, la société Saïint-Jean-Baptiste se réunissait pour aviser aux moyens de préparer une grande démonstration à l’occasion de ses noces d’or, dé monstration qui devait avoir lieu le 24 juin ; mais se souvenant que Son Eminence le cardinal Taschereau avait toujours été un de ses membres les plus fidèles et les plus généreux, et informée que c'était le désir des autorités religieuses de cette ville de célébrer, le 23 août, la cmquantième année de sacerdoce du Prince de l'Eglise, elle demanda la permission de faire coïncider la fête de ses noces d’or avec celle des noces d'or de Son Eminence, ee qui lui a été gracieusement accordé,

Eminence, la société Saïnt-Jean-Baptiste vous prie d’agréer l'expression de sa vive gratitude pour les bienfaits dont vous l’avez comblée depuis cinquante ans, et pour le grand honneur que vous lui avez fait ce soir en daignant assister à son banquet.

Le fête d'aujourd'hui à été organiste pour permettre aux Canadiens-Français de glorifier la religion et la patrie : pour permettre à nos poètes et à nos orateurs de mettre en lumière les grandes figures de ceux qui firent briller

sur ce sol les vérités de l'évangile avec les rayons de la civilisation ; pour leur permettre d’exalter la mémoire de ces patriotes qui donnèrent leur vie pour la défense de notre langue, de nos droits et de nos libertés; pour permettre enfin à tous ceux dont les cœurs vibrent aux doux mots de religion et de patrie, de venir s'affirmer dans cette vicille cité de Champlain, berecau de notre nationalité et, suivant l'expression d'un orateur français, boulevard inexpugnable de la religion et du patriotisme :

En ce jour, nous avons, bien sujet de nous réjouir, nous Cauadiens-Francçais.

Comment ne pas nous réjouir du fait merveilleux qu'une Société essentiellement française et catholique comme la nôtre à pu, sous une domination étrangère, se maintenir durant cinquante ans, et qu'elle est plus prospère que jamais ? Comment ne pas nous réjouir à la pensée que le plus grand parmi nos compatriotes, devenu un prince de l'Eglise, célèbrera demain le cinquantième anniversaire de son apostolat, c'est-à-dire toute une vie consacrée au service de la religion et de la patrie ?

Tout nous invite à la joie et à l'allégresse : mais de ième qu'il n'y à pas de tableau sans ombre, de même aussi il ne peut v avoir de joies humaines sans amertume. Au milieu de nos réjouissances, nous devons penser à ceux qui ne sont plus, et qui, au prix des plus grands sacrifices, fondèrent et maintinrent notre société nationale, Parmi ces vieux patriotes, il en est un qui assistait à notre dernier banquet, et dont la voix, encore forte et vibrante, redisait les exploits de nos aïeux et la gloire de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec; ce canadien, à Fesprit gaulois et à l'humeur toujours joviale, c'est le regretté Jacques-Philippe Rhéaume, Dans son dernier discours, prononcé à l'endroit même où je parle, il disait : Je demande à Dieu de m'accorder encore une faveur avant de mourir, celle d'assister aux noces d’or de cette Société que j'ai portée sur les fonts baptismaux.”

Dieu ne lai a pas accordé cette faveur ; mais notre foi nous permet de croire qu'il lui en a accordé une autre bien plus grande, en lappelant dans la céleste patrie, d’où il peut contempler le spectaclé consolant qu'offre en ce moment la société Kaint-Jean-Baptiste.

En terminant, permettez-moi, messieurs, d'exprimer

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