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LE DERNIER PAPE DE LA « CAMPAGNE

Tandis que je finissais ma méditation, le soleil se couchait, au delà de la vallée du Sacco, découpant les rochers, et les remparts des villes perchées aux montagnes des Volsques, vers les Marais Pontins, le mont de Circé, la mer Tyrrhénienne.

Sorti des portes et des remparts herniques, saisi d'une sorte de regret religieux pour ces lieux âpres et antiques, aujourd'hui si oubliés du voyageur, et où jadis se sont déroulés de tels événements, je me suis arrêté pour y penser. On ne peut toucher à cette histoire sans remuer des cendres immenses, sans secouer dans leurs

tombeaux les grands héros et les grands criminels, sans voir surgir debout les ombres rouges, pâles ou blanches des trois Cantiques de la Divine Comédie.

Avant de laisser tout à fait Anagni, je me retournai encore. A gauche de la ville, sur une côte voisine, mes yeux cette fois furent attirés par une grande, belle bâtisse toute neuve, la seule de tous ces environs qui se détache de la couleur générale d'antiquité.

Voici qu'à mes souvenirs un dernier pape de la Campagne venait s'ajouter!

J'avais devant moi le Collegio Leoniano, le séminaire qu'a bâti Léon XIII. Comme les papes d'autrefois, Léon XIII a voulu laisser un témoignage de son règne à son pays natal. Il était un pape de la Campagne, et s'en vantait (i), né à Carpineto d'Anagni en 1810, voici cent ans tout juste à cette heure où j'écris. Anagni eut toute sa bienveillance. Il la qualifiait, fidèle aux

(i) Parmi les livres publiés à l'occasion de son jubilé sacerdotal, il en est un qui fut fait sous ses yeux, au Vati-

souvenir classiques, de ville remarquable « entre toutes les villes berniques ». Il savait que Pie IX, son prédécesseur, avait favorisé la ville (i), et ne voulut pas rester en arrière. Il augmenta l'bôpital d'Anagni, où une salle porte son nom, et une plaque de marbre célèbre son bienfait. Puis il bâtit son grand séminaire.

A cette occasion, en une langue moins énergique que celle de Boniface VIII, mais d'une plus élégante saveur de latinité antique, Léon XIII écrivit une belle bulle. On l'y retrouve tout entier, le saint pape, le gentilhomme courtois et fin, le lettré délicat, et même le prudent diplomate. Il fait l'éloge de la province de Campanie, illustre dès Strabon et Virgile, et loue surtout, dans la suite des âges, sa fidélité à l'Eglise romaine. Il prend un plaisir na-

can, par Monsignor Tennironi, à la louange des papes de la Ca mpagne.

(l) Par les mains de Mgr de Mérode, déclaré à cette occasion « citoyen d'Anagni », avec tous les membres de sa famille.

turel à célébrer quelques-uns des pontifes qu'Anagni a vus naître. L'un, Innocent III, lui était spécialement cher. On sait qu'il l'a honoré d'une vénération toute personnelle. A Saint- Jean de Latran, où il a fait solennellement ramener ses restes, on lit sur une pierre ces simples mots, qui disent de grandes pensées :

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