SCÈNE VIII
HOLOPHERNE, JUDITH, PHÉDYME, PHARES, MINDUS , ÉRIOCH , NASSAR , Officiers , Gardes.
(Tout le temps de cette scène, Phé.lyme, se tenant à l'écart, observe Judith avec inquiétude.) PHARES.
Nous avons découvert une odieuse trame : Vos jours sont menacés, seigneur, par cette femme. Elle vient dans le camp surprendre nos secrets. Le salut de l'état, nos droits, vos intérêts, Ne nous permettent pas de garder le silence.
HOLOPHERNE, au comble de la fureur.
Non, jamais on ne vit une telle insolence !... Est-ce à moi que l'on parle ? A quoi donc me sert-il D'avoir grandi mon nom de péril en péril, D'avoir détruit vingt rois, commandé vingt armées, D'avoir pris et repris cent villes enflammées, D'avoir, dans tous les champs et dans tous les sillons, Comme un torrent humain, roulé mes bataillons, D'épouvanter le monde et d'étonner l'histoire, De peser sur mon temps comme un fléau de gloire, D'être Holopherne enfin !... s'il est dit qu'on pourra Se jouer de mon nom; s'il est dit qu'on viendra, Par le plus lâche coup me provoquant moi-même, Insulter sous mes yeux une femme que j'aime?
JUDITH, à part.
C'est lui qui me défend !
HOLOPHERNE
Ah !... je crains mon courroux !...
Non, je n'attendais pas tant d'audace de vous. Mais vous oubliez donc qui vous êtes, faux braves?
Des vaincus épargnés, de pauvres rois esclaves, Sans royaume, sans droits ; des traîtres pardonnes, A ma solde vendus, à ma suite traînés, Dont j'amuse l'orgueil par un semblant de trône, A qui je jette un peu de ma gloire en aumône ; Trop heureux de guider encor dans nos combats Leurs sujets prisonniers, dont j'ai fait mes soldats. Eh! quel maître nouveau, quel énorme salaire Vous excite à braver le vent de ma colère?
(Mais c'en est trop ! je veux qu'ici même, à l'instant, On rende à cette femme un hommage éclatant. . Oui!... je veux, pour venger cette injure mortelle, Voir tous ces insolens prosternés devant elle ; Je veux qu'ils viennent tous, honteux, humiliés, Déposer en tremblant leurs armes à ses pieds; Je veux que dans mon camp et dans toute l'Asie On adore à genoux celle que j'ai choisie !...
WINDOS.
Que dit-il?... Monépée... aller la déposer... Eu hommage à ses pieds!... Ah ! plutôt la briser !
HOLOPHERNE
Tremble!... Ton sort dépend de ton obéissance !
MINDUS.
Prince !
judith, à part.
Dieu d'Israël, j'invoque ta puissance.
Seule contre leur rage en vain je combattrais ; Mais fais-moi pénétrer leurs coupables secrets, Prête-moi tes clartés pour lire dans leurs urnes, Et Judith va d'un mot confondre ces infâmes !
HOLOPHERNE
L'ancien roi de Tharsis est leut à m'obéir.
xMINDUS.
Moi ! j'irais...
JUDITH, à Mindus.
Sois moins fier : on pourrait te trahir. (Montrant Holopherne.) On sait de quel complot ton orgueil le menace. Tu le crains, tu le hais, tu convoites sa place. Ton zèle cache mal tes sentimens jaloux. Complice d'Achior...
HOLOPHERNE
D'Achior !...
A genoux!
(Mindus, confondu, se prosterne aux pieds de Judith.)
PHARES
En vain à l'imiter sa faiblesse m'engage, Nul remords ne m'oblige à cet indigne hommage. Moi, Phares! oh! jamais...
ILUITH, avec inspiration, et marchant vers Phares. Phares n'est pas ton nom !... Phares!... il a péri sur le rocher d'Hermon. Toi-même dans son sein lu plongeas ton épée, Tu posas sur ton front sa couronne usurpée... PHARES.
Grands dieux !
C'était ton frère, il tomba sous tes coups.